‹ Découverte des restes de trois missionnaires de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 14 sur 23 · REP · texte numérisé non relu

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récompense éternelle. Ah ! mes Frères, c’est par le cœur et par l’amour qui y règne, que homme est grand devant Dieu et qu’il force son admiration.

En face de ceux qui, pour son amour, conservent leur esprit et leur cœur dans la pureté, il s’écrie : “ O quam pulchra est casta generatio ! ” Devant les êtres sortis de sa main toute-puissante, aux jours de la création, il s’était contenté de dire : “ C’est beau, c’est bon !” Maïs en présence des œuvres de la charité et de l'amour, ce grand Dieu se laisse aller aux transports de l'admiration : “ O quam

pulchra est casta gencratio ! ”

Egalement, mes Frères, devant les messagers de la bonne nouvelle, devant les missionnaires qui, suivant les expressions de l'Ecriture, volent à la conquête des âmes comme des flèches lancées avec vigueur, comme les nuées emportées par le vent, Dieu s’écrie par la bouche du prophète Isaïe et de l'apôtre des nations : “% Quam speciosi pedes evangelizantium pacem, evangelizantium bona ! ” Qu'ils sont beaux les pieds meurtris, déchirés à la poursuite des Âmes, qu’ils sont beaux !

Cette exclamation à 11 vue des pieds du missionnaire nous montre quelle doit être l’admiration de Dieu pour les battements de son cœur, pour les élans de sa volonté, pour les aspirations de son intelligence, excités et mis en mouvement par le zèle de sa gloire ct par l'amour du prochain.

Se séparer de ses parents et de ses amis, abandonner sa patrie, affronter tous les dangers, endurer toutes les souffrances, n’est rien pour le missionnaire. Pourquoi ? parce que, comme Jésus-Christ, il aime jusqu’à l’immolation. (C’est ce qu'ont fait saint François-Xavier, saint Claver ; c’est ce qu'ont fait aussi leurs dignes émules, les missionnaires et les apôtres du Canada. Lisez les Relations des Pères de la Compagnie de Jésus dans notre pays, et vous verrez passer sous vos yeux tout ce que le cœur de l'homme est capable de concevoir, d’entreprendre et d'exécuter pour le salut des infidèles et la gloire de Dieu.

L'our bien comprendre la grandeur du missionnaire ant Dieu, il faudrait pouvoir connaître tout le prix des Âmes et le désir ardent que Jésus-Christ a de leur salut. L'âme du sauvage le plus ignorant, comme celle du plus grand savant ou du plus puissant monarque, vaut le sang d’un Dieu. ‘ Allez, allez, disait une sainte personne à sa compagne qui partait de France pour le Canada, allez recueillir les gouttes du sang de Notre-Seigneur qui se perdent.”

Aux yeux de Dieu, nonseulement le missionnaire recueille les gouttes du sang de Jésus-Christ, mais, comme son Fils, il est sauveur. C’est pour ainsi dire son propre Fils courant à la recherche des âmes créées à son image ct leur appliquant le fruit

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de la rédemption. Sans doute, les apôtres formés par Jésus-Christ furent plus parfaits que tous les saints, la Sainte Vicrge cet S. Joseph exceptés, ct occupent dans la gloire un rang spécial. Maïs il n’y à pas de témérité à dire que ceux qui ont marché sur leurs traces, qui ont partagé leurs travaux et leur zèle dans la propagation de l'Evangile, partageront aussi au ciel, dans une certaine proportion, leur gloire et leur bonheur.

Sur la terre, ils ont été grands devant Dieu, etils le seront aussi dans la patrie céleste.

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Si les missionnaires sont grands devant Dieu, ils ne le sont pas moins devant leur mère, la sainte Eglise. L'Eglise militante est comparée à une armée dans laquelle la subordination et l’obéissance aux chefs légitimes fidèlement observées font la force et la beauté, lui assurent des conquêtes nouvelles, des succès sans cesse renaissants dans sa divine mission, qui est de prècher l'Evangile à toutes les nations.

Dans une armée, même la mieux disciplinée et la plus vaillante, tous les soldats n’ont pas la même force, la même bravoure, la même ardeur et le même entrain ; aussi la garde du drapeau n’est pas confiée à tous indistinctement.

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Il y a des troupes d’élite, des soldats sans peur ct sans reproche, qui tombent maïs ne se rendent pas. Faut-il livrer un assaut dangereux, escalader une citadelle réputée imprenable, la tâche est assignée aux plus braves, qui partent comme l'éclair. Ils tomberont, mais leurs corps entassés serviront de ponts pour franchir le fossé.

Ainsi, dans l'Eglise militante, il y a des âmes fortement trempées, des soldats d'élite. Ce sont ces chrétiens qui, au lieu de dépenser leur jeunesse dans les plaisirs énervants, l’ont employée à la pratique de la vertu, à la méditation des grandes maximes de l'Evangile, et qui ont compris que le salut d’une âme vaut mieux que la conquête d’un royaume. Ils ont fait un long apprentissage de l’obéissance et de la mortification ; ils ont prêté l'oreille à cette parole du Sauveur : “Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu’il me suive!” Ils ont ouvert leur cœur à la divine charité, qui en a fait comme un brasier ardent, dont la flamme tend à s'échapper ct à se répandre au loin,

C’est parmi ces braves que l’Eglise choisit les missionnaires et les apôtres pour les envoyer jusqu'aux extrémités du monde à l'assaut des citadelles de l’infidélité et du paganisme. C’est à eux qu’elle confie la garde de létendard de la croix ct leur ordonne d’aller le planter sur tous les

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continents, dans toutes les îles, à l’orient, au couchant, au midi, au septentrion.,

Par leur dévouement, leurs travaux, leur charité, l’effusion de leur sang, les missionnaires surtout prouveront jusqu’à la fin des temps que l'Eglise est sainte et apostolique.

Lorsque nous chantons “Je crois l'Eglise sainte et apostolique,” nous n’entendons pas seulement qu’elle a produit des saints dans le passé, dans les premiers siècles de son existence, que la doctrine qu’elle nous enseigne vient des apôtres qui l’ont fondée ; mais nous professons encore qu’'actuellement l'Eglise est sainte et apostolique, qu’elle seule produit les saints et les apôtres, qu’elle seule sait engendrer ces hommes au cœur large et généreux, comme étaient ceux dont les cendres sont sous nos yeux ; comme était le premier évêque de Québec, et toute cette légion d’âmes héroïques qui ont présidé à l’établissement de la foi catholique dans nos vastes contrées.

Gloire à ces héros ; gloire à ces familles religieuses dont les enfants ont porté le nom du Christ jusqu’à l'extrémité de la terre ! Nous devons les honorer et leur rendre grâces. Tout en prouvant la sainteté de leur mère, ils ont, par leurs mérites, grossi ie trésor de l'Eglise, amassé ces richesses spirituelles qui, en vertu de la communion des saints, composent le patrimoine commun de tous les fidèles.

Ah ! mes Frères, c’étaient des saints, c’étaient de véritables apôtres ces enfants de saint Ignace dont les noms sont présents à votre mémoire et se pressent sur vos lèvres. Ajoutons qu’ils ont été des martyrs. Tous n’ont pas eu la gloire etle bonheur de verser leur sang pour le Christ et pour la diffusion de son Evangile comme Garnier, Brébeuf, Lallemant, Daniel et Jogues ; mais tous, devant Dieu et devant l'Eglise, ont recueilli la palme du martyre par le désir ardent de sacrifier leur vie ; tous ont été des martyrs par les souffrances, les fatigues et les privations de toutes sortes.

Ilya deux ou trois siècles, traverser les mers était déjà une rude épreuve. Elle n’était cependant que le prélude de celles qui attendaient le missionnaire sur notre sol couvert de forûts et habité par des peuplades barbares.

Avec nos moyens si faciles de communications, nous avons peine à nous figurer les fatigues et les dangers éprouvés par les missionnaires dans leurs courses apostoliques sur un territoire immense, inconnu, où, à chaque pas, se rencontraient des obstacles et des ennemis.

Que dire surtout des voyages accomplis pendant l'hiver, au milieu des glaces et des neiges, à travers les boïs sans chemins battus ? Et, après une journée de marche forcée, quelle était l’hôtellerie qui

ient de attendait le pauvre missionnaire trempé de sueurs ? e dont De quelle nourriture pouvait-il réparer ses forces ? ressent Quelle couche recevait ses membres brisés par la artyrs. fatigue ? Pouvait-il même se reposer dans cette verser cabane étroite, habitée par une nombreuse famille, de son au milieu d’une atmosphère remplie de famée et de emant, miasmes ? Comment se défendre du froid pendant devant l'hiver ?

pe le Ce n'est pas seulement une nuit, un jour qu’il té des faut passer ainsi dans la compagnie des sauvages, Light à dont les plus humains sont d’une grossièreté repoussante, ce sont des mois et des années. (Üar ce n’est ÉL'thabé que par un séjour prolongé que le missionnaire neue pourra apprendre ces langues étranges qui varient ission- suivant les tribus et les bourgades ; ce n’est que par

un séjour prolongé qu’il parviendra à instruire ces enfants de la forêt et à gagner ieur cœur, en leur prouvant qu’il ne recherche pas leurs biens mais

té par

tions, uniquement leur âme. Mon quærimus vestra sed et les vos. (II Cor., XII—14.) leurs

1ense, Ecoutez le récit d’une des courses du Père de

ture Quen. Ce n’est pas la plus pénible, parce qu’elle est faite pendant la belle saison. Elle nous donne toutefois une idée des fatigues supportées par ces

ndant apôtres.

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urnée

> qui

Le Père de Quen est à Tadousac. Il apprend que vers le septentrion, sur les bords d’un lac inconnu des Européens, quelques chrétiens sauvages sont

malades et désirent un missionnaire. Il prend deux indiens pour le conduire, s’embarque dans un petit canot d’écorce et, cinq jours durant, ils travaillent, depuis le point du jour jusqu’au coucher du soleil, —-c’était au mois de juillet,—à remonter les rivières et les lacs, ramant toujours contre des courants ou contre des torrents qui leur faisaient bander tous les nerfs du corps pour les surmonter, suivant l’expression du Père de Quen lui-même.

Ils rencontrent dix rapides ou dix portages qui les obligent à débarquer dix fois pour {passer d’une rivière à l’autre, ou d’un courant trop rapide À une autre partie de la rivière plus navigable.

Dans ces portages, dont quelques-uns ont une lieue et demie, ils prennent sur leurs épaules ou sur leur tête et le bateau et tout ce qu’il contient et

marchent par des chemins où n’ont jamais passé que des bêtes sauvages, tant ils sont affreux, couverts de pierres, d’arbres renversés et de broussailles ; ils franchissent des montagnes escarpées et des précipices cachés dans l’abîme des forêts.

Enfin, ils arrivent sur les bords d’une grande nappe d’eau, terme de leur voyage.

Remarquez que cette fois le missionnaire venait visiter des chrétiens. Les sauvages, dit la Relation, sortent de leuïs cabanes pour voir le premier Français qui aît jamais mis le pied sur leurs terres.

ATRTANE OR A RE Re en prend C’était le 16 juillet 1647. Grâce au Père de Quen,

lans un le lac Saint-Jean était découvert et la route frayée

travail- aux Européens.

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En arrivant sur le bord de ce lac, le généreux

acer les missionnaire éprouva une bien douce consolation : dé des car ce qui frappa tout d’abord sa vue fut une grande HAT croix plantée sur un promontoire élevé, qui s’avance Ronter, dans les eaux et au pied de laquelle les chrétiens pi venaient prier.

M SLA Ces bons chrétiens s’étonnaient, dit la Relation, r d’une de l’entreprise du missionnaire, ne croyant pas qu’il dune aurait jamais eu le courage de franchir tant de difficultés par amour poureux. Ils le reçurent dans it une leurs cabanes comme un être supérieur, comme un ou sur homme venu du ciel.

en et Vous avez raison, bons néophytes, braves chrétiens le de la nation du Porc-Epic, vous avez raison de | cris de regarder le missionnaire comme un être supérieur, es ; ils comme un homme venu du ciel, Mais vous aussi, F'RIASS enfants de la forêt, vous êtes des êtres supérieurs,

| venus du ciel où habite notre père commun. Vous œrande | êtes les frères de Jésus-Christ. Que dis-je ? Pour cette robe noire, pour cet apôtre, vous êtes Jésus-Christ lui-même ! |

même que vous le furez. ” Ne vous étonnez donc

venait lation, Le missionnaire porte gravée dans son cœur cette | remier parole de son divin maître : “ Tout ce que vous | terres. ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi- |

pas des travaux qu’il a supportés pour venir jusqu’à vous ; en vous pressant sur son cœur, c’est Jésus qu'il tient dans ses bras et il se trouve assez récompensé.

Le missionnaire ne se plaint pas de souffrir de la faim, de la soif, de la chaleur eu du froid, de coucher en plein air sur la terre humide on glacée, de n’avoir aucune consolation, aucun agement de la part des hommes.

Au contraire, son cœur déborde de joie. Comme S. François-Xavier, il s’écrie : ‘ Seigneur, Seigneur, encore davantage, encore de nouvelles croix !” Ou, avec le même saint : “ Assez, Seigneur, assez ! ” Quoi, assez ! assez de souffrances ? Non, assez de joie, assez de consolation, la mesure est pleine et déborde.

Même lorsqu'il n’a pu atteindre la brebis qu’il poursuivait, ou que sa parole n’a pu la nvaincre, le cœur du missionnaire est dans la joi sait que Dieu le voit et que le zèle n’est jamais inutile. Jamais les œuvres de dévouement et la parole de Dieu ne reviennent vides. Souvent, comme le grain de froment, les sueurs de lapôtre et la parole de Dieu demeurent cachées dans la terre, mais tôt qu tard elles portent leurs fruits. Les missionnaires ont sans doute recueilli de belles moissons ; mais leurs successeurs récoltent pendant bien longtemps encore sur le champ ensemencé par ces héroïques pionniers.

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