D'IBERVILLE VA AU VILLAGE DES BAYOGOULAS
lieues dans la rivière, que je trouvay profonde de dix ou douze brasses et large de quatre et cinq cents toises.
Le 3°, le vent m'empeschant de bien sonder entre ces roches des trois fourches que la rivière fait à trois lieues de la mer, j'ai pris résolution de monter jusques aux Bayogoulas, que j'avois vus à la baye des Bilocchi, à quatre lieues des navires, qui m’avoient fait entendre que leur village n'estoit qu'à huit jours de marche en canot de la baye des Bilocchi, qui pouvoient faire soixante lieues environ. J'en avois desjà fait trente. Il estoit nécessaire que je montasse cette rivière pour en reconnoistre la profondeur et les lieux propres à establir, et visse les villages que nos François disoient avoir veus dessus en allant et venant, et où ils prétendent que les Quinipissas sont dessus à trente et quarante lieues de la mer. Il estoit nécessaire que je liasse amitié avec ces Sauvages pour en tirer du secours et des connoissances du pays pour l’establissement que j'avois ordre de faire. Le bon vent de sud-est et est me fit remettre au retour à sonder les entrées et monter la rivière.
Le 7° du mois, environ à trente-cinq lieues en haut dans la rivière, je trouvay des Sauvages, qui me dirent qu’il y avoit encore à aller au village des Bayogoulas trois jours et demi, et que c’estoit le premier village que je trouverois. Je pris un de ces Sauvages pour me guider et pour sçavoir des nouvelles. J’arrivay à ce village le 14 à midy, où je fus parfaite-
ment recu à leur manière; je le trouvay distant de la mer de soixante-quatre lieues, et cela bien verifié par des hauteurs prises au soleil. Le chef des Mougoulachas, qui est une nation jointe aux Bayogoulas et ne font les deux qu’un mesme village, avoit un capot de serge de Poitou bleu fait à la Cana-