C HABERT ET COOK
astronomiques sur l’aimant et sur les courants ; les opérations de géométrie pratique ainsi que les procédés de calcul auxquels il se livra au cours de cette campagne laborieuse, lui valurent les louanges des académies de Berlin, de Stockholm , de Bologne et bientôt de la Société royale de Londres et de l’Académie de marine de France, qui l’appelèrent toutes dans leur sein. Ces travaux constituent à notre avis le point de départ de la véritable hydrographie scientifique de l’Amérique septentrionale.
Le but spécial de l’entreprise était de rectifier les cartes de l’Acadie, de l’Ile Royale et de l’île de Terre-Neuve. Mais pour le sujet qui nous occupe plus particulièrement , nous ne retenons que les résultats portant sur la côte méridionale de la grande île et sur les distances de l’île Saint-Paul au cap de Raye, aux basses du cap Sainte-Marie et au cap Race. Aussi n’est-ce pas dans l’œuvre de Chabert qu’il faut chercher les tracés d’ensemble de Terre-Neuve.
Le mérite de ce résultat appartient au fameux capitaine James Cook, et c’est à lui qu’il faut faire remonter la première carte générale de Terre-Neuve qui compte dans l’histoire de l’hydrographie, telle que la science moderne l’exige.
C’est presque spontanément que ses aptitudes remarquables pour l’hydrographie et la cartographie se révélèrent, par ses sondes du fleuve Saint- Laurent et le plan du canal de l’île d’Orléans, exécutés presque sous le feu de l’armée française, lors du siège de Québec (1759). C’est seulement après que seul, sans conseils, il se livra à l’étude de la géométrie et de l’astronomie. En 1762, Cook accompagna l’amiral Graves à Terre-Neuve en qualité d’ingénieur ( Sut'veyor ) naval des côtes de cette île et du Labrador. Dans les deux années qui suivirent, il leva les plans de la côte septentrionale, depuis l’île de Groais jusqu’à la pointe de Férolle et le détroit de Belle- Isle, ainsi que ceux du littoral labradorien, de l’île à Bois à la baie Saint- Pierre.
En 1765 et 1766, ce fut sur la côte méridionale, du cap du Chapeau-Rouge au cap de Raye.
En 1767, sur la côte occidentale, du cap de Raye à la pointe de Férolle.
Des lacunes furent comblées par certains travaux originaux de Michael Lane (autre ingénieur naval et collègue de Cook), de Joseph Gilbert (les baies Sainte-Marie et de Plaisance) et de Chabert. C’est ainsi que fut composée la carte d’ensemble intitulée A General Chart of NewfouncLland with the Rocks and Soundings on the banks , en quatre
feuilles, bien gravées par Thomas Jeffreys et publiée à Londres en 1769 *.
Plusieurs éditions furent faites des cartes terre-neuviennes de Cook. L’une d’elles contient une lettre de lui à ce sujet et qui présente un certain intérêt. Elle est datée de Mile End, le 26 février 1776, quelques jours après avoir reçu la commission qui le nommait au commandement de l’expédition où il perdit la vie :
Sir. I ara greatly obliged to you for the Perusal of the Nortli american Pilot for Newfoundland , Labradore etc. I ara much pleased to see a work, in which I hâve had sonie Hand, so likely to prove useful to Navigation. From the knowledge I hâve of these Parts (which is not little) I shall not hesitate to déclaré thatas much Faith may lie put in the Charts, together with the Sailing directions, as ought to be put in any work of the Kind.
I am, Sir, your respectful servant.
James Cook.
Les savants et les marins les plus compétents partagèrent l’opinion de Cook sur ses propres travaux. Louis XVI ayant ordonné en 1784 de former un recueil de cartes et plans pour la navigation de Terre-Neuve, ce furent les cartes précitées du célèbre navigateur anglais qu’on adopta1. Ce sont également les instructions nautiques rédigées par lui et traduites en français par le capitaine de Granchain 2, que nous trouvons ajoutées à cette belle publication. Pour la carte générale cependant, on employa la projection de Mercator, mais en se fondant sur les mêmes déterminations en longitude et en latitude de Cook3.
Après cent trente années, il est curieux de constater qu’aux termes
1 A Collection of Charts of the Coasts of Nevfoundland and Labrador... Drawn from original surveys taken by James Cook and Michael Lune, surveyors, Joseph Gilbert , and other officers in the King’s service. Chiefly engraved by Thomas Jeffreys, Geographer to the King. London, Printed according to the act of Parliament [April 4, 1769], s. d.,in-fol. Les trois premières cartes sont respectivement datées 1767, 1768, 1766. Bibliot. Nat., Géogr. DD. 1548; malheureusement, dans cet exemplaire la General Cliart of Newfoundland manque et nous n'avons pu en découvrir un seul exemplaire, même au Brilish Muséum, lequel ne possède que la carte de Terre-Neuve insérée dans le Nortli American IJilot, publié par Jeffreys en 1775, mais qui en est une copie.
2 Le Pilote de Terre-Neuve ou recueil de plans des côtes et des ports de cette île, pour l’usage des
vaisseaux du Ltoi... D’après les plans levés par
James Cook et Michael Lane, ingénieurs géographes anglais. Paris ; Dépôt de la Marine, 1784, gr. in-fol., i5 cartes. A noter particulièrement la Carte réduite des bancs et de l'ile de Terre-Neuve , avec les côtes du Golfe de S1. Laurent et de l’Acadie... Publiée par ordre du Roi... Sous le ministère de M. le Maréchal de Castries. Terre- Neuve, admirablement gravée, y mesure om,26c de hauteur. Bibliothèque nationale et Dépôt hydrographique de la Marine.
2 Instructions nautiques, relatives aux cartes et plans du JJilote de Terre-Neuve. Extraites du Recueil de divers Mémoires anglois, intitulé : Sailing Directions for the North American Pilot. Traduites et imprimées par ordre du Roi. Paris, Imprimerie royale, 1784; in-4°.
3 Mgr Howley, évêque de S1- Jean nous informe que les signaux ( cairns ) employés par Cook pour ses relèvements, existent encore pour la plupart.