‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 192 sur 504 · MAÏ=JUIN 1009. VIOLENTE TEMPÈTE · texte numérisé non relu

MAÏ=JUIN 1009. VIOLENTE TEMPÈTE

tirer trois coups de canon par l'amiral des Anglois, pour nous advertir que nous allions tomber sur des bancs de sable. En effet, nous n’eusmes que le tems de virer de bord. Voyant le banc de sable, nous eusmes à la vérité grand peur, et, sans gasconnade, nous fusmes trop heureux d’estre en la compagnie des Anglois, ayant fait, durant le canal, la miesme manœuvre qu'eux.

Le mardy 26°, nous vismes que nous estions passés et en remerciasmes Dieu, tous nos gens ayant cesté extremement fatigués, parce qu’ils avoient tousjours esté debout. Le vent devintensuite favorable; nous quittasmes bientost les Anglois, nos frégates allant beaucoup mieux que les leurs. Nous fismes presque toujours l’est-nord-est, beau tems jusqu'au mercredy 10° juin.

Le mercredy 10° juin, vent de sud-ouest; depuis minuit, il devint fort violent, en sorte que le matin, ayant cargué tovs les huniers, on laissa seulement les deux grandes voiles. S' : le midy, le vent augmenta tellement qu'on serra la grande voile et on prit les ris dans la misaine et fismes vent arrière. Sur les deux heures, le vent fut si violent que le vaisseau ne gouvernoit plus, la mer passant par dessus, tout nagcoit entre deux ponts, les matelots si fatigués qu'ils n’en pouvoient plus. On jeta toute la dunette à la mer ; ensuite on vira au cabestan; on auroit jeté les canons, si on n'avoit craint d’enfoncer le vaisseau. Enfin, après avoir trois quarts d'heure esté entre deux eaux, sans pouvoir gouverner le vaisseau, il commença à arriver et se relever. Nous creusmes tous que c’estoit nostre dernier jour. Jamais on n’a eu plus de peur. Deux de nos gens

moururent à cause de l’eau qui avoit esté entre deux ponts.

La Badine n'eut pas le mesme malheur que nous, ce qui à

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