LES OFFICIERS FRANÇAIS REÇUS AVEC HONNEUR A PENSACOLA
pareille conjoncture il ne seroit pas aisé de mieux faire, car,
tout le temps que nous avons gardé à boru ces messieurs, c'a
toujours esté des repas magnifiques, et je puis dire qu’en
France, dans les bonnes tables, ils n’auroient pas esté plus réguliers. J’ay eu un vray plaisir d'en faire les honneurs. Outre cela, j'ay fait revestir et garnir de tout M. de Riola, qui s’estoit sauvé en veste, de l'équipage deM. d’Iberville, qui ne l'a seurement pas regretté ; bien au contraire, il a cru que je n’avois pas fait assez; cependant j'ay prodigué son bien hardiment, estant bien persuadé de son bon cœur, et surtout dans de pareilles occasions, où il s'agissoitde faire honneur à la France. Nous connoissons tous vostre intention là-dessus, Monseigneur; c'est pourquoy nous avons suivy l'exemple de nostre commandant en cela, car tout ce que nous estions d'officiers, nous nous sommes dégarnis de ce que nous avions de meilleur pour revestir les autres infortunés, qui estoient encore plus à la légère que leur général, tellement que nous sommes arrivés en France avec un pauvre équipage.
Le r7° du mesme mois, nos deux chaloupes arrivèrent au vaisseau, de retour de chez les Espagnols, où les officiers qui les commandoient ont esté reçus avec tous les honneurs qu'on peut rendre à des cestrangers. On y tua le bœuf gras pour rafraischir les équipages de nos chaloupes, et on ne sceut quelle feste leur faire en reconnoissance des services qu'ils avoient rendus. Jay receu une lettre de M. de Riola sur ce sujet, que je prends la liberté de vous envoyer. S'il est vray, comme j'ay appris par le retour des officiers, qu'ils soient venus à mauvaise intention dans la première visite qu'ils nous ont faite, nous leur avons rendu le bien pour le mal, à quoy nous n'avons nul regret, si vous l’avez pour agréable. Leur des-