D'IBERVILLE SUIT LA COTE. NOUVEAU MOUILLAGE
trouvay que treize pieds et demi d’eau. Je m'en revins à bord sur le midy, où nous appareïllasmes pour suivre la coste, jusques à la rivière des Palissades, distante de la Mobile de vingt-cinq à trente lieues.
Le 8° au matin, à environ quinze lieues de la Mobile, le sieur de Surgères, avec la biscayenne et les deux felouques, a esté sonder entre des isles à deux lieues au nord de nous.
Le o° au soir, le sieur de Surgères m'a envoyé mon frère dans une des felouques m’advertir qu'il avoit trouvé une entrée et un hâvre entre deux isles et la terre ferme.
Le 10° au matin, nous avons appareillé et nous sommes entrez dans ce havre, le François ayant mouillé, où nous n'avons pas moins trouvé d’eau que vingt-quatre pieds.
Le r1°, nous avons affourché nos vaisseaux à une portée de canon de la pointe de l’isle, à l’abry de tout vent et faisons monter la biscayenne de Surgères, avec laquelle et la mienne et les deux felouques, je m'en vais faire le tour de la baye, où je suis, et en visiter la coste jusques à la rivière de la Palissade, qui est le Mississipi, qui peut estre esloigné d'icy de quinze à vingt lieues. Les Espagnols prétendent qu'il n’a pas d’entrée,
ce que je ne crois pas; ils nous avoient dit aussi qu’il n’y
avoit pas un port à cette coste, où il peust entrer un navire tirant douze pieds d’eau.
Nous ne travaillerons à aucuns establissemens que je n’aye visité le pays pour nous bien placer et en lieu où les Espagnols ne puissent insulter les gens que nous laisserons, car je ne fais nul doute qu'ils ne fassent leurs efforts pour les en chasser, prétendant que ce pays leur appartient. Je me feray devant mon départ amy des Sauvages, qui ne le sont pas des
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Espagnols, n’en ayant veu encore qu’un depuis quatre mois qu'ils sont à cette coste.
L'isle à l’abry de laquelle nous sommes mouillés n'est pas un lieu propre à establir, n'estant que de sable, et dont une partie noye, quoyque couverte de grands et gros pins.
J'ay l'honneur de vous escrire par M. de Chasteaumorant, duquel je ne vois pas avoir besoin à cette coste, n'y ayant pas d'apparence qu’il y ait d'Anglois et le temps le pressant de s’en retourner à Saint-Domingue. J'espère que je seray plus tost à La Rochelle que luy et partiray de cette coste le 20° May au plus tard, avec une ample connoissance de ce pays icy, qui me fait espérer que vous serez content de ma conduite et meriteray par là l'honneur de vostre protection et la permission de me dire avec un très profond respect,
Monseigneur, Vostre très humble et très obéissant serviterr,
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