MARS 1699. PETITE RIVIÈRE QUI MÈNE AU BILOXI
sirent jusqu’à ma chaloupe, me tenant sous les bras, pour m'aider à marcher, de crainte qu'il ne m’arrivast aucun accident sur leur terre. Le chef des Bayogoulas s’embarqua avec moy. C'est un homme de quarante ans, qui a de l'esprit et ruzé. Estant desbordé, je fis tirer trois saluts de mousqueterie et crier trois fois : Vive le Roy, auquel ils me respondirent par trois cris de joye, comme ceux que j’avois faits de : Vive le Roy.
Les Oumas, Bayogoulas, Theloël, Taensas, les Coloas, les Chycacha, les Napissa, les Ouachas, Choutymachas, Yagenechito, parlent la mesme langue et s'entendent avec les Bilochy, les Pascoboula.
Le chef des Oumas est un homme de cinq pieds dix pouces de hauteur et gros à proportion, ayant le front fort plat, quoyque les autres hommes de sa nation ne l'ayent pas, du moins très peu de vicillards. Cette mode change parmi eux. Il est âgé de soixante-dix ans environ, ayant un fils de vingtcinq à trente ans environ, bien fait, qui luy succède à la couronne, — les chefs ne sont pas plus maistres de leurs gens, que ne le sont les chefs des autres nations du costé du Canada. J'ay remarqué seulement parmi ceux-cy plus de civilité. Ce mesme jour, nous sommes venus coucher à deux
lieues au dessous du village. Cette rivière descend fort viste;
mes gens nagent volontiers pour s'en retourner chercher du pain et du vin, au lieu d’eau et de bled d’Inde.
Le 24°, à trois heures de l’après midy, nous nous sommes rendus à la rivière qui va aux Bilochy et à la baye où sont les navires, où je n’ay pas veu d'apparence d'y faire passer les chaloupes. M. de Sauvolle a continué son chemin dans la chaloupe, auquel j'ay donné ordre de sonder l'entrée du
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Le barqt joind rem six à battu où je belle enten tuer, AUX.
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D'IBERVILLE Y ENTRE. SAUVOLE DESCEND LE MISsissiPr 185
fleuve et la passe du milieu, et mon frère dans la mienne, où estoit le chef des Bayogoulas, qui m'a donné un Mougoulacha pour me guider à la mer par cette petite rivière, dans laquelle j'ay entré, sur les quatre heures du soir, avec les deux canots d’escorce et quatre de mes gens et le Mougoulacha. J'ay fait dedans deux lieues, où j’ay couché, Cette rivière ou ruisseau n’a de large que huit ou dix pas, plein de bois renversés qui la barrent. Il y a trois et quatre pieds d’eau aux eaux basses, aux grandes eaux deux et trois brasses. J'ay fait dans ces deux lieues dix portages, les uns grands de dix pas, les autres de trois ou quatre cents pas, plus ou moins.
Le 25°, j'ay couru le plus souvent à l'est; comme hyer au soir, j'ay peu avoir fait aujourd’huy sept lieues et cinquante portages par-dessus des arbres et embarras de bois, et sommes venus coucher à un desbarquement, où nous avons trouvé six canots de bois, où il se joint deux petites rivières à celle-cy, une qui vient du nord-nord-ouest et l'autre du sud-est, qui la grossissent la moitié et l'eslargissent le double.
Le Mougoulacha, que j'avois dans mon canot ayant desbarqué à trois lieues d'icy, nous faisant entendre qu'il nous joindroit à la fourche, ne s’y est pas rendu, et s'en est apparemment retourné à son village, qui ne peust estre à plus de six à sept lieues d’icy en droicte ligne. Il y a un chemin fort battu, qui conduit à une lieue au deçà de son village. Le lieu où je suis est un des plus beaux endroits que j'aye veus,
belle terre unie, beau bois, clair, point de cannes, où nous
entendons beaucoup de coqs d'Inde crier, sans en avoir peu tuer, mais tout pays noyé, de cinq et six pieds aux grandes caux. [l y a beaucoup de poisson dans ces rivières et des crocodiles, Il seroit facile de nettoyer cette petite rivière aux