Globe de Bailly, i53o
Les Portugais continuèrent à visiter les parages du Labrador. On doit LE LABRADOR croire qu’à leurs yeux, ce pays n’était que la continuation du Groenland.
Nous devons aussi supposer que ces explorations se firent surtout pendant l’été ; car la côte 11e tarda pas à porter un nombre considérable de désignations. La mappemonde de Desliens de iS/fi est la première carte française connue où se trouve cette nomenclature.
1 Revue de Géographie , de Drapeyiion, numéro de septembre 1895. C’est à la même famille de globes qu appartiennent celui qui fut construit à Augsbourg par Christophe Schiepp pour un des Welser, et un autre que O. Weisualpt et C‘e
avaient en vente à Paris en 1896. Ce sont d’ailleurs deux globes verrazaniens , comme celui de Bailly. On les trouvera décrits, op. cit., numéro de novembre 1896, et dans les catalogues Rosentiial, de Munich.
Mais d’où peuvent provenir ces témoignages d’explorations minutieuses de la côte labradorienne à cette époque? Viegas, en 1 5 3 4 , les a peut-être connus, car sa carte est volontairement muette à partir du 55°, et dans les œuvres dieppoises ces noms sont surtout portugais ou traduits de cette langue. D’autre part, Cartier n’explora jamais cette région, et en 1 5 4 1 , date de la carte de Desliens, nulle expédition française n’avait encore été marquée de ce côté. C’est donc encore un emprunt fait à la cartographie lusitanienne, et la preuve de voyages portugais, évidemment entrepris pour la plupart à la recherche du passage au Cathay, on ne sait quand, ni par quels navigateurs de cette nation1.
En l’absence des cartes lusitaniennes disparues, sauf une seule (celle de la Riccardiana), c’est dans les œuvres dieppoises qu’011 peut retrouver les premières traces et, à certains égards, suivre l’évolution cartographique du Labrador.
La contrée d’abord ainsi appelée est en réalité le Groenland. Tel les pilotes de Corte-Real, qui y firent leur premier atterrage en i5oi (mais sans pouvoir débarquer), l’avaient représenté, tel il resta avec sa maigre nomenclature originale de trois ou quatre légendes pendant un quart de siècle au moins. Cela se démontre par le Maggiolo de 1027 2.
L’origine et la critique documentaire de la prétendue terre de Norembègue ; les tracés et la nomenclature du Labrador, ainsi que la forme de Terre-Neuve selon les cartographes dieppois du milieu du xvie siècle, constituent le sujet des trois chapitres qui suivent.
' Joïo III refusa en i5/|i de nouvelles autorisations pour des expéditions au Labrador à cause des navires portugais qui se perdaient dans cette région. Mss. de Munoz, t. LXXXII, fü 209.
2 Là où Iving et IŸunstmann, n° 11, inscrivent (apparemment au cap Farewell) cia mirla... de farlla, lecture scindée de C de mirame et lexame, Maggiolo donne C. de Mereilla et leizela.
LA CARTOGRAPHIE AMÉRICANO-DIEPPOISE