aux margaulx
Après avoir décrit
les premières œuvres
de l’hydrographie diep]
connues et leurs plus anciens dérivés directs, il importe de résumer l’impression produite par l’étude de ces monuments de la géographie, au moins en ce qui concerne Terre-Neuve et le Canada.
On remarque d’abord l'irrégularité des nomenclatures bien que consignées sur des cartes construites dans la môme localité, à la même époque et une ou deux fois par le même cartographe.
Ainsi, le Desceliers de i55o omet la ville relativement importante de Hochelaga (différente du pays de ce nom), tandis que la mappemonde de i546, qui lui est attribuée, ne nomme pas l’ile d’Orléans. L’Harleyenne mentionne seulement le détroit de Saint-Pierre, tout en délinéant Anticosti, sans la nommer, mais en sa forme insulaire : preuve que le cartographe a dû savoir que Cartier l’avait appelée l’Assomption, lorsqu’au cours de son second voyage, il découvrit que c’était une île véritable. L’Harleyenne omet également de nommer le Saguenay, rivière très importante aux yeux de Cartier, puisque lui, Jehan Alfonse et tous ceux qui visitèrent le Canada à cette époque étaient persuadés qu’elle conduisait en ligne directe au Cathav. Nous pourrions multiplier les exemples d’omissions semblables.
Quant à la facture générale, non seulement le style et la conception cartographique de la mappemonde de i54G diffèrent matériellement de celle qui est signée par Desceliers, sous la date de i55o, mais les profils côtiers, tout comme les noms, au Sud de Terre-Neuve, présentent des différences notables. Ce qui est plus grave encore dans des cartes dieppoises, le Canada n’est pas exempt de dissemblances importantes.
Que le lecteur, par exemple, compare dans le Desceliers de 1000, ce qui semble correspondre à Hamilton Inlet, la côte la plus septentrionale du Labrador ainsi que l’extrémité Sud-Ouest de Terre-Neuve, avec les points
1 Cap Royal Cartier ?
2 Les Coulonbiers. Cartier.
3 Les monts de Grandies. Cartier.
CONFIGURATIONS DE L IEE
correspondants de la carte de i54G, et il verra que ces deux cartes procèdent de types différents. Mais ce qui est bien fait pour surprendre, c’est que la carte de j.55o de Desceliers expose des configurations et des noms, qui au lieu d’indiquer un progrès à cet égard sur la carte de 1 54-6, sont au contraire plus arriérés et plus inexacts que dans celle-ci. Par exemple, la topographie du grand estuaire sur la côte orientale du Labrador par 53-54° latitude, tel qu’il est tracé dans le Desceliers de iddo, est bien plus inexact que dans la carte de i54G et remonte sous cette forme erronée au Desliens de 1 54 r . D’autre part la configuration de l’extrémité septentrionale de la côte labradorienne est plus conforme à la vérité dans la carte de i55o que dans celle de 1 5 4 6 ; mais ce n’est pas une innovation puisqu’elle existe déjà sous cet aspect obtus et réel dans le Cabot de 1 544 -
Certains noms présentent aussi des différences très typiques. Le Desceliers de i Vh> remplace Je nom de l’Assomption, donné dans la carte de 1 540 à Anticosti, par « file de l’Archipel » (Mingan?) emprunté au Desliens de 1 5 4 1 • En 1 54(5, nous voyons file de Juan Estevcz des cartes portugaises, fidèlement traduite par « y° de Jehan Estienne », mais en i55o, c’est « Jan aluaraz », lequel n’est autre que le « Joan alliez » de Desliens et le « Juanlnos » de Cabot. Enfin, en i55o, le cartographe efface tous les noms qui se lisent sur la rive droite du Labrador cl la côte occidentale de Terre-Neuve dans la carte de t54G. Ces différences et ces omissions indiquent une conception géographique rétrograde d’autant plus singulière qu’elles se trouvent sur deux cartes semblant provenir du môme cartographe.
Des divergences aussi notables font supposer l’existence, du temps de Cartier, de deux styles ou écoles de cartographie à Dieppe. L’une, la plus ancienne, aurait pris pour base un prototype qui survit dans Desliens, Cabot, Vallard et les Desceliers de i55o et 1 5 5 3 . L’autre serait représentée par deux dérivés : l’IIarleyenne et la mappemonde de 1 546, bien que celle-ci ait été dressée à Arques et soit attribuée à Desceliers qui a signé les mappemondes différentes de i55o et 1 5 5 3 .
Ajoutons toutefois qu’à l’égard de Terre-Neuve, dans l’hydrographie dieppoise, le progrès cartographique est parfaitement défini et constant, du Desliens de 1 5 4 1 au Desceliers de 1 5 5 3 , quel que soit le type original delà carte sur laquelle les configurations progressives ont été, pour ainsi dire, plaquées.