‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 168 sur 258 · II. — LA PÉNINSULE DU PETIT-NORD · texte numérisé non relu

II. — LA PÉNINSULE DU PETIT-NORD

Si ne considérant plus la figure de Terre-Neuve comme un - parallélogramme (abstraction faite des deux grandes presqu’îles qui y sont accolées) , mais comme un triangle, un des angles de ce triangle a pour sommet, au Nord, 1 extrémité d une vaste péninsule, relativement étroite qui, partant du fond de notre baie Blanche, s’avance à l’Est et à l’Ouest en ligne presque directe, de 4 9° >o a 5i° 3.5 , soit plus de deux degrés :

Cette configuration est restée absolument inconnue aux premiers cartographes portugais. Cela s’explique puisque jusqu’à la découverte du détroit de Belle-lsle, on ne pouvait y voir qu’une partie de la côte orientale du Labra-

dor. Et ce qui montre bien que les géographes avant cet événement n’y voyaient point le littoral de Terre-Neuve, c’est que les deux îles imaginaires, de la Fortuna et de la Tormenta qui, dans les cartes lusitaniennes, sont inscrites à une latitude correspondant à notre oi° 3o', furent reportées, après le premier voyage de Jacques Cartier, au Nord du détroit de Belle-Isle1.

Pour plus de clarté nous ajoutons au présent chapitre un certain nombre de délinéations de la presqu’île du Petit-Nord, tracées depuis i543, date à laquelle on la voit à peu près distincte ou accentuée pour la première fois, jusqu’en 1670 et 1689, années où un officier de la marine royale et un pilote basque exposèrent des contours se rapprochant davantage de la réalité, tant par les dimensions relatives que par l’orientation et les principaux reliefs. Mais ces tableaux comparatifs seront limités ici, sauf deux exceptions, à des cartes françaises.

Dans l’hydrographie dieppoise, laquelle, ainsi que nous l’avons dit, commença par faire de Terre-Neuve un archipel : conséquence de la découverte du navigateur malouin, c’est, naturellement, l’ile la plus septentrionale de ce groupe imaginaire qui représente le Petit-Nord. On la rencontre pour la première fois dans l’Harleyenne (A).

Descelliers, en i.TjG, l’indique également sous cet aspect si sommaire. Jehan Alfonse, au contraire, abandonnant la forme insulaire, représente le grand promontoire avec une exactitude relative (R).

Dans sa carte de i5jo, le prêtre d’ Arques accentuant la péninsule d’une façon notable (C), mais sans qu’on puisse s’expliquer l’orientation qu’il lui

1 Henry Hudson, scion la carte qui accompagne la relation de ses voyages (Hakluyt Society, 1861), place une grande ile, dénommée The Iland of

Good Fortune, par 63°-64°, à l’entrée du détroit de Davis.

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imprime. Peut-être est-elle clue à la même hypothèse (car ce ne peut guère être autre chose) qui portait tous les hydrographes dieppois à incliner erronément ce qui est pour nous la côte septentrionale du Labrador droit vers l’Est, par suite de données ou de suppositions dont nous n avons pu découvrir le point de départ.

1 1 5 . — Le Testu, i566.

1 1 6 . — Le Vasseuk, 1601.

11 7. — Lescareot, 1609.

Rien de bizarre comme la configuration en tête d’oiseau adoptée par Le Testu (D).

Le Vasseur est en progrès sur ses prédécesseurs et son tracé (E) laisserait relativement peu à désirer, n’était le promontoire supplémentaire qu’il accole sur la côte Est.

Lescarbot (F) a évidemment puisé à la même source que le premier Champlain, sans qu’on puisse la retrouver.

Malgré l’exiguïté et l’inclinaison de la péninsule supérieure dans la carte de Pierre de Vaulx, on est porté à croire qu elle a pour base une épure de quelque pilote malouin.

Du Pont procède (I) des mêmes données que De Vaulx, mais en y ajoutant plusieurs grands promontoires qui n’existent pas dans cette partie de Terre-Neuve.

Ce Champlain (J) gâte son Petit-Nord par les contours absolument chimériques qu'il lui attribue à l’Ouest, et qui sont d autant moins explicables que dans son opinion cette partie de la côte était encoie inconnue.

Guérard (K) s’est sûrement inspiré de Jacobsen ou d’un de ses dérivés.

On remarquera (hors-texte xix) qu’à l’instar du cartographe hollandais, il éprouve la même hésitation à tracer la côte Nord-Est de notre baie Blanche.

Le tracé de De Courcelle (L) serait le meilleur qu’on eut donné du Petit- Nord, n’était cette orientation de l’Est à l’Ouest, presque constante dans les cartes du temps, au lieu d’être dans le sens de la longitude, et qui reste un des mystères de l’hydrographie à cette époque. Et cependant ce marin a cer-

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tainement contourné le sommet de la presqu’île, pour qu’il ait pu lui imprimer une forme s’approchant autant de la réalité.

Jean-Baptiste Franquelin, bien que professeur d’hydrographie à Québec même, ne connaît en 1681 cette péninsule que sous un aspect qui est le contraire de la vérité (0) puisqu’il l’incline à l’Ouest, au lieu de la faire pencher à l'Est, et place un promontoire correspondant à notre cap Bauld, non dans l'Atlantique mais au détroit de Belle-Isle.

Quatre ans après, un simple pilote basque, Detcheverry, marchant sur les traces de De Courcelle, répare en partie cette erreur de la cartographie franco-canadienne et reproduit le Petit-Nord (N) mieux, par l’ensemble, que l’officier de la marine royale.

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