PROJET DE M. DE RÉMONVILLE
fait quelques voyages sur les lieux, j'en ay tiré plus de lumières que de tout le reste. C’est un homme qui a de la naissance et du service, il a de l'esprit et du jugement, et des veues assez grandes sans çstre visionnaire; ce fut luy qui le premier me proposa de l'aire une compagnie, et il avoit engagé le sieur d’Hiremie, fameux négociant qui a du bien et du crédit, mais qui s'est rétracté sur ce qu'il a appris que les Anglois, sur les relations qui ont esté imprimées, et une entre autres, qui a été dédiée au prince d'Orange, songeoient sérieusement à faire l’establissement que j'ay eu l’honneur de vous proposer. Cela n’a pas dégousté le sieur de Remonville, mais je suis persuadé, Monseigneur, que sa proposition ne convient pas à la grandeur de l’entreprise et à la diligence qu'il faut faire, pour les raisons qui sont expliquées dans Île mémoire que j'ay l'honneur de vous envoyer.
Les secours que l'on demande au Roy paroissent nécessaires et n’ont rien d'extraordinaire. Dans toutes les nouvelles compagnies qui ont esté establies depuis 1664, Sa Majesté a tousjours fait de grands advantages à ceux qui s'y sont engagez, et, si l’on en croit toutes les relations imprimées et tous ceux qui ont esté sur les lieux, il paroist que jamais establissement n'a cesté de plus grande conséquence. Vous en pourrez juger vous mesme, Monseigneur, par le mémoire que j'ay l'honneur de vous envoyer, dans lequel je n’ay rien exagéré, et Jay mesme obmis quelques articles qui sont dans les relations imprimées, parce que quelques uns de ceux qui ont voyagé dans le pays ne les ont pas remarqués.
Le Roy n’a pas refusé des vaisseaux à a Compagnie des Indes, quand elle en a eu besoin; elle en a presté à celle du
Sénégal, et si elle en refusoit à celle qu’on propose, il n’en
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faudroit pas davantage pour la décrier entièrement et pour rebuter tout le monde d'y entrer.
A l’esgard des quatre cents hommes de troupes reglées, il en coustera peu au Roy et la compagnie que l’on formera en sera soulagée; l’engagement auquel elle se soumettra de faire les recrues à ses frais paroist si raisonnable qu'elle peut espérer que Sa Majesté ne les luy refusera pas.
A l’esgard des autres conditions qui sont dans le projet que je luy ay adressé, clles sont presque toutes tirées de celles qui
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(La suite manque.)
Mémoire sur le projet d'establir une nouvelle colonie au Mississipi ou Louisiane, joint à la lettre de M. Argoud, procureur des prises, du 10 décembre 1697.
Le pays où l’on propose à Monseigneur d’establir une nouvelle colonie est d'une très grande estendue; on prétend que le cours de la rivière du Mississipi est de plus de six cents lieues. Cette rivière a sa source au nord-ouest de l'Amérique septentrionale et son embouchure au sud-ouest dans le Golfe du Mexique, Un habile ingénieur, qui a esté longtemps dans le Canada, qui à voyagé chez les Illinois, qui a connu particulièrement le sieur de La Salle et qui a eu lous ses mé-
moïres, travaille à finir une nouvelle carte du pays qui sera
beaucoup plus exacte que toutes celles qu’on a veues jusques à présent.
Il y a plusieurs rivières navigables très grandes et très belles qui se jettent dans le Mississipi, tant du costé de l'est que du costé de l’ouest, lesquelles embrassent une très grande estendue de terres qui ne sont habitées que par des Sauvages.
L'embouchure du Mississipi est au 30° dégré ou environ, de sorte que le climat, en remontant vers les Islinois, est plus chaud que froid et néantmoins assez tempéré en plusieurs endroits.
Le pays est très abondant et produit la pluspart des choses nécessaires à la vie. Le mays ou blé de l'Inde y vient deux foys l'année; c’est une bonne nourriture, et quand on y est accoustumé on se peut passer de blé de l’Europe; néantmoins on prétend qu’il y viendra très bien quand les terres qui poussent trop auront esté travaillées. On a fait quelques espreuves qui y ont réussi,
Il y a quelques vignes sauvages, qui produisent d’assez bon vin, et l’on doit raisonnablement espérer que, quand on aura soin de planter des vignes des meilleurs plants et de les bien cultiver, on aura plus de vin qu'il n’en faudra pour les habitans du pays.
On y trouve une très grande abondance de gibier de toutes sortes, et surtout des bœufs sauvages, qui ont de la laine et qu'on pourra facilement rendre aussi domestiques que les nostres en élevant quantité de jeunes veaux et surtout les femelles.
On y trouve des poules, des pigeons et d’autres animaux domestiques.
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Vers le sud-ouest, du costé des habitations Espagnoles du nouveau Mexique, il y a des chevaux sauvages qu’on apprivoise très aisément; les Sauvages s’en servent et les donnent pour de la quincaillerie.
La pluspart des fruits de l'Europe y viennent plus gros ct meilleurs que les nostres, et il y en a quantité qui nous sont inconnus.
Le pays est plein de beaux pasturages à cause de l’abondance des rivières. Les bois à bastir et les autres matériaux y sont en abondance en beaucoup d’endroits. Le transport en est facile à cause de la quantité de rivières navigables. Ainsy, pour peu que les colons qu’on y menera ayent d'industrie, ils seront logez très proprement et très commodement en très peu de temps.
On peut joindre à l'abondance la beauté et les divers agrémens du pays; on n'y voit jamais d’hiver et l'air y est extrêmement sain, de sorte que les colonies y subsisteront agréablement, aysément et abondamment, et il n'y aura que les premiers frais de l’establissement à essuyer.