‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 49 sur 258 · C. da Espéra · texte numérisé non relu

C. da Espéra

R. das Patas,

R. de Sam Francisquo, C. Raso.

En plus, mais sur les latitudes de la Nouvelle-Écosse, deux îhes : Sam Johâ et Santa Crux.

1 Pour plus de clarté nous ajoutons ici, et dans la plupart des nomenclatures qu' suivent, des maj useules.

2 D’après le Padron General de i 536 (Oviedo,

t. II, p. 149), c’est Punta de Marco = la Pointe de

Mars, qu’il faut lire à cette place. Elle est inscrite sur ledit Padron, par 5a° 10'.

3 Là, d’après Chaves, était le véritable caho de Marco — cap de Mars, par 5i°4o'.

TRACÉ DE LA CÔTE CONTINENTALE

Le portulan de Reinel indique bien, au Sud, un raccord, mais on a lieu de s'étonner qu’il ne l’ait pas continué, puisque le tracé de Cantino lui en fournissait les éléments. D’ailleurs on ne retrouvera plus la terre continentale de ce dernier dans aucune des cartes exclusivement de confection lusitanienne, sans que rien ne vienne expliquer cette disparition. Peut-être y vit-on alors en Portugal un empiétement sur le domaine transatlantique de l’Espagne, aux termes du traité de Tordesillas. Fait non moins curieux de prime abord, vingt-cinq ans s’écouleront avant que les cartographes n’insèrent une délinéation quelconque du littoral qui s’étend de l’extrémité septentrionale de l’île du Cap-Breton à la Floride. La principale raison de cette lacune est, croyonsnous, que la ligne de démarcation passait, théoriquement, sur les sphères de l’époque, par 47° (Fnciso) ou par 47° 17' (Junte de Badajoz), soit réellement par 45° 38' ou par 4b0 3G' Ouest de Greenwich sur notre sphère actuelle

Dans la pratique l’écart était moindre, car l’hydrographie sévillane plaçait (arbitrairement ou par approximation) la ligne de démarcation sur une longitude correspondante à celle de Halifax, selon nos cartes. Ce tracé donnait à l’Espagne la souveraineté absolue de toute terre située à l’Ouest du G3° de Greenwich et ne laissait au Portugal aucune côte de l’Amérique septentrionale au Sud de 44° 3o' de latitude. Il n’était donc pas permis aux pilotes portugais d’explorer une partie quelconque de ce que nous appelons le littoral des Etats-Unis ou d’en dresser la carte.

D’autre part, à l’exception de La Cosa, les cartographes espagnols n’ont tenu aucun compte de la région au Nord de la Floride pendant le quart de siècle qui suivit la découverte de l’Amérique. Ajoutons que l’Espagne ne

1 The Diplomatie Ilistory of America : its first chapter ; i/(52 — 1492 — 1494- London, 1897, in-8°.

chapitres xiv et xvm. Voir aussi la carte comparative en tête du volume.

TRACÉ DE LA COTE CONTINENTALE

chercha même à en tirer parti qu’à dater de i52i, quand Lucas Vasquez de Ayllon visita la terre de Chicora (les Carolines). On peut donc dire que les éléments cartogra ph iques manquaient, officiellement du moins, pour construire une carte de cette partie du littoral.

Nous ne sortirons pas du sujet en reproduisant ici les contours que les Espagnols et leurs imitateurs donnèrent pendant si longtemps aux pays qu’ils savaient exister au Nord-Ouest des Antilles. Le lecteur ne tardera pas à voir l’importance de cet excursus , car c’est dans des imitations ou des dérivés faits hors d’Espagne et dont les modèles n'existent plus, que nous arriverons à déterminer la conception géographique adoptée pour Terre-Neuve par les cartographes espagnols.

Du millier de cartes qui furent faites en Espagne ou par des marins à son service, depuis la découverte de l’Amérique jusqu’au voyage de Estevâo Gomez (iàaS) et concernant cette partie du monde, on n’en possède plus que onze. Neuf sont manuscrites1 *. Trois sont de grossières gravures sur bois ou sur cuivre, de petit format", exécutées, la première à Séville, la seconde à Nuremberg, la troisième (en duplicata) probablement à Venise. Si l’on excepte le planisphère de La Cosa (déjà amplement décrit), une seule3 de ces onze cartes expose des contours au Nord de la Floride, et ils sont frustes ou vagues. Quatre ne contiennent rien qui puisse nous intéresser ici *, tandis qu’une est incomplète de la partie utile à connaître en ce moment. Il ne reste donc de la série que cinq spécimens à examiner, et cela seulement parce qu’on y voit pour la première fois dans les œuvres espagnoles (depuis la mappemonde de La Cosa) une partie quelconque du continent de l’Amérique du Nord. Cette partie dans les cartes les plus anciennes n’est qu’une petite péninsule, mais elle représente la Floride : point de repère, comme on le verra bientôt, pour retrouver les délinéations de Terre-Neuve adoptées primitivement par les cartographes de Séville.

1 i° La Cosa, i5oo; 2° Bart. Colomb (?), i5o3 ; 3° l’Hispaniola de la Colombine, i5o3 (?) ; 4° Pinedo-Garay, i5ï9;5° Wolfenbüttel A, 1 5 1 9 ; 6° Figueora, 1 5 1 9 ; 7° Garcia de Toreno, i522 (c’est celle dont il manque la moitié) ; 8° Planisphère dit de Turin, i522 ; 90 Pigafetta,i523.

! i° Pierre Martyr d’Anghiera, i5i2 ; 2° Cortez, i52o; 3"et3 “bis, Juan. Vespuce, i523 et 1524.

3 Mappemondes gravées sur cuivre de Juan Vespuce ( Discovery , i523, i524, p. 533-534, n0s 147, 1 48) . Ce ne sont que deux éditions de la même carte, avec quelques dilférences.

4 i° La grossière esquisse où la Jamaïque est placée au Nord d’Hispaniola, et que Wieser attribue à Barthélemy Colomb ( Mittlieil . d. Instituts fürosterr Gescli-forschung, 1898 ; suppl. iv) ; 2“ la carte d’Hispaniola conservée à la Biblioteca Colombina ; 3° celle de Porto-Rico envoyée en 1 5 1 9 par R. de Figueora. ( Discovery , p. 5oo) ; 4U la série de petits tracés dans les Pigafetta manuscrits. Bien que l’œuvre d’un Italien, ces derniers proviennent d’une expédition faite sous pavillon espagnol.

A en juger par les types aujourd’hui connus, l’Espagne et le Portugal, qui avaient d’abord fait figurer dans leurs cartes (La Cosa et Gantino) des délinéations continentales au Nord-Ouest des Antilles, ne tardèrent pas à éliminer ces contours entièrement. La première fois qu’on voit réapparaître dans la cartographie espagnole des signes d’un continent de ce côté, c’est dans la médiocre gravure sur bois ajoutée à un nouveau tirage de l’édition de ion de certaines œuvres de Pierre Martyr d’Anghiera, publiée à Seville 1 :

i5. — La Floride, selon Pierre Martyr, i5i2.

Page 1