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Ce balayage accompli, les Troquois levèrent le masque et, en 1658, rompirent la paix avec les Français.
A partir de 1650, les Hurons, Outaouas, Sauteurs, Mississaguis, Amikoués, Atchiligouans, Nikikouëts et Nipissiriniens, fuyant la hache de lIroquois, portèrent dans la baie Verte, le Wisconsin, le Minnesota, la connaissance des armes à feu et de plusieurs ustensiles que, par le moyen de leur: relleteries, ils avaient obtenus du Canada, I s'établit des rapports entre ces peuples divers, même ceux du nord, et le saut Sainte-Marie avec la baie de Chagouamikon devinrent les centres du commerce. Les Sioux ne tardèrent pas à connaître l’existence des Français, en commençant par admirer les articles de traite dont leurs nouveaux amis se servaient avec un orgueil et une ostentation qui les faisaient passer pour des êtres supérieurs aux autres Sauvages. Enfin, les Hurons et les Outaouas, arrivant à l’île Pelée, avaient découvert le Mississipi et n’en faisaient pas mystère. Dès 1656, à leur retour de la baic Verte, les deux traiteurs de M. de Lauzon devaient être en état de parler des “ grandes eaux” dont Jean Nicolet avait fait mention vingt ans auparavant.
L'action hardie des Outaouas et des Hurons rouvrant la traite (1654) avec la colonie française ne fut pas répétée l’année suivante, mais, er 1656, les sauvages de la Baie renouvelèrent cet exploit, malgré les embuscades dans lesquelles ils auraient pu tomber.
Puisque les Hurons du Petun et leurs amis les Outaouas rôdaient alors au Mississipi, quels étaient done ces Sauvages de la Baie qui allèrent en traite sur le Saint-Laurent avec les deux hommes de Lauzon ? Un mélange de nations—Sakis, Poutéouatamis, Malomines, Mantouck, tous de la Baie—des Sauteurs, Mississigués, Amikoués, etc., de la baie Georgienne, sans oublier des Outaouas du saut Sainte-Marie qui nous paraissent avoir été les chefs de cette expédition.
“Le sixième jour du mois d'août 1654, deux jeunes Français, pleins de courage, ayant eu permission de monsieur le gouverneur du pays (Jean de Lauzon) de s’embarquer (à Québec) avec quelques-uns de ce peuple (les Outaouas) firent un voyage de plus de cinq cents lieues... , Ils pensaient bien retourner au printemps de l’année 1655, mais ces peuples ne les ont ramenés que sur la fin d’août 1656. Leur arrivée a causé une joie universelle à tout le pays, car ils étaient accompagnés de cinquante canots chargés de marchandises que les Français vont chercher en ce bout du monde. Cette flotte marchait gravement et en bel ordre, poussée par cinq cents bras sur notre grand fleuve, et conduite par au-
tant d’yeux, dont la plupart n’avaient jamais vu les grands canots de bois, je veux dire les navires des Français, Ayant mis pied à terre au bruit étonnant des canons, et ayant bâti en un moment leurs maisons volantes, les capitaines montèrent au fort Saint-Louis pour aller saluer monsieur (Jean de Lauzon) notre Bouverneur, portant leurs paroles en la main: c'étaient deux présents, qui passent Pour des paroles parmi ces peuples. L’un de ces présents demandait des Français pour aller passer l'hiver en leur Pays; et l’autre demandait des pères de notre compagnie, Pour enseigrer le chemin du ciel à toutes les nations de ces grandes contrées. On leur répondit à Jeur mode par des présents, leur accordant
appelé les Puants, à cause qu’ils ont autrefois habité sur les rives de la mer qu’ils nomment Ouinipeg, c’est-à-dire eau Puante. Les Liniouek (Illinois) qui leur sont voisins, sont environ soixante bourgades. Les Nadouesiouek en ont bier: quarante. Les Pouarac (Sioux guerriers) en ont pour le moins frente. Les Kiristinons Passent tous ceux-là en étendue: ils vont jusqu’à la mer du nord. Le pays des Hurons, qui n'avait quo dix-sept bourgades dans l'étendue de dix-sept lieues ou environ, nourrissait bien trente mille personnes... Disons en quatrième lieu, que ces deux jeunes hommes n’ont pas perdu leurs peines dans leur grande course; ils n’ont pas seulement enrichi quelques Français à leur retour, mais ils ont donné beaucoup de joie à tout le Paradis, ayant baptisé et envoyé au ciel environ trois cents petits enfants” (Relation 1656, p. 39). :
M. Charles Aubert de la Chesnaye, agent de la compagnie de traite de Rouen, était à Québec depuis une année. Dans un mémoire qu'il écrivit en 1696, il raconte que les deux Français revenus en 1656 des contrées de l'ouest rapportaient, chacun, potr quatorze ou
* Et non pas en 1676 comme il est dit à la page 245 du tome I des Documents sur la Nouvelle-France.
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quinze mille francs de pelleteries, sans compter qu’ile amenaient avec eux des sauvages portant des pelleteries pour cent mille écus. “ Ils me firent procès, ajoute-t-il, pour s’exempter des droits du quart, parce qu’ils disaient qu’on leur avait Vobligation d’avoir fait descendre une flotte qui enrichisait le pays.”
La Compagnie Rouen-la-Rochelle avait le monopole du commerce de la Nouvelle-France depuis 1654, mais elle était trop pauvre, et aussi trop peu entreprenante pour aller jusqu’au lac Supérieur chercher les fourrures que son privilège lui accordait à elle seule. ’étaient donc les particuliers qui pouvaient se charger des risques et des périls de ces sortes d’aventures et, lorsqu'ils réussissaient, la compagnie exigeait d’eux une remise de vingt-cinq par cent de la valeur marchande des peaux. Dans le cas qui nous occupe ici, les deux Français avaient été envoyés, équipés sans doute, par M. Jean de Lauzon, gouverneur général, et la chose paraîtra singulière qu’il refusât d’acquitter le droit légal du quart, mais souvenons-nous que Lauzon avait été l’âme des Cert-Associés; que voyant approcher la débâcle financière, il s’était fait nommer gouverneur (1651) afin de rétablir la situation de la compagnie; que, en 1654, il- avait. fallu céder le monopole de la traite à un syndicat de la Rochelle et de Rouen. Lauzon était donc simple Souverneur général et non plus directeur du commerce en 1654, lorsqu’il expédia ses deux hommes, aussi ne voulut-il pas reconnaître les prétentions des commerçants qui l’avaient supplanté.
Le voyage de 1654-56, qui tira de l’ouest des masses de pelleterie et attira immédiatement le trafic des peuples de la baie d'Hudson chez les Outaouas du lac Supérieur, sans compter la participation de la baie Verte, n'aurait pas eu lieu sans l'initiative de Lauzon qui voulait se refaire de ses pertes d'autrefois! L'été de 1656, ce gouverneur retourne en France, de son Propre mouvement, et son fils le remplaça tant bien que mal.
“L'an 1656, dit la Relation de 1660, p. 29, une flotte de trois cents Algonquins supérieurs : venant ici en traite, nous donna espérance qu’en se jettant parmi eux nous Pourrions remonter ensembla en leur pays et y travailler au salut de ces peuples. Deux de nos pères s’embarquèrent Pour ce sujet, mais l’un fut obligé de rebrousser chemin, et l’autre qui était la père Léonard Garreau fut tué (sur l’Ottawa) par les Iroquois.” Médard Chouart devait être de ce voyage, d’après ce que dit son beau-frère Radisson. Il aurait done hiverné dans l’ouest.
Les “chemins coupés par les Iroquois ” depuis 1648 se rouvraient sous l'initiative des Outaouas et des Hurons et, par la suite, le commerce des Français avec l’ouest ne devait se trouver interrompu ou
* Bale Verte, saut Sainte-Marie, côte d'Algoma,
gêné que rarement, quand la situation du Bas-Can
les affaires, ou lorsque les Iroquois se décidaient quelque part.
Ainsi donc, bientôt la grande traite de l'été descendrait du lac Supérieur, se joindrait aux gens de la baie Verte à la bouche de la rivière Sainte-Marie, passant par le nord de la baie Georgienne, la rivière des Français, le lac Nipissing, la rivière Mattawan, et l’ancienne rivière des Algonquins, Pour arriver à Montréal, étant, par sa force même, à l’abri des attaques.
De là vint cette habitude de qualifier la rivière abandonnée pas les Algonquins de “ route des Outaouas — ce que l’on nomme à présent la rivière Ottawa." Cependant le terme de “ Grande Rivière ” à toujours été le plus populaire depuis près de trois siècles. Le père Allouez écrivait en 166% (Relation, p. 17), que les Outaouas, “ prétendent qu *. grande riv'ère leur appartient et qu'aucune nation n’y Peut naviguer sans leur ‘onsentement; c’est pour cela que tous ceux qui vont en :raitc aux Français (Montréal), quoique fort différents de
nation, portent le nom général d'Outaouacs, sous les auspices desquels ils font ce voyage.”
ada entravait trop à frapper un coup
Chouart a-t-il été dans l’ouest avec les sauvages qui y retournaient en 1656? Voyons d’abord la marche de cette caravane: “ Les Outa- Ouas descendirent en gros aux Trois-Rivières, On leur donna des missionnaires: les Hurons eurent le Père Garot et les Outaouas le P. Mesnard,? avec cinq Français qui les accompagnèrent, Le Père Garot fut tué par la bande du Bâtard Flammand, qui (le Père Garreau) s’était embarqué «vec les Hurons (et fut tué) sur le lac des Deux- Montagnes, où il (le Bâtard Flamand) avait fait construire un fort; mais ayant laissé passer le gros des Outaouas et des Saulteurs, qui étaient bien meilleurs Canotteurs que les Hurons, ils (les Iroquois) les joignirent quoique bien éloignés d'eux, les défirent et en prirent plusieurs, Les Irroquois et les Français étaient alors en paix. Le Bâtard Flammand fit transporter le corps du père à Montréal, qui était alors déjà établi. On lui demanda, sitôt qu’il fut arrivé, pourquoi il avait tiré sur le père; il répondit que lui ni ses gens ne l’avaient pas tué; que c'était un Français qui, ayant déserté® de Montréal, était venu joindre son parti, dans le temps qu'il (le Bâtard Flamand) allait