LES CANOTS DE D'IBERVILLE DESCENDENT LE FLEUVE
sent nous cacher cette fourche, surtout ce Taensa, qui estoit bien aise que je fusse à son village et qui me voyoit parti pour cela, ne pouvant pas prudemment m'engager plus avant et le temps me pressant de m'en retourner aux vaisseaux pour songer à faire l’establissement et chercher le lieu propre à cela, n’en ayant pas encore trouvé et le Marin qui manquoit de vivres, Surgères en partant m’'ayant demandé un ordre que je luy donnay pour s’en aller dans six semaines, si je n’estois de retour, je revins sur mes pas aux Oumas de trois lieues et demie au-dessus de leur village, bien fasché contre le Recollect d’avoir fait une relation et exposé faux et trompé tout le monde, par là engagé des gens à bien souffrir et faire manquer une entreprise par le temps, que l’on consomme en recherches des choses supposées et fausses, qui m'a fait un très grand tort.
Le 24°, j'arrivay à une petite rivière ou ruisseau, qui est à cinq lieues environ au-dessus des Bayogoulas, à l’est de la rivière, qui descend à la mer; c’est la seule fourche qu'il nous ait marqué que fait le Maibanchia. Je pris le party de descendre par là à la mer avec les deux canots d’escorce et quatre de mes gens, ct j'envoyay les deux chaloupes descendre le fleuve, avec ordre de sonder les entrées de la rivière au bas de la mer.
J’entray dans cette petite rivière, qui n’avoit de large que huit ou dix pas aux basses eaux et trois ou quatre pieds d'eau,
pleine de bois renversez, qui la barroient en plusieurs endroits, où il me fallut faire plusieurs portages pendant huit à neuf lieues qu’elle a de long, après quoy elle tombe dans d’autres rivières et lacs qui la grossissent et d'où il y a tousjours beaucoup d'eau, deux et trois brasses, et dans les lacs
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