‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 47 sur 258 · TERRE-NEUVE RÉGION AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

TERRE-NEUVE RÉGION AMÉRICAINE

A première vue, dans Cantino, Terre-Neuve est une île, et une île fort éloignée du continent américain. En regardant la configuration avec soin, on voit qu’elle ne se termine pas à l’Ouest par une côte, mais seulement par un paysage : preuve, aux yeux du cartographe, qu’il s’agissait d’une région soudée à quelque terre \ Cette partie dé Terre-Neuve est tout aussi indéfinie dans les autres cartes que nous venons d’examiner. Il en est de même à l’égard de Pedro Reinel, cosmographe portugais dont l’œuvre sur ce point mérite d’être étudiée.

Cantino, King et les deux Kunstmann laissent donc substituer, à ce sujet, un doute. On ne peut dire quel était à leurs yeux le caractère géographique exact de la contrée dont Terre-Neuve semblait être une simple continuation. Les documents montrent bien que, dans la pensée des navigateurs qui découvrirent la région terre-neuvienne à la fin du xve ou au commencement du xvic siècle, elle attenait géographiquement aux possessions transatlantiques de l’Espagne ; mais, selon ces marins, de quelle nature était l’ensemble des terres nouvelles, au moins dans leur partie septentrionale?

Le fait que dans toutes les cartes précitées il y a une solution de continuité se chiffrant par io° de latitude entre le Nord et le Sud, a pu leur permettre de croire, a priori , que c’était l’indice d’une île immense s’étendant de l’équateur aux terres arctiques et bloquant la route du Catliay. C’est-à-dire que Terre-Neuve n’attenait pas au continent asiatique, comme tant de géographes finirent par le croire ou l’exposer dans leurs cartes et globes.

La carte de Reinel n’échappe pas à cette interprétation, car sa Terre- pedro reinel

1 Voir, supra, chap. ix, p. 44-

Neuve se termine à l’Ouest clans la marge1. Mais il ne faut pas oublier que les contours et la nomenclature exposés par ce cartographe pour cette région ont été adoptés dans toutes les cartes subséquentes où le nouveau monde est représenté en entier et comme un continent distinct de l’Asie. L’opinion de tous les cosmographes qui firent cet emprunt à Reinel, à son prototype ou à un dérivé, était donc que Terre-Neuve n’est pas une île imaginaire, ni une dépendance géographique de l’Asie, mais bien de l’Amérique telle qu’on la conçoit. C’est pourquoi nous faisons dater cette évolution, intitulée ici : Terre-Neuve , région américaine, de Pedro Reinel, — jusqu’à plus ample informé.

D’ailleurs, ainsi que nous l’avons dit, le but de notre travail n’est pas tant de classer les cartes de Terre-Neuve d’après la date de leur confection que d’établir la chronologie des configurations et des noms de li-eux. Dans cet ordre d’idées, la carte de Reinel témoigne d’un progrès manifeste sur les œuvres géographiques déjà décrites ici. Le Groenland cependant y est anonyme et erronément relié au continent américain, de façon à laisser supposer qu’une de ses rives forme l’entrée du détroit de Davis. La côte Ouest du Groenland s’y mêle évidemment au Labrador, lequel se trouve ainsi uni à Terre-Neuve, selon la croyance que partagèrent tous les cartographes jusqu’à la découverte du détroit de Belle-Isle par Jacques Cartier, en 1 534 - Mais ce qu’il faut noter, c’est l’inclinaison du littoral vers le Sud-Ouest, et l’amorce de la Nouvelle-Ecosse. La bordure de la carte seule empêche cette configuration de se prolonger à l’Occident et au Midi, car Reinel semble avoir eu une connaissance plus étendue de ces régions que sa carte ne le montre. Il s’est sans doute abstenu, pour ne pas en augmenter le format et décrire des pays qui, relevant de la couronne de Castille, étaient sans intérêt pour des lecteurs ou des marins portugais.

La nomenclature ne contient pas moins de dix-huit noms, dont deux ne doivent pas se lire : C. do Marco , mais comme dans la plupart des vieilles cartes : C. do Marco, c’est-à-dire non « le cap de Marc », car Marc, en portugais, se rend par « Marcos »; tandis que Marco, avec la cédille, donne « mars », nom de mois. Cette distinction est importante; elle montre que la nomenclature de Reinel peut ne pas provenir entièrement des voyages de Corte-Real ou de ceux entrepris avec l’espérance de retrouver ce navigateur

* Biblioth. royale de Munich, Cod.iconogr. i32. Signalée cl décrite par J. A. Schmeller, Abhandlungen der I. Cl.d. Ak.d. IViss. IV. Bd. Abtli. I. Munich, 1844, p. 247 ; Kunstmann, n° i en fac-

similé; Kohl, n° ix, p. 177: Pesciiel, p. 332. Ou est surpris de voir que Schmeller propose pour celte carte la date de 1497-1499. Cf. le fac-similé IV ci-joint.

Planche V. NORD

Après 1504

(Bibliothèque royale de Munich,

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