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CE QUE D'IBERVILLE PROPOSE POUR ETABLIR UNE COLONIE AU MIS ISSIPI

Lettre de d'Iberville au Ministre de la Marine.

18 juin 1698.

Pour faire l’establissement d'une colonie sur le Mississipi, qui se trouve au milieu de tout le pays de la partie septen-

trionale du Mexique, nommée la Louisiane, dont on connoist assez la bonté et les commerces advantageux que l'on y peut faire, par toutes les relations que nous en avons, le sieur d'Iberville demande :

Un navire de quarante à cinquante canons et qui puisse porter du douze et huit tonnes de balles avec deux cent cinquante bons hommes d'équipage, choisis tant matelots que soldats, dont quatre-vingt-neuf seront soldats et deux sergents; que ce vaisseau ne tire, si cela se peut, que quatorze pieds d’eau.

Une autre frégate d'environ vingt canons, ne tirant que peu d’eau et qui se nage avec des avirons, armée de cent vingt hommes, dont trente seront soldats avec un sergent.

Un autre bastiment de dix à douze canons, qui ne tire que six à sept pieds d’eau, qui se nage avec des avirons, et soixante-cinq hommes d'équipage, dont vingt seront soldats et un sergent.

Une fluste ou bastiment de charge, d'environ trois cents tonneaux, tirant peu d’eau, armée de quelques canons et montée par quatre-vingts hommes, dont trente seront soldats ou passagers avec un sergent.

Que tous ces vaisseaux soient propres pour l’eschouage.

Il faut à chaque bastiment pour huit mois de vivres, à commencer au mois d'avril, que je voudrois partir pour aller droit à Saint-Domingue, pour y faire de l’eau et du bois et prendre le plus de rafraischissemens que je pourrois pour mes équipages, qui périssent quand ils sont malades faute de viande fraische.

Je ne voudrois arrester à Saint-Domingue que quatre à cinq jours.

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Je demande qu'il soit envoyé un ordre à M. Ducasse pour me donner cinquante à soixante hommes flibustiers, s’ils sont gens doux et paisibles et d’obéissance, ou des soldats de sa garnison choisis, s'ils m'estoient plus propres, le tout à volonté des uns ou des autres.

Prenant des flibustiers, qu'ils soyent payez comme les Canadiens que j'auray et faire marché avec eux. Ils en serviront mieux.

Que je puisse laisser à Saint-Domingue les hommes de mes équipages, qui seront malades.

Il sera bon que mon voyage ne soit pas sceu à Saint-Domingue, à cause de la proximité de la Jamaïque, où les vaisseaux, qui auront le mesme dessein que moy, iront se rafraischir.

Si j'ay besoin de quelque pirogue à Saint-Domingue, pour les emporter avec moy, que je les puisse avoir par le moyen de M. Dubosc, ou qu’il soit embarqué quelque argent à bord pour les acheter.

Partant de Saint-Domingue, je feray ma route pour aller reconnoistre les terres, qui sont à cinquante ou soixante lieues à l'Ouest du cap de la Floride, et m'en iray le long, la reconnoissant bien, surtout les rivières jusqu’à la baye du Saint- Esprit, où sera le rendez-vous de tous mes vaisseaux, dans laquelle j’entreray et examineray bien si le Mississipi n'y tombe point.

Comme il me faudra quelque tems à visiter cette baye et la sonder pour ne pas perdre le temps, je feray continuer la route de la coste à l’ouest à la corvette avec une pirogue et une des biscayennes légères que j'emporteray en bottes, qui s’en iront sondant la coste jusqu’à la rivière, qui ne pourront

passer sans la trouver par le courant qui en sort et l'eau blanche et bourbeuse, C'est une remarque que le Sieur de La Salle avoit fait; il m'a assuré qu'il y avoit grande eau à son entrée et qu'il avoit esté en canot jusqu'à trois lieues au large sans trouver de fond à trente brasses de ligne, et le long de la coste à l'est de la rivière il avoit trouvé douze brasses à une portée de \ canon de terre.

La baye du Saint-Esprit n'est qu'à environ cent lieues à l’est de la baye Saint-Louis, où le Sieur de La Salle a fait 1 son establissement, qui a comme la coste et le banc de sable, qui couvre la coste, jusqu'à quarante lieues à l'est de son establissement. Je donneray l'ordre à la corvette, que me quittant À à la baye du Saint-Esprit, elle continue sa descouverte jus- i qu'où elle trouvera ce banc de sable, entre lequel et la terre ÿ elle naviguera quinze lieues, si elle trouve que la coste soit ist

saine et qu'il y ait de l'eau. Cecy ne se trouvera pas, le Sieur 4

de La Salle ayant envoyé à quarante lieues le long et à terre 1

du banc. C’est pourquoy je donneray ordre à la corvette, 1 trouvant ce banc, de s’en revenir me rejoindre. ” l Si je trouve que la baye du Saint-Esprit soit un bon hâvre, 4 etc en attendant le retour de la corvette, j'occuperay mes équi- ‘ J pages à faire un fort. L les Quoyque je dise qu’arrivant à la baye du Saint-Esprit, j'en- / $ voyeray la corvette continuer sa route à l'ouest chercher la A rivière, je ne le feray pas, si je vois que cette baye se pui ; Qu connoistre en huit jours de temps, et y trouve un endro j ar mettre mes vaisseaux en seureté ct un endroit commou à À ( fortifier. En ce cas je laisserois les vaisseaux et les équipages 4 cet Cel

à y faire un fort, pendant que je m'en irois dans la corvette

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