LÉGENDES DE CAN- TINO
quement d’après un portulan ancien, aujourd’hui inconnu. Ce n’est pas en quelques jours queGaspar Corte-Real eût pu reconnaître une pareille étendue de côtes et obtenir des contours aussi précis. Il faut donc voir dans l’extrémité de cette terre le cap Farewell, indiqué d’ailleurs par la position, relativement très exacte, de l’Islande dans la carte.
Au Sud-Ouest de cette terre, à une assez grande distance, par une longitude correspondant sur notre sphère au Zjo0 de Greenwich environ, se trouve une terre, dont la côte orientale est fortement dentelée et bordée de nombreux îlots. La partie Ouest frise, sans la toucher, la ligne de démarcation.
Bien qu’ayant au premier abord l’aspect d’une île, ce n’était pour le cartographe que le commencement d’une région continentale non encore explorée. De grands arbres au feuillage touffu empiètent sur une région vague à l’Ouest. Deux pavillons portugais sont plantés, l’un à l’extrémité Nord-Est, l’autre à la pointe Sud-Ouest. Cette terre y porte le nom de Terra ciel Rey de Portugall et, sur une banderole, se lit l’insciiption suivante :
« Cette terre fut découverte par l’ordre du très haut et excellentissime prince dom Emmanuel, roi de Portugal, laquelle découvrit Gaspar de Corte- Real, gentilhomme de la maison du roi. Il envoya alors (en Portugal) un navire avec des hommes et des femmes de ce pays, resta avec l’autre navire et jamais depuis ne revint. On croit qu’il a péri. Là se trouvent beaucoup (d’arbres pour faire des) mâts1. »
Quel était ce pays ? Si du cap Farewell Corte-Real navigua constamment Nord-Ouest et Ouest, son atterrage, même en tenant compte d’une variation magnétique approximative, fut au Labrador. C’est la région la plus désolée qui se puisse imaginer, surtout la côte Nord-Est. « Elle n’offre, dit un voyageur, que des rocs escarpés, de profonds ravins, des vallées où ne pénètre pas le soleil et où la neige semble ne fondre jamais ; quelques misérables
groënlandaise tracée dans celte longitude. La configuration semble avoir été empruntée à une carte du type Zamoiski ou du Ptolémée du xv° siècle de la Laurentienne [Cf. Nordenskiôld). Mais dans cette famille de cartes, le Groenland ne se prolonge pas à l Ouest de l’Irlande, tandis que dans l’hydrographie lusitano- germanique l’extrémité méridionale de la péninsule est placée à mi-chemin entre cette ile et Terre-Neuve. Quant au globe de Beh.u.m, il ne représente en ce lieu qu un archipel innommé et imaginaire. Aussi celte contiguration a-t-elle préoccupé les véritables savants, Pesciiel (p. 33 1 ) et Kohl (p. jy5), par exemple,
qui vainement cherchèrent à en déterminer l’origine lorsqu ils la remarquèrent dans l’original de Kunstmann, n° 3.
' « Esta terra he descobcrta per mandado do muy alto excelentissimo Sr. principe Rey dom manuell Rey de Porluguall aqual descohrio gaspar de corle Real caualleiro na cassa do dilo Rey, o quall qua[n] do a descobrio mandou hu[m] naujo com çertos ornes e molheres que achou na dita terra e elle licou com outro naujo et nu[n]ca mais veo e crese que he perdido e aquj lia muitos mastos. » Les Corte-Real et leurs voyages au nouveau inonde , pp. 92-93.
Planche 111 NORD
h 'AMERIQUE DU NORD, CARTE DE CANTINO