MARS 1699. PASSES DU MISSISSIPI
mangions estoit si aigre et si gasté qu’il estoit presque impos. sible d'en manger. Nous fismes seize lieues ce jour.
Le samedy 28°, sur les six heures du matin, nous partismes sur les dix heures. Nous trouvasmes deux bras d'eau qui s’entre-touchoient presque, dont l'un couroit au sud-est et l'autre au sud-ouest, par le travers desquels M. de Bienville mit en travers pour nous attendre. Il demanda à M. de Sauvolle s'il ne vouloit pas sonder et descendre à la mer. Il luy respondit qu'il n’estoit pas nécessaire, parce que nous voyions la mer du costé de l'ouest, où ils se perdent. Les emboucheures paroissent toutes barrées par une infinité d’islets, et mesme des arbres eschoués. Il dit que M. son frère luy avoit bien donné ordre de sonder un bras d'eau, mais que c'estoit celuy qui se deschargeoit du costé de l'est, qui estoit une demy lieue plus bas, que nous trouvasmes une demy heure après, qui court droit au nord-nord-est, et il paroïissoit deux passes ; nous prismes celle de l'ouest. Comme nous donnions dedans, nous sondasmes, nous trouvasmes huit brasses d'eau. Un moment après, noustouchasmes; nostre chaloupe vint aussitost par le travers par la rapidité du courant qui se descharge à la mer; l’autre chaloupe qui nous suivoit rama dans rivière et fut à terre. Un de nos gens se jeta à l’eau et alla porter une amarre à ceux de l’autre chaloupe, qui nous halèrent à flot. Nous restasmes là quelque temps pour prendre la hauteur pour sçavoir la latitude de l’emboucheure de la rivière, qui n’estoit pour lors esloignée que de deux lieues et demie, et que la rivière couroit presque est et ouest 28 degrez 41 minutes. Nous descendismes une demy lieue plus bas et à une lieue de son emboucheure, où nous mismes à terre
pour faire nos tentes. A une heure après midy, nos gens
pie