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Le Père Jean de Quen, découvreur du Lac Saint-Jean
Le P. Jean de Quen, appelé le découvreur du lue Saint-Jean, a joué un grand rôle dans l’histoire des vingt-cinq premières annécs de la mission canadienne, Il était né dans la ville d'Amiens, en mai 1603, et était entré dans la Compagnie de Jésus, À Rouen, le 13 septembre 1620. Son noviciat achevé, il fit trois ans de philosophie à Paris, deux années de régence et trois ans de théologie au collège de Clermont, puis une autre année de régence à Amiens, et son troisième an de probation en Belgique. Enfin, apris avoir enseigné un an la troisième et deux ans les humanités au collège d’Eu, il partit pour le Canada en 1635, et arriva à Québec le 17 août de la même année, Employé d’abord comme professeur au petit collège qu’on venait d'ouvrir pour les jeunes Français de la colonie, il reçut, bientôt après, la permission d’aller se consacrer, dans la résidence de Sillery, à l’'évangélisation des sauvages. Il pouvait À peine
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balbutier quelques mots de leur langue, que déjà on le voyait courir auprès des malades pour les préparer, | par ses paroles ct par ses gestes, à faire une mort | chrétienne, Voici en quels termes il écrivait alors à son supérieur, à l’occasion d’un sauvage converti : ‘ Joseph, tant et si souvent recommandé, a quitté “ cette vie, À jour de notre Bienheureux Père et “ Fondateur saint Ignace. Je l’ai visité tous les ‘jours trois fois ; j'ai fait mon appréntissage à # l’enseigner et à lui faire faire des actes de foi et ‘“ de douleur, sans emprunter la langue d'autrui. Il ‘ me faisait parfois réitérer ce que je lui faisais dire, ‘ pour marquer qu'il y prenait goût ?”.
En 1636, le Père de Quen remplace le P. Charles Lallemant à la résidence de N.-D. de Recouvrance ct se trouve ainsi chargé de la paroïsse de Québee, faisant tous les dimanches et les jours de fête le prône à la grand’messe ct expliquant le catéchisme, après les vêpres, aux Français qui remplissaient la petite église.
En 1640, le Père de Quen retournait à Sillery, spécialement pour y prendre soïn de l'hôpital. Un jour, il apprend, comme par hasard, qu'un chef
| sauvage, encore payen, était tombé gravement malade
| assez loin de là. Il prend, à la hâte, sa couverture et un morceau de pain et se jette dans un canot, pour se rendre à l'endroit indiqué. Il y arrive pendant Ja nuit et parle avec tant d’efficacité au
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malade, que celui-ci se repent de ses péchés et demande le baptême. Toutefoisle Père,.ne le croyant pas encore en danger de mort ct voulant l’instruire davantage, se retire dans la cabane voisine pour prier et prendre ensuite un peu de repos Mais le sommeil fuit ses paupières : il a sans cesse le malade devant les yeux et le voit entouré d’une légion de démons. Il lui semble enfin entendre une voix du ciel qui lui dit de sauver cette Âme. Il se lève aussitôt, court auprès du sauvage. IL était temps : ce pauvre malheureux n'avait plus qu’un souffle de vie. Le missionnaire lui administre le baptême et, un instant après,le sauvage,tout heureux, rend le dernier soupir.
Les grands travaux auxquels se livrait le saint missionnaire, altérèrent gravement sa santé, et l’on craignit même pour sa vie. Mais Dieu le réservait à des œuvres plus grandes encore. Il se rétablit promptement et, l’année suivante, 1641, il se trouvait aux Trois-Rivières, à la résidence de lImmaculée- Conception, où il opérait un grand nombre de conversions parmi les payens, et ramenait à la pratique de notre sainte religion les sauvages déjà baptisés, qui s’en étaient éloignés. Puis il retourna à Sillery pour y reprendre ses travaux.
Cependant les sauvages de Tadousac ayant demandé une Robe noire pour leur enseigner la vraie prière, le Père de Quen, qui connaissait la
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langue montagnaise, leurfut envoyé. Ils le reçurent comme un envoyé du ciel, et bientôt leur bourgade était devenue chrétienne. “ Les prières ”, écrivait alors le Père, “ se font le soir et le matin dans les “ cabanes, avec une telle.consolation de ces bonnes “ œens, que quelques sauvages du Saguenay, se “ voulant embarquer pour retourner dans leur pays, “ vinrent quérir le Père, dès le point du jour, pour “ les faire prier Dieu avant leur départ. Il n’y à pas “ longtemps que les sauvages avaient encore de la ‘ honte de prier Dieu publiquement, Maintenant ‘ on ne rougit plus pour se mettre à genoux, pour ‘ joindre les mains, pour prier hautement. C’estun ‘ blâme de n’aimer point la prière. Ce changement ‘“ donne bien de la consolation à ceux qui ont vu Jhorreur qu'avaient ces barbares de notre sainte “ foi, et les risées qu'ils faisaient de ceux qui ia “ prèchent. ?” De 1643 à 1652, le Père de Quen fut fidèle À visiter presque chaque été la mission de Sainte-Croix, à Tadousac. Il y résidait un certain temps ; mais à l’automne, il remontait à Sillery ou à Québec, pour y continuer l'instruction des Algonquins, dont il était devenu l’apôtre. Pendant l'été de 1651, il se rendit, à quatre-vingts lieues de là, chez les Bersiamites, tribu aux mœurs simples et douces, et y établit la mission de l’Ange-Gardien.
C’est au Père de Quen que revient l’honneur d’avoir découvert le beau lac Saint-Jean, situé dans une vallée immense et fertile, que l’on considère
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aujourd’hui comme le futur grenier de la province de Québec. Le récit que lui-même nous a laissé de cette découverte est plein de détails intéressants. Voici comment il racorite son premier voyage, qu’il fit en 1647 :
‘# Je m'embarquai le 11 juillet dans un petit canot d'écorce, nous travaillâmes cinq jours durant, depuis le point du jour jusqu'au soleil conché, ramant toujours contre des courants ou contre des torrents, qui nous faisaient bander tous les nerfs du corps pour les surmonter ; nous avons rencontré en ce voyage dix sauts ou dix portages, c'est-à-dire que nous nous sommes désembarqués dix fois pour passer d’une rivière à une autre, ou d’un courant trop rapide à une autre partie du fleuve plus navigable. Dans ces portages, dont quelques-uns sont d’une lieue et demie, lesautres d’une demi-lieue, il faut porter sur son dos ou sa tête, et le bateau et tout son équipage, par des chemins qui n’ont été faits que pour des bêtes sauvages, tant ils sont affreux ; il faut franchir des montagnes, passer des précipices cachés dans l’abîme des forêts. Nous changeîmes trois fois de rivière. La première où nous embarquâmes se nomme le Kaguené ; c’est un fleuve protond, il n°y a navire qu'il ne portât, il a quatre-vingts brasses en plusieurs endroits, et pour l’ordinaire il hausse ou baisse de dix à vingt pieds ; il est assez large, ses rives sont escarpées de montagnes affreuses, lesquelles se vont abaïissant À quinze ou vingt lieues de son
embouchure, /où il reçoit dans son sein un autre fleuve plus grand que lui, qui semble venir de l’ouest. Nous voguâmes encore dix lieues au delà de ce rencontre d'eaux, qui fait comme un beau lac ; les vents qui se promènent sur cette rivière, sont très froids au milieu de l’été même, parce qu’elle est bordée de montagnes, et qu'elle est exposée au nordouest et souvent au nord.
“ De cette rivière nous passimes à une autre appelée Kin8gani8, laquelle se décharge dans le Saguené par des courants et par des précipices affreux. Nous fîmes une lieu ct demie, traversant une montagne ct une vallée pour l'aller trouver en un lieu navigable, elle est bien moins rapide que le Saguené, serpentant à l’ouest, au sud et au nordouest ; elle fait un lac qui a plus de quinze lieues de long et quasi une demi-lieue de large.
‘ Quittant ce fleuve, nous allîmes chercher au travers des bois la rivière appelée des sauvages
Kin8gamichich ; elle a son lit dans une terre, ou une allée toute plate qui regarde le nord ; ses eaux sont profondes, fort larges et toutes calmes ; elles se répandent en quelques endroits par des aulnes et pur des broussailles qui nous importunaient au dernier point. Nous avions navigué contre le courant de l’eau dans les deux précédentes rivières, nous commencâmes ici à descendre dans le lac Piagouagami sur les rives duquel habite la nation
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du Porc-Epie, que nous cherchions, Ce lac est si grand qu’à peine en voit-on les rives, il semble être d’une figure ronde, il est profond et fort poissonneux ; on y pêche des brochets, des perches, des saumons, cles truites, des poissons dorés, des poissons blancs, des carpes et quantité d’autres espèces.
“ Il est environné d’un pays plat, terminé par de hautes montagnes éloignées de trois où quatre ou cinq lieues de ses rives ; il se nourrit des eaux d’une quinzaine de rivières ou environ, qui servent de chemin aux petites nations qui sont dans les terres pour veuir pêcher dans ce lac, et pour entretenir le commerce et l'amitié qu’elles ont par entre elles. Nous voguîmes quelque temps sur ce lac, et enfin nous arrivâmes au lieu où étaient les sauvages de la nation du Porc-Epie, Ces bonnes gens nous ayant aperçus, sortirent de leurs cabanes pour voir le premier Français qui ait jamais mis le pied dessus leurs terres. Ils s’étonnaient de mon entreprise, ne croyant pas que jamais j'aurais cu le courage de franchir tant de difficultés pour leur amour. Ils me recurent dans leurs cabanes comme un homme venu du Ciel : l’un me donna un petit morceau de poisson séché à la fumée, l’autre uu peu de chair boucanée ; le capitaine me fit présent d’un castipitagan de Castor, c’est-à-dire d’une peau de cet animal, ouverte seulement par le col, en sorte qu'on dirait que le Castor est tout entier : “ Voilà me dit-il, mon Père, pour adoucir les fatigues de ton chemin ;
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nous ne te saurions exprimer la joie que nous avons deta venue ; une chose nous attriste, tu viens en une mauvaise saison, nous n’avons point de rets pour pêcher du poisson, et les eaux sont trop grandes pour prendre le Castor”. Jlne faut pas parler en ce pays ni de pain, ni de vin, ni de lit, ni de maison.
Le Père de Quen passa trois jours au lac Saint- Jean ; c’est ce lac que l’intrépide missionnaire venait de découvrir. A son arrivée au milieu de la nation du Porc-Epie, il fut vivement surpris de voir une grande croix que les sauvages avaient élevée à l'entrée du lac pour y aller faire leurs dévotions et appeler à leur inémoire la passion et la mort de Notre-Seigneur. Cette vue réjouit beaucoup le cœur de lapôtre et releva son courage abattu par les fatigues de ce pénible voyage. Il se mit aussitôt à l’œuvre :; il confessa les chrétiens, il conscla îes malades, il disposa les vieillards au baptême et leur dit de se rendre à Tadousac l’été suivant pour y recevoir le sacrement qui efface la tache originelle. Après avoir procuré toutes les consolations possibles à ces couragenx enfants de la forût, le Père s’embarqua dans sa petite gondole pour descendre à la mission Saiute-Croix, où il arriva après trois jours de navigation.
Au mois de mai 1652, le Père de Quen fit un second voyage à la mission du lac Saint-Jean, en
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compagnie de douze canots qui s’en allaient faire la traite des pelleteries avec les peuplades sauvages de cette région. En montant le Saguenay, “nous rencontrâmes souvent, dit le Père, sur les rives du fleuve qui nous portait, des tombeaux de trépassés : ces peuples, étant venus l’année pré-‘dente à Tadousac, furent saisis d’une maladie à leur retour qui en égorgea plusieurs. On voyait sur leurs sépuleres les marques de leurs croyances ; ils avaient dressé des croix sur quelques-uns, d’autres avaient planté un bâton sur le tombeau de leur ami, d’où l'on voyait pendre un chapelet : d’autres avaient mis un aviron marqué de croix sur lx fosse de quelque bon navigateur.” Le Père passa douze jours à la mission Saint- Jean, où il fut reçu avec les mêmes transports d’allégresse qu’on lui avait manifestée à son premier voyage. [ltit un très grand nombre de chrétiens parmi les sauvages campés sur les bords du lac.
Le Père de Quen, nommé supérieur des missions de la Nouveile-France, en 1655, occupa ce poste si important et si difficile, avec un zèle et une sagesse admirables, jusqu’à sa sainte mort, qui arriva à Québec le 8 octobre 1659. Voici ce qu'on lit sur sa mort dans le Diaire que nous avons déjà cité :
“ fe ler octobre 1659, le P, Jean de Quen s’alita “ei, le 8, il mourut de ces fièvres contagieuses ‘ qu'avait apportées le dernier vaisseau dont il est “ parlé ci-dessus. ”
LE PÈRE JEAN DE QUEN
“ Le 9, fut enterré le P. de Quen au matin, « presente corpore, dictæ duæ missæ privatæ, in sumno altari, dum diceretur officium.
Telle fut la fin de cette glorieuse vie : le P. Jean üe Quen mourut victime de sa charité et de son dévouement pour ses chers enfants des bois.
en au matin, e privatæ, in (2
:le P, Jean de de son dévoue-