MARS 1609. D'IBERVILLE CONTINUE SANS GUIDE
eaux basses et de la rendre navigable jusqu’au Mississipy. Ces portages nous ont bien fatigués aujourdhuy, surtout moy, qui ay esté obligé de tenir le devant de mon canot et de le conduire de crainte de le crever, Deschiers, un de mes gens, estant malade. J'ay pris hauteur à trois lieues d’icy et j'ay trouvé 31 degrez 3 minutes.
Le 26°, quoyque je n’aye pas de guide, je n'ay pas laissé de continuer mon chemin au lieu de relascher et aller par le Mississipy : c'est une entreprise assez gaillarde avec quatre hommes, mais je ne rattraperois pas mes chaloupes, et j'aime mieux suivre cette rivière et faire voir aux Sauvages que, sans guide, je vas où je veux. Quelque chose qui arrive, je gagneray tousjours les vaisseaux, quand je devrois aller par terre et abandonner mes canots et en faire d’autres; ou, je ne trouveray à la mer d’escorce d'arbre, qui pesle bien à présent.
A quatre lieues à l’est-sud-est de ma couchée, j'ay trouvé une rivière qui vient du nord, sur ma gauche, avec un peu de courant, une fois plus grosse que celle où je suis, qui n'a que cinquante pas de large et cinq pieds d’eau, qui se sont
jointes ensemble, et estant jointes, j'ay trouvé deux brasses
et demye d'eau large de quatre-vingts pas, le pays très beau qui noye d’un pied aux grandes eaux. Il y a bien des endroits qui ne noyent pas. À une lieue et demye de cette rivière, continuant de marcher à l’est-sud-est, j'en ay trouvé encore une, qui alloit à l’est, à ce qu’elle me paroist, avec si peu de courant, que j'ay eu de la peine à voir où elle alloit, et aussi large que celle que je suivois, où j’ay trouvé un peu de courant et trois brasses d’eau, ce qui fait que je l’ay suivie, laissant l’autre à gauche, à quatre lieues et demie de celle là. Au
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