‹ Découverte du Mississipi [sic] en 1659 [microforme]Chapitre 2 sur 4 · EN VENTE CHEZ · texte numérisé non relu

EN VENTE CHEZ

J. HOPE ET FILS, OTTAWA ; THE COPP-.CLARK CO., TORONTO BERNARD QUARITCH, LONDRES, ANGLETERRE

(8) Méuoinss 8, R. C,

Par M. BENJAMIN SuLTE.

(Lu le 20 mai 1908.)

Sommaire:—1650, dispersion de dix-sept bourgades de Hurons et des Outaouas d* Manitoualine; ies Hurons du Petun avec une tribu d’Outaouas se réfugient à la baie Verte.—1653, trois canots de ces gens vont par le nord et le Scint-Maurice jusqu'aux Trois-Rivières et annoncent qu’ils veulent rouvrir la traite avec les Français.—1654, ils descendent en bande sur le Saint-Laurent et repartent avec deux Français; à l'automne, les Iroquo:s attaquent leur fort dans ia baie Verte—1655, les Outaouas et les Hurons du Petun traversent le Wisconsin et s’établissent sur le Mississipi, à l’île Pelée, dans le lac Pepin. —1656, les deux voyageurs (noms inconnus) de 1654 reviennent de la baie Verte.—1657, par crainte des Sioux, les Hurons du Petun remontent la rivière Noire et s’arrêtent non loin du lac Supérieur.— des Outaouas vont se fixer à Kionconan, rive sud-est du lac Supérieur.— 1658, les sauvages du lac Srpérieur et de la baie Georgienne étant descendus aux Trois-Rivières, Chouart et Radisson ls accompagnent au retour et vont hiverner dans la baie Verte. Au printemps de 11659, tous deux se rendent en haut de la rivière aux Renards, chez des Mascoutins, où Chouart s’arrête tandis que Radisson descend la rivière Wisconsin, entre dans le Mississipi, visite le lac Pepin, l’île Pelée, puis explore les rivières de l’est et de Vouest, espérant découvrir le vrai pays du castor. Il pense que “la grande rivière ” abortit au Mexique. Après quatre mois de courses, il retrouve Chouart chez les Mascoutins et tous deux suivent la rivière aux Renards, revoient la baie Verte, entrent dans le lac Michigan, passent le détroit de Michillimakinac et arrivent au saut Sainte-Marie à l'automne. Au commencement de la saison des neiges, ils sont à l’extrémité ouest du dac Supérieur et vont durat l’hiver chez les Sioux au sud de Chagouamigon. Vers le printemps ©. 1660, ils retuurnent au lac Sup-rieur, prennent la rivière des Malomines et séjournent à la baie Verte j: qu'à la seconde moitié de juillet où ils partent pour le Canada. Ils décident que le Mississipi ne vaut pas le lac Supérieur pour le commerce du castor.

“Les Français ayant découvert ce Pays firent savoir de nation en

nation leur établissement, Les Algonquins demeurr: «» le long de da rivière des Outaouas, au Nipissing, dans le rivière de Français et entre icelle et Toronto,’ et les Hurons dans leur rncien LL Te (Mémoire de Nicolas Perrot, 9, 80.)

Pour l'intelligence de ce qui va suivre mettons les choses sous une autre forme,

La rive nord du Saint-Laurent, de Tadoussac à Montréal, était occupée par des tribus de langue algonquine: les Mon‘ignais du Saguenuy, qui se répandaient vers les Trois-Rivivres; le Attikamègues du Saint-Maurice rôdant jusqu'à l'Ottawa, la baie James, le Saint-Laurent ; les Algonquins de lOttawa dont 1: Pays était aussi bien Machiche et des Trois-Rivières,

Ces derniers se snbdivisaient en trois peuples localisés sur la rivière dite des Algonquins; les Iroquets, de Vaudreuil à la ville actuelle d'Ottawa; la Petite-Nation, à Papineauville; les Grands «lgonquins, à l’île des Allumettes. Le nom de rivière des Algonquins disparut après 1650 parce que les Troquois en avaient chassé tous les habitants. C'est à cette date que notre narration commence,

Les indigènes du lac Nipissing s'étaient vus décimés comme les autres en 1650; ceux qui restaient, réfugiés au nord, 8’alliaie tribus de la baie d'Hudson. Nicolas Nepissings tinrent ferme quelques années dans leu

, ? ces pauvres gens se réfugièrent, soixante lieues de

Nebicerini, et Sagard en 1624 met: Epicerinys. Les Relations adoptent le plus souvent Nipissiriniens, et parfois Bissiriniers — en langue algonquine: les Sorciers. Les Hurons les nommaient Squier.

hronons, Aski.

————— * Aujourd'hui nous disons inc Sim0e,

[wuura] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1650 C

cause de leur talent pour le négoce, Avant l'arrivée des Français, ces coureurs de bois faisaient la traite à de grandes distances au nord, à l’ouest, au sud. Ils entretenaient des ropports constants avec les Hurons de Penetanguishine, tout en disant que ces derniers avaient moins d'esprit que les autres sauvages. On accorde aux Nipissiriniens des facultés intellectuelles supérieures à celles de leurs voisins. Jean Richer et Jean Nicolet vivaient parmi eux entre les anr 1622 et 163%. A partir de 1633 ou Les voit à la traite des Trois-Rivières, Les missionnaires, qui les fréquentaient depuis 1615, établirent chez eux la mission du Saint-Esprit en 1640 et celle de Saint-Pierre en 1648. “C'est la nation que semble la moins éloignée de la foi, de tous ces peuples errants,” disait le père Jérôme Lalemurt dans la Relation de 1642, p. 09.

“Ils semblent avoir autant de demeures que l’année a de saisons.” (Relation, 1641, p. 81.) Vivant de pêche, de chasse et de commerce, ce devait être un ramas de gens du nord plutôt qu'appartenant à la wallée de la rivière Outaoua. Ils pariaient un idiome algonquin, c'est Pourquoi le père Paul Le Jeune étant aux Trois-Rivières, l'automne de 1636, e’ y recontrant des Nipissiriniens, dit: “Je fus consolé de vnir qu’ils entendaient mon baragouin Montagnés” (Relation, 1636, p. 53) Nous retrouverons ce peuple au cours de la présente étude,

A L. sortie de la rivière des Français, les Atchiligouans ou Achirigouans, de langue algonquine, avaient des rapports avec la tribu des Ataouabouskatouk du voisinage de la haie d'Hudson, et un certain nombre de ces derniers passaient les hivers su: la rive orientale de la baie Georgienne où demeuraient des petits 2 ss algonquins appelés, Outaoukamigonk, Sakahigmiriouek, Aou : (Ouasouarini), Atchougue (Outchougai). La dispersion de 163% n'empêcha point les Achirigouans de reprendre leur poste sur la re des Français et de

continuer leur trafic avec les Cristinos At: batouk

! Sur la côte nord de la baie Georgien d’Algoma) un autre peuple de langue algonquine était su eur et guerrier. On les nommait Amikoués parcequils se disais seerdants du Grand

Castor qui avait construit les chutes, les digue 2 les rapides de la rivière des Français. Sagard note que les Huror ppelaient le castor

Tsoutayé, Toutayé, et les Mortagnais, Amiscou : # e nom des Amirkoués, comne l’écrit Perrot, est algonquin et sigmit 8 Castors. On des qualifiait, en français, de Nez-Percés, Il: fu toujo bon amis de nos coureurs de bois. De 1633 à 1631 on en ;aerr contre les Puants de la baie Verte. Les hostilités érent en 1656. Ce peuple n’avait pas bougé du 1 ‘sinage de la rie

Jusqu’à 1650, où il prit l’habitude de sc retirer dans partie de l'année, par suite des maraudes des Iroquois,

A la côte sud-ouest du district d’Algoma il y avait, en 1640, les Nikikouch où Gens de la Loutre, les Michisaguek ou Mississakis ou Mississagués, tribu algonquine, “ fière et superbe,” qui se retira au sud-est du lac Supérieur, à Kionkonan, en 1650,

La carte de Dollier et Galinée, en 1669,! indique la “rivière de Tessalon,” comine aujourd’hui; plus à l’est le mot “ Mississagué ” à la sortie d'un cours d'eau; ensuite viennent les rochers et les îles où La Potherie disaient en 1700 que les Gens de la Loutre vivaient solitaires, Encore plus à l'est il y a “ Amik8e ” près d’une rivière, Il faut conclure que les Sauvages de cette côte nord ne s'étaient dispersés que momentanément, puisque de tout temps leur habitat fut le même,

“L'ancien pays des Hurons ” (Perrot, p. 80) était, avant 1650, la baie de Penetanguishine, Natawasaga, ainsi que le lac Simcoe,

Dès 1615 les Outaouas habitaient la grande île Manitoualine, C'était une nation amie de tous ses voisins, commerçante, voyageuse, peu adonnée à la culture, ayant quelques industries particulières et pas du tout belliqueuse, Elle parlait la langue algonquine, Les Jroquois l’enveloppèrent dans la disgrâce générale, car, depuis Michillimakinac jusqu'à la rivière des Algonquins (l’Outaoua), tous les peuples furent balayés en 1650,

Et même ces étonnants ravageurs entrèrent dans la rivière Sainte- Marie, décharge du lac Supérieur, où les Français avaient pénétré en 1622 pour la première fois, et les Sauteux, gens assez braves d'ordinaire, crurent prudent d'abandonner leur pays, mais ils y retournèrent bientôt. Nous continuerons de les appeler Sauteurs—avec Nicolas Perrot— quoiqu'on les trouve sous les noms de Pouitigoueieuhak, Pahouiting8achirini, Baouichtigouin, à l'origine, et, par la suite, Odgiboweke, Odjibewais, Ojibway, Chippeway.: C’étaient des Algonquins.

Nous avons fait le circuit de la baie Georgienne et parcouru la côte nord; il reste un mot à dire des aborigènes du lac Huron.

La destruction des dix-sept bourgades huronnes était complétée en 1650-51, ce qui “ donna l’épouvante chez les Outaouas et leurs alliés, qui étaient au Sankinon à l’anse au Tonnerre, à Manitoaletz et Michillimakinac. Ils furent demeurer ensemble chez les Hurons, dans l’île que l’on appelle l’île Huronne.” (Nicolas Perrot, p. 80.) Ceci demande explication. Au sud du lac Erié il y avait les Chats, qui n’émigrèrent nulle part mais furent anéantis sur place vers 1657. Les sauvages de “ Sankinon et de l’anse du Tonnerre ” (Etat du Michigan) n'étaient autres que les Mascoutins et il faut placer en 1656 leur abandon de ces lieux. Par conséquent, ils suivirent, à six ou sept années de dis-

? Voir le be] ouvrage de M. James H. Coyne récemment publié par la Société Historique d'Ontarlo.

* Ils appelaient le lac Supénieur Kitchigumi: les grandes eaux.

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(avis) DÉCOUV TE DU MISSISSIPI EN 1650 7

tance, les Outaouas de Manitouletz (Manitoualine) qui avaient décampé en compagnie des Hurons du Petun en 1650, En outre, arrivent à l'ile Huronne, à l'entrée de la baie Verte, les Mascoutins n'y trouvèrent ni les Outaouas ni les Hurons, qui étaient déjà partis pour l'ouest ainsi que nous le verrons bientôt,

La dispersion des tribus huronnes avait eu lie comme suit: la première bande se retira dans l’île Saint-Joseph, à ? lieues environ de Penetanguishine—en sauvage Ahoendoe, en anglais Christiun ou Charity Island—puis à Manitoualine; ce devait être en 1649, L deuxième se rendit aux Iroquois, espérant être mieux traitée, Une troisième, comprenant les Gens du Petun, s'enfuit à l'ile de Michillimakinac, en 1651 probablement, mais, pourchassée par les Iroquois, elle recula jusqu'à l’île Huronne, baie Verte, La quatrième demai'4a asile à la nation du Chat qui parlait sa langue—tous furent massac-és ensemble, La cinquième bande descendit à Québec, en 1650, avec le père Paul Ragueneau, et y demeura,

“Quand tous les Outaouas se furent répandus vers les lacs, les Saulteurs et les Mississakis s’enfuirent vers le nord, et puis à Kionconan;' faute de chasse.” (Pe rrot, p. 85).

“ La défaite des Hurons se répandit chez tous les peuples voisins; Veffroi s’empara de la plupart. 11 n’y avait plus de sûreté à cause des incursions que les Troquois faisaient dans le temps qu’on s’y attendait le moins. Les Nepiciriniens s’enfuirent au nord,? les Sauteurs et les Missisakis avancèrent dans la profondeur des terres. Les Outaouaks et ceux qui habitaient le lac Huron se retirèrent dans le sud et, s’étant tous réunis, ils habitèrent une île qui porte encore le nom de l’île Huronne. Les Hurons s’y étaient placés les premiers.” (La Potherie, IT, 52).

T’île la plus grande * qui se trouve à l’entrée de la baie Verte avait été occupée par les Poutéouatamis, lesquels demeuraient, en 1650, à quel.jues lieues dans l’intérieur de la baie, direction nord-ouest-ouest. Ces Poutéouatamis avaient été chassés du Michigan oriental par les Iroquois avant 1634.

Parmi les bandes de malheureux proscrits dispersées un peu partout à l’aventure, il en est une que nous suivrons de préférence dans cette étude—la tribe des Hurons du Tabac, les Petuneux, de la côte est du lac Huron, réfugiés (1651) dans l’île de Michillimakinac et, peu

aujourd'hui,

* Chez les Gens des T'rres, ainsi nommés parce qu'ils étaient à égule distan.e de la baie d'Hudso. et des lacs Nipissing, Huron et Supérieur,

* Elle a reçu le nom d'ile Huronne bien que les Hurons n'y aient séjourné que deux ans à peine. Ce doit être The first Landing Isle de Radisson, sur laquelle on dispute depuis quinze ans. Nous en Parlerons au printemps de 1660.

après, à la baie Verte, connue alors scus la seule désignation de baie des Puants.'

“ Les Tionnontatehronnons que nous appellions autrefois la Nation du Petun, de langue huronne, et les Ondataououat,® de langue algonquine, que nous appellons les Cheveux Relevés, à cause que leur chevelure ne descend point en bas, mais qu’ils font dresser leurs cheveux, comme une crête qui porte en haut—ont quitté leur ancien pays et se sont retirés vers les nations plus éloignées, vers le grand lac que nous appellons des Puants” (Relation, 1654, p. 9.)

Un parti iroquois fort de huit cents hommes s’avança, (1652?) jusqu’à l’île Huronne qu’il trouva déserte, car les Hurons et les Outaouas, avertis du danger par les éclaireurs qu’ils avaient envoyés à la découverte, s'étaient “retirés au Méchingan où ils construisirent un fort, dans la résolution d’y attendre leurs ennemis, qui ne purent rien entreprendre pendant les deux premières années.” (Perrot, p. 81). L'endroit de cette retraite est à la côte nord-ouest de la baie Verte, non loin de la ligne qui sépare le Michigan occidental du Wisconsin. Du temps de Perrot la division des Etats n'existait point.

Il faut ici corriger une erreur qui s’est introduite chez les historiens et que l’on trouve exprimée comme suit dans un travail du juge John Law publié par la Société Historique du Wisconsin, III, 95, année 1855 (voir aussi pages 112-13, 123-24, 508-9 du même volume): “En 1652, le père Dequerre, jésuite, partit de la mission du lac Supérieur et alla fonder une mission florissante aux Illinois, probablement celle de Saint-Louis où est situé Peoria. Il visita plusieurs nations des bords du Mississipi et fut tué au milieu de ses travaux apostoliques en 1661.” Aucun religieux du nom de Dequerre n’est connu de ceux qui ont étudié les archives du temps. De plus, en 1652, il était impossible qu’il y eut des prêtres, ni aucun Français, dans ces régions. Ce faux renseignement est tiré d’une liste du clergé commencée, il y a cent ans, par M. le grand-vicaire Noiseux et qu’il ne voulait pas publier, n’étant pas certain des faits qu’il y avait notés. On l’a cependant imprimée après sa mort. Le juge Law dit, encore d’après Noiseur. que, “en 1657, le père Jean- Charles Drocoux, jésuite, se rendit aux Illinois et retourna à Québec la même année,” mais il n’y avait pas de missionnaire au Wisconsin en 165%, et personne ne connaît le père Drocoux.

1 Les Puants, très féroces et assez nombreux, furent presque tous tués par les Illinois vers 1653,

* Nicolas Perrot, qui eut des rapports continuels avec eux, de 1663 à 1700, les nomme toujours Outaouas, Ondataoua signifie, en langue huronne, les gens des bois. Les Hurons vivaient en plaine,

(suzre] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1659 9

Il y avait alors quatre ou cinq ans que les Outaouas et les Hurons se trouvaient dépaysés et que leur commerce avec les Français ! était anéanti. Cette considération les détermina à tenter un effort suprême Pour se procurer des marchandises dont ils avaient grand besoin, ayant contracté l'habitude de s’en servir depuis plus d’une génération. “ Leur défaite ne faisait qu’augmenter le souvenir de se voir frustrés du commerce des Français. Ils firent cependant des tentatives pour trouver encore des voies propres à continuer la première alliance. En effet, trois Outaouaks des plus hardis s’embarquèrent (1653) dans un canot et prirent le nord du lac Supérieur pour éviter de tomber entre les mains des Iroquois. Après avoir passé de rivières en rivières, de portages en portages, ils tombèrent dans celle des Trois-Rivières qu'ils descendirent jusqu’à son embouchure, où ils trouvèrent un établissement français. Is y traitèrent de leurs pelleteries. Les grandes fatigues qu’ils eurent pendant le voyage, les empêchèrent de reprendre la même route. Il s’y (aux Trois-Rivières) trouva, par hasard, quelques Algonkins qui se préparaient à remonter chez eux; ils profitèrent de la même occasion, passant par le véritable chemin (l’Ottawa) qui mène à Outaouak, ne mar- Chant que la nuit de crainte de tomber entre les mains de leurs ennemis, et arrivèrent enfin à l’île Huronne au bout d’un an, avec l’applaudissement général de leurs camarades qui avaient désespéré de leur retour.” (La Potherie, IT, 52). L'auteur a l’air de croire que les Hurors et les Outaouas étaient encore à l’île Huronne en 1653, mais il paraîtrait que dès 1652, ils l'avaient abandonnée.

Voici un passage du Journal des Jésuites qui complète ce renseignement: “Le 31 juillet 1653, arrive (à Québec) un canot des Trois- Rivières, qui nous apporte la nouvelle de l’arrivie de trois canots du pays des Hurons, savoir: Aennons huron, Mang8ch nipissirinien, Mat8tisson que les Hurons appellent Ondatenront, EentaSai ct Totraenchiarak, Andarahitronnons, et deux OndataSa8al:, vel Sta8ak (Outaouas) savoir: Teochia8enté et Otontagonen; lesquels sept sauvages ont apporté nouvelles que toutes les natiôns algonquines s’assemblent avec ce qui reste de la nation du Petun et de la nation Neutre, à Atotonatendié, à trois

journées au-dessus du Sault Skiaté ? tirant vers le sud. Ceux de la nation Se NP NS ie

les Hurons appelaient les Français “Agnonha, gens de fer ou qui se servent de fer, ou le fer même, car ils nommaient quelquefois les haches agnonha, qu'ils appellent autrement atouhoin.” (Sagard: Histoire du Canada, 1636, p. 221.) * Le saut Sainte-Marie, La carte de Sanson, 1656, porte à cet endroit le mot Skiaeronon, ce qui veut dire en langue huronne “la tribu de Skiae.” Brulé qui vit le saut en 1622, le mentionna à Champlain, c'est pourquoi la

carte de 1632 l'appelle “Saut de Gaston,” en l'honneur du frère du roi Louis XHIT,

du Petun ont hiverné à Teatontoraï, les Neutres au nombre de 800 à Skentchiote, vers Tetotchanontian, lesquelles deux nations se doivent

rendre l’automne prochain à Atotonatendié, où dès maintenant ils sont mille hommes, savoir :

400 Ondatonatendi,

200 8ta8ak ou Cheveux Relevés.

100 tant ASctatsiSaentronnons que de la nation d’Atchasi,

200 Enskiateronnons.

100 tant AScchisaetronnons que Achir8achronnons.

C’est Acha8i qui, conduit toute cette affaire.”

Est-ce lui qui parla d’une grande rivière située plus loin que la baie Verte et qui se décharge dans la mer? Marie de l’Incarnation mentionne ce fait dans une lettre du 24 septembre 1654. C’est la plus ancienne notion du Mississipi, celle de Jean Nicolet exceptée.

UT

“ Ce succès si favorable les obligea plus que jamais, et leurs voisins, à faire des parties de chasse. Ils descendirent ensuite (1654) en flotte chez les Français, sans se mettre en peine de tous les obstacles et de tous les dangers qu’ils pourraient courir. Ils y furent reçus avec agrément. On les régala; il y goutèrent du pain avec délice, des pruneaux et autres choses qu’ils trouvèrent meilleures que leurs mets ordinaires. Après avoir commercé leurs pelleteries, ils s’en retournèrent chez eux ravis d'y trouver leurs familles fort paisibles.” (La Potherie, II, 53).

“Une flotte parut dans le lointain, qui descendait les rapides et les chutes d’eau qui sont au-dessus de Montréal. On eut sujet de craindre que ce ne fut une armée ennemie, mais on reconnut aux approches que c’étaient des amis qui venaient de quatre cents lieues loin, nous apporter des nouvelles de leur nation et en savoir des nôtres. Les habitants de Montréal et des Trois-Rivières eurent une double joie, voyant que ces canots étaient chargés de pelleteries que ces. nations viennent traiter pour nos denrées françaises” (Relation, 1654, p. 9.) Le narreteur ajoute que ces sauvages, étaient “partie de la nation du Petun, partie Ondataouaouats,” comme nous l'avons fait entendre plus haut. Ils étaient cent vingt hommes, En chemin ils avaient fait “ rencontre de quelques Iroquois Sonnontochronnons et de quelques gens de la nation du Loup, alliés des Iroquois Anniehronnens, qui-étaient à la chasse, Ils en firent treize de captifs, qu'ils’ voulurent point traiter dans les cruautés ordinaires, non pas même leur lier les bras ni les mains. Dieu

* Mahingane, Mohicans,

[suure] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1659 11

adoucit les cœurs barbares quand c’est lui qui veut faire la paix. Cette troupe victorieuse, arrivée heureusement à Montréal, y ayant vu la disposition des esprits et que tout tendait à la paix, fit présent de ses captife à Sagochiendagethé, capitaine onnontaehronnon qui, de son gré, y était demeuré pour ôtage, attendant le retour du Français! amené captif. Ce ne sont que festins et que chants de joie, dans une douce impatience qu’on voit au plutôt ce retour. Là-dessus le Français arriva comme il aété dit au chapitre précédent. Les Iroquois onnontaehronnons qui le ramenaient nous firent voir que Dieu travaillait plus que nous à l’affermissement de cette paix. Ils nous apprennent qu’une nouvelle guerre leur était survenue qui les jette tous dans la crainte; que les Ehriehronnons (nous les appellons la nation du Chat) arment contre eux. . . . . que cette nation a poursuivi une de leurs armées... qu’un de leurs plus grands capitaines a été pris . . . . que tout est en feu dans les quatre nations des lroquois supérieurs . . ... Quelques Hurons qui se sont répandus partout lors que deur pays fut ruiné, se sont joints aux Chats et ont suscité cette guerre qui donne de la terreur aux Iroquois.”

La présence des Outaouas et des Hurons sur le Saint-Laurent ouvrait une ère nouvelle à l’ambition des marchands de fourrures et au zèle des missionnaires. On invitait les Français, de la part de nations presque inconnues, à parcourir l’ouest, le nord et le sud, leur promettant un trafic avantageux. Les pères jésuites entrevoient là une abondante moisson à recueillir pour le bien des âmes.

La compagnie des Cent-Associés qui avait la prétention d’être toute chose dans le Bas-Canada, mais qui, en réalité, n’était rien parce que ses affaires avaient toujours été mal conduites, s’effaçait presque entièrement en 1644 pour laisser le champ libre à une nouvelle organisation aussi mal administrée que la première; de sorte que, en 1652, la banqueroute était aux portes. Alors une société de la Rochelle prit en main le commerce du castor, sans faire beaucoup mieux. Et la guerre des Iroquois ne s’arrêtait pas! La colonie française, composée de sept à huit cents personnes, se voyait sur le point de retourner en France pour éviter un désastre général. Cette époque est désignée dans notre histoire comme “les temps héroïques.” Nous étions une centaine de familles distribuées à Québec, Trois-Rivières, Montréal, et livrées sans protection à la rage des Iroquois, néanmoins, il y avait dans ces groupes des hommes assez intrépides pour aller à quatre et cinq cents lieues découvrir des nations barbares et rapporter de leurs courses les précieuses dépouilles des hôtes des bois qui luttaient sur les marchés

= tre autres un jeune chirurgien enlevé le printemps de cette année par une troupe d'Onneyouts, près de Montréal,

M. Jean de Lauzon, gouverneur général, envoya deux hommes avec les marchandises nécessaires pour la traite des pelleteries. Ils partirent avec les sauvages ci-dessus le 6 août 1654. Ce voyage marque dars l'histoire des découvertes de l’ouest. Nous ne connaissons pas les noms de ces coureurs de bois, mais i era parlé d’eux plus loin.

L'opinion généralement reçue est que c'étaient Médard Chouart et Pierrc-Esprit Radisson, Comme ils reviendront dans ces pages, il faut voir quelle était leur situation en 1654, après quoi le lecteur portera son jugement. Disons de suite que Chouart et Radisson nous paraissent étrangers aux deux hommes dont il s’agit, toutefois c’est le moment de parler d’eux.

Chouart était arrivé à Québec en 1642 ou 1643, âgé de dix-sept à dix-huit ans. 1] entra au service des jésuites qui l'employèrent dans les missions huronnes. Sur la fin de l'été de 1616 nous le voyons revenir en compagnie de Gilles Bacon, autre engagé des jésuites, lequel était porteur d'échantillons de minerai et de pierres dont M. de Montmagny, gouverneur général, et d’autres personnes s'occupèrent, mais que les circonstances de temps ne permirent pas d'étudier à fond. On peut supposer que Chouart n’était pas étranger à ces découvertes de métaux. Quoi qu'il en soit, daus ses courses vers l’ouest, il avait dû apprendre quelque chose des Cristineaux ou Kilistinons qui habitaient entro le lac Supérieur et la baie d'Hudson. Dès le même automne de 1646, il repartait pour les grands lacs. A son retour, l’année suivante, il épousait, à Québec, Hélène Martin, fille du propriétaire des fameuses plaines d'Abraham. En 1649, il passa en France et en revint l’année d’après, si l’on en juge par la naissance de son filg Médard, en 1651, à Québec. Le Journal des Jésuites, du 16 juillet 1653, le mentionne retournant d’un voyage en Acadie et l'appelle Groseilliers—première trace de ce surnom.

Radisson, âgé d’une vingtaine d’années, arriva de France au commencement de l’été de 1651 et se rendit aux Trois-Rivières, chez sa sœur Marguerite, femme de Jean Veron de Grandmesnil. Il devait avoir deux autres sœurs dans ce lieu: Françoise et Elisabeth, non encore mariées. Rien n’irdique qu'il connût Chouart, dont l'épouse mourait à Québec cette même année. Notre jeune homme passa un an à se familiariser avec la vie du canotier et du coureur de bois, apprenant l'algonquin et le huron, deux langues mères répandues, à l'exclusion de toute autre, depuis Québec jusqu’à l'Ohio et au Wisconsin. Ses progrès furent rapides sans doute, car il était doué de talents d’assimilation remarquables, avait de la lecture, la faculté d’observation et une excellente mémoire, Avec cela, méthodique et ayant beaucoup voyagé pour son âge. Robuste de corps, d’un esprit #njoué, brave, un peu gascon, circonspect, il offre un caractère à étudier, et sa longue

Hg

[suure] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1659 18

carrière, ses aventures, ses écrits invitent à lui donner une place spéciale dans l’histoire qui nous occupe.

Les Iroquois rôdaient toute l’année autour des Trois-Rivières à cette époque. Un jour du mois de juin ou juillet 1652, Radisson, avec deux chasseurs, parcourait la banlieue et se trouvait seul un moment lorsqu'il se vit entouré d’une trentaine d’ennemis qui l’enlevèrent. Trois ou quatre semaines plus tard, au même endroit, fut tué le gouverneur des Trois-Rivières avec une vingtaine d'hommes (19 août 1652). Le captif est entraîné sur la rivière Richelieu et eubit le supplice des verges dans un village des environs d’Oswego, où ses ravisseurs le donnert à une famille iroquoise, Il déserte, se sauve jusqu’au lac Saint-Pierre, est de nouveau capturé, ramené au même village, tourmenté par le feu, puis gracié et retrouve sa place ou milieu de ses “frères et sœurs.” Ayant pris son parti de devenir sauvage, il accompagne une armée qui va en expédition vers Buffalo. Au printemps de 1653 il est chez les Tsonnontouans. Ensuite il va à Orange (Albany) avec ceux qui portent des fourrures aux Hollandais (automne) et y rencontre le père Joseph Poncet racheté des Iroquois par le chef du poste. A peine retourné dans son village, la nostalgie le prend, il s’évade et revoit le fort Orange (29 novembre) d’où on l’embarque pour la Hollande, Le 4 janvier 1654 il est à Amsterdam et, vers le printemps, arrive à la Rochelle comptant sur un navire en destination de la Nouvelle-France.

Dans la narration de ses voyages,’ il dit (p. 86) qu’il attendait à la Rochelle l’occasion de repartir pour le Canada et, sur ces mots, il termine son récit. La ligne suivante porte le titre de Second Voyage. Celui-ci débute en disant qu’un bateau de pêche le prit, le 15 mai, en route pour Percé, et qu’il y arriva le 7 du même mois, ce qui n’est pas possible. Il doit y avoir un feuillet omis. Il ajoute aussistôt que, cinq jours après, il était à Québec. En quelle année ceci eut-il lieu et d’où venait-il? De l’Acadie probablement, car les vaisseaux de France n ‘aient pas à Québec avant le 15 juin et même plus tard. Ce qui : fait croire, en outre, que les vingt premières lignes du second voyzse ne sont pas la suite du précédent, c’est qu’elles se terminent par ces paroles: “The year before the French began a new plantation in the upper country of the Iroquoits,” et, comme ce nouvel établissement des Français, chez les Onnontagués, avait eu lieu l’été de 1656, il va de soi que Radisson reparut à Québec et aux Trois-

* Publiée en 1885, pour la première fois pr la Prince Society, de Boston. L'écrit est en anglais, évidemment rédigé par Radisson, car il fourmille de phrases qui ont la forme française et de termes de coureurs de bois. Ajoutons qu'il a été mal lu par le copiste et par l'éditeur.

Rivières en 1657. Reste à savoir ce qu’il a fait du printemps de 1654 au mois de juin 1657; il ne le dit nulle part.

En tous cas, lors de son retour aux Trois-Rivières, il a dû apprendre que son beau-frère, Jean Veron de Grandmesnil, avait été tué le 19 août 1652, et que la veuve s'était remariée le 24 août 1653 avec Médard Chouart des Groseilliers; de plus, que Françoise, son autre sœur, avait épousé Claude Volant l'hiver de 1653-54. La troisième sœur, Elizabeth, se iiaria avec Claude Jutra le 20 novembre 1657, probablement en sa présence. .

Puisque nous ne savons pas ce qu'était devenu Radisson du printemps de 1654 au mois de juin 1657, voyons si Chouart nous échappe également durant cette période. Le 24 février 1654, il est cité comme sergent-major de la garnison des Trois-Rivières. Le 19 mars suivant, aux Trois-Rivières, “ madame Desgroseilliers ” présente en cour une réclamation contre Mathieu Labat, sans doute en l’absence de son mari. Au même lieu, en 1655 “ Marguerite Hayet,”? paraît en cour “vu l’absence de son mari.” Le 9 septembre 1656, Chouart est parrain d’une petite sauvag”sse aux Trois-Rivières,

Donc, si l’on soutient que les deux hommes envoyés par M. de lauzon dans l’ouest, le 6 août 1654, et qui revinrent à la fin d’août 1656, étaient Chouart et Radisson, nous ne pouvons pas produire un alibi, mais nous demandons sur quoi l’on se base pour affirmer un tel fait. Ce ne peut être qu’une supposition et, sur ce terrain, comment expliquer que M. de Lauzon ait fait choix de deux “ voyageurs ” aussi peu serviles que ceux-là? Ils n’étaient pas du parti du gouverneur, si nous entendons bien les choses de ce temps. Encore, pourquoi Radisson, dans ses écrits, n’en parle-t-il pas? Tout ce que nous connaissons de lui donne à croire fermement que jamais, avant 1058, il n’a vu louest—et pourtant il note que Chouart y était allé autrefois. —du temps des jésuites chez les Hurons. 11 ne cache point que d’autres Français avaient parcouru ces contrées. Pas un mot de lui-même à cet égard; il se présente là, comme chez les Iroquois en 1652, faisant son premier voyage et voyant partout du nouveau, Nous ne croyons pas au prétendu ou supposé voyage de Chouart et Radisson dans l’ouest, du mois d'août 1654 au mois d'août 1656.

Suivons maintenant les sauvages partis du Saint-Laurent avec les deux hommes de M. de Lauzon, le 6 août 1654, et qui tous arrivèrent à la baie Verte chez les Poutéouatamis.

* C'est le nom de la famille Radisson.

(suurx] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1659 15

“Quelque temps après (ce retour) un de leurs canots donna avis d’une armée d’Iroquois qui était fort proche. L'alarme + répandit bien vite dans tous les lieux circonvoisins. Toutes € nations se réfugièrent' chez les Poutéouatamis, qui étaient à un sournée plus loin. Ils n’eurent pas de peine à faire un grand fort où elles se trouvèrent à l'abri des Iroquois, en cas qu'ils voulussent y faire quelqu’enterprise. Ceux-ci, qui avaient trouvé l’île Huronne abandonnée, poussèrent jusqu'aux Poutéouatamis, non pas comme des conquérants mais comme des suppliants qui imploraient leurs secours. En effet, la famine devint universelle parmi les Iroquois. Il se fit cependant un traité de paix * de part et d'autre. Les Iroquois se flattaient qu'ils en viendraient tôt ou tard à bout, comme ils avaient fait des Hurons après une paix semblable à celle qu’ils avaient faite «vec eux trois ans auparavant. Les Poutéouatamis les econnurent duus cette conjecture pour les maîtres de toutes les nations, ils ne cessaient point de les applaudir et de les louer de ce qu’ils avaient soumis les Hurons qui étaient les plus fiers et les plus redoutables. Ils ne voulaient pourtant pas sortir de leur fort, se contentant de leur envoyer des vivres dans leur camp. Peu s’en fallut que tous les Iroquois ne périssent dans un grand festin qu’ils lur avaient préparé, dont les viandes étaient empoisonnées. Une Huronne qui avait son fils prisonnier parmi les Iroquois leur en dor:a avis. Ce projet avorta, ceux-ci se retirèrent sans avoir pu réussir. [es uns retournèrent sur leurs pas et les autres suivirent le bord du lac Huron pour y trouver de quoi subsister plus aisément” (La Potherie, II, 59-55.)

Le récit de Perrot contient les mêmes faits avec quelques détails en plus. “Ils (les Iroquois) firent encore quelques efforts pour réussir et mirent en campagne une espèce de petite armée, afin de détruire les villages de ce novel établissement, qui avaient déjà beaucoup travailler à défricher les terres. Ils eurent cependant assez de temps pour recueillir leur grain avant l’arrivée de l'ennemi, car ils avaient toujours soin de tenir du monde à la découverte pour n’être pas surpris, qui les découvrirent véritablement, Les Irroquois arrivèrent donc erfin un matin devant le fort qui leur parut imprenable. Dans cette armée il y avait plusieurs Hurons issus de ceux qu’on voulait attaquer et dont les mères avaient évité la défaite qui arriva lorsque les Iroquois furent

* D'après Perrot, p. 81, le déplacement des réfugiés de l’île Huronne pour se rendre chez les Poutéouatamis aurait eu lieu en 1652, et il ajoute que les Iroquois furent deux années sans reparaître,

* De 1637 à 1697 il s'est écoulé soixante ans durant lesquels les Iroquois ont négocié ou consenti soixante traités de paix aussitôt rompus que proclamés.,

* Non plus l'île Huronne, mais le fort des Poutéouatamis au nord-ouest de la baie Verte.

dans leur ancien pays. L'ennemi manquait déjà de vivres, parce que dans la route qu’ils avaient tenue jusqu'alors, il’ ne s'était rencontré que très peu de bêtes. On parlementa et l’on proposa de traiter d’une paix ensemble: savoir que les Hurons qu’ils avaient dans leur armée seraient rendus; ce qui fut écouté et accordé. Pour conclure les prôpositions, on convint que six chefs entreraient dans le fort des Hurons, et qu’en échange ils en livreraient six de leur côté en Ôôtage. C'est ainsi que la paix fut faite et arrêtée entre eux. Les Outaouas et les Hurons firent présent aux Iroquois de quelques viandes, et en traitèrent aussi avec eux pour des colliers de porcelaine et des couvertes. Ils demeurèrent campés plusieurs jours pour se refraîchir, sans néanmoins entrer dans le fort beaucoup la fois, mais quelques-uns seulement, que les Outaouas tiraient par-dessus les palissades avec des cordes,

“Les Outaouas firent savoir à l’armée C8 Trroquois, avant leur départ, qu’ils étaient dans le sentiment de leur faire présent à chacun d'un pain de blé d’Inde. Ils composèrent un poison pour y mettre. Quand ces pains furent cuits, ils les leur envoyèrent; mais une femme huronne qui avait son mari parmi les Iroquois, savait le secret et en avertit son fils; elle lui dit de n’en point manger parce qu’ils étaient empoisonnés. Son fils en donna sitôt avis aux Irroquois, qui en jettèrent à leurs chiens, dont ils moururent. Il n’en fallut pas davantage pour les assurer de la vérité de cette conspiration, st se résoudre à partir sans vivres. Ils résolurent de se partager en deux partis, dont l’un relâcha delà (mots illisibles)? qui fut défait par les Saulteurs, Mississakis et les gens de la Loutre? (qui veut dire en leur langue Nikikouet) dont il y en eut peu qui échappèrent. Le gros parti poussa plus loin * et se trouva en peu de temps parmi les buffles. Si les Outaouas avaient été aussi braves que les Hurons, et qu’ils les eussent poursuivis, égard à la digette où ils étaient, ils les auraient sans doute défaits; mais quand ils eurent (les Iroquois) abondamment de vivres, ils avancèrent toujours, jusqu’à ce qu’ils tombèrent sur une petite brigade d’Illinoëts dont ils défirent les femmes et les enfants; car les hommes s’enfuirent vers leurs gens qui n'étaient pas bien éloignés delà. Ils s’assemblèrent d’abord, et couru-

Probablement ‘“de!à la Ibaie des Puants, au lac Huron,” où ils furent battus.

* Les Sauteux, du saut Sainte-Marie, les Mississagués et les Gens de la Loutre on Nikikouets, de la côte d'Algoma, nous sont connus, Il ne Paraît pis que les Amikoués ou Castors aient formé partie de l'expédition. La victoire mentionnée dans la Relation de 1671, p. 32, colonne 2, n'a pas eu pour théâtre le lac Huron, mais le territoire des Amikoués, au nord-ouest de la baie Georgienne,

* Au sud, chez les Illinois, par le lac Michigan.

(suzrs] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1659 17

rent après les Irroquois qui ne s’en méfiaient pas; après les avoir joints la nuit, ils donnèrent dessus et en tuèrent plusieurs. D’autres villages Illihoëts qui chassaient aux environs, de distance en distance, ayant eu avis de ce qui se venait de passer, accoururent et trouvèrent leurs gens qui venaient de faire coup sux les Irroquois. Lls se joignirent ensemble, s’encouragèrent, et s'étant hâtés, attrapèrent l'ennemi, lui donnèrent combat et le défirent entièrement ; car il y en eut très peu qui se rendirent à leurs villages. C’est la première connaissance que l’Illinoëts a eue de l’Irroquois et qui leur a été fatale (aux Iroquois) mais dont ils se sont bien vengés.” (Perrot, 82-83).

Reprenons le texte de La Potherie, II, 55: “Les Iroquois se retirèrent sans avoir pu réussir. Les uns retournèrent sur leurs pas et les autres suivirent le bord du lac Huron : pour y trouver de quoi subsister plus aisément. Ces derniers se trouvèrent dans de vastes campagnes, où ils tuèrent quantité d’ours, de bœufs, biches, cerfs, chevreuils et toute sorte de gibier. Plus ils avançaient, plus ils rencontraient de ces animaux. Un Iroquois qui était écarté de ses camarades découvrit des pistes d'hommes et aperçut presque en même temps de la fumée. Il en donna aussitôt avis aux autres qui reconnurent un petit village * d’Islinois. Ils donnèrent dessus sans trouver de résistance, n’y ayant que des femmes et des vieillards, le reste äu village étant dispersé à la chasse. Un chasseur qui arriva le premier fut bien surpris de ne voir à sa rencontre que des cadavres. 11 en porte la nouvelle à plusieurs autres villages voisins ; l’on joignit en peu de jours les Iroquois. Les Islinois leur livrèrent combat, les défirent et ramenèrent tous les prisonniers. Les Iroquois n'avaient jamais été dans ces quartiers, mais toutes ces vastes camp..gnes ont été depuis le théâtre de la guerre.”

Des soixante bourgades, des vingt mille guerriers et des cent vingt mille âmes des Illinois il ne restait plus que deux ou trois bourgades en 1658—les autres avaient émigré de l’autre côté du Mississipi, dans Plowa, poursuivis jusqu’au grand fleuve par les Iroquois. On voit que Perrot et La Potherie disent juste en faisant allusion aux malheurs qui résultèrent pour les Illinois de l'épisode de 1654.

Notre objet principal étant de suivre le groupe d’Outaouas et de Hurons du Petun qui se tenait dans la baie Verte, il faut voir leurs mouvements au cours des années 1654-57. Voici comment s'exprime

Il faut lire: lac des Illinois appelé Michigan. * Le copiste de Perrot a lu ‘ brigade.” Ce doit être “ bourgade ” puisque La Potherie met ‘ village.” (Remarque du R. P. Tailhan.) Sec. I, 1903. 2.

Nicolas Perrot, p. 85: “ Les Outaouss, craignant de n'être pas assez forts pour soutenir les incursions des Irroquois, qui étaient informés de l'endroit où ils avaient fait leur établissement, se réfugièrent au Mississipi, qui se nomme à présent la Louisiane.” Mettons que ceci eut lieu l’antomne de 1654 ou en 1655, car c : verra plus loin que la chose ne tarda guère. Le pussuge suivant entre dans certains détails additionnels:

“ Ces peuples (Outaouas et Hurons) qui avaient été assez heureux d'éviter leur perte, jugèrent bien qu’il n'y avait pas grande sûreté de demeurer dorénavant dans un pays qui pourrait devenir la proie des Jroquois, quelque paix qu'ils eussent faite avec eux. Ils se réfugièrent dns l’ouest,® chez des nations qui les reçurent favorablement. Ils s’y seraient établis s'ils ne s'étaient pas vus trop éloignés des Français, et s’il y avait eu des arbres pour faire des canots qui leur étaient absolument nécessaires. Ils quittèrent ce pays et s’établirent sur le Mississipi qui les charma par la quantité d'ours, de biches, cerfs, chevreuils, caators, surtout de ces bœufs qui ont le poil aussi fin que de la soie, dont on a fait des chapeaux il y a peu d’années en France, et de toutes sortes de gibiers dont les rivières et les campagnes, les forêts étaient remplies.” (La Potherie II, 55-6.)

“Les Hurons de la nation du Petun appelés Tionnotanté, ayant autrefois été chassés de leur pays par les Iroquois, se réfugièrent en cette île si célèbre pour la pêche, nommée Missilimakinac; mais ils wy purent rester que peu d'années, ces mêmes ennemis les eyant obligés de quitter ce poste si avantageux. Ils «e retirèrent donc plus loin, dans les îles qui portent encore leur nom et qui sont à l’entrée de la baie des Puants; mais ne s’y trouvant pas encore assez en assurance, ils se retirèrent bien avant dans les bois? et, de là, enfin choisirent pour dernière demeure l’extrémité du lac Supérieur,‘ dans un endroit qu’on a appelé la pointe du Saint-Esprit” (Relation, 1672, p. 36.)

Amenaient-ils avec eux les Français de M. de Lauzon, ou si ces deux hommes restèrent à la baie Verte? Cette dernière hypothèse nous semble la plus acceptable ® par le désir qu’ils devaient avoir de

1 Les écrivains du Wisconsin et du Minnesota disputent sur ces mouvements de la bande huronne-outaouaise, faute de connaître les faits dans leur ensemble,

* Au sud du lac Supérieur.

* Wisconsin et Mississipi, 1655-66.

* En 1657.

# La Relation de 1658, p. 21, dit que, à trois journées par eau du bourg Saint- Michel (Poutéouatamis) tirant dans les terres, est la nation des Maskoutensak et des Outitchakouk. Les deux Français qui ont voyagé en ces contrées-là disent que ces peuples sont de très douce humeur.”

(suzrs] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1650 19

retourner chez eux en 1655, Quant à nos Sauvages, Perrot ajoute: “Ils montèrent ce fleuve’ à douze lieues ou environ d'Ouisconchin (la rivière Wisconsin) où ils trouvèrent une autre rivière qui se nomme des Ayoës (Iowa à présent). Ils la suivirent jusqu'à sa source et rencontrèrent des nations qui les reçurent cordialement. Mais, dans toute l'étendue du pays qu’ils parcouraient n’ayant pas vu de lieu propre à s'étab'ir, à cause qu'i! n’y avait du tout point de bois. et qu’il ne paraissait que prairies et rases campagnes, quoique es et autres bêtes y fussent en abondance, ils reprirent !: m e pour retourner sur leurs pas et, après avoir encore une fois a Louisiane,* ils montèrent plus haut. 11 n'y furent pas ps sans s’écarter pour aller d'un côté et d'autre à la chasse: je pe

partie seulement de leurs gens que les Scioux rencoutrèr, nt et amenèrent à leurs villages. Les Scioux, qui n'avaient sx si

naissance des armes à feu et autres instruments qu’ils ieur we, ne se servant que de couseaux de pierre de moulange et de es de cailloux, espérèrent que ces nations nouvelles, qui s'étaient s-swochées d’eux, leur feraient part des commodités qu’ils avaient. Croyant qu'ils étaient des esprits parce qu'ils avaient l'rsage de ce fer qui m'avait pas de rapport avec tout ce qu’ils avaient, ils lex menèrent à leurs vill

et puis les rendirent à leurs gens.

“Les Outaouas et les Hurons les reçurent fort bien à ‘ur tow sans néanmoins leur faire de grands présents. Les oux éta revenus chez eux, avec quelques petites choses qu’ils av. 1 reçues à Outaouas, en firent part aux autres villages leurs rliiés et donner aux uns des haches et aux autres quelques couteaux ou alènes. To ces villages envoyèrent des députés chez les Outaotas, où, sitôt « furent arrivés, ils commencèrent, suivant la coutume, à pleurer tout ce qu’ils rencontraient, pour leur marquer la joie sensible qu’ils avaient de les avoir trouvés, st les exhorter d’avoir pitié d’eux, +» leur faisant part de ce fer qu'ils regardaient comme une divinité.

“Les Outaouas, en voyant ces gens pleurer * sur tous ceux qui & présentaient devant eux en conçurert du mépris et les regardèrent comme d:s gens bien au-dessous d’eux, incapables même de faire la guerre. Ils leur donnèrent aussi une bagatelle, soit couteaux ot alènes, que les Scioux témoignèrent estimer beaucoup, levant les yeux

* Le Mississipi. La Mère de l'Incarnation écrivait dès 1654: “ Des sauvages fort éloignés disent qu'il y a au-dessus de leur pays une rivière fort précieuse qui aboutit À une grande mer que l'on tient être celle de la Chine.”

“ La sortie du Wisconsin.

* Cette manière de témoigner son admiration existait en Europe, au dire de madame de Créquy. Vers 1750, deux Lithuaniens de nobles familles répandirent d'abondantes larmes, en présence de la société parisienne, en visitant les musées et les maisons priicières,

au ciel et le bénissant d’avoir conduit ces nations dans leur pays, qui étaient en état de leur procurer do si puissants moyens pout faire cesser leur misère. Les Outaouns, qui avaient quelques fusils, les tirèrent et le bruit qu'ils firent les épouvanta tellement qu'ils s’imaginèrent que c'était la foudre ou le tonnerre dont ils étaient maîtres Pour exterminer ceux qu'ils voulaient, Les Scioux faisaient mille caresses aux Hurons et Outaouas Partout où ils étaient, leur marquant toutes les soumissions possibles afin de les toucher de compassion et d'en tirer quelque utilité, mais les Outaouas en avaient d'autant moins d'estime qu'ils insistaient à se tenir devant eux dans ces postures humiliantes,

“ Les Outaouas se déterminèrent enfin à choisir l'île Pelée pour s'établir; où ils furent quelques années* en repos. Ils y reçurent souvent le visite des Scioux, Mais un jour il arriva que les Hurons, étant à la chasse, rencontrèrent des Scioux qu'ils tuèrent; les Scioux, en peine de leurs gens, ne savaient ce qu'ils étaiont devenus; ils en trouvèrent, quelques jours après, les cadavres auxquels on avait coupé la tête. Ils retournèrent au village en diligence porter cette triste nouvelle et encontrèrent quelques Hurons en chemin qu'ils firent prisonniers, Quand is furent arrivés chez eux, les chefs les relâchèrent et les renvoyèrent à leurs gens. Les Hurons, ayant assez d’audace pour s’imaginer que les Scioux étaient incapables de leur résister sans armes de fer et à feu, conépirèrent avec les Outaouas de les entreprendre et de leur faire la guerre, afin de les chasser de leur pays et de se pouvoir étendre davantage pour chercher leur subsistance. Les Outaouas et les Iurons se joignirent ensemble et marchèrent contre les Scioux. Ils crurent que, sitôt qu'ils paraîtraient, ils fuiraient, mais ils furent bien trompés, car ils soutinrent leurs efforts et même les repoussèrent et, s'ils ne s'étaient retirés, ils auraient été entièrement défaits par le grand nombre de monde qui venaient des autres villn de leurs alliés à leur secours. On les poursuivit jusqu’à leur établissement, où ils furent contraints de faire un méchant fort, qui ne laissa pas d’être capable de faire retirer les Sc :oux, puisqu'ils n’osèrent entreprendre de l’attaquer. Les incursions conéinuelles que les Scioux faisaier sur eux les contraignirent de fuir, Ils avaient eu ‘ennaissance d’une rivière qu’on nomme le rivière Noire; ils entrèrent dedans et,

* Offrant une belle plaine sans arbres, à trois lieues au-dessous de l'embou-

chure de la rivière Sainte-Croix dans ie Mis-issipi, À l'entrée du lac Bonse-

Cours ou Pepin, appelé lac des Pleurs par Hennepin en 1680, parce que les Sioux pleuralent de ravissement à la vue des articles de fabrique européenne qu'il leur montrait,

? Tout au plus de l'automne de 1655 à l'automne de 1657 ou même au printemps de 1668,

(evurs) DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1050 21

étant arrivés là où elle prend sa source, les Hurons y trouvèrent un lieu Propre pour s'y fortifier et y établir leur village. Les Outaouas poussèrent plus loin et marchèrent jusqu'au lac Supérieur et fixèrent leur demeure à Chagouamikon.” :

Récapitulons ce qui concerne les Outaouns et les Hurons du Petun: 1651, ils laissent leurs Pays pour se rapprocher du Michigan nord; 1652, vont à l'ile Huronne; 1653, reculent jusque chez les Poutéouatamis au nord-ouest de la baie Verte; envoyent trois canots vers le Canada pour renouer des relations commerciales; 1654, vont traiter en Canada; retournent avec deux Français; leur fort de la baie Verte est menacé par les Iroquois; 1655, se dirigent aux sources de la rivière Wisconsin; descendent au Mississipi; passent deux ans à l'ile Pelée; 1657, les Hurons se rendent aux sources de la rivière Noire pour y demeurer; les Outaouas s’avancent jusqu'au lac Supérieur et s’y fixent?

Que se passait-il, durant ce peu d'années, à l'égard des Iroquois ? Ils étendaient leur puissance. La force et la valeur que ce peuple déployait à la pratique de la guerre provenait de son organisation, de sa discipline, de son esprit de suite, infiniment supérieur à tous ce qui se voyait chez les autres nations sauvages. Il tendait à dominer de vastes territoires afin de tenir dans sa main le commerce des fourrures dont le débouché se trouvait, pour lui, dans les comptoirs hollandais, anglais et suédois des bords du: l'Atlantique, par opposition aux Fran- Gais du Saint-Laurent, aussi employait-il toute sa vigueur à :e rendre maître du pays et du monopole qui devait résulter de ses conquêtes.

Ayant tourné leurs vues du côté des grands lacs, les Cinq-Nations commencèrent en 1654 à demander la paix avec la colonie française, Prenant pour prétexte que les Eriés (les Chats) du sud du lac Erié leur faisaient la guerre à l'instigation d’une tribu huronne réfugiée Chez cux. Les Eriés périrent tous dans cette lutte ou furent incorporés à l’élément iroquois. Tout aussitôt, en 1656, les Français conclurent la paix et une colonie des nôtres alla s’établir chez les Oanontagués, Comme marque de confiance .dans le bon esprit des Cinq-N:tions. Alors, les M amis, situés près du lac Michigan, reçurent la visite des

* La Poth :le II, 56, se borne à dire: “ Les Nadouayssioux en avaient ombrage et en tuèrent plusieurs. Ils furent encore contraints de quitter quelques années après ce pays si délicieux et vinrent demeurer à Chagouamikon, sur le lac Supérieur, où ils demeurèrent jusqu'à la paix des Iroquois (1670) avec les Français et toutes les nations, après laquelle ils se rapprochèrent de leur Pays natal,”

* 11 va de soi que d'autres petites bandes de Hurons et d'Outaouas cireulaient {ans ces territoires indépendamment 4e ceux qui nous occupent ici,

destructeurs iroquois; ces Pauvres gens se retirèrent (1657) dans la vallée de l'Illinois. C’était au tour des Illinois à disparaître, aussi, dès 1656, on les voit s'éloigner des rives occidentales du lac Michigan pour prendre la route de l’ouest et s'établir de l’autre côté du Mississipi, dans l’Iowa, qui avait été leur ancienne patrie et où ils vécurent quinze ou seize ans. Les Kikapous du voisinage du Détroit s'étaient réfugiés, en 1653, à l’île Manitoualine; de nouvelles incursions les repoussèrent plus loin et ils prirent refuge au Wisconsin.

Les Gens du Feu, en langage huron-iroquois Atsistaguerhonor,

étaient appelés Maskouteuch par les Algonquins, ce qui veut dire “ habitants de la plaine” Atsista signifie le feu et ronon les hommes, tels que irini en algonquin et vir en latin. Ces Mascoutins sont mentionnés en 1615 comme faisant la guerre aux Sauvages du nord du lac Huron, principalement les Cutaouas de l’île Manitoualine, mais ces derniers s’entendaient avec les Neutres (côte nord du lac Erié) qui harcelaient continuellement les Mascoutins; cet état de choses se maintenait en 1646 et ne finit qu’en 1650, lorsque les Iroquois furent maîtres du Haut- Canada. Sur la carte de Champlain (1632) la nation du Feu est placée à l’ouest de la ville actuelle du Détroit, en un lieu nommé “ Bistagueronon.” Ce peuple avait sa droite vers lextremité du lac Erié, tandis que sa gauche touchait à la baie de Saginaw. Nous sommes porté à croire que l’on peut considérer les Mascoutins comme le principal peuple de cette région jusqu’au passage de Makinac. “Cette nation du Feu est plus peuplée, elle seule, que tous ensemble ceux de la na.i.n Neutre, tous les Hurons et les Iroquois ennemis des Hurons. Elle contient grand nombre de villages qui parlent la langue algonquine, qui règne encore plus avant” (Relation, 1644, p. 97-8). Le père Pierre Pijart, en mission dans la contrée des Hurons du Petun (vers Goderich) durant l’hiver de 1640-41, s’était assuré que les Mascoutins parlaient Valgonquin. Deux de ces Sauvages, pris à la guerre en 1646, dirent que leur nation n’avait jamais vu d'Européen. Les événements empêchèrent qu’on ne visitât jamais ces 8e2s dans le Michigan. L'une de leurs tribus, les Ouchaouanag, est mentionrée en 1648, mais elle n’avait aucun rapport avec les missionnaires, Lorsque les Iroquois demandèrent la paix aux Français, en 1656, c'était afin de se trouver libres du côté du Bas-Canada; aussitôt ils portèrent leurs armes au sud et c’est alors que les Mascoutins abandonnèrent leur patrie pour se réfugier vers lIndiana et le Wisconsin. Sur sa carte de 1660, le père Ducreux les place encore derrière le Détroit, parce que ses renseignements à ce sujet dataient de cinq ou six années déjà. Le Relation de 1658, P. 21, dont la substance est de 1657 au moins, les montre un peu à l’ouest de Milwaukee, où Radisson et Chouart les visitèrent en 1659.

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