LA CARTOGRAPHIE LUS IT ANO-ITALIQUE
II est à regretter que l’atlas de Maggiolo de i5o4 (disparu à la suite du congrès géographique tenu à Venise) n’ait pu être retrouvé. Nous y aurions probablement vu les éléments embryonnaires des configurations lusitanoitaliques décrites ici. Mais le portulan dressé à Naples par ce cartographe en 1 5 1 1 montre que l’évolution de ces tracés s’est continuée en Italie dans le même sens.
Ainsi on remarque dans la carte principale de ce beau recueil les configurations de la côte Nord-Est reliées entre elles depuis une Terra de los Ingres (Terre des Anglais), qui semble correspondre au véritable Labrador jusqu’à une côte se prolongeant vers l’Ouest, sans solution de continuité autre que la marge de la carte. La légende inscrite sur cette dernière partie du littoral : India oecidentalis , définit parfaitement l'idée qui a présidé à cette délinéation. Les contours où on lit Terra de Cortc reale et Terra de Pescaria , représentent, ainsi que nous le verrons plus positivement dans une autre œuvre de ce même cartographe, notre Terre-Neuve, depuis à peu près le cap Freels jusqu'aux environs de la baie de Plaisance, en contournant le cap Race, ici anonyme.
Nous ne pouvons en bonne logique quitter ce sujet, sans parler d’une carte, d’époque postérieure, mais qui semble se rattacher aux œuvres florentines ou vénitiennes que nous venons de décrire.
Les épures rapportées par Gomez décidèrent naturellement les cartographes à relier, par une côte non interrompue, le continent méridional au continent septentrional. C’est à une carte espagnole que la plupart d’entre eux empruntèrent ce nouveau tracé. D’autres cependant ne firent qu’unir les deux tronçons sur des cartes anciennes. Parmi ceux-ci, nous notons Benedetto Bordone, qui paraît avoir adopté pour ce placage, dans la mappemonde de son Libro ou Isolario , publié à Venise en ID281, une carte ressemblant à celles de Roselli, si ce n’est l’œuvre même.
i3. — Maggiolo de i 5 i i .
MAGGIOLO DE I 5 I I
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1 II est à noter que le frontispice du Bordone de 1 536, reproduit (d’après une autre planche)
celui de V Isolario contenant Roselli A. D’autre part, si l’on retrouve un jour « lo Apa-
Les cartes roselliennes et leurs dérivés, ainsi que les mappemondes italiennes du premier quart du xvie siècle où Terre-Neuve est soudée au continent asiatique, laissent soupçonner une évolution graduelle et particulière à
Florence et à Venise, tout à fait indépendante de l’hydrographie lusitano-germanique.
En réalité, il faut y voir l’interprétation que donnaient les géographes italiens de cette époque lorsqu’ils cherchaient à s’expliquer le véritable caractère des contrées découvertes au Nord de l’Amérique. Leurs théories, à cet égard, dérivaient, ce semble, de l’idée première de Christophe Colomb, propagée par les éditions romaines de Y Epistola et celles des Paesi fréquemment imprimées en Italie1, autant que des descriptions graphiques d’origine portugaise. Celles-ci étaient pour eux une source précieuse de renseignements, d’autant plus qu’ils les recevaient directement, et non, comme en Allemagne, par des dérivés de Cantino. C’est là le côté notable de la cartographie lusitanoitalique. Il importait de le signaler. Dans la seconde partie du présent ouvrage (chapitre XIV) nous montrerons une nouvelle évolution, particulièrement chez les géographes vénitiens, comme conséquence de la découverte du détroit de Belle-Isle.
rnondo informa rotunda », c’est-à-dire la mappemonde pour laquelle Bokdone obtint un privilège du Sénat de Venise en i5o8 ( Discovery , p. 447) > peut-être y verrons-nous les configurations amér’caines de l une des cartes de IIoselli.
Ajoutons que le type rosellien semble s’être maintenu longtemps encore. Nous l’avons re-
trouvé sur un planisphère gravé dans un cadran solaire en cuivre doré, hexagone (ou octogone?), portant sur le champ l’inscription suivante : Me dvee perpetuo certior esse potes. Anno 1559, sivc mare et terras sev cœlvm et tempora quervs.
1 Bibliotheca amcricana vetustissima , nos 32, 48, 55, 58, 70, 90, etc.
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