L ÎLE SAINT-JEAN
détroit sont placés de l’Est à l’Ouest. L’erreur des Dieppois provient de ce qu’ils tracent la côte de la Nouvelle-Ecosse (comme ces cartographes le font, avec tout aussi peu d’exactitude, de celle du Labrador), presque parallèlement à l’équateur. Mais en la redressant, ainsi que la vérité l’exige, on relève dans la même proportion l’ile Saint-Jean et ledit canal Saint-Julien.
Avant de conclure, nous devons chercher à expliquer la phrase de Santa Gruz où il dit qu’antérieurement à l’expédition d’Estevam Gomez, beaucoup de cartes portaient l’île Saint-Jean dans l’intérieur de la baie des Bi’etons, et que cet explorateur la mit au contraire où on la voit aujourd’hui, non dans la baie susdite mais adjacente à la terre (ferme). Notre interprétation est que les cartes dorénavant placèrent l’île Saint-Jean parallèlement à la côte orientale de Cap-Breton; en d’autres termes, comme elle est dans Yiegas, la Riccardiana, Desliens, Desceliers et Gutierrez.
Parmi les cartes dressées avant le voyage de Gomez, on n’en connaît guère que deux ou trois qui exposent une partie de la côte orientale de Cap-Breton. Aucune d’elles ne marque l’île Saint-Jean, quoique leur tracé atteigne la latitude où d’ordinaire on la plaçait. Mais un fait assez curieux, c’est que les œuvres principales de l’hydrographie espagnole, comme par exemple, les mappemondes de la Laurentienne et de Weimar, le Ribero de la Propagande et une autre carte fort belle, conservée dans les galeries de cette congrégation ', ignorent complètement l’existence de l’île Saint-Jean, malgré leur mention explicite du voyage accompli par Gomez, voire sous le pavillon de Charles-Quint.
La carte de Diego Gutierrez, le père, montre qu’il n’en fut pas toujours ainsi ; mais en même temps on y voit que c’est aux cartographes portugais que les Espagnols empruntèrent cette délinéation nouvelle. Selon nous, l’emprunt fut fait entre 1 534 et i54o, car Wolfenbüttel B2 que nous supposons être de cette époque, l’expose déjà, mais avec un lapsus calami de nature à produire une impression erronée :
En effet, la fameuse île, sous son nom espagnolisé, y. de S. Julian , semble bloquer l’intérieur du golfe Saint-Laurent. Mais en examinant la configuration de près, on voit que Wolfenbüttel B est une carte sévillane complétée au sud de Terre-Neuve à l’aide de données lusitaniennes provenant du prototype
1 Cette superbe mappemonde, est décrite par que nous possédions de la carte de Hieronymo
Thomassy, Les papes géographes, p. 1 1 5, et da Veruazano , il semblait que celle-ci présentait
malheureusement omise dans notre Cartogra- la même configuration, d’où on pouvait supposer
phia Americana , bien que nous en eussions un que les deux avaient une origine cartographique
calque. semblable. Mais c’est une erreur, le Yerrazano
- Discovery, nü 193, p. 58o. D’après le tracé n’inscrit pas d’ile Saint-Jean à cette place.
CAP-BRETON ET LE GOLFE SAINT-LAURENT
ou d’un congénère de Viegas et de la Riceardiana. Elle représente pour cette région les mêmes contours, de dimensions et dans un lieu identiques, et avec les grands estuaires qui donnent à ce golfe circulaire la forme d’une sorte de Eonnet d’âne. La seule différence consiste en ce que file Saint-Jean est plus reportée à l’Ouest que dans Viegas, probablement parce que Wolfenbüttel y ajoute une petite péninsule au Sud-Est.