‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 66 sur 504 · DENT EEE STE CE REC · texte numérisé non relu

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les huit brasses d’eau, distant de deux lieues de terre.

Le samedy 31°, à sept heures du matin, nous appareïllasmes et mismes le cap à ouest quart de sud ouest, distant de deux lieues et demie de terre, par les dix, neuf et huit brasses d’eau, jusques à une heure après midy, que l'on reconnut la baye de la Movila, par le travers de laquelle nous mouillasmes par les dix brasses d’eau; et, comme il estoit trop tard ce jour là, nous ne fismes rien.

Le lendemain 1°" fevrier, j’envoyay M. de Brache avec un pilote sonder partout, qui m'a rapporté ce que vous verrez par la carte ci-jointe. Il fut obligé d’y rester deux jours par le mauvais temps que nous essuyasmes, qui l'empescha de gagner le vaisseau.

Le mercredi 4°, nous appareillasmes à trois heures après midy et courusmes au sud-ouest pour esviter ces battures, dont je viens de vous parler, que nous reconnusmes bien. A six heures du soir, nous mouillasmes par les treize brasses, mesme fond.

Le jeudi 5°, à six heures du matin, nous appareillasmes et mismes le cap à ouest-sud, ouest et sud-ouest jusques à six heures que nous mouillasmes par les onze brasses, mesme fond.

Le samedi 7°, nous appareïllasmes; les vents estant contraires, nous courusmes plusieurs bordées jusques à six heures du soir, que nous mouillasmes par les neuf brasses, fond de vase, comme vous verrez par la carte ci-jointe, où tous les mouillages sont marqués depuis la baie de la Movila. Nous y demeurasmes tout le dimanche, et le lundi nous appareillasmes à neuf heures du matin, et à onze nous mouillasmes à sept brasses d’eau, par les travers d’une petite isle,

Le mardi 10°, M. d'Iberville m'envoya monsieur son frère pour me dire que M. de Surgères avoit trouvé un endroit pour mettre les vaisseaux du Roy en seureté, qu'il alloit appareiller et que je n'avois qu'à le suivre, ce que je fis en envoyant ma chaloupe et mon canot avec MM. de Brache et de Ricouart, qui sondoient devant moy et qui me faisoient le signal des brasses d’eau qu'ils trouvoient. À midy, ils me firent le signal de vingt pieds d’eau, et le navire que j’ay l’honneur de commander en tire dix-sept, cela me fit prendre le party de mouiller par les cing (sic) brasses d’eau et ensuite d’aller sonder moy-mesme l'entrée. Comme la Badine et le Marin qui ne tiroient que quatorze pieds d’eau, ils entrèrent, et moy, après avoir sondé et veu que j'estois aussi en seureté qu'eux, voyant que je ne pouvois pas rester bien longtems, et d’ailleurs que j’estois plus paré pour profiter des vents du nord et nord-ouest qu'estant allé mouiller avec eux, je pris le party de rester.

Le 12 février, estant allé disner chez M. d’Iberville, il me dit qu'il iroit, dès qu'il feroit un peu beau, le long de la terre,

pour chercher à parler à quelques Sauvages, ce qu’il fit le 14. Ce mesme jour, il trouva une pirogue avec des Sauvages

qui estoient à la pesche. Dès qu'ils le virent, ils allèrent eschouer à terre et gagnèrent le bois, à la réserve d’un vieux bonhomme, qui avoit esté blessé quelques jours auparavant à la cuisse par une beste sauvage. M. d’Iberville luy fit entendre qu’il estoit de leurs amis et qu’il ne vouloit point leur faire de mal, et voyant que ce pauvre bonhomme avoit froid, il luy fit présent de quelques chemises et d’une couverture. Ce Sauvage luy fit signe de le mettre à terre et de luy allumer du feu, à cause du grand froid qu'il faisoit, ce que fit M. d’Iberville. Le Sauvage le remercia dans sa manière et luy fit en-

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qua pas de faire ce que le Sauvage luy avoit dit, et lelendemain

matin, y estant retourné, il le trouva accompagné de plusieurs autres qui le receurent fort bien. Il en mena trois à bord et laissa en leur place monsieur son frère avec deux Canadiens. Je les ay veus. Ce sont gens bien faits et robustes. Ils nous dirent que leurs nations estoient les Bayogoulas, Mougoulachas et Anaxis. Je leur fis plusieurs questions par signes, auxquelles ils me respondirent, comme de véritables cochons, par une aspiration. M. d'Iberville, qui aura commerce avec eux, aura l'honneur de vous informer plus particulièrement de ce qu'il sçaura, s’il les peut entendre.

Le 20° février, estant allé disner chez M. d’Iberville, il me demanda si je ne serois pas en estat de luy donner des vivres pour son équipage. J'en estois trop court pour luy en fournir; mais j'avois quelques barils de farine et quelques barriques de vin de ma provision que j'avois achetées à Léogane, celuy que j’avois porté de France s'estoit en partie gasté ; je luy offris, à condition qu’il me le payeroit comptant pour en racheter d'autre, ou qu'il me le feroit payer en mesme espèce par M. Ducasse; il escrivit une lettre pour cet effet à M. Ducasse, qui y a satisfait, Il me donna ce mesme jour ses paquets, en mc disant que j'estois le maistre de m'en aller quand je le voudrois, et que luy s’en alloit chercher la rivière du Mississipy et laisser les vaisseaux où ils sont avec M. de Surgères.

J’ay demandé à ce pilote Espagnol s’il n’avoit point connoissance de cette rivière. Il me dit que non, mais qu’il avoit ouy parler d’une rivière, que l’on appelloit la rivière de

Canada, qui estoit par delà les isles de Saint-Diegue, mais LV. 8

qu'à l'embouchure il n'y avoit pas d’eau. Les avalaisons y avoient entraisné une si grande quantité d'arbres que cela y avoit fait une espèce de barre, sur laquelle ilne croyoit pas qu'il y eust plus d’une brasse d’eau, et d’ailleurs les courans terribles. M. d’Iberville, qui y est allé, vous mandera ce qui en est.

Le 21°, les vents furent si gros à l’est-nord-est que je ne peus appareiller que sur les une heure après midi. Je fis ma route pour aller débouquer par le canal de Bahama, afin d'exécuter les ordres que vous m'avez fait l’honneur de m'envoyer; mais la quantité d’eau que je faisois et les vents de nord m’empeschèrent. Je n’osay pas risquer de passer en dehors, parceque, s’il estoit arrivé quelque accident au vaisseau que j’ay l'honneur de commander, en passant en dedans des isles j’estois en estat de recevoir du secours par les ports qu’il y a, au lieu qu’en passant par dehors je n’avois nul endroit à pouvoir aller. J’ay bouché, depuis mon départ du Mexique, trois voyes d’eau, dont l’une est à tribord, à cinq ou six pieds de la quille; elle me donnoit plus de quinze pouces d’eau par heure. J’en ay bouché deux autres à basbord, l’une dans la fosse à lion et l’autre dans la fosse aux cables, à sept ou huit pieds sous l’eau et le tout par dedans, avec des plaques de plomb. Quand l’estoupe d’une couture commence à s’en aller, tout le reste de la couture court risque de suivre.

Je suis arrivé à Léogane le 1° d'avril, à trois heures après midy, et comme je faisois de l'eau, j'y ay demeuré jusques au 12 à faire de l’eau et à me raccommoder. Je me suis servi d’un plongeur que M. Ducasse m’avoit envoyé pour tascher de oucher dehors toute l’eau que je faisois, mais il n’y a pas eu moyen,

suis parti, le 12,de Léogane, ne faisant presque pas d’eau,

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et j'ay mouillé le 15, à trois heures après midy, au Cap où j'ay fait mon eau, mon bois et des vivres. Le 26, j'en suis parti, et le 27, estant à la veue des Cayes, il m'est venu une voye d'eau qui me donnoit près de quinze pouces par horloge, ce qui m'a obligé de relascher et de donner un ordre à M. de Galiffet de me suivre, pour que, en cas qu’il m’arrivast quelque accident, il fust en estat de me donner les secours dont je pourrois avoir besoin. Le mardi 28, j'entray dans le Cap, où je travaillay avec toute la diligence possible pour estancher l’eau que je faisois; je trouvay deux voyes d’eau considérables à trois pieds et demy sous la préceinte de basbord, par des coutures qui avoient tout à fait largué et un joint où il n'y avoit point du tout d’estoupe. J'en bouchay ainsi une du costé de tribord, et comme je ne faisois plus d’eau dans le

port, je creus que je n’en ferois pas à la mer. J’estoys en estat

de partir le 5 may, et le pilote estoit à bord pour me sortir; mais chose que l'on n'a jamais veue au Cap, à ce que l’on m'a dit, c'est que les vents furent toujours calmes ou du large jusques au dimanche 10, que je sortis et fis ma route pour France. Pendant ma traversée il ne s’est rien passé qui mérite la peine de vous en informer. J’ay tousjours beaucoup fait d'eau ; à mesure que le mauvais temps augmentoit, l’eau faisoit de mesme. Elle augmenta si fort dans une nuit que, quelque soin que j'aye pris, je n’ay pu empescher une partie des poudres de mouiller, l’eau estant entrée jusques à moitié de la soute par une voye d’eau qui me vint la nuit var le costé de basbord, du costé de la soute aux poudres, qui me donna cette augmentation.

J'ay esté trois jours à la sonde. Les brumes sont cause que je n’ay pas osé atterrer plustost. Hier 22, à onze heures du

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matin, j'eus connoissance de Penmark; tout le reste du jour fut calme, A minuit, les vents sont venus au sud-ouest, et j'ay fait ma route pour aller à La Rochelle. Quand j'ay esté par le travers de Groye, les vents sont venus au sud-est et sud, ce qui m'a obligé de venir mouiller sous Groye. J'ay cru que je vous ferois plaisir de vous donner les nouvelles que je vous envoye.

Je suis avec un profond respect, Monseigneur, Vostre très humble et très obéissant serviteur,

CHASTEAUMORANT.

ès que le vent me le permettra, j'en partirav. Dès que t me lep ttra, j'en partiray

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