L’ile du Cap-Breton, selon Gutierrez
au Sud-Ouest, différentes :
en deux parties à peu près égales, bien qu à des latitudes
1 II n’est séparé de la mer au Sud que par un puis quelques années permet 1 entrée de cette
isthme d'une étroitesse surprenante et de 800 mè- région,
très de longueur seulement. Un canal creusé de-
CAP-BRETON ET LE GOLFE SAINT-LAURENT
Les plus anciennes cartes qui représentent cette vaste île, qualifiée de « terre », sont unanimes pour en attribuer la découverte aux Bretons de T Armorique. De toutes façons, ils la fréquentèrent de bonne heure et ne cessèrent pendant de longues années d’y établir leurs pêcheries. Dans ces conditions, rien de plus simple à ce qu’un pilote de cette nation, en rangeant la côte septentrionale du large coude, ait aperçu l’estuaire qu’on appelle le grand Bras d’or. S’y engageant, il en aurait parcouru une grande partie, toujours entre deux rives plus ou moins séparées et, sachant que l’océan Atlantique baigne la côte parallèle à l’Est, l’aventureux marin, sans atteindre l’extrémité du bras de mer, sera revenu au Nord, persuadé que la région orientale nommée aujourd'hui « Cap-Breton1 », n’était qu'une grande île. C’est l’histoire géographique non seulement de la péninsule d’Avalon, mais de la plupart des promontoires de Terre-Neuve, lesquels pendant près d’un siècle figurèrent dans toutes les cartes sous la forme d’îles, quelques-unes plus grandes même que la présente île Saint-Jean, telle que Yiegas, Desceliers et Gutierrez la représentent.
Cette interprétation nous paraît plus logique et beaucoup plus probable que celle qui fait du détroit marqué dans Yiegas et ses congénères entre l’ile présumée et la terre ferme, le goulet de Canso. D’abord, parce que dans cette dernière hypothèse, les cartes lusitaniennes n’eussent pas manqué de tracer à l’Ouest de leur terre continentale et très rapprochée de l’Océan une côte baignée par les eaux du golfe Saint-Laurent, puisque ce court passage y conduit. Or, Viegas, la Riccardiana et les Gutierrez, père et fils (1.3.30- 1.362), ne voient à l’Ouest qu’une région terrestre indéfinie. Ce n’est en réalité, qu’à la suite des voyages de Jacques Cartier que la grande péninsule se dégage entièrement et qu’on voit apparaître pour la première fois, grâce aux cartographes dieppois, la portion méridionale du véritable golfe Saint-Laurent. Ajoutons, qu’ils conservent néanmoins et sans la modifier, soit comme forme, soit comme position, leur tracé du canal qui sépare bile Saint-Jean de la terre ferme.
Le golfe que dessinent Viegas et la Riccardiana, à l’Ouest de la côte Sud de Terre-Neuve, ne change rien à la thèse. Les dimensions et la nomenclature inscrite tout autour de cette baie circulaire montrent, selon nous, qu’il s’agit
1 Nous croyons que les géographes établissent la distinction suivante : L’ensemble, c’est-à-dire au Sud, depuis le détroit de Canso jusqu’à la pointe terminale, au Nord, et de l'océan Atlantique au golfe Saint-Laurent, c’est \ Ile du Cap-
Breton. Mais à 1 Est, depuis le bras de mer jusqu’à l’océan, c’est Cap-Breton (sans l’article et le mot « le »), ainsi nommé d’après le comté de la Nouvelle-Ecosse qui constitue une partie de cette région orientale.
seulement d’une délinéation hypothétique, prenant pour base la supposition que Terre-Neuve, alors considérée comme région entièrement continentale, se reliait au Sud à la terre des Bretons, par une côte bordant un golfe; mais sans que les cartographes se doutassent du véritable caractère, de la forme et de l’étendue de ce golfe, surtout dans la direction du Nord. Pour nous, le Rio (las p où las, la Costacha (?), le Rio pria et le Rio de Traveça de Yiegas, n’appartiennent pas au fond du golfe, mais ils proviennent de quelque tracé élémentaire et mal orienté de la côte intérieure de la Nouvelle-Ecosse.
D’ailleurs, il suffit de se reporter aux descriptions précitées de Chavès et de Santa Gruz pour voir que les géographes à cette époque n'avaient qu’une très vague idée du golfe Saint-Laurent. Suivons-les pas à pas dans leur exposé cartographique et en nous référant par leurs désignations à la carte de Gutierrez le père.
La description confuse d’Oviedo, simple interprétation de la carte de Chavès, qu’il avait sous les yeux, se résume à peu près ainsi :
Débouquant par l’entrée septentrionale du détroit qui sépare file Saint- Jean de la terre-ferme et nommé par Chavès Canal Saint-Julien , on relève d’abord la Pointe du Cap-Breton. Continuant vers le Nord, on note la rivière aux Deux Embouchures (?), puis le Gros Cap , lequel semble occuper la position de notre Cap-Nord. On traverse alors une baie, de l’autre côté de laquelle git un nouveau cap, que Chavès omet de nommer. C’est apparemment le cap de Baye et ladite baie n’est que l’étendue d’eau qui sépare l’extrémité septentrionale de file du Cap-Breton de la côte Sud de Terre-Neuve; laquelle côte, pour Chavès-Oviedo, est la terre ferme.
Rangeant ensuite le littoral terre-neuvien Sud-Sud-Est, on relève l'ile ou les iles Saint-Elme, l’archipel des Onze Mille Vierges, le cap Sainte-Marie, le cap Saint-Paul, le cap d’Espoir et, enfin le cap Race.
Tout ce que Chavès connaît donc du golfe Saint-Laurent est seulement l’entrée méridionale, sans dépasser 6o° long. (Greenwich).
A ce propos, rappelons ce que dit Oviedo au sujet des « cent trente lieues ou plus » : espace attribué selon lui, entre les deux caps :
Je ne le nie ni ne l’affirme, parce qu’on a peu de renseignements concernant les baies septentrionales. Je pense que Chavès n’était pas aussi bien renseigné qu’il l’aurait fallu. D’ailleurs, les cartes marines et les cosmographes présentent de grandes différences a l’égard de cette côte septentrionale.
A coup sùr on aurait été plus exactement informé si quelque navigateur,
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portugais ou breton, voire espagnol, avait à cette époque déjà franchi le détroit de Canso. Voyons maintenant Alonso de Santa Cruz.
A l’inverse d’Oviedo, le grand cosmographe fait sa description du Nord au Sud. Nous ne le suivrons qu’à partir de la côte méridionale de Terre-Neuve :
Omettant de mentionner le cap Race, Santa Cruz, nomme d’abord l’ île Sainte-Marie, d’où il passe aux îlots des Onze Mille Vierges, puis à la baie Sainte-Marie et enfin à un « grand golfe, appelé la Baie des Bretons », dans laquelle il place beaucoup d’iles inhabitées, dont une est 1 île Saint-Elme.
Ce grand golfe ne peut être que la mer située à l’Est de l’entrée du golfe Saint-Laurent, puisque, le traversant, Santa Cruz vient attérer à « une pointe appelée Cap-Breton ». Lui non plus ne dit donc rien de ce qui se trouve à l’Ouest de la grande péninsule. C’est une omission volontaire; car dès i54a, Santa Cruz traçait dans sa mappemonde, au Sud-Ouest de Terre-Neuve et baignant un prolongement imaginaire à l'Ouest de Cap-Breton, une sorte d’estuaire vaste, mais allongé et conduisant, au Nord, à une étroite rivière. La nomenclature1 montre que cette configuration est une simple hypothèse dérivée du prototype décrit par Oviedo. D’ailleurs ce dernier a consulté Santa Cruz2 et nous avons vu que néanmoins il était resté fort sceptique au sujet de « las ensenadas del Setentrion. »
Arrivé à 1 ’ île du Cap-Breton, Santa Cruz y note « bile Saint-Jean, adjacente au Cap-Breton, de 56 lieues de longueur par vingt de large au plus et qui se prolonge de l’Est à l’Ouest ». Plus loin, Santa Cruz dit que l’ile en question « est par 46°-48° — desde quaranta y seis liasta quarenta oclio grados », nécessairement de latitude. Comment une île, relativement étroite selon lui, et orientée en sa longueur de l’Est à l’Ouest, peut-elle s’étendre deux degrés en latitude ?
Le fait est que dans les cartes portugaises, source unique, selon nous, de toute cette hydrographie, l’orientation de l’ île Saint-Jean et du canal qui la sépare de la masse, gisent du Nord au Sud [Cf. Viegas et la Biccardiana) , comme dans la réalité (selon notre interprétation).
C’est seulement dans les cartes dieppoises et leurs dérivés que l’ile et son
1 Littoral de la Nouvelle-Ecosse (du Sud au Nord, comme dans Oviedo et Gutierrez):
R. del castanar
B. de la ensenada