Le Groenland selon Gutierrez
1 « Diego Gutierrez Cosmographo de Su magd. me lîzo en Seuilla. Ano de i55o ». Ms. sur parchemin, im,3oXO,85. Dép. hydr., archives, 116.0.6.
Nos remerciements sont acquis à M. Bouquet de la Grye pour une photographie de cette carte, Jean et Séb. Cabot, n° 28, p. 23 1.
CARTOGRAPHIE DU LABRADOR
En examinant cette carte avec attention on découvre que ses régions terreneuviennes sont identiques à celles du portulan portugais dressé par Joham F reire en i54b. Malheureusement, ce dernier limite ses configurations septentrionales aux iles imaginaires cia Fortuna et cia Tonnent a , lesquelles dans les autres cartes de l’époque bordent la côte Sud-Est de notre Labrador. Ce qui dans Gutierrez se trouve au Nord de ce point et que nous reproduisons, est donc emprunté à une carte lusitanienne, mais plus complète que F reire.
Ce qui pendant longtemps donna lieu d’étonner, c’est que toutes les cartes portugaises connues comme ayant été dressées dans la première moitié du xvie siècle, ainsi que celles de l’hydrographie sévillane n’ajoutaient aucune nomenclature à leurs délinéations du Labrador. On était cependant fondé à croire que si Yiegas et F reire avaient prolongé leurs cartes plus au Nord, ils n’eussent pas manqué d’ajouter des noms à la région labradorienne. Il n’était guère admissible en effet que les cartographes dieppois fussent arrivés spontanément à une connaissance géographique de cette contrée aussi complète qu'on la voit dans leurs mappemondes. Cette supposition était d’autant plus fondée que la plupart des noms dans les nomenclatures sont portugais.
La carte dessinée à Dieppe en 1 54 1 par Nicolas Desliens était donc la plus
ancienne connue qui exposât une nomenclature sur le Labrador. Et comme celle-ci se retrouvait clans l’Harleyenne et les Desceliers, on en fit un des traits caractéristiques de l’hydrographie dieppoise.
L’heureuse découverte dans l’atlas de la Riccardiana d’un dérivé du prototype de Viegas, de date plus récente que cette dernière carte, mais donnant une nomenclature labradorienne relativement nombreuse et avec des noms plus complets ou mieux orthographiés que dans celle de Desliens, mit enfin sur la trace de l’origine lusitanienne de toutes ces dénominations. La carte dieppoise n’en perdit cependant pas tout mérite à cet égard; car elle inscrit des noms qui ne se trouvent pas dans la carte portugaise et que pour cette raison nous devons reproduire ici, mais sans omettre ceux qu’on connaît déjà par l’atlas de la Riccardiana '.
Terre septentrionale inconneve.
i Pluyne (Pllaia. Dour.*).