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1 II n’y a pas de singes dans ces lat’tudcs. Peut-être faut-il voir dans R. do mono une corruption de Demonio. Ramusio, Raccolta, t. III, p. 417, décrivant la découverte de Corte-Real, place à Terre-Neuve « un’Isola grande detta delli Demonij ».
2 L’atlas de la Riccardiana inscrit à celle place :
Costa do golfo ; niais à notre présent numéro 22, on discerne : costacha : mot tronqué, évidemment, mais inintelligible.
3 R. das poblas n’est pas un mot portugais. Peut-être faut-il lire malvas : la rivière des Mauves, nom donné par Corte-Real un cap de ces régions, dit Ramusio [op. cit.). Nous serions
DERNIÈRES CARTES PORTUGAISES AVANT CARTIER
Ce qui donne un intérêt particulier à la carte de Viegas, c’est qu'elle est contemporaine du premier voyage de Jacques Cartier et donne l’hydrographie lusitanienne de Terre-Neuve au moment où le navigateur malouin allait découvrir le détroit de Bclle-Isle. Malheureusement elle est incomplète, et ce qui manque se trouve être la partie qu’à cette période de l’évolution cartographique des régions septentrionales le géographe voulait surtout connaître. En effet, entre les configurations nord-américaines des cartes portugaises et celles des premières mappemondes dieppoises qui nous soient parvenues, il y avait un hiatus considérable : tout le Labrador et les contrées circonvoisines du sud de Terre-Neuve. La carte dressée par Nicolas Desliens à Dieppe en iàZfi, expose la région labradorienne entière avec une nomenclature très étendue et presque entièrement composée de noms lusitaniens. 11 y a donc eu avant cette date des cartes portugaises donnant déjà ces contours et ces désignations, et qui servirent de prototype aux cartographes dieppois.
On ne savait ce que ces types cartographiques étaient devenus. Cependant un dérivé portugais direct, le plus important peut-être, au moins pour la question que nous examinons en ce moment, gisait, inapprécié à ce point de vue, depuis de longues années dans une des principales bibliothèques de 1 Italie.
En 1882, la seconde édition des Studi biogrcifici e bibliografici donna une description détaillée des caractères extérieurs d’un bel atlas portugais manuscrit de vingt-six cartes, conservé à la Bibliotheca Riccardiana, à Florence. Huit de ces cartes sont consacrées exclusivement au nouveau monde. Mais ce ne fut qu’à l’occasion du quatrième centenaire de la découverte de l’Amérique, dans une publication faite à Berlin 2, qu’un fac-similé lithographique put permettre de les étudier en dehors de la bibliothèque florentine.
Nous pouvons aujourd’hui déterminer le véritable caractère et le mérite, sinon la date de la confection de la principale, pour nous, de ces cartes. On en reconnaîtra l’importance lorsque nous aurons dit que c’est à son prototype (encore inconnu) que Viegas a emprunté ce qu’il donne de Terre-Neuve
enclin à voir dans ce mot une corruption de poboadas — la rivière des peuplades, ou des villages, car le Maggiolo de 1527 nomme cette région même Terra de muita gente — la terre très peuplée, malgré la superfétation qu’implique le nom suivant ; R. da gente. Il se peut aussi qu’on doive lire R. dos polvos = la rivière des poulpes, où les Portugais ont pu en avoir vu qu s’y étaient échouées, Terre-Neuve étant par
excellence la région des grandes pieuvres.
1 Par MM. Uzielli et Amat diS. Filippo. Rome, in-8°, t. II, p. 266-268 ; n° /p2 de VElenco degli atlanti, planisferi e carte nautiche d’autori stranieri. Voir noire hors texte VI.
2 Dr. Konrad Kretschmer, Die Enteckung America s in ihrer Bedentung fur die Geschichte des Weltbildes, Berlin, 1892, in-4, avec atlas in-folio, planches XXX1I1-XL.
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et du Brésil '. Mais ce qui fait du codex de la Riccardiana une œuvre capitale, c’est qu’il expose les parties de ces deux régions omises par Yiegas, notamment le Labrador tout entier et la côte terre-neuvienne au Nord du cap San Francisco, avec une ample nomenclature relativement bien orthographiée.
La configuration d’ensemble de la région septentrionale de l’Amérique est celle de Pedro Reinel, avec des différences accusant une certaine divergence d’opinion, si ce n’est, relativement, un progrès géographique. Ainsi la péninsule mamillaire du Nord-Est ne se continue pas à l’Ouest, comme dans Reinel, par un vague détroit, mais par un grand golfe bien défini nommé Golfam de T rameuta ou le golfe des Tourmentes, à l’extrémité duquel se trouve un estuaire portant la désignation de Baia dos morros \ Nous y reviendrons. Mais dans une enquête du genre de celle que nous poursuivons, il faut d’abord se demander à quoi répond en réalité cette vaste terre qui, à cette place et sous cet aspect, ne cessera de figurer dans la plupart des cartes portugaises, espagnoles et dieppoises jusqu’à la fin du xvie siècle.
Nous savons par nombre de spécimens décrits dans le présent travail que le point de départ de cette configuration est l’atterrage de Gaspar Corte- Real au Groenland, appelé d’abord Labrador. Mais la péninsule groënlandaise, loin d’être reliée à un littoral qui se continuerait à l’Ouest, ne cesse au contraire dans la réalité de s’avancer presque en ligne directe jusqu’aux latitudes arctiques. Elle est aussi séparée du continent américain, à la hauteur du cap Farewell, par 20 degrés de latitude. 11 y a donc une solution de continuité considérable, qu’on ne trouve pas dans les anciens tracés de cette terre.
D’autre part, il n’existe dans ces régions que deux côtes orientées de l’Est à l’Ouest comme est celle de la carte de la Riccardiana. La première est la côte méridionale du détroit d’Hudson. Si on l’admet, le Golfam da Tromenta serait la baie d’Ungava et l’extrémité septentrionale de la presqu’île la bordant à l’Est répondrait à la partie septentrionale de notre Labrador. Cette interprétation n’a rien d’impossible mais elle paraît improbable. On
1 Ou ne possède qu une seule carte de Yiegas, cartographe portugais d ailleurs inconnu. Cet unique spécimen n'expose du nouveau monde que la partie de Terre-Neuve reproduite ci-dessus et le coude de l Ainérique méridionale consacré au Brésil avec environ 2° au Sud de 1 embouchure du Rio de la Plata. Ces deux configurations sont à la même échelle que celles de latlas de la Riccardiana, présentent des contours identiques et une nomenclature semblable, bien que plusieurs noms soient omis. La carte de Yiegas était un
instrument de travail, comme le montrent plusieurs désignations interpolées. Quoique au contraire l’atlas de la bibliothèque florentine soit une œuvre de luxe, faite pour un personnage (non identifié, qui portait d’argent à la croix de gueules), il est supérieur tant par la cartographie que par
I orthographe à celle de Viegas.
- Ici Mekcatok (i 56g) inscrit : Baia dus medans.
II faut probablement lire : Baia dus medanos , la baie des Dunes, ou. plutôt, Baia dos uwrros, la baie des Collines.
Planche VI. NORD
Vers 1534-1540 (Conservé à Florence.)
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DERNIÈRES CARTES PORTUGAISES AVANT CARTIER
ne voit pas, à une époque aussi reculée, des Européens explorant une région pareille, au point d’y marquer plus de trente localités, escales ou atterrages volontaires, comme les noms l’indiquent. Deux noms de cette nomenclature,
Y. da Fortuna et Y. da Tormenta , survécurent pendant de longues années, et lorsque les approches septentrionaux de l’ile de Terre-Neuve furent mieux connus, c’est là, d’abord sur la côte de cette île même (alors soudée cartographiquement au continent), ensuite sur la côte Sud-Est de notre Labrador, non loin de Belle-Isle, qu’on les plaça. Enfin, si cette région presque hyperboréenne avait été connue et cartographiée dès le milieu du xvie siècle, on n’en eût pas unanimement attribué la découverte à Henry Hudson.
L’autre côte méridionale, orientée de l’Est à l’Ouest, est celle qui borde au Nord le golfe Saint-Laurent. Mais pour la connaître et sur une aussi vaste étendue, avec un tel luxe de détails, il fallait d’abord passer par le détroit de Belle-Isle, lequel malgré son extrême étroitesse, n’eût pas manqué de figurer sur la carte et qui d’ailleurs ne fut découvert qu’en 1 53/|, par Jacques Cartier.
Notre théorie est que nous avons simplement ici la côte orientale du véritable Labrador, tout extraordinaire à première vue que cela puisse sembler.
On possède la preuve que les premiers navigateurs confondaient cette région avec une continuation supposée du Groenland, continuation qui se trouvait portée sur les cartes parallèlement à l’équateur et dont ils n’eussent pu reconnaître l’inexactitude des positions que par des relevés nullement indispensables à cette époque; car l à peu près suffisait. Le fait que dans les premières cartes la côte labradorienne va droit de l’Est à l’Ouest, alors qu’en fait elle incline au contraire vers le Nord-Ouest, n’est pas une raison, puisque déjà dans le planisphère de Juan de la Cosa , qui passait en Espagne pour être le plus savant cartographe et pilote de son temps, la côte orientale de nos Etats-Unis, accuse une erreur semblable.
De toutes les cartes connues, celle de la Riccardiana est la plus ancienne la kiccahdiana qui inscrive une nomenclature sur cette région. Nous la verrons copiée, plus ou moins fidèlement, parfois avec l’addition de noms nouveaux, jusqu’à la fin du xvie siècle, tant dans les œuvres portugaises que dans celles de 1 hydrographie dieppoise. A ce titre, nous devons la reproduire en entier à cette place :
Labrador, Est et Sud :
Costa perdida.