‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 65 sur 504 · D'IBERVILLE VA SONDER UNE RIVIÈRE · texte numérisé non relu

D'IBERVILLE VA SONDER UNE RIVIÈRE

d'icy et à une du lieu où je les ai joints, qu’ils nomment Pas: coboulas, il y a quatre brasses d’eau, sur laquelle il y a six nations différentes qu’ils m'ont nommées, dont je n'avois jamais ouy parler. Je les ay engagés à venir à nos vaisseaux trois, en leur laissant en gage mon frère et deux Canadiens. Ils ont été charmés de voir mes vaisseaux, où je leur ay fait de gros présents pour aller porter à toutes les nations, et leur ay fait voir que nous ne sommes point Espagnols, qu’ils haïssent beaucoup. Ils me marquent et me pressent de mener les navires dans leurs rivières et y demeurer.

Comme la saison s'avance, et que je ne pourray cestre moins dans mon voyage de Mississipi de quinze jours ou trois semaines, et le temps qu'il nous faudroit à ressortir d’icy et s'y aller establir, et que nous serions courts de vivres pour cela, je repars avec les Sauvages rejoindre mon frère et m'en aller avec cux sonder leur rivière, que nous avons déjà sondée jusques à une demi lieue, où je n'ay pas moins trouvé que seize pieds d’eau, et cela entre des isles qui nous mettent à couvert de tout mauvais temps. Si je la trouve aussi belle, j'y entreray les vaisseaux où M. de Surgères restera à y faire un establissement pendant que je chercheray le Mississipi, et, son entrée s’y trouvant bonne, j'y feray un establissement que je feray bien fortifier, en lieu de seureté pour la possession, si nous en avions le temps, si non j'y mettray quelques hommes pour la possession et entretenir l'amitié des Sauvages et les soustenir contre les Espagnols.

Voilà, Monseigneur, l’estat dans lequel je suis bien embarrassé pour nous faire entendre des Sauvages, maïs qui nous connoissent pour Canadiens, ou gens qui ont conversé avec

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RELATION DE CHASTEAUMORANT

les nations de dedans les terres et qu'ils marquent estre bien aises d’avoir.

Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, Vostre très humble et très obéissant serviteur, D'IBERVILLE.

NAVIGATION DU Mis DE CHASTEAUMORANT.

M. de Chasteaumorant au Ministre de la Marine.

A la Rade de Groye, le 23 juin 1699,

Monseigneur,

Je suis party, comme j'ay eu l'honneur de vous l’escrire, le

mercredi 31 décembre, à minuit, de la rade de Leogane avec MM. d'Iberville et de Surgères. M. de Graff, capitaine de frégate légère, estoit embarqué avec moy; il m’a esté d’un très

grand secours ; outre que c’est un parfaitement bon matelot,

il connoist toutes les roches et tous les ports de ce pays là,

jusques à l’entrée du Mexique, y ayant toute sa vie fait la course. En partant de Léogane, je fis route pour prendre connoissance de Saint-Yague de Cube, laquelle j'eus le

mardi, 6, environ les neuf heures du matin; le 7 et le 8, j'ay

couru le long de la terre jusques au cap de Cruz, ensuite de

quoy j'ay quitté la terre de Cube pour aller prendre connoissance du Petit Cayman, afin d’esviter les roches qui sont depuis le cap de Cruz jusques au cap Corriente ; j'atterray au Petit

Cayman le vendredi 9, entre cinq et six heures du soir, de là

je fis route pour aller au cap Corriente, les traversiers allant si mal, que pour ne pas retarder nostre navigation, M. de M Surgères en prit un à la remorque, et moy l'autre. J’eus connoissance du cap Corriente le mardy 13, et comme la coste y est saine, je m'en approchay le plus près que je peus M pour avoir moins de peine à gagner le cap Saint-Antoine, les vents dépendant presque toujours de la terre. À Le mercredy 14, à six heures du matin, j'eus connoissance du cap Saint-Antoine, et entre neuf et dix je l'eus dépassé. Pour lors je fis ma route pour entrer dans le golfe du Mexique, et sur l'advis que M. de Graff nous avoit donné,

qu'un capitaine flibustier l'avoit asseuré, il y avoit très | longtemps, qu'estant demasté et ne pouvant gagner la coste | de Saint-Domingue, il avoit esté obligé par les vents d’entrer dans le golfe du Mexique, là où il avoit trouvé un port à

environ cinquante lieues ouest des Apalaches, là où il s’estoit | remasté et qu'il y avoit de parfaitement beaux masts, ce qui

metto

sauva est effectivement vray; mais il ne se souvenoit pas de la lati- les en tude, cela nous fit conjecturer que ce port pouvoit bien estre tant q | depuis la rivière des Indios jusques au C° de Lodo. Ainsi j'ay v | MM. Delisie, d’Iberville, de Surgères et moy, convinsmes prenr | que quand nous serions dans le Golfe, il falloit faire nostre chass route pour aller trouver la sonde, qui est entre le C° Saint- parce | Blanco et la rivière des Indios, ce que nous fismes. nord: | Le jeudi 22, à dix heures du soir, je trouvay à la sonde cent A quatre-vingts brasses, fond de vase. Je mis en panne pour Cap | attendre le jour, en sondant d'heure en heure, et comme à # j'eus deux heures après minuit, il ventoit beaucoup et que la nuit “ dista | estoit très noire et pleine d’orages, et que je ne trouvay plus à : voile

que cent soixante brasses fond de vase, je fis les signaux de ee midy

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la cape, où je demeuray jusques à sept heures du vendredi matin 23, que le temps s'esclaircit, et en sondant je ne trouvay plus que cent quarante brasses, fond de vase. Pour lors, les vents estant nord-nord-ouest, je fis route, à petites voiles, au nord-est quart d'est pour aller chercher la terre, tousjours la sonde à la main. À deux heures et demie, après midy, je trouvay trente-six brasses, gros sable gris blanc, meslé de coquillage; à quatre heures du soir, je ne trouvay plus que trente-deux brasses mesme fond, et à cinq, vingt-neuf. Je pris le party de mouiller pour attendre le jour, n'ayant point eu connoissance de terre, quoyque le temps fust assez beau. La nuit estant venue, je vis un gros feu, qui me restoit au nord-ouest et nord-ouest quart de nord, ce qui me fit connoistre que je n'estois pas bien loin de terre, et j'ay appris du depuis que, quand les Sauvages alloient à la chasse, ils mettoient le feu au bout des savanes, où se tiennent les bestes sauvages et au vent, et ces bestes qui fuyent vont passer dans les endroits où les chasseurs sont apostez, et là ils en tuent tant qu’ils veulent. Pendant que j'ay esté le long de la coste, j'ay veu presque toutes les nuits de ces feux. Les Sauvages prennent le temps de la grande sécheresse pour faire leur chasse; c’est ordinairement décembre, janvier et février, parce que dans ce temps il vente de gros vents de nord et nord-ouest.

A six heures du samedi matin 24, j'appareillay et mis le cap au nord-nord-ouest jusques à dix i.*ures du matin, que j'eus connoissance de terre; elle me restoit au nord-nord-est, distante environ de cinq à six lieues. Pour lors, je fis force de voiles pour la recognoistre, mais il y avoit peu de vent et à midy elle me restoit au nord et nord-est, environ quatre

cinq lieues. C'est une terre très basse et tout inondée. Comme j'allois tousjours la sonde à la main, à deux heures après midy, je trouvay vingt brasses d’eau gros sable gris noir, à quatre heures du soir, dix-sept, mesme fond; à cinq heures, seize, sable fin blanc; à six heures, quinze, mesme fond taché de noir. N'estant qu'à deux lieues et demie de terre, je mouillay. M. d'Iberville vint ce soir-là à bord; je luy dis que n'estant venu à la coste que pour le secourir, en cas qu'il en eust besoin, il n’avoit qu’à suivre ses instructions, et que je ne le quitterois point, tant qu’il croiroit que je luy pourrois estre utile à quelque chose et que mes vivres me le permettroient.

Le dimanche 25, à six heures du matin, les vents estant est, M. d'Iberville fit les signaux d’apparciller; je le suivis, et nous mismes le cap à ouest. La coste court est ct ouest, les traversiers estoient en teste de nous avec une chaloupe biscayenne, où estoit M. de Lescalette qui rangcoit la terre, pour voir s’il ne descouvriroit point quelque havre ou entrée de rivière; à neuf heures du matin, il fit le signal d’une, qui me parut estre celle qui est appelée sur la carte, que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer, la Rivière des Indios. Il y alla sonder, et, comme il la trouva pleine de bancs, sur lesquels il n’y avoit qu'une brasse d’eau, il en fit le signal et nous continuasmes nostre route le long de la coste, tousjours la sonde à la main, par les treize, douze et onze brasses d'eau sable blanc fin, taché de noir ; jusqu’à six heures du soir, que nous mouillasmes par les treize brasses d’eau, mesme fond que ci-dessus, il fit toute la nuit une grosse brume, jusques au lendemain lundi 26, que le temps s'esclaircit sur les six heures du matin. Pour lors, nous apparcillasmes et mismes le cap à ouest, distant tousjours de deux lieues de terre, dans le

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mesme ordre que ci-dessus, A neuf heures, :". de Lescalette fit signal qu'il avoit connoissance d’une entree de rivière, et vint à bord de M. d'Iberville luy dire qu'il y avoit des vaissceaux. MM. d'Iberville et de Surgères vinrent à bord m'en advertir. Aussitost qu'ils furent à bord, la brume vint si espaisse que nous fusmes obligés de mouiller, Ils me prièrent d'en faire les signaux, qui estoient de coups de canon, afin que leurs vaisseaux et traversiers mouillassent, ce que je fis. Les vaisseaux, qui estoient dans le port, respondirent d'autant, croyant que c'estoit leur armadille, qui devoit passer par là, pour aller à la Vera-Cruz. La brume dura jusque vers les trois ou quatre heures. Pour lors, nous aperceusmes des masts de vaisseaux, dont l'un avoit pavillon blanc au grand mast, et une chaloupe, où il y avoit bien du monde qui nagcoit pour venir à bord. Quand elle fut à une demi-lieue des vaissceaux, elle cessa de nager et demeura quelque temps comme cela. Nous connusmes bien que c’estoit parce que nous n'avions pas nos pavillons. Nous les mismes et, dès qu'elle les vit, elle s’en retourna à terre. Nous n’y envoyasmes pas ce soir-là, parce que c'estoit trop tard et que nous estions mouillez à une lieue et demie, près de deux. Le lendemain 27, M. d'Iberville y envoya M. de Lescalette, à la pointe du jour, demander à y entrer sous prétexte de faire de l'eau et du bois, Comme je ne portois point de flamme, ne voulant pas paroistre le commandant, voulant laisser à M. d’Iberville le soin de tout, ainsi que vous me l’ordonnez, Monseigneur, par les instructions que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer, il m'envoya prier de la mettre à cause que mon navire cestoit le plus gros et que ce pourroicent bien estre les Anglois, par les nouvelles qu’il disoit avoir eues, qui s’y

seroient venus establir depuis trois ou quatre mois. Ils estoient en très mauvais estat, et mes ne les gens qu'ils y avoient menés, avoient esté ramassés de toutes parts; ils out esté obligés de les garder aux fers, pendant le temps que nous y avons esté. Ils ont commencé un fort qui n’est pas achevé; le pays est si mauvais que les officiers disent tout haut qu'ils en voudroient estre dehors. L’on dit pourtant que six lieues dans les terres, ce n’est pas la mesme chose.

Le commandant de ce pays là demanda M. de Lescalette, qui estoit celuy qui commandoit les vaisseaux du Roy; il luy dit que c'estoit moy. Il m'envoya son sergent-major avec une lettre, par laquelle il me mandoit qu’il estoit bien fasché de ne pouvoir donner entrée aux vaisseaux du Roy, luy estant deffendu de la donner à aucune nation, estant un nouvel establissement, dans lequel ils n’estoient pas encore affermis et qu’à l'esgard de l'eau et du bois, dont nous pourrions avoir besoin, il s'offroit d'en fournir par ses gens et ses chaloupes, tout autant que les vaisseaux du Roy en pourroient avoir besoin, et qu'à l’esgard des rafraischissements, il en avoit plus besoin que nous, n'ayant que ce qu'il leur venoit de la Vera-Cruz. J'ay gardé les lettres qu’il m'a escrites. Si vous voulez, j'auray l’honneur de vous les envoyer. Il offroit aussi aux officiers, s'ils avoient voulu descendre à terre, de les y recevoir de son mieux. Les gens de la chaloupe qui estoit venue pour ramener le sergent-major et les officiers qui estoient avec luy, parloient tous bon françois. Ils me firent demander en grâce du biscuit, disant qu'ils mouroient de faim à terre, et que si je voulois les recevoir, eux et de leurs camarades seroient ravis de quitter ce pays-là et de servir le Roy de France. Je leur fis donner à manger et leur

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is dire qu'ils se gardassent bien de déserter, parce que je serois obligé de les renvoyer à terre. À l’esgard du sergentmajor et des officiers qui vinrent à bord, il me parut par la manière dont ils mangèrent qu'ils pouvoient bien dire vray. Je fis response au gouverneur de concert avec M. d’Iberville et luy manday que ne trouvant point les vaisseaux du Roy en sureté, j'envoyerois le lendemain matin sonder l'entrée de la rivière, pour qu’en cas que je fusse obligé par un vent de sud d'y entrer, j'en peusse connoistre moy mesme l'entrée. Le mercredi 28, j’envoyay M. de Brache, lieutenant de vaisseau sur le Françots, avec un pilote qui sonda partout, jusques auprès des vaisseaux qui y estoient mouillés, sur quoy M. le Gouverneur m'escrivit et m'envoya prier de faire retirer les chaloupes, qui avoient esté sonder, mais elles s’en revenoient dans ce temps là, et sur la lettre que je lui avois escrite, que je ne trouvois pas les vaisseaux du Roy en seureté, il m'envoya le pilote réal de ses vaisseaux avec ordre de me mettre en seureté en quelque endroit de la coste, mais point dans leur port. Ces gens craignent tout, ils sont très foibles de monde, et, si nous avions eu ordre de les en chasser, nous les aurions eus à très bon marché. J’ay gardé ce pilote jusques à la veille de mon départ de ce port; il m'a dit qu’il y avoit un navire chargé de masts pour les galions, qui estoit prest à partir pour la Vera-Cruz, et que le gouverneur en devoit partir le 27 ou 28. mais que l’arrivée des vaisseaux du Roy avoit retardé son départ et celuy de ses vaisseaux. Le capitaine d’un de ces vaisseaux vint disner à bord; je luy fis voir celuy que j’ay l'honneur de commander, il le trouva parfaitement beau. J’escrivis au gouverneur par le retour de ce capitaine, à la prière de M. d'Iberville, et lui mandois que

j'allois le long de la coste pour tascher d’avoir des nouvelles de quelques Canadiens, qui estoient partis du Canada pour se joindre aux Sauvages, et leur donner ordre de sc retirer de la part du Roy.

Je m'informay de ce pilote, avant de le renvoyer, de la manière dont la coste gisoit et s’il n'y avoit point de danger de la ranger. Il m’advertit d’un banc qu'il y avoit, qu’il mettoit une demi lieue au large; vous le verrez marqué dans la carte que j'ay l'honneur de vous envoyer. C’est luy qui m'a nommé ces isles, les isles de Saint-Diegue. A ce que j’ay connu par la suite; il m’a parlé assez juste sur ce que je luy ay demandé. Je luy ay montré la carte que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer; il me dit qu’il y avoit des endroits qui n’estoient pas bien marqués, mais M. de Brache en avoitune de Monsieur son frère, qui est à Saint-Domingue, qu'il trouva beaucoup mieux et qui l’est effectivement, par ce que nous avons veu à l'esgard de cette coste. Je luy demanday aussi s’il n’y avoit point de nouvelle qu'il y eust quelques vaisseaux estrangers dans le golfe ; il me dit que non. Pour lors, je demanday à M. d'Iberville si je ne luy estois pas utile, que je m'en irois executer les ordres que j'avois; il me respondit qu'il pourroit en avoir besoin et qu'ainsi il me prioit de ne le point quitter, ce que j'ay fait, comme vous me l’ordonniez, Monseigneur, en le suivant jusques au jour qu’il m'a donné ses paquets, en me disant qu’il n'avoit plus besoin de moy.

Le 30°, M. d'Iberville, à sept heures du matin, fit les signaux d'appareiller. Nous appareillasmes et mismes le cap à oucst jusques à six heures du soir, tousjours la sonde à la main, par les douze, onze, dix, neuf, huit et sept brasses d’eau, sable fin taché de noir; nous mouillasmes par

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