L*HISTOIRE
Pendant que Assur-bani-pal était ainsi occupé aux frontières de ses États, une révolte éclatait au siège même de l'empire. Salmu-kin, le jeune frère du roi, se mettait à la tête de la révolte et soulevait la Chaldée. Ce ftit le signal d'une conflagration générale ; tous les princes vaincus dans les campagnes précédentes firent cause commune avec les insurgés et mirent en péril le trône d' Assur-bani-pal. La sixième campagne nous raconte les péripéties et les combats successifs qu'il eut à livrer pour triompher de cette formidable coalition. C'est surtout contre Elam qu'il dut frapper les plus grands coups. Le récit de cette guerre occupe toute la septième campagne. Ce n'est que dans la huitième que la soumission fut complète.
La punition fut exemplaire ; la ville de Suse fut ruinée de fond en comble et Assur-bani-pal y entra; il eut la gloire de rapporter en Chaldée la statue de la déesse Nanna que les Elamites conservaient depuis 1635 comme un trophée de leur victoire ' .
I Cette victoire eut lieu dans U sixième campagne ; la statue de U Déesse fut rendue à la ville d'Erech au mois Ktselev, par
54 LA BIBLIOTHÈQjQE DE NINIVE
Maintenant que nous avons une idée de l'état dans lequel se trouvait Tempire d'Assyrie sous Assur-bani-pal, voyons les renseigneipents que nous pourrons puiser sur son histoire dans la Bibliothèque de son palais.
L'épisode de la guerre d'Elam est un des plus importants que nous puissions signaler ; il nous fait remonter aux premières années de l'empire, à une époque antérieure même aux guerres que Babylone eut à soutenir contre Ninive, et nous donne une date précise d'une victoire des Elamites qui n'a pas été saris influence sur les destinées de la Chaldée.
Nous trouvons précisément dans la Bibliothèque un document à l'appui de ce grand événement.
Voici dans quels termes il est rendu compte de cet important épisode de la guerre d'Elam sur une des tablettes de la Bibliothèque d' Assurbani-pal : '
conséquent au mois, de décembre 6 $9, ce qui reporte la conquête des Elamites à l'an 2294 avant J.-C. C'est l'événement le plus ancien dont la date soit fixée d'une façon positive. I Conf. : Textes : W. A. I., III, pi. 12, col. VU, 1. 9.
l'histoire 5 5
« La statue de Nanna, depuis 1635 ans, avait été « enlevée et forcée de demeurer au pays d'Elam dans « un temple qui ne lui était pas consacré ; cette Déesse « qui, avec les Dieux ses pères, avait appelé mon nom « au gouvernement du monde, me commanda de rétablir « ainsi son image: — Assur-bani-pal, enlève-moi du pays « impie d'Elam, et ramène-moi au milieu du Bit-Anna. « — L'ordre de la divinité, qui avait été annoncé depuis « les jours les plus éloignés, fut répété de nouveau aux « derniers hommes. J'ai pris les mains de la Grande- « Déesse, son départ a réjoui mon cœur ; elle s'avança « vers le Bit- Anna, dans le mois de Kiselev. Je Fai fait « entrer dans la ville d'Uruk, dans le Bit-Iliani, qu'elle « avait aimé, et je lui ai élevé un sanctuaire, a
Après ces victoires, Tordre étant rétabli dans ses États, Assur-bani-pal songea à restaurer le palais de ses pères ; il l'agrandit et en fit la demeure dans laquelle nous avons trouvé les documents que nous examinons aujourd'hui.
La Bibliothèque d'Assur-bani-pal renferme une série de tablettes historiques de la même nature, qui nous donnent des renseignements circonstanciés sur des faits énoncés sommai-
M. B. K., 2,664 et 3,101. — "nÊà. : G. Smith, Assur-bani-pal ^ p. 249. — J. Memamt, Bahflone et la Chaldée, p. $5.
5 6 LA BIBLIOTHÈaUE DE NINIVE
rement dans le texte des prismes. Ainsi la chute d*Elam entraîna la soumission de la Chaldée, mais il fallait encore en finir avec les habitants du Bord de la Mer.
Voici à ce sujet une proclamation adressée aux populations du pays qu'on allait envahir » :
« Proclamation du roi aux habitants du Bord de la « Mer, à leurs fils et à leurs serviteurs. Paix dans leurs « cœurs et bonheur pour eux 1
« J*ai veillé avec vigilance sur vous ; j'ai ouvert sur
<c vous mes propres yeux et j'ai entièrement les
<t fautes de Nabu-bel-<zikri. Je vous ai séparés. Maintenant « je vous envoie Bel-ibni, mon serviteur, mon messager, « pour veiller sur vous. Je commande, et suivant ma
« volonté C'est pourquoi. Moi, je vous envoie mes
« troupes. Je me suis mis avec vous pour garder sous « ma vue vos biens et vos fortunes.
« Au mois Âiru (mai), le 5* jour, pendant l'année « de Bel-haran-saduya. »
Cette proclamation était adressée par Assur-
bani-pal au moment où il marchait sur les
» Conf. : Textes : M B. K."". — Trad. : G. SiirrB, History of Asiur-iani-pal, p. 189. — J. Menant, dnnaks, p. 295.
L^HISTÔIKË 57
provinces d'Elam qui s'étaient alliées avec Nabu-bel-zikri, le petit-fils de Mérodach-Bakdan, roi de Chaldée, Tennemi implacable de l'Assyrie. Les mots qui manquent dans le texte que nous venons de rapporter se complètent fecilement quand on connaît les péripéties de la guerre d'Elam. Au point où en étaient les choses, le roi faisait savoir que la conduite de Nabu-bel-zikri lui était parfaitement connue et que, suivant sa volonté, il recevrait bientôt le châtiment de ses feutes. On négociait avec Elam pour obtenir, au prix mêihe d'une trahison, la remise de ce chef redoutable ; mais il fallait aussi assurer la paix dans les provinces des Bords de la Mer; pour obtenir ce résultat, on faisait apparaître le supplice inévitable de Nabu-bel-zikri et l'espoir d'une paix heureuse sous le protectorat de l'Assyrie. Il est facile de voir que les armées ne faisaient pas la seule force des rois d'Assyrie, et que la diplomatie avait souvent une grande part dans le succès de leurs campagnes.
Assur-bani-pal ne pouvait être partout en
58 LA BtBLIOTHÈaUE DE NINIVE
personne sur un territoire aussi vaste quand la guerre était engagée à la fois sur toutes les frontières. Sa correspondance était active avec les généraux chargés du commandement de ses armées. Le protocole des dépêches qu'il recevait mérite d'être cité ; il est conforme à une formule traditionnelle dont cette lettre donne un spécimen ' ;
« Au Roi des nations, mon maître, son serviteur « Bel-zikir-essis.
« Que les Dieux Bel et Marduk accordent des jours « nombreux, des années éternelles, un sceptre de justice « et un trône durable au Roi des nations mon maître.
« Au sujet de la mission dont le Roi mon maître m*a « chargé, je lui parlerai ainsi : Tu apprendras des nou- « velles du pays d'Aribi (Arabie) ; je t*en envoie un « récit. »
A cette lettre était joint un rapport sur les
opérations militaires qui avaient lieu en Arabie.
Quelquefois le récit était confié verba-
I Conf. : Textes : M. B. K., 562. — Trad. : G. Smith, History of Jssur-hani-palj p. 296. — J. MENAirr, Annales, p, 29a,
L^HISTOIRÉ 59
lement à un messager chargé de le répéter au roi ; enfin nous trouvons des correspondances directes échangées entre les souverains. On ne peut méconnaître que ces pièces diplomatiques ne soient du plus haut intérêt. Au temps d'Assur-bani-pal, elles faisaient partie de l'histoire contemporaine ; mais les archives renfermaient des documents non moins précieux sur les régnes antérieurs. On peut suivre sur certaines .tablettes l'histoire S3nichronique des événements qui se sont accomplis en Chaldée et en Assyrie dés la plus haute antiquité.
Parmi les découvertes historiques dues à la lecture des tablettes de Koyoundjik, nous devons mentionner une de celles qui ont le plus d'importance au point de vue de la chronologie générale. Ce sont des tablettes qui renferment une liste de fonctionnaires désignés sous le nom de Limmu dont le rôle, analogue à celui des Archontes éponymes de la Grèce, était de donner leur nom à l'année. Ces tablettes, divisées en colonnes, présentaient une suite de noms propres séparés par des traits parallèles qui en
6o LA BiBLlOTHèaUE t)E NÎNIVÊ
interrompaient la suite à des intervalles inégaux. Ces listes ne disaient pas grand'chose par elles-mêmes, mais en rapprochant ces noms de quelques indications contenues dans l'énumération des campagnes, on s'aperçut bientôt que chaque nom correspondait à une année et le nombre des noms compris dans chaque intervalle aux années de règne du souverain.
Des exemples réitérés confirmèrent ce feit et ne laissèrent aucun doute sur la signification de ces listes qui donnaient à la chronologie un point d'appui aussi précieux.
Le professeur Hincks a, le premier, signalé ces textes et en a compris l'importance. Puis Sir H. Rawlinson les a publiés dans le recueil des inscriptions que le Musée Britannique publie sous sa direction. La première liste commence sous le règne d'un prince que nous nommons Bin-nirari, le deuxième du nom, qui régnait en Assyrie vers l'an 911 avant J.-C, et se prolonge jusqu'à l'année 650, sous le règne d'Assur-bani-pal.
En réunissant les différents firagments de ces listes, on a reconstitué quatre exemplaires qui
L^HISTOIRÉ él
se contrôlent et qui assurent une suite d'indications non interrompues comprenant 228 années consécutives. Cette longue période embrasse précisément l'époque où les Assyriens se sont trouvés en lutte avec les Hébreux et, dés lors, chaque date a une importance &cile à comprendre.
Nous devons mentionner parmi ces listes une de celles qui nous paraît devoir jouer le rôle le plus important dans les appréciations chronologiques qu'on peut en tirer. Elle comprend, en effet, non-seulement la liste des noms des Limmu^ mais encore l'indication des événements les plus remarquables qui se sont passés pendant l'année à laquelle ils ont donné leur nom. Cette liste s'étend depuis l'an 816 jusqu'àl'an 704 avant J.-C; nous devons noter ici qu'elle ne présente aucune interruption.
Nous pouvons suivre dés lors avec ces textes les événements qui se sont accomplis en Assyrie et en Palestine, et mettre en présence deux sources de documents dont on peut apprécier les données; la concordance^ si difficile à obtenir dans la chronologie des rois de Juda
èl LA BIBLIOTHÈaUE DE NIKIVË
et d'Israël, sera-t-elle réalisée par ces documents nouveaux ? Il faut l'espérer ; déjà de nombreux efforts ont été tentés pour obtenir ce résultat, et la grandeur de l'effort prouve assez que le problème est encore difficile à résoudre. Il n'est pas surprenant de rencontrer dans les textes assyriens des rois dont le nom ne se trouve pas dans la Bible; mais que dire d'un roi chaldéen, Phul, dont les inscriptions ne nous font pas connaître l'existence ? Je me contente de signaler ce fait, dont l'explication n'a pas encore été fournie.
Pour rattacher la liste des Limmu à l'histoire générale, les synchronismes n'ont pas manqué. Il suffisait du reste d'un point bien établi pour assurer la régularité de toute la série. Les récits bibliques et le canon de Ptolémée sont les deux autorités sur lesquelles on s'est appuyé pour arriver à ce résultat. L'époque dç la prise de Samarie se trouve fixée par toutes les données de l'histoire d'une manière précise; d'après les textes bibliques, la chute du royaume d'Israël eut lieu la 6^ année du règne d'Ezéchias, la 9® d'Osée. On s'accorde à fixer
l'histoire 63
cet événement, suivant les historiens, Tan 72 1 avant J.-C, correspondant à Tan 720 des astronomes. D'un autre côté, la prise de Samarie est relatée dans les textes assyriens ; elle eut lieu la première année du régne du souverain qui a construit le palais de Khorsabad. La prise de Samarie peut donc servir de point de départ pour fixer les autres dates qui en sont la conséquence ; les concordances à l'appui ont permis de remonter ainsi le cours des événements avec une précision que l'histoire des autres peuples ne saurait fournir.
N'oublions pas toutefois que l'indication du roi Phul dans les textes bibliques crée une difficulté sérieuse pour l'historien de cette époque. L'influence de ce prince a été trop importante pour en faire abstraction ; aussi les opinions se divisent : d'une part, nous voyons des assyriologues fidèles aux textes nouveaux suivre scrupuleusement sur quatre exemplaires qui concordent la suite des Limmu et rejeter les questions que soulève la présence du roi Phul à une époque où un texte assyrien viendra éclairer la question. D'autre part, nous voyons
des assyriologues plus scrupuleusement attachés au texte biblique ouvrir dans la série des Limmu une large brèche pour y loger tous les événements qui peuvent se rapporter au régne du roi chaldéen mentionné dans la Bible. Il y a là des difficultés sérieuses que nous devons nous contenter d'indiquer ici.
ssuR-BANi-PAL n'avait pas seulement ouvert sa Bibliothèque aux documents émanés des rois. C'était encore un dépôt où l'on trouvait des recueils de lois, des décisions judiciaires et des contrats passés entre les particuliers.
La législation assyro-chaldéenne reposait sur des lois, sur des coutumes qui étaient déjà en vigueur sous la civilisation sumérienne. Un certain nombre de tablettes écrites dans les deux langues nous donnent le texte primitif de la loi et la traduction assyrienne correspon-
dante. D'autres, écrites en assjrrien, sont semées de citations empruntées aux textes sumériens. On dirait, pour suivre une comparaison que nous avons déjà faite, des lambeaux de droit romain épars dans nos lois et dans nos recueils de jurisprudence, soit qu'ils aient continué d'être en vigueur, soit qu'on les invoque à l'appui des textes récents dont on poursuit l'application.
Nous pouvons citer d'abord un long fragment des lois de famille écrites en assyrien et en sumérien. Nous en avons donné, avec M. Oppert, dans nos Documents juridiques, une traduction que nous reproduisons ici avec quelques changements qu'un examen postérieur a pu suggérer ».
« Il a été ainsi décidé par la sentence du juge : « Si un fils (est autorisé) à dire à son père : tu n'es pas mon père ; il (le fils) pourra le vendre, le traiter comme un gage et le donner en paiement comme de Targent.
' G)nf. : Textes : W. A. I., II, pi. lo. — Lbnormant, Choix de textes,^. 3$. — Trad. : Oppert et Menant, Documents juridiques ^ p. 57 et 6z. — Oppbrt, Gôitingische gelàtrte Anjfigen, décembre 1879, p. 16 10. — Lemomiamt, Èiuda accad., t. III, p. 31.
DOCUMENTS JURIDiaUES G^
« Si un fils (est autorisé à) dire à sa mère : tu n*es pas ma mère ;. il lui coupera les cheveux, il assemblera le peuple et la fera sortir de la maison.
« Si un père (est autorisé à) dire à son fils : tu n'es pas mon fils, il (le père) pourra renfermer dans sa demeure et dans les soubassements.
« Si une mère (est autorisée à) dire à son fils : tu n'es pas mon fils ; elle pourra l'enfermer dans sa demeure et dans les chambres supérieures.
« Si une femme (est autorisée à) répudier son mari et à lui dire : tu n'es pas mon mari ; elle pourra le faire jeter dans le fleuve.
» Si un homme (est autorisé à) dire à sa femme : tu n'es pas ma femme ; il se fera payer une demi-mine d'argent.
« Si l'intendant laisse fuir un esclave, s'il meurt (l'esclave), s'il devient infirme, si par suite de mauvais traitements, il devient malade, il (l'intendant) paiera un demihin de blé par jour (au maître de l'esclave). »
Nous trouvons également dans ces vieilles coutumes des lois qui régissent les biens ; une tablette semble avoir en vue les observations qu'un agriculteur sumérien avait faites et qu'on propose aux agriculteurs assyriens du vu® siècle avant notre ère. On indique d'abord les meilleures conditions de culture, le temps des semailles, le calcul du revenu, le labourage,
6i LA BIBLIOTHÈQ.UE DE NINIVE
l'améiiagement des eaux, les animaux malfaisants qu'il faut détruire. Malgré le mauvais état de la tablette, voici quelques dispositions de ces antiques coutumes que nous pouvons citer ici ' :
« On met la charrue sur la terre.
« Pendant six mois la terre reste en jachères ;
«( Puis on fait le compte du rendement.
« Sebn le compte du rendement on évalue le bénéfice. «( Le bénéfice s'accumule ; « On rajoute au prix .
« On détruit le cerf.
« On détruit les corbeaux ;
K On les prend dans des engins ;
« On les apprivoise.
« Au moment du travaih on divise son champ ; « On le partage ; — on en fait trois parties.
« Pour vingt gur de froment voici quel est l'évaluation du rendement.
« On compte les sillons ; « On vend la moisson.
* Conf. ; Textes : W. A. I., II, pi. 14. — LENORiiAirr, Choix de textes, p. 14 et z$. — Trad. : Offert et MsKàNT, Documents juridiques y p. 24. — Lemormamt, Éludes aecadiennes, t. III, p. 16.
a Le champ rapporte le double ; « Le champ rapporte , . .
« Le rendement a rendu pour la semence (?)
« Le champ. . . .
« La semence a été. . . .
« Les oiseaux ont été détruits ; « Les taupes ont été tuées ; « Le champ a été arrosé ; « La semence a prospéré.
« Au moment de la récolte on divise le champ; « On a fait les parts
« Et, d'après les conventions, le partage a eu lieu avec le maître du champ.
« On lui a payé ce qui lui revenait.
« Le champ a été improductif;
« On a labouré le champ ; on a inscrit le travail sur des tablettes.
« On a mesuré le champ ; on en fixe la mesure sur les tablettes.
« On Ta arrosé deux fois, trois fois ;
70 LA BIBLIOTHÈQjUE DE NINIVE
« L'irrigation a été bien dirigée, elle a fructifié un sol aride.
« Au moment de la récolte, il a rapporté le quintuple.
« On l'a évaluée (la récolte) et le métayer l'a vendue :
« Du double au double ; il l'a acquise pour le double.
« Du triple au triple ; il l'a acquise pour le triple.
« Du quadruple au quadruple ; il l'a acquise pour le quadruple.
« Du quintuple au quintuple; ill'a acquise. . . .
« Du décuple au décuple ;
« Du quindécuple. . . .
La fin manque.
Les redevances étaient fixées suivant certaines règles dont nous reproduisons également les principales dispositions ^ :
« (On perçoit) la redevance telle qu'elle est (établie). « On perçoit la redevance en grains.
« La redevance est conforme au produit courant. « La redevance est conforme au produit fixé.
ï Conf. : Textes : W. A. L, II, pi. 12. — Trad. : Opput et Menant, Documents juridiques, p. 19.
« II prend pour redevance
« La redevance teHe qu'elle rend.
« Il a fraudé la redevance.
L'intérêt de l'argent était fixé à défaut de conventions spéciales par des lois dont nous trouvons ainsi l'énoncé ' :
« L'intérêt (peut être) calculé à Tannée, « L'intérêt peut être calculé au mois .
« La redevance de la ville est d'un artaha de grain ; « La redevance de la ville est d'un as de grain ;
« L'intérêt de l'argent (est ainsi fixé) :
« L'intérêt d'une drachme est un sextuple
« L'intérêt de dix drachmes est de deux drachmes
« L'intérêt d'une mine est douze drachmes.
Il est évident que, malgré la différence des biens, l'intérêt est toujours le même ; le calcul des différentes mesures indiquées dans des
I Conf. Textes : W. A. I., II, pi. 12. — Trad. : Offert et ViïMtMTf Docummts juridiques f p. 19 et 23.
7^ LA BlBLtOTHèaiîE ÙÉ KlKlVË
contrats a démontré que les chiffres sont dans un rapport constant.
Le prêt pouvait avoir lieu avec ou sans intérêt; il pouvait être fait avec ou sans garantie, et ces garanties étaient de différente nature ' :
« Pour l'intérêt de son argent « Il lui a donné en gage
« Une maison, un champ, un verger, une esclave « femelle, un esclave mâle. »
Les échanges étaient fréquents et on voit, d'après les indications des tablettes, les principales choses qui étaient échangées ^ :
« Ils ont échangé une maison contre de l'argent ; « Ils ont échangé un champ contre de l'argent ;
1 Conf. : Textes : W. A. I., II, pi. 13. — Trad. : Oppertci Menant, Docutnents juridiques, p. 12 et suiv.
2 Conf. : Textes : ID., Ihid, — Trad. : ID., Ihid,
« Ils ont échangé un verger contre de l'argent ; « Ils ont échangé une esclave femelle contre de l'argent ;
« Ils ont échangé un esclave mâle contre de l'argent. »
Les procès sont inhérents à la nature humaine et de toutes les époques. On plaidait à Ninive, en Assyrie et en Chaldée. Nous citerons à ce sujet un axiome à l'usage des juges et des plaideurs et qui est d'une application toute moderne ' :
« Celui qui n'écoute pas sa conscience, le juge n'écoutera pas son droit. »
Il devait y avoir un code de procédure assez compliqué, car on trouve la trace d'une juridiction à plusieurs degrés dont le souverain était le juge en dernier ressort. Nous lisons, en effet, dans les tablettes, le passage suivant * :
' Conf. : Textes : Lemormamt, Choix de textes^ p. 32. — Trad. : Oppert et Menant, Documents juridiques, p. $0 à $3. a Conf. : Textes : ID., Ibid. — Trad. : ID., Ibid,
74 LA ÔIBLIOTHÈQ.UE ÔE NINIVÉ
« n en a appelé devant le Roi ; « Il l'a appelé devant le Roi et le Roi a écouté sa plainte ; a II avait demandé les cinq sixièmes et il a obtenu gain de cause.
« On lui a restitué son gage au prix. . . .
« Il a évité la peine de sa provocation.
Les lois sumériennes fixaient également la forme des conventions particulières. La signature, QataiUy était de l'essence de la convention. Le passage suivant nous montre que le mot Qatattt désigne bien " la signature, " et non pas seulement " la main ; " nous lisons en effet * :
« Signature.
«Ha donné sa signature.
«Ha renouvelé sa signature, tt II a mis sa signature en circulation.
« Ils ont mis sa signature en circulation.
« Leur signature.
> Ils ont apposé leur signature.
« Us ont annulé leur signature.
« Leur signature a été annulée.
» Conf. : Textes : W. A. I., II, pi. 8, 1. 40. — Trad. i QppBRT et Mekakt, Documents Juridiques , p. 38, — Lsmor- XANT, Études auadienneSf t. III, p. 229.
DOCUMÊNtS JtJRimOPÈS
«E Leur signature,
« Leur signature a été renouvelée
La signature avait lieu par l'apposition du cachet. Un fragment des tablettes a trait à cet usage qui s'est perpétué en Orient depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Hérodote avait déjà signalé l'existence des cachets comme une particularité des habitants de la Babylonie : chaque Babylonien, dit-il, avait son cachet pour son usage personnel. L'expression assyrienne Kunuk répond comme notre mot Cachet à la fois à l'instrument et à l'empreinte qu'il laissait sur la terre plastique. Cette différence parait clairement indiquée dans un passage d'une tablette que nous avons citée dans nos documents et qui n'a pas besoin de commentah'e.
On a trouvé un grand nombre de contrats d'intérêt privé comprenant toutes les transactions ordinaires de la vie, et passés entre de simples particuliers sur lesquels figure l'empreinte de ce cachet; contrats de vente ou d'échange, contrats de prêt ou de louage, recon-
n:iissinces de créances emportant la garantie li'une hypothèque ou d'un gage mobilier. C^ dirait une étude de notaire dont nous allons compulser les minutes.
Ces contrats, comme tous les documents de ce dépôt, sont écrits sur la brique tradîtiûLinelle. Ils se distinguent facilement des .iiitrcs documents par leur aspect extérieur. En effet, après quelques lignes consacrées à hi mention du nom des parties contractantes, nous voyons figurer l'empreinte de leur cachet, quelquefois l'empreinte de trois coups d'ongle poiiren tenir lieu.
[.'ensemble des stipulations est assez facile d comprendre; il est renfermé dans une fiinnule qui découle de la nature même des rapports qui s'établissent entre les parties contractantes suivant l'objet de leurs conventions. Ces contrats sont, en général, d'une grande simplicité de rédaction. On commence par énoncer les noms et qualités des parties qui vont stipuler avec l'indication de leur cachet PU du coup d'ongle qui en tient lieu. Toutes les parties, du reste, ne sont pas appelées à
remplir cette formalité; ce sont seulement ceUes qui ont la qualité de dominus negoiii : le vendeur, le bailleur, le prêteur , ceux qui tiennent la plume, comme nous disons dans notre style moderne.
Une place réservée dans le texte recevait l'apposition du cachet etl'empreinte nous révèle qu'il y en avait de difiérentes formes. Comme ces bijoux sont parvenus jusqu'à nous et qu'il en existe un grand nombre dans nos collections publiqiies ou privées, il n'est pas sans intérêt de faire connaître quels étaient ces cachets. Ce sont, en général, des pierres dures taillées et polies de différentes manières. Quelques-unes ont la forme d'un cône ou d'une pyramide tronquée qui porte sur la base un sujet gravé en creux; quelquefois le cachet à la forme d'un sphéroïde ou d'un ellipsoïde. Enfin, on en trouve beaucoup qui sont cylindriques ; le sujet est gravé sur la surface du cylindre et on en obtient une empreinte en le roulant sur la terre plastique. Toutes les pierres précieuses ont été taillées pour cet usage ; aussi l'étude de ces bijoux oflfre le plus grand intérêt au point de
78 LA BIBLIOTHÈQ.UE DE NINtVE
vue de Fart et au point de vue des sujets qu'ils permettent d'étudier.
Après l'apposition des cachets, vient l'objet , du contrat; puis la nature de la chose et l'indication du prix qui est parfois payé comptant , quelquefois à terme; dans certains cas, un dédit est stipulé.
Quant aux prêts d'argent, l'intérêt est en général fixé par les parties ; dans le silence du contrat, on parait se référera une loi générale, probablement à celle que nous avons citée plus haut.
Les mesures, les contenances, les évaluations, les prix sont exprimés avec une grande précision et permettent ainsi de déterminer l'importance de la chose qui fait l'objet du contrat.
La tournure de la rédaction indique que la convention était passée devant un magistrat qui donnait, si je puis m'exprimer ainsi, Fauthenticité aux stipulations arrêtées entre les parties et dont elles ne pouvaient se délier sous peine d'amende ou de dommages-intérêts.
Généralement l'amende devait être versée au
DOCUMENTS JURIDIQ.UES 79
trésor d'îstar, soit à Arbéles, soit à Ninive ; puis le juge ordonnait la restitution du prix au propriétaire, avec une certaine part de dommagesintérêts. Souvent le contrat renferme une formule de prière, plus ou moins étendue, pour placer l'exécution des conventions arrêtées entre les parties sous la protection des Dieux ; enfin, il se termine par les noms des témoins avec leur qualité ; il est daté du j our, du mois et de Tannée de sa rédaction. — Le contrat ainsi parfait était remis à la garde d'un fonctionnaire spécial qui l'enregistrait dans le dépôt public dont la surveillance lui était confiée.
Voici quelques contrats qui pourront, du reste, nous faire comprendre l'économie de la rédaction et nous renseigner sur la nature des transactions les plus fréquentes à cette époque. Nous donnons d'abord un contrat relatif à une vente d'esclave ; il est ainsi conçu ' :
î Texte : W. A. I., III, pi. 49, n® 51. — Trad. : Offert et Menant, Docutnents juridiques y p. 220.
80 LA BIBLIOTHÈaUE DE KINIVE
VENTE d'esclave.
« Cachet de Nabu-rihtav-usur, fils de Ahardise, « homme de Hasaï, ouvrier de Zikar-Istar, de la ville «de ;
« Cachet de Tébétaï, son fils ; — cachet de Silîm-Bin, « son fils, propriétaires de l'esclave vendue :
« La fille Tavat-hasina, esclave de Nabu'rihtav-usur...
« Et Nitocris Ta acquise au prix de i6 drachmes d'argent pour Tachos, son fils, à cause de son
mariage. Elle sera l'esclave de Tachos.
« Le prix a été définitivement fixé.
c Qpi que ce soit, qui dans la suite des jours, et à quelque époque que ce soit, contestera devant moi, soit Nabu-rihtav-usur, soit ses fils, les fils de ses fils, soit son frère, les fils de son frère, soit tout autre, soit son ayant-droit, et qui voudra faire annuler le marché contre Nitocris, ses fils, ou les fils de ses fils, paiera dix mines d'argent pour la révocation de son contrat ; il n'aura pas vendu.
« Saphimayu, pasteur de troupeaux, Bel-sum-usur, fils de Yudanani, Rim-bel, fils de Atie. . . . sont les trois hommes héritiers de la femme, à cause du liement des mains (son premier mariage) et des intérêts du. gage de Karméon qui devait hériter (si il vivait).
« Témoins : Ahardise ;
— Zikar-nipika j
DOCUMENTS JURIDiaUES 8l
— Mutumhise ;
— Hasba
« Au mois d'Elul (août) le !•' jour, pendant Tannée de Assur-sadu-sakil.
« Par devant : Yum-samas, — Putuanpaïte, — Ate, — Nabu-idin-ahi, président.
Ce dpcument est un des plus curieux. Il contient d'abord le nom d'une Egyptienne, Nitocris (Neitk-eqar) ; puis celui de Tachos, son fils, qui porte également un nom égyptien. Le vendeur est la fille de Nabu-rihtav-usur; ses fils interviennent en leur qualité d'agnats pour la vente de leur esclave, c'est-à-dire la servante de leur maison. L'argent ne sera pas payé à Nitocris ou à sa descendance directe, mais à des tiers qui sont nommément désignés ; ce sont les trois héritiers d'un nommé Karméon qui serait héritier s'il vivait.
Voici un autre contrat du même genre » :
' Conf. : Textes : W. A. I., HI, pi. 49, n» $. — Trad. : Offert et Menant, Documents juridiques ^ p. 155.
VENTE d'esclave
« dchet de Hataï, propriétaire de l'esclave.
« Lu-ahi est Tesclave livré.
« Et Dannaî Ta acquis de Hataï pour le prix de vingt « drachmes d'argent.
« Le prix a été définitivement fixé, Tesclave a été j)ayé c et livré ; la rescision du marché ne peut plus avoir « lieu.
(t Quiconque dans Tavenir réclamera devant moi (la c nullité de la convention, paiera Tamende).
Témoins : Samas, — Himarie, — Zabda, — Haraman, — Mannuahi, — Zikar-Samas.
c Au mois Elul (août) le 5* jour pendant Tannée de Nabu-bel-idin. »
« En présence de Zikar-Samas le préposé.
Les contrats de cette nature sont nombreux :
ils soulèvent une question sur un point de l'histoire de l'esclavage antique qu'il serait intéressant d'éclaircir. Quelle était, en effet, l'origine de ces esclaves dont on trafiquait alors et qui ne paraissent pas avoir subir la loi des vaincus qu'on transportait avec une si grande facilité après ia prise d'une cité ? Nous n'avons aucun renseignement à ce sujet et nous devons nous
DOCUMENTS JURIDiaUES 8j
borner à enregistrer ce qui ressort des textes que nous venons de citer. Le propriétaire de Tesclave Hataï est un Sjnrien, tandis que l'esclave Lu-ahi est un Assyrien, vendu à un autre Assyrien, Dannaï, moyennant une somme d'argent qui équivaut à 75 fr., environ de notre monnaie.
Quelquefois le contrat n'est pas aussi simple. Il peut exister des complications dans l'origine de la propriété ou dans son mode de transmission. Il est aussi intéressant d'étudier les qualités des parties contractantes. Il en ressort un fait qu'on peut regarder comme constant, c'est que l'étranger, phénicien, juif, égyptien, avait pour contracter, vendre ou acheter, les mêmes droits civils que les sujets assyriens.
Voici un contrat d'une autre espèce. Il s'agit de la vente d'une maison. Au lieu de leur cachet, les parties y ont apposé une marque en enfonçant l'ongle du pouce dans l'argile ' .
ï Conf. : Textes : W. A. I., m, pi. 48, n<» 3. — Trad. : Oppert et Mbmant, Doeuments juridiques j p. 175,
VENTE d'une maison
« Ongle de Sarludarî, — ongle d*Ahassuru, — ongle j
a de la femme Amat-Sula, épouse de Bel-duru, chef de « trois Légions, propriétaires de la maison aliénée.
« Une maison en construction, avec ses poutres, ses « colonnes, ses matériaux, située dans la ville de « Ninive, bornée par la maison de Mannuki-ahe, bornée 1
« par la maison de Ankia, bornée par (la place) des « marchés. '
« Et Sil-assur, le préposé égyptien, l'a acquise « moyennant une mine d'argent du Roi, de Sarladuri, « de Ahassuru et de la femme Amat-Sula, l'épouse de j
« son mari. «i
« Le prix a été définitivement fixé, la maison a été « payée et achetée, la rescision du contrat n'est plus « admise.
« Q.ui que ce soit qui dans la suite des jours, à i
« quelque époque que ce soit, soit parmi ces hommes, «( contestera le droit et le contrat de Sil-Assur paiera « dix mines d'argent.
« — Témoins : Susanku, officier du Roi ;
« — Harmaza, Chef de trois légions ;
« — Razu, Capitaine de navire ;
« — Nabudur, Préposé ;
« — Harmaza, Capitaine de navire ;
« — Sin-sar-usur ;
« — Zidka,
DOCUMENTS JURIDiaUES 85
« Le 16* jour du mois Sivan (mai) de l'année de Zaza, « préfet de la ville d'Arpad (692 av. J.-C).
« Par devant Samas-yukin-ahi ; — Litturu ; — Nabu- « sum-idin. »
Cet acte est surtout remarquable par les noms des parties contractantes, dans lesquels nous pouvons encore reconnaître des étrangers de nationalité différente admis à contracter à Ninive au même titre que les sujets assyriens. En effet, les noms des témoins Susanku et Harmaza sont égyptiens et leur forme originelle pourrait être facilement restituée. Le nom de la femme Amat-Sula est phénicien et révèle le nom d'une divinité inconnue jusqu'alors; il signifie littéralement « Servante de Sula. »
Voici maintenant un contrat de prêt. Il est ainsi conçu ^ :
' Conf. : Textes : W. A. I., HI, pi. 47, n« 7. — Trad. : Oppert et Menant, Documents juridiques ^ p. i8x.
86 LA BIBLIOTHËaUB DE NINIVE
« Six mines d'argent sont le montant de U somme a due par Summu-ilani à Bel-ristan.
« L'argent portera intérêt jusqu'au quadruple. Témoins: « Sin-zir-bani, chef des légions, — Nabu-ahi-usur, chef « des cornes, — Meisu, docteur, — Milkaï, — Nabuff ilmad-ani, chef des légions.
« Le 10* jour du mois de Nizan de l'année de Man- « zamié (mars 689 av. J.-C). »
En voici un autre assez curieux ^ :
« 4 mines d'argent au titre de Gurchemis, créance de « Nirgal-sar-usur, au profit de Nabu-sum-idin,^ fils de «V Nabu-madid-napsat, préposé du préfet de la ville de « Dur-Sarkin.
K Elle produira 5 drachmes d'argent par mois.
« Témoins : Nabu-habal-idin, Nabu
« — Sezib, chef de deux^ ;
« — Airamu ;
« — Assur-danin-sar ;
« — Disi, chef ;
« — Samas-naid, f ttr-:(aÂ!- ;
« — Sin-mab-pus ;
« — Marduk-zir-idin, chef.
^ Le 26* jour du mois Aïru de l'année de Gabbaru. »
' Conf. : Textes : W. A. I., III, pi. 47, n» 9. — Trad. : OFFERT et Mbnamt, Dûeuments furidiquiSf p. 193.
DOCUMENTS JURIDiaUES 87
Ce contrat est daté du mois d'avril de Tan 667 avant J.-C. ; il constate un intérêt énorme dont on peut se rendre compte. En effet, la somme principale est de 4 mines d'argent, soit 900 fr, de notre monnaie ; elle doit produire 5 drachmes d'argent d'intérêt par mois, soit 10 fr. C'est donc un intérêt de 25 p. %.
Ces quelques citations suffisent pour donner une idée de la forme de ces contrats et des renseignements qu'ils peuvent fournir sur l'histoire privée de l'Assyrie.
Il y a là un fait sur lequel désormais l'attention des historiens est éveillée et auquel les philologues doivent apporter leur concours. L'étude comparée du Droit ne saurait se borner à suivre le développement d'un principe dans ses applications juridiques au milieu d'un même groupe de civilisation. Notre Droit français, par exemple, procède du développement des principes posés dans le Droit romain et dans les Coutumes. Je n'ai pas besoin de dire que l'histoire du Droit ne peut être restreinte auj ourd'hui à l'étude de ces deux législations. Il y. a
dans les rapports des hommes entre eux des faits qui découlent de principes généraux dont on rencontre l'application dans les sociétés les plus diverses et à toutes les époques. C'est par l'étude des différentes législations, en fouillant les lois de ces civilisations oubliées, qu'on trouvera les caractères des vrais principes sur lesquels repose le droite naturel qui n'est, en définitive, que l'écho de la conscience humaine.
îous abordons maintenant un autre ordre d'idées. Les sciences exactes étaient cultivées en Assyrie depuis une haute antiquité ; les sciences naturelles n'avaient pas été négligées non plus ; ainsi la zoologie, la botanique, la minéralogie sont largement représentées dans la Bibliothèque de Ninive et comme toutes ces tablettes offrent un texte sumérien en regard du texte assyrien, nous sommes en droit de croire que les Ninivites suivaient encore sous ce point de vue les traditions de leurs prédécesseurs.
Nous trouvons des listes d'animaux rangées dans un certain ordre qui pourrait faire croire
90 LA BIByOTHÈaUE DE NINIVE
à une intention de classification ; ainsi le chien, le lion, le loup sont dans la même catégorie, tandis que le bœuf, le mouton, la chèvre en forment une autre.
Dans rénumération de ces différents animaux, il y a un dessein bien évident d'établir des genres, des familles et de distinguer les espèces. Nous avons, en effet, une famille qui comprend les grands carnassiers : le chien, le lion, le loup ; puis, nous avons dans la famille du chien différentes espèces, telles que le chien proprement dit, le chien domestique, le chien courant, le chien petit, le chien d'Elam. Le côté scientifique de cette classification se révèle par une circonstance facile à reconnaître : on lit, en effet, auprès du nom vulgaire, une appellation spéciale qui se rattache précisément à une division scientifique que les Assyriens paraissent avoir eu en vue.
Parmi les oiseaux, on remarque également les mêmes essais de classification ; on distingue les oiseaux au vol rapide des oiseaux de mer ou de marais.
Les insectes forment une classe très-nom-
breuse; nous voyons toute une famille dont on établit les espèces suivant qu'elles attaquent les plantes, les animaux, les vêtements ou le bois.
Les végétaux semblent avoir une classification basée sur leur utilité ou sur les services que l'industrie pouvait en retirer. Une tablette énumére les usages auxquels on peut employer les bois selon leur essence pour la charpente des palais, dans la construction des navires, dans la fabrication des chars, des ustensiles aratoires ou même dans l'ameublement.
Les minéraux occupent une longue série dans ces tablettes. Ils sont classés suivant leurs qualités; l'or et l'argent forment une division à part; les pierres précieuses en forment une autre, mais rien n'indique sur quelles bases on pourrait en établir la classification.
Si nous passons des sciences naturelles aux connaissances géographiques, nous voyons qu'elles nous arrivent dans un état synthétique assez confiis ; cependant quelques listes nous présentent une série de noms de villes, de fleuves, de montagnes rangés suivant leur
92 LA BIBLIOTHÊaUE DE NINIVE
am — ■■ . - —
disposition géographique que nous pouvons facilement contrôler. Quelquefois ces indications prennent un caractère pratique en faisant suivre ces appellations de la nomenclature des produits naturels ou industriels du sol, du revenu des impôts ou des tributs.
Mais la science par excellence, celle qui était surtout cultivée en Assyrie et que les savants d'Assur-bani-pal rattachaient avec le plus de soin aux antiques traditions chaldéennes, c'est l'astronomie .
Cette science n'est pas née, en effet, à Ni^ nive ; les Grecs nous apprennent que les observations astronomiques avaient pris naissance danslaBasse-Chaldée 1903 ans avant Alexandre, et par conséquent 2226 ans avant J.-C. Quelle que soit la valeur de cette date, la tradition de ces origines se trouve dans les travaux mêmes des savants assyriens qui se reportent sans cesse aux observations de leurs prédécesseurs. Assur-bani-pal avait envoyé ces savants dans les vieilles écoles de la Mésopotamie, à Ur, à Sippar, à Agadé, à Babylone, pour y recueillir les éléments de la science qui faisait
la gloire de l'empire du Sud. Au vii^ siècle avant notre ère, à Ninive, les observations continuaient.
A cette date, on distinguait depuis longtemps les étoiles fixes des planètes ; on avait calculé les révolutions sidérales, les divisions de l'année, la marche du soleil . dans les différentes constellations du zodiaque, le retour périodique des éclipses et même la précession des équinoxes.
Ces résultats supposent une longue suite d'observations consciencieuses, une intelligence spéciale pour les entreprendre et des moyens faciles d'y appliquer un calcul rigoureux.
Nous ignorons à l'aide de quels instruments les Assyro-Chaldéens pouvaient observer les astres. Les chances d'erreurs dans des observations à la vue simple sont évidemment nombreuses et ne peuvent être rectifiées que par des opérations multipliées et par les calculs les plus minutieux.
On sait que la détermination de la périodicité des éclipses de lune repose sur la connais-
sance d'un cycle de 223 lunaisons ', qui ramène les mêmes éclipses périodiquement.
Il est certain que les Assyro - Chaldéens devaient connaître également un autre cycle de 22,325 lunaisons équivalant à 1,805 années tropiques plus 8 jours, ou â 1,805 années juliennes de 365 jours 1/4; après quoi les éclipses reviennent plus exactement encore dans le même ordre. Combien a-t-il fallu de temps pour que l'esprit humain ait pu embrasser un nombre de lunaisons suffisantes pour les combiner et en déduire la loi que Méton a formulée et à laquelle il a attaché son nom ? Si nous considérons les éclipses de soleil, le cycle étant beaucoup plus considérable, l'origine des observations sur lesquelles le calcul de leur périodicité repose nous rejette à une antiquité qui sort déjà deis limites des supputations ordinaires de l'histoire. Diogène Laêrce l'évalue à 48,863 ans ; pendant ce temps-là on avait observé 373 éclipses de lune et 832 éclipses de soleil.
I 6, $8$ jours 1/4 ou t8 uns et il jours.
Les sciences ^5
Pour se livrer aux calculs résultant de ces observations, les Ass3n'0-Chaldéens étaient merveilleusement servis par leur système de notation. C'est un des points les plus nouveaux peut-être que l'étude des documents assyriens pourra révéler et que je me propose de mettre un jour en lumière en démontrant avec quelle facilité leur système de numération se prêtait aux calculs les plus compliqués. Il nous suffit ici d'en constater les résultats.
Ainsi que nous le disions, il y a un moment, sous Assur-bani-pal les observations continuaient ; le roi envoyait des astronomes sur différents points pour étudier les phénomènes célestes et lui adresser le résultat de leurs travaux. Voici en quels termes ces rapports étaient conçus ' :
« Au Roi, mon Seigneur, son Humble serviteur Istaridin-habal, le chef des astronomes de la ville d'Arbèles écrit ceci :
« Paix et bonheur au Roi mon maître et qu'il puisse prospérer longtemps.
' Conf. : Textes : W. A. I., III, pi. 51, n* 6. — Trad. : Lbnormamt, Essai de comment, de Bérou^ p. 209. — Trad, : Satcb, Records ofihe Pastf t. VI, p. x$4, n» 6.
^6 LA BIBLIOTHÈaUE bE NINIVÊ
« Dans le 29* jour, j'ai observé le nœud de la lune ; les nuages ont obscurci le champ de Tobservation et nous n'avons pu voir la lune.
« Au mois Sebat. (janvier), le i*'^ jour pendant l'année de Bel-haran-saduya (648 av. J.-C). »
Le résultat de la mission n'avait pas été heureux. L'éclipsé était prévue ; l'état de l'atmosphère n'avait pas permis de l'observer, mais la constatation de cet insuccès prouve le soin qu'on apportait à noter toutes les circonstances qui pouvaient servir à expliquer le phénomène. Voici une observation qui a pleinement réussi ' .
« Au directeur des observations, mon Seigneur, son humble serviteur Nabu-sum-idin, grand astronome de Ninive, écrit ceci : que Nabu et Marduk soient propices au directeur des observations, mon Seigneur.
« Le 15* jour nous avons observé le nœud de la lune et la lune a été éclipsée. »
Voici une observation plus compliquée ^ :
1 Conf. : Textes : W. A. I., UI, pi. $1, n"» 7. — Trad. : Oppbrt, Gram. ass., 2« édit., p. 109. — Lenormant, Essai de commentaire de Birosej p. 201.
2 Conf. ; Textes : W. A. I., III, pi. $1, n<> 9. — Trad. :
LÉS SClENCEâ $7
« Au Roi mon Seigneur, que les dieux Nabu et « Marduk soient propices; que les Grands Dieux accordent « au Roi mon maître des jours longs, le bien de la chair « et la satisfaction du cœur.
« Le 27* jour la lune a disparu ; le 28* jour, le 29* et « le 30* nous avons observé continuellement le nœud « de Tobscurcissement du soleil. L'éclipsé n'a pas eu lieu. « Le I" jour (du mois suivant) nous avons vu la lune « pendant le premier jour du mois Duzu (juin) courant « au-dessus de l'étoile de Mercure dont j'ai antérieure- « ment envoyé l'observation au Roi mon maître. Dans « sa marche pendant le. jour d'Anu, autour de l'étoile « du Berger, elle a été vue déclinant ; à cause de la pluie, « les cornes n'étaient pas visibles très-clairement et « ainsi de suite pendant sa route. Le jour d'Anu, j'ai « envoyé au Roi mon maître l'observation de sa conjonc- M tion.
« Elle s'étendit et fut visible au-dessus de l'étoile du « Char dans sa marche pendant le jour de Bel, elle a dis- « paru vers l'étoile du char. . . .
« Au Roi mon Seigneur, paix et bonheur. »
On attribue généralement à Hipparque la découverte de la précession des équinoxes.
Oppert, Joum. asiat.f t. X, p. 71. — F. Talbot, Transe. ofB.S., p. 15. — Saycb, Records of the Past, t. X, p. 155, n° 7.
C'est lui qui, en effet, a appris le premier ce phénomène aux Grecs ; il Tavait évaluée pour chaque année entre 36 ou 39 secondes. Il est certain qu'il avait eu connaissance de ce fiiit en Chaldée et qu'il avait puisé les éléments de son calcul dans les observations des astronomes du cours inférieur de l'Euphrate. Toutes les connaissances astronomiques des savants niçivites ont le même point de départ.
Deux mille ans avant notre ère, dès le temps d'un roi d'Agadé nommé Sar-3mkin et qu'on a pris l'habitude de désigner sous le nom de Sargon l'Ancien, la précession des équinoxes était déjà un fait observé et calculé parce qu'elle avait amené une perturbation suffisante dans le calendrier pour qu'on fût obligé d'y introduire alors une réforme pratique. Sargon avait donné à son siècle un éclat dont les savants de Ninive ne sont que les échos. Il y avait de son temps à Agadé une bibliothèque dont nous pouvons juger l'importance par les fragments qui nous sont conservés à Ninive.
Nous sommes certains que dans ces temps reculés les grandes divisions de la carte urano-
graphique étaient arrêtées. Les étoiles fixes étaient désignées suivant les différents groupes que l'observation avait déjà établis par des noms qu'ils ont conservés jusqu'à nos jours.
C'est ainsi que nous trouvons 'notamment l'indication de l'étoile du Char, l'étoile du Berger, l'étoile de VArc (le Sagittaire) . En dehors de ces étoiles fixes, les signes du zodiaque étaient parfaitement indiqués dans cet espace de la voûte céleste que les textes désignent sous le nom de harranu « le chemin », c'est-à-dire le chemin des astres.
Ces astres sont les planètes. Les Chaldéens en connaissent sept que nous pouvons indiquer ici avec leur désignation chaldéenne en mettant en regard les noms que nous leur avons conservés : ce sont Samas, le Soleil ; — Sin, la Lune ; — Alap-Samas, Saturne ; — Rus, Jupiter ; — Ashat, Vénus ; — Sulpa-sadu, Mars ; — Nivit-Anu, Mercure.
Les savants ninivites avaient emprunté aux Chaldéens leurs connaissances astronomiques ; ils se servaient du calendrier tel qu'il leur avait été transmis et tel qu'il a été employé
lOO LA BIBLIOTHÈaUE DE NINIVE
par toutes les nations depuis ces temps reculés jusqu'à nos jours.
L'année assyrienne se compose de douze mois lunaires. Elle commençait à l'équinoxe de printemps avec la nouvelle lune qui le précédait.
Une tablette trés-connue fixe ainsi le jour des équinoxes ' :
« Aa 6* jour du mois Nisan (mars), les jours et les nuits sont égaux (et comprennent) six kasbu pour le jour et six kashu pour la nuit. Qjie Nabu et Marduk soient propices au Roi mon seigneur.
Notons ici qu'une seconde tablette fixe les équinoxes au 15^ jour du même mois, mais nous ne pouvons expliquer cette différence.
Pour corriger l'erreur qui résulte du défont de concordance de l'année lunaire avec l'année solaire, on intercalait un mois supplémentaire dont la longueur devait nécessairement varier suivant les circonstances.
I Conf. : Textes rW. A. I., III, pi. SL — Trad. : F.Talbot, HiKCKS, Offert, Lemoimamt, etc., passim.
LES SCIENCES lOI
Les tablettes ninivites nous présentent des calendriers disposés de manière à répondre aux différentes exigences de la vie sociale. Quelques-uns, en effet, sont purement scientifiques et nous font voir les divisions de l'année suivant les jours, les mois et les saisons. D'autres sont rédigés en vue de satisfaire aux préoccupations religieuses, et nous présentent suivant les jours l'indication des fêtes consacrées aux divinités (Ju'on devait invoquer ou honorer par une cérémonie spéciale. D'autres enfin semblent correspondre aux idées superstitieuses qui avaient cours alors ; ainsi les jours sont marqués d'un signe particulier, selon qu'on doit les considérer comme propices ou néfastes. Nous voyons des tables rédigées pour indiquer l'influence des astres sur chaque jour de Tannée avec la mention des prières appropriées pour se rendre propices les augures favorables ou pour repousser ceux qui seraient fiinestes.
Il ne faut pas toutefois exagérer l'importance que ces derniers documents peuvent avoir ; ils se rattachent à un ensemble de superstitions
qui sont de toutes les époques et de tous les pays ; et, dans l'antique Orient comme partout, ces croyances ne doivent représenter qu'un des côtés les plus curieux, sans doute, mais les moins intéressants de l'histoire des aberrations de l'esprit humain ; nous devons toutefois y jeter un coup d'œil.
N Orient, l'astronomie paraît avoir été de tout temps inséparable de l'astrologie. Les différentes populations qui ont occupé ces belles contrées si propices aux observations astronomiques ne pouvaient pas admettre que ces astres nombreux, dont le plus brillant a une action si directe sur notre terre, n'eussent pas tous une certaine influence sur nos destinées. Les disciples de Zoroastre partageaient en cela la même croyance que les adorateurs d'Assur ou de Nabu, et ces idées mêlées à des traditions scientifiques et religieuses tra-
104 LA BIBLIOTHÊaUE DE NINIVE
vesties ou corrompues ont abouti à un ensemble de pratiques et de formules réunies sous le nom de Magie, dans lesquelles les superstitions de tous les pays ont trouvé un commun refuge.
La Magie en Assyrie et en Chaldée nous est révélée par des documents nombreux dont la Bibliothèque d'Assur-bani-pal nous présente les fragments les plus importants. Ces fragments se rapportent à un grand traité rédigé sousleroide Chaldée, Sargon l'Ancien, et dont Assur-bani-pal avait fait faire plusieurs copies; dans sa forme originelle, il se composait de 70 tablettes. Quelques fragments seulement ont été publiés par Sîr H. Rawlinson, et ces spécimens suffisent pour nous donner déjà une idée du contenu de ce vaste répertoire. Nous y voyons, par exemple, les augures que l'on peut tirer de la présence du soleil et de la lune quand ils sont visibles en même temps et lorsque la lune est visible ou cachée à un jour du mois; les influences que les étoiles fixes ont sur notre destinée : celles de la planète Vénus sont trèsmultiples et occupent une longue place dans la série. L'une des tablettes donne l'influence de
l'état général du ciel ; d'autres, les augures relatifs à chaque mois, les augures des éclipses de lune et les conséquences que l'on peut déduire de la présence d'un halo dans le ciel.
Nous trouvons encore des pronostics d'après l'état des nuages; ceux qui dérivent des songes, de la naissance des hommes ou des animaux, des conditions dans lesquelles naissent les enfants mâles ; enfin les pronostics de toute nature qu'on doit consulter pour apprécier le moment de commencer une entreprise ou de s'en abstenir.
Le chien joue un rôle important dans la vie des Assyro-Chaldéens. On le voit auprès de l'homme dans les combats, dans les chasses et dans les détails de la vie religieuse. Des maquettes en terre cuite nous ont conservé l'image des chiens d'Assur-bani-pal, et sur ces images nous voyons les noms qui leur avaient été attribués. Il ne faut pas être surpris de rencontrer le chien dans les s)niiboles sacrés à côté du serpent, du scorpion et d'autres animaux. Les devins attachaient une grande importance à ses moindres actions et en tiraient
des augures que nous trouvons consignés dans une longue énumération dont nous extrayons les passages suivants ' :
« Si un chien rouge entre dans le palais, le palais sera détruit par l'ennemi.
« Si un chien blanc entre dans le temple, la durée du temple est assurée.
« Si un chien noir entre dans le temple, la durée du temple ne sera pas assurée,
« Si un chien gris entre dans le temple, le temple souffrira dans ses possessions.
« Si un chien jaune entre dans le temple, le temple souffrira.
« Si un chien rouge entre dans le temple, les Dieux du temple s'en iront. »
Voici des observations d'une autre nature qu'il est assez curieux de rapporter * ;
« Si une femme met au monde un enfimt qui a un « bec d'oiseau, le pays sera paisible ; -» qui n*a pas de « bouche, la maîtresse de la maison mourra ; — qui n'a « pas de narines, le pays sera en deuil.
1 Conf. : Textes : Lenormant, Choix de UxUs^ o9 89. — Trad. : ID.yLa DivtnalioHf p. 92.
2 Conf. : Textes : W. A. I., III, 6$-i, —Trad. : Offert, Journal asiat.f 6« sér., t. XVIII, p. 449.
Nous ajouterons encore les pronostics suivants tirés de la naissance des enfants :
« Si une femme met au monde un enfant qui a sur la « tète une coiffe, le bon augure entrera à son aspect « dans la maison.
« Si une femme met au monde un enfant qui a des « dents déjà poussées, les jours du Seigneur arriveront à « la vieillesse, le pays se montrera puissant sur les « étrangers, mais la maison où est né l'enfant sera « ruinée. »
Il y avait également une série de pronostics tirés de la naissance des animaux; en voici des exemples • :
« Si une jument met bas un petit qui a les ongles d'un chien, le pays sera amoindri ; — qui a les ongles d'un lion, le pays sera agrandi.
« Si les chiennes ne mettent bas qu'un seul petit, la ville sera détruite.
« Si une brebis enfante un lion, le roi n'aura pas d'égal. »
Nous pourrions multiplier les exemples à l'infini. Rien, en eflfet, n'était indifférent dans
I Conf. : Textes : W. A. I., III, 6$-i. — Trad. : Oppert, Journal asiat., 6« sér., t. XVIII, p. 449 et suiv.
loâ LA BIBLIOTHÈdOE DE NINIVÉ
la création ; mais ce ne sont pas seulement les choses visibles qui peuvent exercer leur influence sur nous, le monde invisible est bien plus redoutable encore. .
Les maux qui nous assiègent sont le produit de génies malfaisants qui, pour être cachés, n'en sont pas moins les auteurs des maladies que nous redoutons. La peste est engendrée par un démon nommé Namtar ; la fièvre, par un autre du nom à'Idpa, Ces deux agents principaux du mal sont escortés d'une phalange d'esprits inférieurs connus sous les noms de Outouk, d'Alal, de Gigim, de Telal, qui ont tous une fonction spéciale pour nous tourmenter.
L'Idpa agit sur la tête de l'homme; le Namtar sur sa vie; l'Outouk sur son front ; l'Alal sur la poitrine ; le Gigim sur ses viscères ; le Telal sur sa main.
Ces esprits avaient encore à leur disposition une armée d'agents secondaires auxquels l'homme attribuait toutes ses infortunes, et qui peuplaient le vide de cette nuit insondable, que les inscriptions appellent « le séjour dont on ne revient pas. »
La magie 109
Voici un passage qui mérite d'être cité ' :
« Uimprécation mauvaise tombe surrhomme comme un démon mauvais ; la voix qui crie existe sur lui ; la voix malfaisante existe sur lui; l'imprécation mauvaise est l'origine de la maladie ; l'imprécation malfaisante égorge l'homme comme un agneau ; le démon malfaisant qui est dans son corps fait sa blessure ; le démon femelle lui cause des angoisses, et la voix qui crie, pareille à une hyène, le subjugue et le domine. »
Pour conjurer les funestes effets de ces agents sinistres on trouve un remède efficace dans certaines formules qu'il suffit ' de réciter en s'adressant à un Génie supérieur à celui qui vous obsède. Si ce Génie vous est propice, il donne alors au démon inférieur Tordre d'abandonner la victime. C'est généralement le dieu du Soleil ou le dieu du Feu qu'on invoque dans ces circonstances.
Une hymne qui s'adresse au dieu Samas (le dieu du Soleil), renferme le passage suivant * :
' Conf. : Textes : W. A. I., I, IV, pi. 7. — Trad. : Lemormakt, £/«i. acc,^ t. III, p. 83.
2 Conf. : Textes : "W. A. I., IV, 17. —Trad. : Lskormant, I4 3iagM, p. 164. ,
ÎIO LA BIBLIOTHÈQUE DÉ î^miVÉ
« Tpi qui fais évanouir les mensonges, toi qui dissipes la mauvaise influence des prodiges, des augures, des pronostics fâcheux, des songes, des apparitions mauvaises, toi qui déjoues les complots des méchants, toi qui mènes à la perdition les hommes et les pays qui s'adonnent aux sortilèges et aux maléfices. »
Nous croyons avoir suffisamment indiqué cette phase des aberrations de l'esprit humain, dont nous trouvons la trace dans cette grande civilisation à laquelle l'éclat scientifique n'a pas manqué. Il y a trop peu de temps que la science moderne s'est dépouillée des superstitions qui étaient acceptées au moyen âge pour que nous soyons sévères envers les Chaldéens du vingtième siècle avant notre ère.