‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 14 sur 504 · COMMERCE · texte numérisé non relu

COMMERCE

On pourra tirer une infinité de pelleteries. Il y a des nations entières qui s’habillent de peaux de castor, et qui les bruslent après les avoir portées quelque temps, parce qu’elles sont trop csloignées du Canada pour les y porter.

On en tirera une très grande abondance de cuirs, des bœufs sauvages, dont les forests sont pleines. La laine qu'on en tirera en très grande quantité ne sera pas inutile.

Il y a uncinfinité de forests de meuriers blancs, et le pays

estant dans le mesme climat que la Sicile, l'Italie et une partie de l'Asie, personne ne doute qu’on n'y puisse élever des vers à soyc; ce seul article, avec le temps, seroit d’une conséquence infinie pour le Royaume.

Il y a des cantons de douze ou quinze lieues, où l'on trouve le plomb en abondance sur la terre, sans estre obligé de fouiller les mines.

On y trouve aussi de l’estaim et du cuivre.

On y pesche des perles dans une partie du golfe du Mexique, et quoyqu'elles ne soyent pas d’une si belle eau que les perles Orientales, on en peut néantmoins faire un très bon commerce.

Il y a abondance de bois de cèdre, et d’autres bois de diverses couleurs propres aux ouvrages de marqueterie, qui sont pour le moins aussy beaux que ceux du Brésil, dont on n’auroit plus besoin dans le royaume.

Les chanvres y viennent naturellement de huit ou dix pieds de haut sans estre cultivez; on en trouve des campagnes toutes remplies; il seroit merveilleux pour les cordages, pour les voiles et pour les grosses toiles.

Les chesnes y sont admirables pour la construction des vaisseaux, et l’on trouve des masts, qui sont pour le moins aussi beaux que ceux de Norwège, de sorte que la compagnie que Sa Majesté choisira pourroit avec le temps y faire bastir tous ses vaisseaux; le Roy mesme pourroit en faire construire du premier et du second rang; il ne luy cousteroit que lies frais des ouvriers qu’il faudroit d’abord envoyer sur les lieux pour en instruire d’autres.

Voilà les avantages qu'on peut raisonnablement espérer,

sans compter ceux que l’expérience descouvre tous les jours

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MÉMOIRE DE M. ARGOUD 25

dans les pays inconnus. On peut, par exemple, tenter si le coton y viendra fin et long ; on peut y semer du tabac, comme dans la Virginie, et tenter tout ce qu'on croira pouvoir apporter quelque utilité.

Ce commerce sera d'autant plus advantageux qu'il ne faudra point porter d'argent dans le pays, mais de la quincaillerie pour traiter avec les Sauvages, et avec le tems des toiles fines et des estoffes, et les marchandises qu'on en tirera dans le royaume une infinité d'argent des pays étrangers.

Il est presque impossible qu'avec de bons pilotes on ne trouve pas deux ou trois bons ports dans le Golfe, que la compagnie aura intérest de fortifier, de sorte qu'avec le temps Sa Majesté, trouvant de quoy faire une armée navale et des ports pour sa seurceté, pourroit s'asseurer par la voye des armes le Mexique et le Pérou, qui luy seroient acquis par une succes-

sion légitime.

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