RIVALITÉ DES ANGLAIS ET INQUIÉTUDES DES ESPAGNOLS
à partir avec deux autres, l’un de vingt-quatre canons, l’autre de six, tous bastimens assez bien bastis et neufs. Ils disoient devoir aller ensemble jusques à une certaine hauteur, où ils disoient se devoir séparer, luy aller à la mer du Sud et les autres du costé du golfe du Mexique. Ils pouvoient cestre en tout, dans ces trois bastimens, deux cent cinquante hommes au plus. Le départ de ces vaisseaux avoit quelque rapport aux nouvelles qu'en avoient receues les marchands de New-York. Ceux-cy disoient qu'ils estoient quatre à cinq cents hommes. S'ils ont esté à la coste de la Floride faire un establissement, on en aura des nouvelles en Angleterre ce mois cy ou le prochain.
S'ils sont allés au Mississipi et qu'ils s’y soient establis, il ne sera pas difficile de lesen chasser et à peu de despense avec des moyens bastimens.
Vous aurez veu, Monseigneur, la sommation que m'ont faite les Espagnols. Je suis persuadé qu'ils n’estoient pas partis de chez eux pour cela seulement, comme ils l’ont voulu faire entendre, mais bien pour nous obliger de force de nous retirer de cette coste, ce qu'ils n’ont osé entreprendre, nous voyant les plus forte.
Je crois bien qu’ils n’en demeureront pas là, car ils regardent l’establissement des François dans le Mississipi comme la ruine du Nouveau Mexique et des provinces de Quivira, qui en sont à l’est, où sont les plus riches mines qu'ils ayent à présent et d'où ils ont esté chassés par les Sauvages, il y a bien sept années, et où plusieurs nègres et forçats se révoltèrent et ont occupé une place où ils se sont maintenus. C’est ce que j'ay sceu de plusieurs Espagnols. Je ne doute pas que
la place occupée par les nègres ne soit le lieu que les Naoua-