COMMERCE A FAIRE
merce de luÿ mesme sans estre cultivé; je n'y vois que des pelleteries qui sont peu de chose. En deux ou trois années de résidence, on y pourroit traiter des Sauvages deux à trois mille peaux d'ours, quelque autre menuec pelleterie peu considérable, car, pour en avoir, il faudra envoyer chez les nations du Nord, ce qui n’en vaut pas la peine et deviendroit par les suites fascheux, attendu que les meilleurs hommes de la colonie se débanderoient comme ils font en Canada pour aller au loin querir ce que les Sauvages apporteroient eux mesmes. Il y auroit un commerce de castors à faire, plus grand que celuy qui sort du Canada; mais il n’y a pas d’apparence que l’on le permette sans vouloir destruire le Canada et ruiner le fermier, joint à ce que je dis que cela feroit débander tous les meilleurs hommes pour les aller chercher et feroit un tort très considérable et la ruyne de la colonie. Il
n'est rien de si avantageux pour l'avantage d’une colonie, que d’empescher dans les commencemens ces sortes de com-
merces, qui empeschent son avancement et par un très grand nombre d'hommes et les meilleurs qui se débandent et ne cultivent point les terres, ni ne se marient. Il y auroit nombre de raisons à dire là-dessus, qui demanderoïent un meilleur escrivain que moy pour les bien détailler. Tout ce que je viens de dire là est contre le sentiment de bien des gens, qui ont des intérests particuliers à faire, que les commerces soient libres. Plusieurs ont de grandes idées de commerce de peaux de bœufs sauvages qui se peut faire; je ne sçais qu'en dire. Il est constant qu'il y a beaucoup de ces animaux dont les peaux sont très difficiles à transporter sur le bord des rivières par leur grande pesanteur. Il n’est point de Sau-
vage quien puisse rapporter une de trois à quatre lieues