CREER
* De 1615 à 1700 on la voit désignée sous le nom de rivière des Prairies, voir la carte de Sanson, année 1650,
* Non. C'était le père Dreuillette, * Voir une note du Père Taïlhan, p. 230 du mémoire de Perrot.
[sure]
dresser des embuscades aux Outacuas, qui voulaient monter la rivière des Prairies! Ce Français fut remis au gouverneur et passé par les armes,® faute d’exécuteur. Le Bâtard Flammand amena plusieurs prisonniers hurons, auxquels il fit brûler les doigts, sans aucune opposition de la part des Français, et leur accorda la vie quand il les eut rendus dans son village. Ils n’oublieront jamais la manière dont nous les avons abandonnés dans cette occasion à la discrétion de leurs ennemis” (Nicolas Perrot, p. 84.)
Comme le père Dreuillette, le frère Louis Le Boëme et les Fran- Sais qui avaient persisté à les suivre jusqu’au-dessus de Montréal rebroussèrent chemin après l’attaque des Iroquois, devons-nous supposer que Chouart fut le seul à accompagner les sauvages dans leur pays, alors Que nous ne savons pas même s’il formait partie du voyage ?
Rien ne nous induit à croire que les Outaouas et les Hurons descendirent au Saint-Laurent l’année 1657, de sorte que Chouart n'aurait guère eu occasion de retourner aux ‘rois-Rivières, s'il était parti pour l’ouest en 1656 *—pourtant Radisson nous dit que son beau-frère et d’autres Français étaient revenus des lacs en 1657.
La traite de 1657 se tit par le Saint-Maurice. Peut-être Chouart en était-il; cela justifierait Radisson. Voici ce que nous pouvons dire à ce sujet: Le 20 avril 1657, huit Français des Trois-Rivières, avec vingt canots d’Algonquins partaient par la rivière Batiscan, qui est à six ou sept lieues au-dessous de la ville, Ils passèrent vingt-huit sauts en quatorze jours et arrivèrent au terme de leur course le 28 mai, après avoir recontré soixante-quatorze sauts ou portagcs; ils rentrèrent aux Trois-Rivières le 15 juillet,‘ chargés de castors, “ Is virent des Poisson-Blanes (Attikamègues) qui demandent à prier Dieu, des Agouing8isek et des Kiristinons, qui sout proches de la mer du nord.” (Journal des Jésuites, 15 juillet 1657.)
Le 17 novembre 1657, une chaloupe remplie de Sauvages arriva à Québec portant la nouvelle que plus de soixante canots chargés de pelleteries avaient abordé aux Trois-Rivières, qu’ils étaient en partie de la nation des Poissons-Blancs, et d’autres peuples plus au nord, dont quelques-uns n’avaient jamais vu d’Européens; ils étaient tous gens bien faits et de belle taille, mais d’une nature timide et peu
* C'était alors le nom de la rivière appelée plus tard O: taoua, et Ottawa.
“Faillon: Histoire de la Colonie, II, 257. L te
* Ne pourrait-on offrir au lecteur le calcul suivant: Marie-Anne, fille de “’Médard Chouard dit Des Groizeliers et Marguerite Haiets sa femme,” née et baptisée aux Trois-Rivières le 7 août 1657, donne à penser que le père était en ce dernier lieu durant les mois de novembre-décembre 1656.
* Le 18 juillet 1657, Chouart est présent devant la cour, aux Trois-R'vières, Le 5 octobre suivant, il est parrain d'Ignace Aubuchon,
entreprenante. Ils avaient été attaqués par les Iroquois, deux ou trois années auparavant, dans leurs bourgades, à la hauteur des terres, et avaient cru prudent de se réfugier chez les autres nations plus éloignées. Pcur aller à la mer du nord par le Saint-Maurice, la Relation dit que l'on va environ cent cinquante lieues, jusqu’au lac Ouapichiouanon ; de là on va trouver la baie des peuples nommés Kilistinons qui sont sur la mer du nord. Du lac Ouapichiouanon on descend aux Trois- Rivières en sept journées.“ Mais voici encore un nouveau chemin du pays des Hurons aux Trois-Rivières. « Sortant du lac nommé Temagami, c’est-à-dire eau profonde, que je crois être la mer Douce des Hurons et la source du grand fleuve Saint-Laurent: ayant fait auelque chemin sur ce grand fleuve, on traverse environ quiuze lieues, par des petits ruisseaux, jusqu’au lec nommé Ouassisanik, d’où sort un fleuve qui conduit aux Trois-Rivières. C’est par ce chemin que vingtcinq canots Nipisiriniens arrivèrent, il y a environ deux ans (1656) chargés d'hommes, de femmes, d’enfants et de pelleteries. Ils nous dirent qu'ils avaient trouvé partout de l’orignac ou des castors, ou des poissons, dont ils avaient fait leur nourriture, Ils nous assuraient qu’il serait facile À nos Français, partant des Trois-Rivières, de se rendre dans un mois à la mer Douce des Hurons.” 1
D’après notre manière de voir, Chouart a passé l’hiver de 1656-57 aux Trois-Rivières; il a pu former partie de l'expédition sur le haut Saint-Maurice, du 20 avril au 15 juillet 1657, mais Radisson n’en était Pas puisque, à la fin de juin ou au commencement de juillet, il s’embarquait aux Trois-Rivières pour aller au pays des Iroquois (pages 87, 95, 97 de sa narration).
Au mois de juin 1657 on organisait à Québec un envoi d’hommes pour renforcer la petite garrison française établie chez les Onnontagués l’année précédente. Radisson se rendit à Montréal pour s’adjoindre à eux, Car C'était l’endroit du rendez-vous général. Il dit qu’il s’écoula quinze jours avant lembarquement (26 juillet) et qu’ils partirent au nombre de quatre-vingts Troquois, une centaine de Huronnes, dix à douze Hurons, vingt Français et deux pères jésuites. La route se fit par le Saint-Laurent, A Onnontaguë le major Zacharie Dupuis et ses trente soldats avaient construit un fort, mais la situation était devenue des plus alurmantes. Dès l’automne (1657) on eut connaissance d’un complot Pour massacrer les Français, lequel, toutefois, fut suspendu en apprenant qu’une cinquantaine d’Onnontagués allaient passer l’hiver à Québec. Le 20 mars 1658, Dupuis convoqua les Sauvages à un grand festin et, les ayant gorgés, on profita de leur sommeil pour déguerpir à la faveur
? Journal des Jésuites, 17 novembre 1657 p. 12.
; Relations, 1658, pp. 12, 20-21; 1660,
nm
[svzrs)] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1659 29
de la nuit aussi bien que d’une tempête de neige qui effaçait les traces des fugitifs. Ils étaient 53 hommes, dont 3 périrent dans le voyage. Radisson (pp. 126, 128, 130, 131, 133, 134) dit qu'ils furent six semaines à descendre, puis il ajoute qu’ils arrivèrent à Montréal à la fin de mars, mais nous savons que c’était le 3 avril.
La débâcle du fleuve avait lieu en ce moment. Peu de jours après, Radisson était aux Trois-Rivières, Chouart et lui résolurent d'aller à la découverte des grands lacs dont parlaient les aborigènes “et qui ont été ‘us, car mon beau-frère y a fait plusieurs voyages du temps que les pis jésuites demeuraient vers le lac des Hurons, sur le bord de la mer” (P. 1%4). Tout ceci est conforme à l’histoire, excepté la mer et ses rivages. ;
Le mystère de l’ouest était déjà passablement débrouillé si l'on en juge par la lettre de la Mère de l’Incarnation du 24 septembre 1654, signalant le Mississipi, sans le nommer, et les Relations des pères j'suites de 1654 à 1658 énumérant les peuples lointains dont on avait connaissance, toutefois, le marasme dans lequel végétait le Bas-Canada empéchait de donner suite au mouvement commercial inauguré par les Outaouas, les Hurons, les Sauteurs et les Nipissiriniens. M. Jean de Lauzon, dépité de ses insuccès, était retourné en France l'été de 1656, laissant les affaires à un de ses fils qui les passa, l’année suivante, à M. d’Ailleboust, en attendant une décision de Paris. Le 11 juillet 1658, M. d’Argenson arriva, mais sans troupes, sans argent, sans ressources d’aucune sorte. Il ne voulut voir—avec raison—que la nécessité immédiate d’entraver ou d’anéantir la puissance des Iroquois et il rédigea des mémoires dens ce sens—on les laissa dormir dans les bureaux de Paris. L’amalgame ou replâtrage commercial “qui se nommait depuis trente ans les Cent-Associés, depuis vingt ans la compagnie Cheffault, depuis 1644 la société des Habitants, depuis 1655 le syndicat Rouen-Rochelle, toas rouages les uns dars les autres, ne valait absolument rien.
Deux hommes surgirent à point pour créer un prestige français dans les régions de l’ouest, Nous allons les voir à l’œuvre.
C’est à la mi-juin 1658,2 rapporte Radisson (p. 136), que Chouart et lui s’embarquèrent aux Trois-Rivières avec deux pères jésuites, vingtneuf Français, «t des Outaouas, Hurons, Amikoués, Sauteurs, qui ‘re-
? Le 12 avril 1658, aux Trois-Rivières, il est parrain d'Ignace Pellerin dit Saint-Amant.,
* Marguerite, fille de Chouart, étant née aux Tro!s-Rivières le 15 avril 1659, nous supposons que le départ ci-dessus doit Plutôt compiler du 15 Juillet, au moment où M. d'Argenson venait d'arriver de France,
80 SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA tournaient dans leurs Paÿs respectifs après la traite, Les “ vingt-neuf gaillards” se targuaient de faire un voyage de conquérants, de quoi Radisson se moque avec entrain, disant que tout cela est fort bon lorsque l’on parle des dangers, des peines et des misères que l’on ne connaît pas; il leur prédit qu’ils baisseront leur caquet une fois soumis à l'épreuve, comme cela est arrivé (p. 141).
On ne passa pas, malgré la coutume, par le bras baigne l’île de Montréal au nord, car il fallait se rendre à la ville pour y prendre huit Outaouns et deux Français qui attendaient cette occasion. “Sans cela, nous serions allés par la rivière des Prairies” (p. 137).
La rivière des Prairies portait ce nom depuis quarante ans et, le
plus souvent, on désignait ainsi toute la rivière des Algonquins qui prit le nom de route des Outaouas vers 1670. Le bras de cette rivière qui Passe entre l’île Jésus et la terre-ferme du nord et dont notre voyageur parle ici spécialement, porta aussi (1640) le nom de Saint-Jean, en honneur de l'interprète Jean Nicolet.
Les Iroquois qui, depuis 1650, étaient maîtres de ayant chassé les Algonquins, ne tardèrent pas à se montrer dès que la flottille eut quitté le lac Saint-Louis pour seidinger à l’ouest. Au lac des Deux-Montagnes et aux approches du Long-Sant, il y eut des escarmouches. Les sauvages agissaient sans discipline, se débandaient, s’ex- Posaient inutilement, de sorte qu’il en périt treize, tant tués que prisonniers. Les “ gaillards,” voyant cela, rebroussèrent chemin, laissant Chouart et Radisson seuls avec les Sauvages épouvantés (p. 141). Heureusement, les attaques ne se renouvelèrent pas et l’on parvint “in a place calld the lake of Castors, which is some 30 leagues from the first grcu iake * (p. 143). Ce premier grand lac est la baie Georgienne. Dans un autre endroit de ses écrits (P. 90) notre voyageur observe: “ Neere the lake of the Hurrons some 40 leagues eastward there is another lake belonging to the nation of the Castors, which
is 30 miles about.” C’est le lac Nipissing, qui portait les deux noms
de Castors et Sorciers à Cause des Nipissirininens et des Nez-Percés ou
Amikoués qui demeuraient dans son voisinage. Amikoué veut dire
castor, aussi Nicolas Perrot et autres de la même époque les désignent-
ils parfois sous ce nom. Rerdus là, ils avaient fait soixante ,portages
depuis Montréal (p. 144) et ils prirent quelques jours .de repos, car il y avait abondance de poisson dans le lac.
La décharge du lac des Cas
de rivière qui
ces régions, en
(sozrs,
voir que la route se fit par l'Ottawa et non pas par 1. Saint-Laurent, les lacs Saint-François, Ontario et Erié, comme plusieurs le prétendent,
À la sortie de la rivière des Sorciers ou des Français, la flottille se divisa en deux bandes: l'une de sept Canots, allant vers la côte nord où Algoma, où devaient s'arrêter les Amikoués, tandis que les gens du saut Saint-Marie et les Outaouas pousseraient Plus loin pour se rendre chez eux; l’autre, composée de Hurons, inclinant au sud, en côtoyant les rivages de la baie Goergienne, Avec ces derniers étaient Chouard et Radisson, “ We saw by the Way the place where the ffathers Jesuits had heretofore (de 1634 à 1650) lived, a delicious place, albeit we could but see it afarre off” (p. 145). Une fois de plus, il faut reconnaître qu'il n’y a rien du lac Erié ou du lac Sainte-Claire dans ces descriptions,
Nos deux explorateurs arrivèrent au village des Hurons qui étaient avec eux; C'était sur l’une des îles Manitoulines (p.146). Ces familles huronnes avaient fui en 1650 de la baie de Penetenguishine pour ne pas être massacrées par les Iroquois,
Chouart et Radisson, apprenant qu'il y avait dans Je voisinage un parti d’Iroquois, induisirent les guerriers hurons à leur donner la chasse, ce qui eut lieu avec succès: “We gave them the assault when they least thought of it. We played the game so furiously that none escaped. The day following we returned to our village with 8 of our enemys dead and 3 alive. The dead weare caten and the living weare burned with a small fire to the rigour of cruelties.” (p. 147.)
Aux îles Manitoualines il y avait des Cheveux Relevés ou Staring Haïrs, comme Radisson les appelle, mais il ne semble pas les apparenter avec les Outaouas, pourtant c'était la même nation,
En visite chez ce peuple, nos voyageurs apprirent que les Poutéouatamis, occupant le nord-ouest de la baie Verte, désiraient les recevoir, et ils se rendirent chez eux dans l'intention d'y passer l'hiver! Une fois là, ils firent connaissance avec des Escoteckes ? ou Nation du Feu peuples établis sur la rive sud-ouest de la rivière aux Renards, quelque part vers le comté de Green Lake, Wisconsin. Ce peuple avait été chassé des environs du lac Sainte-Ulaire (côté sud) par les Iroquois, en 1656, et s'était rapproché du passage de Michillimakinac, avait passé à la baie Verte et s'était enf °ré à la rivière du Loup qui se déverse dans le lac Winnepagoes, en han de la rivière
aux Renards, à neuf milles du coude de la rivière Wisconsin, et il
? Radisson dit que c'est le plus beau Pays du monde (p. 150).
* Radisson a dû écrire Mascotekes, Ce terme signifie terrain de plaine en langue algonquine. Les Hurons êt les Iroquois les appelaient Atsistagherronnons ou Gens du Feu, et Ontaougannha: ceux aut Perient mai, Les Français disaient Maskouteng, Macoutenks, Mascoutins,
s'étendait jusqu'à À lwaukee et Chicago, En 1658 il comptait trente bourgades situées “au sud-ouest quart de sud, à six ou sept journées de Saint-Michel ” (mission des Poutéouatamis) En 1670-72, il était encore dans le même pays!
Au printemps de 1659, dit positivement Radisson, lui et Chouart, s’avancèrent jusqu’à ce peuple, qui leur parla des Sioux, et même des Christinos, nation errante des bords de la baie d'Hudson dont une partie passait les hivers au sud du lac Supérieur. (pp. 146, 148.9.) L'objet de nos deux aventuriers étant de trouver le pays des fourrures par excellence, ils questionnaient les Sauvises et se faisaient raconter l'état des choses dans les contrées qu'ils n'avaient pas encore vues.
Il faut omettre les réceptions enthousiastes des Cheveux-Relevés, des Poutéouatamis et des Mascoutins, pour s'en tenir à ln pensée qui dominait nos explorateurs, c’est-à-dire la découverte de territoires de plus en plus vastes, contrées du castor et es belles pelleteries en général. Les Mascoutins offraient de les conduire jusqu'aux Christinos, mais Radisson (p. 149) observe que cela ne pouvait entrer que plus tard dans son programme: “ We desired not to goe to the North till we
had made a discovery in the South, being desirous to know whai they did.”
Ici se pose un problème: savoir si Radisson est parti du village des Mascoutins pour se rendre au Mississipi. La narration qu'il donne de ce voyage se trouve intercalée, sans à propos, dans la descente de l'Ottawa en 1660 (p. 167-9) où elle est manifestement hors: de place. Ilyaun fait incontestable, c’est que le récit en question nous mène au grand fleuve; reste donc à savoir quand eut lieu le voyage. Nous verrons, par la suite, que ce devait être au printemps de 1659, puisqu'il n’y a pas moyen de le placer à une autre date durant les années 1658-60. On a voulu que ce fût durant l’hiver de 1659-60, alors que Chouart et Radisson exploraient le lac Supérieur et le pays des Sioux, mais, outre que la chose n’était pas possible sur les neiges, le Mississipi vu par Radisson était plus bas que le lac Pepin et il lui donne une largeur “comparable à notre Saint-Laurent ” d’après la Relation de 1660, p.12. Ce n’est plus le Mississipi des Sioux, qu’il eut toutefois occasion de voir six mois plus tard.
Chouart ne fut pas du voyage, on ne dit pas pourquoi, Peut-être a-t-il alors exploré Milwaukee et Chicago, dont il n’était pas éloigné.
Le nom était donné, mais {1 n'y avait e l'ou:st.
* Relations, 1622, p. 14; 1640, pp. 35, 98; 1641, P. 69; 1644, p. 98; 1647, p. 77; 168, p. 22; 1670, pp. 94, 97, 99; 1671, pp. 25, 42-5; 1672, p. 41.
ncore aucun missionnaire dans
(euurs) DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1659 88
Au milieu des Mascoutins, Radisson à dû apprendre que la rivière Wisconsin avait servi de route aux Hurons et aux Outaouns pour se rendre à l’ouest peu d'années auparavant, de même aussi que les Illinois, sauf une ou deux tribus, s'étaient réfugiés au-delà du Missisaipi en 1656. Les Sauvages qui s’embarquérent avec lui ne faisaient pas mystère de l'existence du Mississipi. 11 a dû connaître d’avance le lac Pepin et l'ile Pelée. Partant du voisinage du lac Winnipagoes on a moins de difficultés pour rencontrer le grand fleuve qu’en allant à lui par le nord-ouest du Wisconsin. Le voyage avait lieu en canot, ce qui n’eut pas été possible au printemps de 1660, puisque nos voyageurs étaient alors au sud-ouest du lac Supérieur, La lacune d’avril-juillet 1659, qui se trouve visiblement dans le récit de Radisson, doit être comblée par le passage inséré sans À Propos vers la fin de l'écrit, et qui paraît comme s'appliquant à Carillon, le Long-Sant, le lac des Deux- Montagnes, on ne saurait dire à quoi au juste, car la morceau arrive là par hasard. Il est temps de le remettre à sa place.
Rappelons-nous que, en 1634, Jean Nicolet s'était vu dans la même situation. Les indigènes lui expliquaient l'existence d’un portage, après quoi on entrait dans une rivière (la Wisconsin) qui, en trois jours, conduisait aux “grandes euux ” et, sans ÿ aller, il conjecturait que ce devait être la mer. Radisson était mieux renseigné; il savait très bien qu’il allait visiter la vallée d’un grand cours d’eau et reconnaître les rivières qui s’y déchargent. Voici sa narration:
“We weare 4 moneths in our voyage wthout doeing anything but ge from river to river! We mett several sorts of people. We conversed wth them, being long time in alliance wth them. By the persuasion of som of them we went into Ye great ® river that divides * itselfe in 2, where the hurrons with some Ottanake * & the wild men that had warrs wth them had retired.s There is not great difference in their language, as we weare told. This nation have warrs against those of (the) forked river. It is 0 called because it has 2 branches, the one towards the west, the other towards the South, wch we believe runns towards Mexico, by the tokens they gave us. Being among
these people, they told us the prisoners they take tells them that they
1 Ce n'était pas un voyage en raquettes comme on le prétend dans quelques ouvrages,
* Le Père Allouez la nomme Missipi en 1665; c'est la Première mention du nom.
* La fourche äu Müississipi et de la rivière Wisconsin ou du Missouri,
* Radisson a dû écrire Ottauake.
* Sur l'fle Pelée, de 1655 à 1657.
* Ce serait le Missour!.
* En 1673, Marquette et Jolliet faisaient le même rapport.
See. I,1903, 8,
h° ‘e warrs against à nation, against men that build great cabians, & have great beards & had such knives as we have had. shewed à Decad of beads that people, weh made us
Moreover they & guilded pearls that they have had from believe they weare Europeans. They shewed one of that nation that was taken the yeare before, We understood him not; he was much more tawny then they wth whome we wenre, His arms & loggs weare turned outside; that was the punishment inflicted uppon him. So they doe wth them that they take, & kill them Wth elubbs & doe often eat them. They doe not burne their prisoncrs us those of the northern parts.
“We weare informed of that nation that live in the other river, These weare men of extraordinary height & bignesse, that made ns believe they had no communication wth them.
Corne & Citrulles, weh are mighty bigg, throughout ye yeare. They Oriniak, weh grow
They live onely uppon They have fish in plenty have fruit as big as the heart of an s On vast trees wch in compasse are three armefull in compasse, When they see little men they are affraid & cry out, wch makes many come help them. Their arrows are not of stones as ours are, but of fish boans & other boans that they worke greatly, as all other things. Their dishes are made of wood. 1 have seene them, vould not but admire the curiosity of their worke, They have great calumetts of great stones, red & greene. They make a store of tobacco. They have a kind of drink that makes them mad for a whole day. This U bave not seene, therefore You may believe as you please. When Î came backe L found my brother sick, as L said before ? God gave him his health, more by his courage then by any good medicine, for our bodyes are not like those of the wildmen.” (pp. 167-169.)
L'allusion à l'ile Pelée où les Hurons et les Outaouas s'étaient retirés, et d'où ils étaient partis récemment, montre que Radisson est remonté au nord jusqu’au lac Pepin. Rien dans son texte ne donne à supposer qu’il ait séjcurné en cet endroit, I] dit qu’il a employé les quatre mois allant de rivière en rivière.
«æ chemin de fer d’Omaha s'avance dans le Wisconsin jusqu’à la rivière Chippewa, à 40 miles du lac Rice, et cet endroit, qui va devenir un centre commercial, a été nommé Radisson en 1902,
* Orienac est un mot bas fait orignal,
que pour désigner un grand cerf. Nous en avons
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NS ntmmmms.
[surre] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1069
La page 149 présente une crntradiction flagrante, Radisson déclare qu'il n'ira pas au lac Supérieur comme les Mascoutins le lui demandent, parce qu'il est décidé de voir le sud qui l'avait tenté et attiré jusque-là. A peine a-t-il fini cette explication, qu'il fait ses préparatifs pour aller au saut Sainte-Marie, 11 y à évidemment un Passage du manuscrit qui manque, et ce morceau se retrouve page 167 où il arrive sans raison aucune en parlant du bas de la rivière Ottawa, Nous venons de je reproduire. 11 dit que le voyage au Mississipi avait duré quatre mois, donc c'est en juillet 1659, après son retour du Mississipi, que Radisson consent à suivre les Mascoutins vers le nord, ainsi qu'il se l'était toujours proposé.
11 débute par ces mots: “ They (les Mascoutins) told us that if we would goe with them to the great lake of the stinkings (la baie Verte) the time was come of their trafick, which was of as many knives as they could gett from the french nation, because of their dwellings which was att the coming in of a lake called Superior, but since the destructions of many neighboring nations they (les Français) retired themselves to the height of that lake (en effet, les traiteurs français s'étaient reculés jusqu'aux îles des Apôtres, au sud-ouest du lac Supérieur où étaient les Outaouas). We knewed those people well. We (les Français) went to them almost yearly, and the company that came up with us weare of the said nation, but never could tell punctually where they lived because they make the barre of the Christinos from whence they have the Castors that they bring to the french.” (p. 149.) Les Outaouas voulaient garder le monopole de la traite et ne répondaient guère À ceux qui cherchaient à se renseigner sur leur nouveau pays.
Chouart et Radisson paraissent avoir quitté le pays des Mascoutins en juillet 1659, puisque dans le trajet de la baie Verte, du lac Michigan et du détroit de Michillimakinac Radisson écrit quatre pages pour exprimer son ravissement des beautés de la nature et parler des fruits qui couvrent les arbres (p. 150-153). Il ajoute: “The summer passed away with admiration by the diversity of the nations that we saw, 48 for the beauty of the shore of that sweet sea.”
Arrivé au saut Sainte-Marie, il explique que les Mascoutins ayant terminé leur traite, voulaient le ramener chez eux, mais il était décidé de voir les Christinos (p. 153). Durant l'été, il observait au cours de s° à rration (p. 152) qu’il n’avait encore rencontré aucun Sioux; que lui et son compagnon étaient résolus de ne retourner au Canada que l’année suivante (1660), et il ajoute qu’il proposa aux Hurons qui ëtaient avec lui d’aller visiter les réfugiés de leur race établis À sept
ou huit journées ouest de la baie Verte, aux sources de la rivière Noire, après avoir abandonné l’île Pelée sur le Mississipi — ce « ii ne fut pas accepté (p. 152). L'endroit en question est assez r"oche es souxrag de la rivière Wisconsin, à six journées (40 ou 50 eue), sud du 4. Supérieur. Ces Hurons réfugiés étaient comme D «15 1vons exptrf, les gens du Petun qui se tenaient, depuis 1650, avec romure d’Outaov ss, mais ces derniers n’avaient pas voulu s’arrêter aux sources de ja ri ‘ère Noire (1657), ils s'étaient rendus à la Pointe, qui est une des îles des
Apôtres dans le lac Supérieur, côté sud-ouest, dans la baie de Chagouamigon.
Au saut Sainte-Marie, Radisson note: “ We found some french men y‘ came up with us, who thanked us kindly for to come & visit them.” Cette expression “came up with us” ne signifie pas qu’ils étsient venus ensemble du Bas-Canada l’année précédente, mais qu’ils accompagnèrent nos deux découvreurs, partant du saut Sainte-Marie jusque chez les Sioux (p. 155) à l'ouest du lac Supérieur, comme nous
Les Panoestigonces : ou peuple du Saut avaient eu, les années dernières, une guerre cruelle contre les Sioux et, bien que très inférieurs en nombre, ils ser. étaient assez bien tirés, avec l’aide des Christinos, toutefois, (p. 154.)
L'été qui venait de finir, les Christinos avaient livré une grande bataille aux Sioux et voyant que la haine était encore vivace entre eux, Radisson et Chouart abandonnèrent l’idée de se rendre chez les Christinos pour les réconcilier avec leurs ennemis (p.157). Ce voyage eut lieu en 1662 seulement.
Durant son séjour au lac Supérieur, Radisson ne parle pas d’une visite qu’il aurait faite à Ja baie Verte en octobre; cependant lorsqu'il raconte son séjour dans le détroit de Michillimakinac, l’été précédent (P. 153), il donne une description de la baie et termine en disant que, au sujet des Sauvages de ces lieux, “I will speake of their manners in my last voyage, which I made in October.”
C’est donc après cela quil partit du saut Sainte-Marie avec les Français qu’il y avait rencontrés, et s’avança jusqu'au fond du lac Supérieur, vit les Outaouas de la Pointe, et obtint des renseignements (du moins nous le croyons) sur la bourgade huronne établie aux sources de la rivière Noire qu’il aurait tant aimé à visiter.
À ce propos il y a dans la Relation des pères jésuites de 1660, p. 27, an passage annonçant que la nation huronne du Petun, réfugiée à 60
? TJ: estigonces et Pawitagouek en algcnquin.
TA Les
[suzre] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1659 87
lieues ouest de la baie Verte, avait envoyé, en 1659, un de ses capitaines à Québec pour engager les Français à aller les voir, disant qu'ils se croyaient en sûreté au milieu de plusieurs peuples de langue algonquine, et sur cette nouvelle, deux Français se proposaient de faire le voyage en 1661. A son tour, le Journal des Jésuites du 1° août 1659 note ceci: “Arriva des Trois-Rivières ur canot qui porta nouvelles que 33 canots étaient arrivés des terres, partie Attikameg, Piskitang; entre autres 6 canots de la nation du Sault, Misisager. Lesquels six canots du Sault descendirent par les terres et y rencontrèrent les Poissons Blancs (du haut Saint-Maurice) y furent 5 mois en leur voyage. Ils demandent des français pour les escorter en leur retour.”
Ces deux expéditions de canots de traite n’ont pas été inspirées par Chouart et Radisson puisque ces deux hommes étaient chez les Mascoutins au moment où les Hurons du Petun et les Gens du Saut partaient du lac Supérieur pour Trois-Rivières et Québec.
Or, comme le père Jérôme Lalemant déclare (Relation, 1660, p. 12) que nos deux voyageurs ont vu les Hurons de la rivière Noire, il nous faut placer cette visite à l'automne de 1659.
Chouart et Radisson avaient rencontré au saut Sainte-Marie des Christinos ou Cris qui venaient trafiquer en ce lieu, selon leur coutume depuis deux ou trois ans, et les pelleteries qu’ils vendaient aux gens du saut étaient descendues sur le Saint-Laurent par les canots de la grande traite annuelle de ces sauvages et des Outaouas de la Pointe.
Comme ou parlait des Iroquois qui pouvaient survenir à tout moment et attaquer le village du Saut, Chouart et Radisson s'étaient décidés à aller passer l'hiver chez les Sioux (p. 155) “where we weare well receaved. . . . Th wild Octauacks that came with us found some of their nations slaves, who weare also glad to see them... There we passed the winter and learned the particularities that ‘ce we saw by experience.” La saison des neiges s’écoula à la chasse. ‘ We did what we could to have correspondence with that warlike nation and recnncile them with the Christinos.” (p. 157.)
Chouart et Radisson hivernèrent de nouveau chez les Sioux en 1661- 62, et plusieurs historiens ont confondu ces deux faits pourtant bien distincts l’un de l’autre. Les deux pages que Radisson consacre à son séjour dans cetie contrée durant l’hiver de 1659-60, sont presque uniquement remplies de descriptions de chasse ; à part cela, il parle des Christinos, mais rien des Hurons de larivière Noire, pas un mot du Mississipi. Il est possible que l’endroit central de ses courses fut Kathio, ville située sur la rive occidentale du lac Mille-Lacs; et, pour peu qu’il ait marché à l’ouest, il a dû rencontrer le fleuve, qui mesure de cent À deux cents pieds de largeur dans cette direction. Peut-être aussi a-t-il fréquenté la région qui est au sud de la Pointe, alors il a pu voir les
avril-juillei 1659 au lac Pepin, l’hivernement de 1659-60 près du
Voyons le retour des deux explorateu,s:
Wee hoped to be att the 2 years end with those that gave us over for dead.” (p. 157).... We made guifts one to another, and thwarted a land of allmost 50 leagues before the snow was melted. it was a pleasure to walke, for we could goe without racketts. The SnOW was hard enough, because it freezed every night? When the sun began to shine we payed for the time past. The snow sticks s0 to our racketts that I believe our shoes weighed 30 pounds, which was a paine, having a burden Uppon ous backs besides. We arrived, some 150 of us, men and women, to a river side, where we stayed 3 wecks making boats. Here we wanted no fish. During that time we made feasts att high rate. So we refreshed ourselves from our'labours. In that time we tooke notice that the buds of trees began to spring, which made us to make more hast and be gone. We went up that river + 8 days till we came to a nation called Poutouatenick and Matouenock; that is the Scratchers® There wa &ott some Indian meale & Corn from those 2 Came to the first landing Isles There We weare well received againe. We made guifts to the elders to encourage the yong people to bring us downe to the ffrench. But mightily mistaken ; ffor they would reply, Should ou bring us to be killed ?” (pp. 157-8).
* Aux pages 134, 148, il dit qu'ils furen 170 il met trois ans et quelques mois. I] f,
“Two years weare expired.1
* mthe morning
page cinq mois, du
Montréal et Ottawa, quant éclats du soleil le jour.
* L'une des rivières qui tombent au lac Supérieur, Nantounagan de la carte des Jésuites, 1670- * En remontant le Cours d'eai à une hauteur de terre et de l' dans la baie Verte,
à la date, à Ja neige, aux nuits froides et aux
rive sud, Probablement 71; à présent Ontonagan.
ü qui se décharge au Jac Supérieur, on arrive autre pente coule une rivière qui se déverse
[suzrx] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1659 89
On craignait les Iroquois. Radisson ajoute: “Our journey w broaken till next year, & must per force,” (p. 158). Mais cela signifie tulement que le voyage pouvait se trouver retardé d’un an — et il ne le lit pas puisque, sans expliquer pourquoi, à ln page suivante, il dit qu’on s préparait à partir. Dans l'intervalle, Chouart avait amassé du blé dinde, prévoyant la pénurie ordinaire des vivres sur la rivière Ottawa. Dut ceci avait lieu à la baie Verte, croyons-nous, malgré que le texte de dernières douze lignes de la page 158 soit fort diffus; on y trouve nème un passage qui paraîtrait se rapporter à l'hiver de 1658-59 chez le Poutéouatamis et qui parle de Chouard comme étant devenu malade. Put-être que cette incommodité fut la cause qu’il n’alla point au Mssissipi avee Radisson.
Cet été, dit encore Radisson (p. 158), voyant que l’on ne partait Pa pour le Canada, je m’employai à la chasse. 1] dit vrai puisque le dénrt n'eut lieu que le 24 juillet,
Brusquement, il annonce (p. 159) que 500 hommes voulaient s’emarquer. D'où provenait ce changement de résolution? Rien ne noud’explique. Puis, au milieu des préparatifs de l'expédition, arrive cettmote, qui met le désarroi parmi les sauvages: “When we weare readïo depart, heere comes strange news of the defeat of the hurrons, whiclnews, I thought, would putt off the voyage.” (p. 159). Voyons ce quen était. Durant le mois de mai venait d’avoir lieu le siège du Long-ut, sur l’Ottawa, quelques milles au-dessus de Montréal, où les Huron des Algonquins et 17 Français commandés par Dollird des Ormea:, avaient péri après une glorieuse défense de trois semaines qui dérangit les plans de 700 Troquois en marche contre Montréal. La nouvellde ce fait d’armes paraît avoir été connue à la baie Verte en juillet c’est à quoi notre explorateur fait allusion. Ia rivière Ottawa restait : pouvoir des Iroquois, comme elle l'avait toujours éti depuis dix ans 1e les Algonquins en étaient partis sous le coup de la terreur inspirée ir le bannissement des Hurons.
Chort et Radisson Zéployèrent toute leur éloquence pour entraîner ex qui avaient amassé des pelleteries afin d'aller les vendre aux Franis, et il y en avait beaucoup (p. 162). Après de longs pourparlers, li des hésitations et un grand conseil, on décida l'entreprise. Tout cecius paraît avoir eu lieu sur l’île Huronne.1 Des émissaires ont dû étrnvoyés au lac Supérieur et à la côte du nord du lac Huron pour avertceux qui voudraient en former partie. Ta flottille se mit en route 124 juillet, soit du détroit de Michillimakinac, soit de la boucha de rivière Sainte-Marie et, à mesure que les nouveaux venus
! Un gra débat sur ce point et d'autres, relativement à l'itinéraire de Radisson, Oe en ce moment les historiens de l'ouest. Voyez le Mémoire officiel publi mars dernier par l'honorable J. V. Brower, de Saint-Paul.
s'ajoutaient à la bande, on suivait la côte du nord pour arriver à la rivière des Français, mais la crainte des Iroquois empêcha deux cents Sauvages de continuer la route, de sorte que soixante canots seulement risquèrent l'aventure. Les 300 hommes de la troupe comptaient de Hurons, Amikoués, Algonquins, Outaouas, Panoéstigons, Nadouic
nagos, Ticaton (p. 164) qui tous étaient compris, dans le Bas Canad:, sous le nom générique d'Outaouas.
Jusqu’aux Calumets (p. 163) au-dessous de l'ile des Allumetté, tout alla bien; ensuite (au lac des Chônes) les ennemis les harcelèret jusqu'à Montréal (pp. 163-*, 169-70) où nos voyageurs apparurent € 19 août.
Dans le récit de Radisson on aprend que le canot de Chouat versa, mais sans perdre un homme (p. 167). Par la narration @ voyage de 1663 (p. 232) on voit que cet accident eut lieu au Long-Sat.
À la fin de cette même page 167 se rencontre, sans avertissemat, le rapport de la découverte du Mississipi, l'été de 1659, et il se termne au milieu de la page 169.
Autre remarque: On a vu que, le mois précédent, Radisson sait appris, à la baie Verte ou à Michillimakinac, la nouvelle du sièg du Long-Saut. 1l n’en dit rien à la page 167, mais il en a dressé l’hivire en détail, puisqu'il la place (p. 232) dans sa descente de l’Ottat en 1663. Cette action, dit-il, fut notre salut puisque, sans celafous tombions aux mains des Iroquois. Où il se trompe c’est quand ‘note que l'affaire avait eu lieu huit jours avant son passage; or il avait au moins quatre-vingt-cinq jours, et même s’il a confondu 16( avec
. 1660, disons que, en 1663, il passait au Long-Saut le 22 juillet’e qui donne encore soixante jours d'écart.
Après avoir chassé une bande dIroquois du Long-Saut, laottille arriva à Montréal, où vingt Canadiens les attendaient avec un Hgantin venant de Québec ou des Trois-Rivières. Après trois jours d repos, tous se mirent en route pour descendre le fleuve et, près de “rivière des Prairies,” à Repentigny, les Iroquois se présentèrent de puveau, mais les petits canons du brigantin les tinrent en respect (p. ©).
Le Journal des Jésuites, à la date du mois d’août 1660prte que “ Les 8ta8at estoient arrivés à Montréal le 19, qui en partift le 22, & arrivèrent aux Trois-Rivières le 24, en partirent le 27. $ étaient eu nombre de 300. Des Grosiller estoit à leur compaje, qui y estoit allé l’année d’auparavant (non: en 1658). Ils estint partis du lac Supérieur (pas tous) 100 canots; 40 rebrousserent clin, & 60 arriverent icy chargés de pelleteries pour 200,000 livres; ils Îlaisserent
{suure]
pour 50,000 livres à Montréal, porterent le reste aux Trois-Rivières. ls vinrent de là en 26 jours, & furent deux moys à monter. Des Grosillers a hyverné à la nation du Bœuf,! qu'il fait de 4 mille hommes; ce sont les Nad8esseronons sedentaires.”
“We came to Quebecq, where we are saluted with the thundring of the guns & batteryes of the fort, and of the 3 shipps that weare then att anchor, which had gone back to france without our castors if we had not come. We weare well traited for 5 dayes. The Governor made guifts & sent ? Brigantins to bring us to the 3 rivers, where wa arrived the 274 day of, & the 4t* day they went away.” (Radisson, p. 170). Chouart? et Radisson rentrèrent donc aux Trois-Rivières le 3 ou le 4 septembre, et les Sauvages en repartirent le ?.
Nos deux voyageurs se reposèrent aux Trois-Rivières le reste de l’année (p. 172). Le 18 septemh-c 1660, dns ce lieu, Petrus Radisson est parrain de Marie-Jeanne Pellerin dit Saint-Amand. Ici, comme dans vingt circonstances faciles à citer, on voit que Radisson et Chouart étaient catholiques.
La découverte du Mississipi en 1659 est réelle et prime toutes les autres, que l’on parle de la Salle en 1669 ou de Jolliet et Marquette en 1673. Elle a eu un retentissement assez profond, tout d’abord. Sans la jalousie des marchands de fourrures, hostiles à Chouart et Radisson, cette route restait ouverte. L’aveuglement des traiteurs, le jeu des intérêts du moment suspendirent la suite des opératirs qui devaient en découler. Les deux explorateurs, eux-mêmes, tournèrent le dos à toute entreprise de ce côté, parce que le pays des Christinos les attirait davantage. Désormais, leur but était la baie d'Hudson, et ils en donnèrent la preuve dans leur voyage de 1661-1663. Contentonsnous ici de faire voir l’étonnement de la petite nopuintion (à peine 2,000 âmes) du Bas-Canada, en apprenant la découverte d’un nouveau fleuve Saint-Laurent.
Rendu chez lui, aux Trois-kivières, l’automne de 1660, Radisson (page 172) prétend qu'il ne dit rien à personne de la région du nord du lac Supérieur et il donne ses raisons pour cela “ My brother and I considered whether we should discover what we have seene or not; and because we had not a full and whole discovery, which was that we have not ben in the bay of the north, not knowing anything but by report of the wild Christinos, we would make no mention of it for feare that those wild men should tell us a fibbe. We would have
Le bœuf, en langue siouse, se dit T'atanga. (Radisson, 227, 246).
Le 25 février 1660, aux Trois-Rivières, “ M. Desgroseliers ‘, est parrain d'un Attikamègue baptisé par le père René Menard. Ce pouvait être Médard né en 1651, car on voit aux registres de la paroisse des enfants de huit À dix ans pris comme parrains et marraines.
made a discovery of it ourselves and have an assurance, before we should discover (disclosed) anything of it.”
A Québec, néanmoins, il s'était ouvert aux pères jésuites sur la question de l’ouest, du sud et du Mississipi. On a vu plus haut ce que le Journal des Jésuites en dit. Dans la Relation de cette année 1660, p. 27, le père Jérôme Lalemant donne d’autres détails qu'ils est bon de remarquer: “Une grande nation de quarante bourgs nommée Nadouechio8ee nous attend depuis l'alliance qu’elle a faite tout fraîchement avec les deux Français qui en sont revenus cet été. De ce qu'ils ont retenu de cette langue, nous jugeons assez qu'elle a la même économis que l’'algonquine, quoiqu’elle soit différente en plusieurs mots. Au couchant, tirant vers le nord, les Poualaes et autres nations aussi nombreuses que les précédentes, où peu s'en faut, n’ont pas moins d'affection qu'elles à nous recevoir, et y sont tout à fait portées depuis la ligue offensive et défensive qu’elles ont faite ensemble contre l’ennemi commun.”
La même Relation, p. 9, est très précise: “Lo lac que nous appelons Supérieur, à cause que étant au-dessus de celui des Hurons, il s’y décharge par un saut qui lui a aussi donné son nom Fe; porte plus de quatre-vingt lieues de long sur quarante de large en certains endroits . . . . Son rivage est bordé tout alentour de nations Algonquines, où la crainte des Iroquois leur a fait chercher un asie. Il est aussi enrichi dans tous ses bordages de mines de plomb presque tout formé, de cuivre si excellent qu'il se trouve tout raffiné en morceaux gros comme le poing . . . . Les Sauvages qui habitent la pointe de ce lac! la plus éloignée de nous ont donné les lumières toutes fraîches et qui ne déplairont pas aux curieux, touchant le chemin du Japon et de la Chine dont on a fait tant de recherche. Nous apprenons de ces peuples qu'ils trouvent la mer de trois côtés: au sud, du côté du couchant et du côté du nord De ce même lac Supérieur, en suivant une rivière vers le nord, on arrive, après huit ou dix journées, à la baie d'Hudson . . . . Le lac des Ouinipegouek n'est proprement qu'une grande baie (la baie Verte) de celui des Hurons; d’autres l’appellent le lac des Puants, non qu’il soit salé comme l’eau de mer, que les Sauvages appellent ouinipeg, c’est-à-dire eau puante, mais parce qu'il est environné de terres ensouffrées, d’où sortent quelques sources qui portent dans ce lac la malignité que leurs eaux ont contractées aux lieux de leur naissance.”
Le père Jérôme Lalemant, parti de Québec en juillet 1660, se trouvait à trente lieues dans le Saguenay lorsqu'il rencontra un sauvage mommé ASatanik qui venait d'arriver avec sa femme, après un voyage de
1 Les Outaouas et autres, de Chagouamigon.
lsuzre] DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI EN 1659 48
deux ans commencé à la baie Verte, continué le long du lac Supérieur, ensuite à la bnie d'Hudson, puis au Saguenay. Il recucillit de sa bouche piusieurs renseignements sur les peuples de ces contrées (Relations, 1660, pp. 9-12).
Il ajoute à ce récit d’autres observations : “A peine me fus-je rendu à Québec que jy trouvai deux Français (Chouart et Radisson) qui ne faisaient que d'arriver de ces pays supérieurs, avec trois cents Algonquins dans soixante canots chargés de pelleteries. Voici ce qu’ils ont vu de leurs propre yeux: ils ont hiverné sur les rivages du lac Supérieur et ont été assez heureux pour y baptiser 200 petits enfants de la nation Algonquine, avec laquelle ils ont premièrement demeuré. Ces enfants étaient attaqués de maladie et de famine; quarante sont allés droit au ciel, étant morts peu après le baptême. Nos deux Français firent, pendant leur hivernement diverses courses vers les peuples circonvoisins. Ile virent, entre autres choses, à six journées au delà du lue, vers le sudouest, une peuplade composée des restes des Hurons de la nation du Pétun,? contraints par l’Iroquois (en 1650) d'abandonner leur patrie... ces pauvres gens s’enfuyant et faisant chemin par des montagnes et sur des rochers, au travers de ces grands bois inconnus, firent heureusement rencontre d’une belle rivière, grande, large, profonde (le M ipi) et comparable, disent-ils, à notre grand fleuve du St-Laurent. Ils trouvèrent sur ses rives la grande nation des Alinisek (Illinois) qui les reçut très bien. Cette nation est composée de soixante bourgades, qui nous confirme dans la connaissance que nous avions déjà de plusieurs milliers de peuples qui remplissent toutes ces terres du couchant. Nos deux Français continuant leur ronde furent bien surpris en visitant les Nadsechisec, (Sioux) ils virent des femmes défigurées et à qui on avait coupé le bout du nez jusqu’au cartilage, de sorte qu’elles paraissaient en cette partie du visage comme des têtes de mort * . . . . Ils ont visité les quarante bourgs dont cette nation est composée, dans cinq desquels on compte jusqu’à cinq mille hommes... Il y a une autre nation belliqueuse qui, avec ses flèches et ses arcs, s’est rendue aussi redoutable parmi les Algonquins supérieurs que l’Iroquois l’est parmi les inférieurs, aussi en porte-t-elle le nom de PSalak, c’est-à-dire les guerriers. Comme le bois est rare et petit chez eux, la nature leur a appris à faire
: Hiver de 1659-60, chez les Sioux.
# Aux sources de la rivière Noire. Ce texte du Père Lalemant donne à croire que la visite en question eut lieu durant l'hiver de 1659-60—et non pas l'automne de 1659 comme nous le pensions.
“ Dès 1622 Etienne Brulé disait avoir vu, au lac Supérieur, des femmes dont le nez avait été coupé en punition de leur mauvaise conduite, (Sagard: Grand Voyage au Pays des Hurons.)
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du feu avee du cha bon de terre” et à couvrir leur cabanes avec des peaux.”
Charlevoix, écrivant beaucoup plus tard, s'exprime cumme ceci: “Deux Français, après avoir hiverné sur les bords da lac Supérieur, avec un grand nombre de familles algonquines, eurent la curivsité de pénétrer plus avant dans l'ouest, et allèrent jusqu'aux Sic x” Ja révélation d'un grand fleuve, pourtant consignée dans la Re/tion de 1660, lui échappe. Le R. P. Tailhan dit à ce propos: “ Il se pourrait que, c'ans le Mississipi naissant et déguisé sous un nom sioux, nos deux voyageurs n'aient pas reconnu le fleuve large et puissant que les Hurons leur désignaient sous son nom algonquin. Dans ce cas, ils auraient, mais à leur insu, revu les premiers au XVIIe siècle, le Mississipi découvert au XVIe par Ferdinand de Soto.” (Perrot, p. 238).
Radisson avait très bien vu l'été de 1659, à la sortie du Wisconsin, “le fleuve large et puissant,” dont il retrouva les sources quelques mois plus tard, durant l'hiver, au pays des Sicux. C’est le même que la Mère de l’Incarnation mentionnait en 1654 ct c’est le fleuve “comparable à notre Saint-Laurent” que Radisson décrit en 1660 au père Jérôme Lalemant.
* En 1730, la Vérendrye disait que ces sauvages se chauffaient avec des roches, d