PRÉCAUTIONS A PRENDRE CONTRE LES ANGLAIS
dans la Nouvelle Espagne, et une grande facilité de secourir Sainte-Marie de Galvez et les colonies du Mississipi par la Vera-Cruz. D'ailleurs, comme il y a une fabrique ou moulin à poudre dans le Mexique, dont on peut par conséquent pourvoir les garnisons, il suffit d'envoyer des ordres au Vice- Roy pour qu'avant toutes choses il munisse ces postes de tout ce dont ils ont besoin, se contentant de luy faire remettre pour le présent, par les navires qui portent les munitions destinées pour l’armée du Vent et le vif argent, quelque provision de fer, d'armes et de boulets ou balles, qui sont les seules choses dont ils peuvent avoir besoin, pourveu qu'ils veuillent se servir des secours qu’ils trouvent chez eux, ainsi qu'a fait l'armée du Vent.
Et comme la colonie de Pensacola est fortifiée, et que les François ont aussi un petit fort au Mississipi qui en est tout proche, il paroist qu'ayant estably les correspondances de l'un ct de l’autre, ainsi qu'il a esté expliqué, il n’est pas nécessaire de prendre d’autres précautions, et qu’il suffit de donner les ordres cy-dessus mentionnés aux Vice-Roy, gouverneurs, commandants, pour qu'ils concertent ensemble des moyens et lieux les plus convenables pour establir et former les nouvelles colonies dont parle M. d’Iberville, et qu'ils suivent les expédiens qu'il propose, et se servent de son industrie pour prévenir et empescher les desseins que les Anglois ont de s'estendre dans les provinces par les liaisons qu'ils ont contractées avec les nations Sauvages, à quoy ils doivent estre fort attentifs, occupant à cet effet tout le terrain qu’ils pourront, quoyque, comme il a esté déjà représenté à Sa Majesté dans la précédente délibération, il s'en faille beaucoup que les Anglois y ayent le nombre de familles qu'il cite dans son
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PRÉCAUTIONS A PRENDRE CONTRE LES ANGLAIS 561 mémoire, les personnes, qui y ont esté, ayant asseuré qu'ils en ont très peu et précisément ce qu'il leur en faut pour entretenir leur trafic, et qu'ils ne sont pas capables de rien entreprendre de ce que l’on craint. A quoy l’on adjouste que Sa Majesté ayant pour sujets et dans son party les Indiens des Iccas, des provinces d’Apalache, d'Apalachins et des nouveaux royaumes de Mexique et de Léon, rien n’est plus aysé que d’arrester les desseins des Anglois, d'autant plus qu'ils n'ont ny retraite, ny chevaux, ny de toutes les choses nécessaires pour de semblables projets, dont nous avons abondance, et que, d’ailleurs, n’y ayant point de mines d’or ny d’argent dans toute cette contrée qui puissent amorcer leur convoitise, il n’y a pas d'apparence qu'ils cherchent à s'estendre.
De plus, que pour couper la racine à ces prétendues amitiés qu'on dit qu'ils contractent avec les nations barbares, il n'y a qu’à y envoyer des missionnaires et prédicateurs du saint Evangile, ce qui est la première obligation de Sa Majesté Catholique, et à commettre ce soin aux Révérends Pères Jésuites, qui, par leur bonne conduite, travailleront à la culture de ces âmes et les feront revenir à nostre party, en les aliénant de celuy des Anglois, et leur faisant entendre que le but et l'objet de leur dangereux dessein est de les rendre esclaves, comme ils ont commencé de le pratiquer en transpiantant des familles entières à la Barbade et à la Jamaïque, à ce que prétend M. d'Iberville.
En prenant toutes ces précautions et seuretez, que l’armée du Vent visite souvent ces postes et les costes du golfe du Mexique, et mesme les vaisseaux de la flotte, ceux du Regis. tre et du Commerce, si la nécessité le requiert, qui sont les
forces maritimes les plus voisines et celles dont le Vice-Roy Vi. 36