AVRIL 1700. D'IBERVILLE MONTE LA RIVIÈRE
haut sur des piliers; le costé, fait de bousillage de terre meslée avec du foin, espais de huit pouces, bien couvert. Il y avoit plusieurs meurtrières pour tirer leurs flesches. Il me pa-
roist qu’il y avoit une guérite à chaque angle, et une au milieu des courtines ; cela estoit suffisamment fort pour se défendre contre des ennemis qui n'ont que des flèches. Du bord de la mer, pendant quatre lieues, la rivière passe dans des prairies qui noyent aux grandes eaux; les terres élevées en sont esloignées de demi-lieue en des endroits, et plus, selon les détours qu’elle fait, approche plus de l’est ou du ouest, car elle va au nord. A deux lieues au-dessous de ce village, les bois commencent à estre grands : il y a beaucoup de chesnes, de peupliers, de cèdres. Ces terres et celles du village noyent au printemps, aux grosses eaux, pendant quelques jours.
Le 27°, j'ay continué de monter la rivière, dans laquelle il y a beaucoup de courants et qui serpente du nord à l’est et du nord à l’ouest. Elle peut avoir deux cents pas de large et estre profonde de quinze pieds. Je trouvay plusieurs petites rivières qui tombent dedans. Il y a presque tout le long des déserts abandonnés, dans lesquels les cannes sont revenues; les terres y paroissent grises, meslées d’un peu de sable. Le pays est couvert de fort beaux bois de chesnes, peupliers, copals, érables, cèdres. Je peux avoir fait aujourd’huy quatre lieues et demie. A six heures du soir, j'ay campé à gauche de la rivière; il y a beaucoup plu cette nuit.
Le 28e, j’ay continué de monter, trouvant la rivière tousjours de mesme largeur, plusieurs branches d’un bord et de l'autre, et beaucoup de déserts abandonnés. J’ay fait aujourd'huy environ cinq lieues et me suis rendu, à sept heures
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