DEPUIS LE DÉPART DE BREST JUSQU'AU DÉPART DU CAP FRANÇAIS
AVEC CHASTEAUMORANT.
D'Iberville au Ministre de la Marine,
Du cap François de Saint-Domingue, ce 19 décembre 1698,
Depuis mon départ de Brest, qui fut le 24 octobre, avec le Marin et les ceux traversiers, je n’ay pas eu d'occasion d'avoir l'honneur de vous escrire et de vous rendre compte de ma navigation. Nous nous sommes rendus icy, le Marin et
moy et un des traversiers, le 4 décembre, à six heures du soir ;
l’autre traversier, s'estant escarté de moy par le travers de Madère, de mauvais temps, s'est rendu icy le 14 dudit mois avec son grand mast cassé. Aussitost nostre arrivée, nous avons travaillé à faire de l’eau, du bois, à monter une de nos biscayennes que nous avions en botte et que j'emportay sur mon pont, et à faire faire du biscuit des farines que nous avons eues, n'ayant pas de place en partant pour mettre le biscuit.
M. de Chasteaumorant estant arrivé le 12 dudit mois, m'ayant dit qu’il avoit ordre de me venir joindre après avoir
88 CHASTEAUMORANT ACCOMPAGNE D'IBERVILLE
croisé un mois en ces quartiers, je luy ay représenté que, ne partant qu’un mois après moy, son secours me seroit inutile ; que si j'avois à disputer quelque chose à cette coste contre d'autres nations pour la possession, cela se feroit en arrivant, pour ne pas donner le loisir aux autres nations de s'y fortifier, ce qu'il seroit difficile de faire quand ils le seroient. Il a esté de mesme advis, et comme il n'a rien voulu faire de luy mesme, ayant ordre d'agir de concert avec M. Ducasse, nous sommes convenus de l'envoyer chercher par M. de Surgères, pendant lequel temps M. de Chasteaumorant se prépareroit pour partir avec moy. Il nous a fait sçavoir par un exprès par terre qu’estant très mal des fièvres, il se servoit du Marin pour le mener à Léogane, sa maladie ne luy permettant pas de venir où il nous attendoit; qu'il feroit préparer les douze flibustiers que je luy demandois, et qu'il estoit de conséquence que nous ne fussions à cette coste que forts, ayant advis que les Anglois avoient passé avec quatre vaisseaux, ne sachant pas où ils vont, et qu’ainsi le dessein que nous avions pris lui paroissoit très bon. Sur cela M. de Chasteaumorant a pris le parti de venir avec moy, et pour cet effet il a fait toute la diligence qui luy a été possible. Nous partirons ensemble le 21 pour Léogane, où je n’ay que douze flibustiers à prendre. Il m'a envoyé un ordre pour prendre le biscuit du Wesp en la place de mes farines. Je n'apprends rien de nouveau sur le Mississipi. M. de Graf m'a assuré avoir pris un pilote flamand espagnol, qui fut envoyé par le gouverneur du Mexique, quand ils sceurent la mort de M. de La Salle, pour descouvrir toute la coste méridionale de la Floride, qui luy dit avoir trouvé un très beau hôvre et ri-
vière à environ cinquante ou soixante lieues à l’ouest des Apa-
un es
princi icilat mes C porte |
à com