MARS 1609. SOINS QUE LES SAUVAGES ONT PRIS D'EUX
nier, que quatre hommes portèrent en chantant devant leurs mosquées, tous les Sauvages suivant, où ils firent plusieurs tours devant la porte et ensuite s’en retournèrent. Après, le chef mit trois pots d’eau dans une cruche, avec des feuilles de laurier, qu'il fit tiédir. Ensuite, il en prit une tasse qu'il but et se mit le doigt dans la bouche pour s'exciter à vomir l'eau qu'il avoit prise. Il fit cela par différentes fois, jusqu'à ce que le pot fust vide. Quatre vieilles femmes en firent autant; c’estoient apparemment celles qui avoient touché le cadavre; ils buvoient cette eau afin de se purifier. Le lende-
main, un autre chef du mesme village en fit autant à un petit
enfant, qu’il avoit chez luy dans un autre four. Je crois qu'il n'y a que les chefs qui ont droit de le faire. Le chef des Sauvages traita nos deux hommes avec la plus grande douceur du monde :t s'offrit luy-mesme avec un vieillard de les mener dans un de leurs canots jusqu’à nos navires. Il leur fit cette offre en cas que nous n'eussions pas passé par là. Sur les six heures du soir, nous cabanasmes près de deux lieues plus bas que l'endroit où nous avions perdu nos gens. Nous fismes cette journée douze lieues en descendant.
Le jeudy 26°, sur les quatre heures du matin, nous nous embarquasmes dans nos chaloupes, où nous desjeunasmes avec de la sagamité, que nous avions fait cuire pendant la nuit pour espargner nostre pain de bled d’Inde, que nous avions pris aux Ommas pour nostre disner. Sur les cinq heures et demie, nous mismes à terre du costé du stribord en descendant; nous fismes cette journée dix-neuf lieues.
Le vendredy 27, sur les six heures, nous nous embarquasmes après avoir desjeuné comme à l'ordinaire. Sur les cinq heures du soir, nous cabanasmes; le pain que nous