MARS-AVRIL 1609. RECHERCHE D'UN LIEU POUR S'ÉTABLIR
quantité d'arbres qu'ils ont trouvés dans le petit canal, entassés les uns sur les autres. Il nous dit qu'il avoit couru de très-grands risques à cause d'un nombre infiny de crocodiles qu'il avoit trouvés dans les lacs. Il nous dit aussi qu’il avait veu plus de deux cents taureaux sauvages.
Le mesme jour, M. d’Iberville détacha M. de Villautrey et des Jourdis, enseignes, pour aller sonder une seconde fois une rivière, qui est à dix lieues à l’est de nostre isle, où nous estions mouillés, afin d'y pouvoir establir nostre petite colonie, n'ayant rien peu faire du costé du fleuve, à cause de ses des-
bordemens et que le pays est presque tout inondé.
Le mercredy 1° avril, sur les dix heures du matin, les deux felouques arrivèrent de leurs descouvertes à bord du commandant, auquel ils dirent qu'il n’y avoit pas d’eau. Les vents furent au midy-sud-est avec une brume fort espaisse, qui regnèrent toute la journée jusqu'à ouest, et la nuit ils vinrent au nord.
Le jeudy 2°, M. d’Iberville et de Sauvolle, avec les deux felouques, partirent après midy pour aller sonder la coste ct la rivière, qui est à l’ouest de nous, par où il avoit descendu, lorsqu'il nous quitta dans le fleuve. Les vents continuèrent jusqu'à midy, ensuite sautèrent au sud avec de la brume.
Le vendredy 3°, vents d’est-sud-est, avec une brume fort espaisse, qui ont calmé sur le midy et qui ont sauté au nord avec une brume continuelle. Sur les dix heures du soir, ils arrivèrent à bord avec bien de la peine, s'estant escartés plusieurs fois à cause de l'obscurité, et ayant pensé passer au large de l’isle où nous estions mouillés, sans le feu que nous portions dans nos haubans de misaine. La mer estoit si grande qu’ils manquèrent de se perdre avec les petits bastimens.