‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 309 sur 504 · AVRIL 1700. LA RONDE LAISSÉ AU FORT DU MISSISSIPI · texte numérisé non relu

AVRIL 1700. LA RONDE LAISSÉ AU FORT DU MISSISSIPI

Le 13° au soir, je suis parti à neuf heures dans le traversier, laissant au fort pour y commander le sieur La Ronde, garde marine, en attendant le sieur de Maltot. J'ay aussi fait partir deux canots d’escorce pour la rivière qui passe derrière le fort, pour suivre deux sorties qui vont à la mer et voir si elles tombent loin des vaisseaux. J’ay attendu inutilement des Sauvages auxquels j’ay donné deux fusils pour chasser aux bœufs et attraper des petits veaux; ils sont vingt hommes que j'ay engagés d’en prendre, leur promettant un fusil à chaque. Je crois que les grandes eaux auront fait retirer ces animaux dans les pays hauts, qui sont loin. J’ay laissé à ce fort, pour y travailler, quinze hommes.

Le 14°, depuis neuf heures du soir, j’ay dérivé toute la nuit. De calme, je me suis rendu à midy à la sortie de la rivière; j'ay suivi la mesme passe par où j'avois entré, estant la meilleure. Tous ces rochers qui sont hors de l’eau ne sont que de vase assez dure pour résister à la mer; ceux qui sont à fleur d’eau sont d’une vase un peu plus molle. Sortant à la dérive, j'eschouay de travers sur un; le bastiment est venu sur le costé et a passé sans résistance, emportant la vase. Le plomb enfonce dedans d’un pied. J’ay fait enfoncer une perche plus de trois pieds dedans sans trouver le dur. De l'entrée de la rivière, j'ay fait le nord-nord-ouest huit iieues, et me suis rendu à l’isle Saint-Pierre, auprès de laquelle j'ay trouvé trente pieds d’eau au sur-ouest, au sud, à l’est, au nord-est et au nord; mais à cinq quarts de lieue au large il n’y a que treize et quatorze pieds d’eau. De cette isle, j'ay fait l’est-sudest pour passer la pointe des isles qui sont au sud de l'isle de la Chandeleur, qui est distante de l'isle Saint-Pierre de deux lieues et demie, et je ne trouve que quatorze pieds d’eau.

424 AVRiL 1700. NAUFRAGE DU GOUVERNEUR DE PENSACOLA

Le 15°, à dix heures du matin, je me suis rendu au vaisseau, ayant suivi les isles de la Chandeleur tout le long, par quinze pieds d'eau. J'ay sceu de M. de Ricouart que la Gironde estoit partie le 3° avril, que le navire espagnol s’estoit perdu sur l'isle de la Chandeleur le 30°, la nuit. Le gouverneur et cent quarante hommes d'équipage s'estoient sauvés sur l’isle dans leur chaloupe, avec laquelle le gouverneur s'estoit rendu au vaisseau d’où l’on avoit envoyé aussitost quérir sur l’isle tous les Espagnols, et envoyé à Pensacola une chaloupe pour les advertir de venir avec leur balandre et leurs autres chaloupes quérir une partie du monde. Le gouverneur s’en alla à Pensacola avec tout son monde le 10°, dans la felouque et la biscayenne, et sa balandre et pinasse. MM. Desjourdy et de la Hautemaison les ont esté conduire et sont revenus aux vaisseaux le 17°; ils n'ont pas remarqué à ce fort plus de deux cent cinquante hommes, du nombre desquels sont quarante à cinquante forçats. Plusieurs en estoient désertés depuis le départ du gouverneur. Ils y manquent de vivres et paroissent bien misérables; pour la vie, ils n’y ont aucun rafraischissement. Leur fort est peu de chose. Ce naufrage ne nous a pas enrichis, car il a fallu aider ces messieurs les Espagnols de hardes et autres choses, ayant tout perdu.

Le 18, mes deux canots d'escorce sont arrivés du Mississipi et ont ssté arrestés deux jours en chemin par les vents contraires. Ils ont tombé à la mer à douze lieues des navires; cette rivière se perd dans les lacs et bayes d’eau salée, où il ny a que deux et trois pieds d'eau.

Le 20°, je suis parti du bord dans la felouque avec M. de Ricouart pour aller au fort et de là à la rivière de Pascoboula. J’ay envoyé le traversier sonder entre la passe, qui est

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