JANV, 1702. ORDRE A TONTY D'ALLER AUX CHACTAS
Je n’ay pas cru luy devoir refuser un bastiment, appréhendant d'estre obligé de luy donner des vivres de la garnison de la Mobile, s’il ne luy en vient pas. Je lui ay promis le traversier la Précieuse, que j’ay fait caréner; il ne l’avoit pas esté depuis quatre années qu'il est icy. Le cloutage l'a bien conservé des vers.
Le 28e du mois, jay fait partir le traversier du Roy la Précieuse pour la Vera-Cruz avec un équipage de seize hommes. J'ay mis dessus M. Dugué, enseigne de vaisseau, pour le commander. Le capitaine du fort de Pensacola envoye dessus un commandant d'infanterie de sa garnison pour représenter la misère dans laquelle ils sont; elle ne peut estre plus grande. Ils sont sans vivres, sans hardes, sans argent, et de cent quatre-vingts hommes il y en a soixante de forçats, qui sont ses meilleurs hommes. À mon arrivée, le gouverneur et les officiers estoient jour et nuit sur pied, appréhendant une révolte de ces gens, tous mescontens, qui désertoient tous les jours.
Le traversier de Pilet et ia lance espagnole arrivés de la Mobile, j'envoyay par terre deux Canadiens à la Mobile porter ordre à M. de Bienville de donner dix hommes choisis à M. le chevalier de Tonty, auquel j’envoyay aussi ordre pour s’en aller aux Chactas, et de là aux Chicachas, et tascher de leur faire faire la paix entre eux, et d'amener les chefs de ces deux nations à la Mobile pour faire une paix sure entre eux, et de donner à M. de Tonty les marchandises dont il aura besoin pour donner aux Sauvages pour venir à bout de son dessein; si il n'y en avoitpas dans le magasin à la Mobile de celles du Roy, d’en emprunter ou faire acheter de ceux qui en auront par M. de La Salle ; je leur feray payer.
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