QUESTIONS
neJlement) par ces diverses fusions^ une partie de la dureté qu'il ayait acquise lors de la première épreuve &ite sur le fragment que j ai eu dans les mains?
REPONSES
M. Jacquot pense-t-il que si on lui fournissait, en quantité suffisante, de cette matière, dite cuivre noir, pour qu'il en paisse faire une hache dans la proportion de celles dont se servent nos bûcherons, on pourrait avec une telle hache , trempée par le même procédé dont il a usé pour notre hachette , abattre des arbres de chêne sur pied.^
Croit-il qu'à l'aide de cette même trempe on pourrait fabriquer avec cette matière, dite cuivre noir^des instruments propres à sculpter, à ciseler et limer les autres métaux, tels que lor, largent , et particulièrement le cuivre qui aurait été allié en proportions convenables avec le zinc?
Enfin , je prie M Jacquot de me dire de quels ingrédients il a fait usage pour donner plus d'efficacité à la trempe.
Signé, Mauduit.
Quant à la dernière question , je crois pouvoir répondre affirmativement que je ne pense pas qu'il soit le d'en attendre un tel résul«
tat : tout ee que je crois pouvoir affirmer, c'est que l'on parviendrait à durcir assez cette matière pour en faire seulement des haches , des piques ou lances, enfin , toutes armes offensives.
Je conclurai que l'objet étant d'une nature trop peu volumineuse pour lui faire subir Faction du feu nécessaire à cette opération, qui a été trop précipitée, celle-ci a, par conséquent, laissé beaucoup à désirer. .
Cette trempe a été faite dans une boîte de fer battu, renfermant l'objet en question, enveloppé dans un morceau de cuivre contenant du prussiate de potasse, du sel, du vinaigre et de l'ail. J'ai négligé d'y joindre de la suie, attendu que je craignais que cette matière , qui de-
( i64 ) QUESTIONS. RÉPONSES.
vient ordinairement assez compacte, étant chaude, fie m'empêchât de ▼oir le degré de chaleur de lobjet , et m'exposât à le fiiire casser, en l'en dégageant pour le soumettre à l'action de l*eau.
Signé ^ Jagqvjot.
Opinion de M. dArcet rapprochée des termes de la descrip^ tion du bouclier d'Achille; nouvelles raisons de douter que le bronze ait été connu au temps d'Homère; conclusion de U auteur touchant la nature dusidèros et son emploi, chez les Grecs, dans l'âge fiéroïque.
L exposé que M. d'Arcet a bien voulu me donner de son opinion sur Tordre dans lequel les métaux ont pu être découverts ou employés , a reporté mes pensées sur la description du bouclier d'Achille. Le rapprochement que je me suis avisé de faire des termes de cette description et de Fénumération faite par le célèbre académicien, ma suggéré une nouvelle conjecture, celle qu'en supposant l'existence de cette merveilleuse armure , le prince des poètes, dirai-je des historiens, des géographes et des naturalistes? doit avoir eu particulièrement en vue de se fournir une occasion de citer les métaux qui étaient connus de son temps, et de faire connaître le parti artistique qu'on en savait déjà tirer à cette époque. Je puis bien dire artistique, car les divers compartiments de ce fameux bouclier donnent tout à la fois l'idée de cette sorte de travail que les savants appellent toreu-
tique (i), et de ce genre de peinture qtri est pla$ généralement connue sous le nom de mosaïque de Florence. Je n'y vois, en les comparant à cette dernière, qu'mie seule dîf-férence ; c'est que , sur le bouclier, ce sont des métaux qui sont employés pour obtenir les mêmes effets que les Florentins produisent avec des marbres et des pierres précieuses.
Éclairé par le simple exposé de M. d'Arcet, on peut voir qu'au temps du chantre d'Achille, presque tous les métaux dont nous faisons usage maintenant, l'or, V argent, l'airain, la fonte, Vaci^r naturel ^\ rétain,étSLient déjà mis en œuvre (a);
(i) Suirant I opinion de M. Qnfftremère de Quincy, cet an, qui consiste à sculpter les métaux, exista dans la plus haute antiquité; il précéda Fart de modder en terre et en cire , de fondre des statues et de sculpter des figures de marbre. M. Quatremère considère la toreutique comme le seul art quiy au temps d^Homère, occupait le ciseau des artistes, et savait réunir, à la saillie du bas^relisf, une approximation des couleurs de la peinture, le regrette beaucoup de n'avoir pas connu plus tôt tout ce que ce savant a écrit sur ce sujet; car j'aurais pu le faire valoir à Tappui de la conjecture que j'ai émise à la page 91 de mon premier travail, savoir, que les objets dart trouvés dans le tombeau d'Achille avaient été probablement sculptés et non coulés (^). Il est bien regrettable que ces objets aient été perdus ; ce que nous en connaissons par la description que le docteur Jumelin nous en a laissée, me dispose fortement à croire que, tout décomposés qu'ils étaient^ ils auraient cependant pu confirmer les conjecture» de M. Quatremère de Quincy et les miennes (Voyez à la page 173 et suivantes les extraits de l'ouvrage intitulé le Jupiter olympien, ou l'art de la sculpture antique, considéré sous un nouveau point de vue, et dans mon livre, première partie, la pièce justificative portaut le n"" Y, pag. 160.)
(a) Le plomb seul et le fer manquent.
(*) Tai fondé cette opinion sur la grossièreté du trayail que Jumelin a remarquée dans les parties les ■Bvox oonseryées d« €•% objets, grossièivté occasionuée probablement par rimperfection d\0s outils et des procédés dont on a pu faire om^ à cette époque, si Toisiae de l'enlanee des arcs.
( i66) mais on est conduit par diverses observations à connaître aussi que l'emploi de quelques-uns de ces métaux devait être très-récent; car il résulte des termes mêmes de la description, que plusieurs d'entre eux, à cette époque, n'avaient point encore reçu de nom : tels sont la fonte de fer et l'acier na^ tureL La première me paraît désignée par ce métal obscur que le divin artisan avait employé pour représenter la terre fraîchement ouverte par le soc de la charrue, et le second par cet autre métal bleuâtre ou azuré qui avait été employé pour figurer l'eau qui remplissait le fossé servant de clôture à la vigne dont il est parlé dans cette description (i). Parmi les matières nouvelles je crois pouvoir compter Uétain. Voici les raisons principales qui me portent à le considérer comme un métal tout nouvellement connu. i<^ 11 en est peu parlé
(i) C'est seulement depuis que j'ai écrit ceci que j'ai eu connaissance des observations et du dessin que M. Quatremère de Quincy a publiés au sujet de la description du bouclier d'Achille, ainsi que de ses Dissertations sur la toreutique. J'ai pu voir dans ce qu'il a dit relativement à la descriplion, qu'il a compris comme moi que le fossé qui entourait ta vigne pouvait être un canal, et que l'eau qui le garnissait ^tait figurée par un métal. Seulement, il veut que ce soit de Tétain; mais je pense qu'en cela il s'est trompé. Le mot xaereri-cépou , qu on trouve dans le passage dont H s'agit, s'applique , selon ce qu'il me parait, à une haie, ou plutôt à une palissade qui était figurée avec de l'étain , et le mot xuavsyjv, qui signifie bleu azuré ou foncé y doit caractériser la matière représentant l'eau qui était censée remplir le fossé. J'ai pensé que cette matière qu'Homère désignait ainsi par sa couleur, apparemment parce qu'elle n'avait point encore reçu de nom, pouvait être de l'acier naturel. Or, il est remarquable que, dans le passage relatif à la cuirasse qu'Agamemnon avait reçue en présent de Cynire , roi de Chypre, et dont il est fait mention au chant XI de l'Iliade , ce même mot est employé dans le vers 2i4 que Dugas-Montbel a traduit ainsi : k On y voyait dix rayons à!acier bleuâtre. »
( '«7 ) dans rniade, et, chose fort notable, il n'en est aucunement question dans l'Odyssée (i). 2° Cette matière que nous estimons médiocrement, devait être considérée alors comme assez précieuse, puisque Homère la fait entrer comme ornement sur des objets appartenant aux princes les plus puissants de l'armée grecque, et notamment sur ces armures d'Achille qu'il suppose être le présent d'une déesse et avoir été récemment fabriquées par un dieu (2). Enfin l'emploi de ce métal pour les cnémides (3) qui devaient défendre les
(i) On peut s'en assurer en consultant \ Index vocab, in Hom, lii,
(2) L'étain est cité pour la première fois dans le chant XI de Illiade, au vers a5. Il était employé comme ornement sur la cuirasse d'Agamemnon, et figurait de la même manière sur le char que Diomède montait dans les jeux funèbres (voyez chant XXIII, vers 5o3). La cuirasse qu'Achille avait enlevée à Astéropée, et qu'il donna pour prix à Eumèle, lors de ces mêmes jeux, était aussi ornée d'étain : « Elle est d'airain, dit Achille à Antiloque, et on a fait couler autour un étain éblouissant, (paetv(x> xaaaixipoio. • (Voyez dans le même chant les vers 56o-56a.)
(3) Le mot grec cnemis^ dont M. Bareste et moi nous faisons cnémidcj vient de xviifXTi, qui signifie yam^e, et répond donc parfaitement à notre mot jambart. Je me félicite de m'être rencontré avec M. Bareste pour l'emploi de ce mot. Gomme ce nouvel interprète d'Homère, je n ai pu me décider à faire usage d'aucun de ceux que le dictionnaire laissait à notre choix. Le mol jambart me parait avoir quelque chose de trop grossier et a l'inconvénient de rappeler, mal à propos, le nom de l'un des hommes le plus honorablement inscrits dans les fastes français ; la boUe entraîne avec soi l'idée d'une chaussure qui comprend le pied aussi bien que la jambe, et, de plus, je n'ai vu jusqu'à présent nulle part qu'une semblable chaussure ait jamais fait partie du costume des héros de l'antiquité , armés en guerre. Le mot guêtre serait, selon moi, le seul qui pût convenir, si on rejetait celui decnémidejCSLT la guêtre, dans son principe , étai» une véritable armure, que plus particulièrement les chasseurs revêtaient pour défendre leurs jambes contre les déchirures que pouvaient leur occasionner
( .68 ) jambes du vengeur de Patrocle, me fournit un nouvel indice à l'appui de mon opinion; car le poète n'en parle probablement à J'occasion de ces cnémides que pour avoir vu quelque chose de semblable ; mais ce n a pu être qu'en raison
les ronces et les épines , exposés comnve ils le sont s* souvent à traverser des haies ou des buissons. En outre, ses formes, sa facture ont les plus grands rapports avec Tarmure qu^Homère nous a désignée par le mot xvv)(iLiç. Elle prend, comme celle-ci, du cou-de-pied et monte jusqu'au-dessus du genou, et, comme elle aussi, celle du moins qui sert plus particulièrement aux chasseurs, s'attache en arrière de la jambe avec des courroies munies de boucles de métal.
Je conviens donc que ce mot guêtre pourrait être convenablement employé; mais ayant pour principe qu'il faut saisir toutes les occasions de rendre notre langue de plus en plus poétique, je crois que M. Bareste et moi nous faisons une chose de bon exemple en adoptant ce mot cnémide , puisque, en même temps qu'il rend mieux que tout autre ce que le poète a voulu désigner, il écartera sur ce point toute trivialité dans les traductions nouvelles que l'on pourra faire des poèmes grecs. On conviendra , je l'espère, qu'une fois que Ton saura ce que nous entendons par cnémide j on puisse préférer de voir dans les récits de l'Iliade cette expression : « Les Grecs aux belles ou aux fortes cfiémides^qixe les Grecs slux fortes guêtres, ou les Grecs bien guêtres , et surtout les Grecs bien bottes. Si on me faisait l'observation que nous pouvons, comme l'ont fiait Bitaubé et Dugas- Montbel , employer l'un de ces mots brodequins ou cothurnes, je n'en aurai qu'un à répondre : c'est que les brodequins et les cothurnes n'étaient point des armures, mais bien des chaussures de ville.
Ceux de mes lecteurs qui désirent avoir une juste idée de la cnémide, peuvent visiter, dans la belle collection de plâtres moulés sur l'antique que nous possédons au Louvre , la galerie ou se trouvent les figures qui décoraient les frontons du temple d'Égine. Elles en verront aux jambes du guerrier qui est renversé sur le dos, et qui , eu égard à cette position, occupait une place sous la partie la plits basse du tympan de l'un de ces frontons.
( 1^9 ) de 8a nouveauté ou de sa rareté , et surtout faute de bien connaître encore le peu de résistance dont il est susceptible , qu'au temps d'Homère on a pu remployer pour un tel usage (i).
Remarquons, en passant, que si en effet , à cette époque , remploi de ce métal était très-récent, il est hors de toute croyance qu'il fût déjà entré dans la composition du bronze; à plus forte raison peut-on douter que le bronze ait été lui - même connu dans Tàge héroïque : aussi voit - on que dans rénumération de M. d'Arœt , Tétain , sans lequel on peut dire qu'il n'existe pas de bronze, est classé presque en dernier, immédiatement avant le fer, lequel, remarquons-le encore , ne figure point parmi les matières mises en œuvre par Yulcain pour la confection du bouclier et des autres armes et armures d'Achille , preus^e évidente quon ne V employait point alors dans la fabrication des armes.
(i) Le sarant Beckmann, positÎYement par la considération que Tétain D aurait point assez de consistance pour servir d*arniure, veut que le cassitéros ait été, comme le stannum des Romains^ un mélange d argent et de plomb. Je ne puis adopter cette manière de voir; car les iles CSassitérides reçurent leur nom du cassitéros, ou le cassitéros reçut ce nom des iles Cassitérides qui possèdent des mines à*étain et non pas de plomb. Il me paraît plus naturel de penser qu'Homère a supposé que les nouvelles cnémides d'Achille étaient faites en étain , parce que c'était une matière rare au moment où il écrivait. On peut d'autant mieux croire que le modèle que le poète put avoir sous les yeux n'était qu'un essai , que nous ne voyons pas que depuis il ait été fait aucune armure de cette matière. Il se peut aussi que la nature même de l' étain ait, dans le principe, déterminé son emploi pour une armure Ae jambe. J'en aurai la persuasion, s'il est vrai, comme Dugas-Montbel l'a pensé, que le mot éavou joint à celui xaaoïTipoio dans le passage où il est question de ces cnémides fabriquées par Vulcain , doit être traduit i^v flexible.
Avant de terminer cet écrit, je crois devoir insister encore sur la distinction qu'il convient d'établir entre les mots airain et bronze. Voici ce que j'ai à dire aux personnes qui persisteraient à considérer ces deux mots comme synonymes. J'ai déjà fait observer que le premier nous vient du mot latin œs, lequel fait au génitif œris dont nous avons fait airain; or, certainement ce nom œs fut donné à la matière à qui il appartient, bien avant que Ton ait connu le bronze; il ne doit donc désigner que la matière prise dans sa généralité : il suit de là qu'on peut très-convenablement en conserver l'usage à l'égard de toute espèce de cuivre, quand on n'a aucune raison essentielle de déterminer si c'est du cuivre pur ou un alliage quelconque, soit bronze, soit laiton.
Maintenant, si je dois m'expliquer définitivement relativement à la signification réelle des mots grecs chalkos et si^ deros, je dirai qu'il me paraît bien prouvé qu'à l'époque homérique, le premier ne signifiait autre chose que de l'airain pris dans l'acception que je viens de dire. Pour ce qui est du sidèros, quoique le résultat de la première épreuve faite par M. Jacquot soit propre à me confirmer dans l'opinion que la matière ainsi appelée a pu, dans son emploi le plus commun, n'être autre chose que ce que nous nommons cuivre noir, peut-être un peu plus chargé de fer que celui que j'ai eu à ma disposition (i), cependant je ne suis pas
(i) Un de nos savants a objecté, contre cette opinion, qu'il n'j a point d analogie entre ce mot sîdèros et celui chalkos; j'ai répondu en lui faisant observer qu'il n'en existe non plus aucune entre les mots laiton et cuivre. Si nous sommes peu surpris que le mot laiton exprime une composition naturelle ou factice, dans laquelle le cuivre entre pour matière principale et le zinc ou la. calamine pour alliage, nous ne devons pas 1 être davantage
• ( Ï71 ) éloigné de croire, avec M. d'Arcet, que ce pouvait éire de la fonte de fer.
S'il pouvait être bien prouvé <jne ce fût Tun ou laulre, il paraîtrait peut-être convenable, d'après cela, de substituer l'une de ces expressions yb/»^^> airain noir, aux mots^èr et ax^ier^ dans tous les passages où le poëte emploie le mot sidèros. Mais, pour ce qui est de moi, je ne verrais aucun inconvénient à ce que, dans ces cas particuliers, les traducteurs continuassent du moins à se servir du mot ferj puisqu'il paraît bien vrai que le fer entrait tout au moins en parties assez considérables dans cette matière qu'au temps du poëte on appelait sidèros : je voudrais seulement;, si cela venait à être prouvé, qu'il fût entendu que ce n'était pas du fer proprement dit. Pour le moment, je me restreins à recommander à nos bellénistes, ainsi qu'à nos peintres, de faire bien attention que, dans les écrits de notre poëte, il n'est fait mention de cette maûère^fonte, fer, ou airain noir, relativement aux armes, que pour des pointes de^ flèches et une seule massue (i). Il s'ensuit donc que les premiers doivent s'abstenir désormais de nous représenter les héros de l'Iliade poursui-
que le mot sidèros ait pu exprimer des objets de cuiifre ayant pour naturel dn fer.
(i) Les flèches appartenaient à Pandarus, fameux archer. Homère nous dit, vers Saj du chant II de Tlliade, qu'il avait reçu un arc d* Apollon : on peut bien croire que les flèches faisaient partie de ce don ; car Apollon se servait habituellement de ces armes : il est souvent question dans Homère des Jlèches d'Apollon et de son arc dH argent. La massue était celle d*Aréithoûs, qui ne combattit jamais aifec rare ou lejai^elot; elle lui avait aussi été donnée par un dieu, le dieu Mars : Tune et lautre étaient donc des armes tout expeptionnelles. Voyez le chant VII ^ vers i36-i46.
vant leurs ennemis le fer en main , et que les seconds, pour peu qu'ils aient à cœur de se conformer sur ce point aux traditions antiques, doivent faire usage de couleurs en rapport avec les mots dont le scrupuleux chantre d'Achille s'est servi , quand ils auront à peindre quelques-uns des objets que je viens de citer. Pour ce qui est des pointes de lances et des épées, aussi bien que des calques, des cuirasses et des boucliers, que les uns et les autres veulent représenter comme étant de métal (i), il est maintenant déjà prouué d'une manière incontestable que, dans l'âge hérdique, chez, les Grecs, tous ces objets étaient de cuiifre plus ou moins pur, allié tout au plus avec la calamine; conséquemment les épithètes et les couleurs qui leur conviennent doivent donner l'idée d'une matière plus ou moins brillante, mais qui ne puisse caractériser ni le/er ni l'amer. Je dois rappeler à nos artistes que cette observation n'est pas seulement applicable aux guerriers de l'époque héroïque ; ils ont déjà pu voir, par mes dissertations précédentes , qu^elle regarde également les armées romaines jusque passé la seconde guerre punique, c'est-à-dire, jusque par delà l'an 5524 de la fondation de Rome. Si donc ils avaient à représenter un fait de la guerre qui eut lieu à la suite de l'expulsion des Tarquins, ils pourraient figurer quelques armes offensives enfer dans les mains des principaux chefs, puisque nous
(i) Je dis comme étant de métal ^ parce que, particulièrement pour les boucliers et les casques, on employait aussi le cuir. Quand Ulysse et Diomède quittent le camp la nuit pour aller reconnaître les positions des Troyens , . Thrasimède et Mérion leur mettent à chacun sur la tête un casque de cuir.
• ( '73 ) avons la certitude qu'on avait commencé en ce temps à en faire usage; en effet ce fut, comme je l'ai dit(i), dans le traité qui termina cette guerre, qu'il fut spécifié que désormais on réserverait cette matière pour les besoins de l'agriculture. J'ai fait voir que cette clause du ttaité fait entre Porsenna et le peuple romain eut son plein effet pendant environ trois cents ans, et que divers corps de l'armée ro* maine durent encore se servir d'épées de bronze au temps de Garacalla et même de M^xence. J'emploie ici bien justement l'expression de bronze, car alors on avait abandonné depuis bien des siècles l'usage du cuivre pour celui du bronze; mais on n'avait point encore remplacé complètement ce dernier par le fer.
Extraits du livre de M. Quatremere de Quincy^ intitula : Le Jupiter Olympien, ou l'Art de la sculpture antique considérée sous un nouveau point de vue.
« Toreutique s'entencf nécessairement de cette partie de l'art de sculpter qui s'exerça sur les métaux p. 77.
« Nos mots ciselure et gravure correspondent plus ou moins au mot toreutique, et sont élémentairement affectés au travail sur métal p. 78,
a Les écrivains grecs entendirent par ce mot, l'art même de sculpter , considéré dans une division technique qui n'était ni plastice (l'art de modeler en terre), ni statuarià (l'art de fondre des statues de bronze), ni scalptura (l'art de faire des statues en marbre); cette division avait tout à
(s) Voyez la note première de la page 199 de cette seconde partie.
( 174) la fois un caractère particulier qui la distinguait des autres, et des propriétés qui s'en rapprochaient, au point que ce mot put, dans le langage ordinaire, exprimer aussi comme
ses synonymes, l'universalité ou l'idée universelle de l'art
<c Les procédés de sculpture par le moyen des métaux battus et soudés par assemblages, faisaient, comme on le verra, partie de la toreutique p. 92.
« Au temps d'Homère et d'Hésiode, cet art était toute la sculpture, il embrassait même quelques-unes des parties de l'art du peintre.
« On peut observer que, dans Homère, il n'est fait aucune mention d'ouvrages de sculpture autres que ceux qui sont du ressort de la toreutique. La statuaire en statues de bronze n'existait pas de son temps; ce qui sera confirmé par l'époque de Théodore et de Rhaecus qui furent les inventeurs de ce procédé; mais la sculpture en marbre paraît avoir été encore moins pratiquée au temps dont on parle, s'il est vrai qu'on trouve à peine dans l'Iliade et dans'i'Odyssée de quoi prouver qu'on eût fait alors une différence entre le marbre et les pierres ordinaires. Pline remarque qu'Homère connut à la vérité la nature de cette matière (ce qui résulte du passage où il dit que Paris fut atteint au visage d'un éclat de marbre), mais que, jusqu'alors, on ne l'avait point encore employé dans l'architecture , puisque ce poète , ajoute- t-il , ne fait mention d'aucune autre chose dans la décoration des palais, que d'ivoire, outre l'airain, l'or, le vermeil et l'argent.
« Pline, à coup sûr, a eu en vue, dans ce passage, la description du palais d'Âlcinoiis, par Homère d p. loi.
Observations de V auteur.
La sculpture doit être en effet Fart qui, chez presque tous les peuples du inonde, fut le premier mis en pratique; mais il nous suffit d'interroger Tordre naturel des choses pour admettre aussi que cet art dut s'exercer d'abord sur le bois, et de préférence sur les bois les plus tendres (i); car il est évident que tant qu'on n'a point possédé des instruments de fer ou d'acier, on n'a pu procéder à la sculpture que sur les matières les moins susceptibles de résister aux outils dont on pouvait faire usage.
Le savant académicien dont je viens de rapporter quelques-unes des expressions relatives à la toreutique, doit partager, relativement à ce que je viens de dire, tout à fait ma manière de voir ; car dans un article précédent auquel il donne pour sommaire ces mots : Du grand usage de la sculpture en bois dans les premiers siècles de la Grèce, il s'est exprimé ainsi :
a Quant à ce pays (la Grèce), on ne peut se refuser à croire que la sculpture en bois y ait eu la priorité sur les autres, lorsque l'on considère qu'il faut ajouter à tous les documents tirés des principes originaires de Tari, la preuve historiquement incontestable que les plus anciennes idoles, apportées en Grèce par les Égyptiens, furent des figures de bois. Pau-
(i) Une des plus anciennes figures sculptées en bois était celle de Junon que l'on voyait dans le temple de cette déesse à Argos : elle était assise, d*une moyenne proportion et faite de bois de poirier sauvage. Plus tard , (}uand on put se procurer de meilleurs outils, on rechercha au contraire de préférence les bois les plus durs, tels que le chêne , Tébène , Tif , etc.
( 17^ )' saniâs a multiplié sur ce point les notions qu'il eut plus d'une fois Toccasion de recueillir dans les sanctuaires des temples devenus en quelque sorte les archives sacrées des diverses périodes de l'imitation. Là s'étaient conservés de siècle en siècle et se montraient aux curieux, soit les ouvrages originaux en bois de l'art égyptien, soit les imitations qui en avaient été faites dans des temps postérieurs....
« Argos possédait un ouvrage de statuaire en bois des plus anciens : c'était le Jupiter à trois yeux appelé Patrons^ celui-là même qui avait été dans le palais de Priam et à l'autel duquel ce roi s'était réfugié. Mais le plus antique ouvrage grec en bois devait être, dans le temple d'Apollon Lycius , le simulacre quWait consacré Danaiis lui-même. Il était à côté de la statue moderne du dieu faite au temps d'Hadrien ; c'est-à-dire, qu'à l'époque où écrivait Pausanias, ce monument devait ôvoir seize siècles d'antiquité (i). Alors, ajoute cet écrivain, yV crois que toutes les statues étaient de bois, surtout celles des Égyptiens.... » Même livre, p. i6.
La même raison qui fit d'abord employer le bois le plus tendre pour la sculpture, a naturellement déterminé un peu plus tard à employer les métaux de préférence à la pierre et surtout aux marbres. En effet, si on parvint assez prompteméut à fabriquer des outils un peu plus durs que ceux dont on s'était servi dès le principe pour le bois, cependant, tout porte à le croire, il dut peut-être s'écouler plusieurs siècles
(i) Il ëtait donc antérieur de près de deux siècles et demi au sac de Troie, si, comme on nous le dit, Pausanias travaillait encore k son Voyage de la Grèce ^ en l'ah 174 de notre ère.
( »77 ) avant que les artistes aient pu agir sur des matières capables de résister avec trop d'avantage à des instruments auxquels on n avait encore pu donner qu'une dureté moyenne. On conçoit donc qu'au temps d'Homère on ait pu travailler, comme cepoëte historien nous le dit, l'or, l'argent, l'étain, l'ivoire et même le cuivre; mais il y a bien lieu de croire aussi que, pour ce qui est de ce dernier métal, on avait déjà pu tout à la fois augmenter sa dureté pour le rendre plus propre à certains usages, et tout au contraire atténuer cette dureté quand cela devenait nécessaire, ccHnme, par exemple, pour rendre ce métal plus susceptible d'être soumis aux travaux de la sculpture et de la ciselure.
Je ne pense pas que Théodore et Bhœcus sont les inventeurs du procédé de couler des figures soit rf or, soit d'argent ou (Vairairiy mais seulement qu'ils furent les premiers qui, s'étant avisés de mêler de l'étain avec le cuivre pour la statuaire, sont parvenus, grâce à cette heureuse idée, à couler de grands objets et des statues d'une seule pièce : je suis toujours très-disposé à croire que, bien avant eux, on a pu couler divers objets, et notamment ce que nous appelons des figurines ; car il a pu suffire pour cela de les couler ma^swes.
Il suit de l'observation n® II que si, comme cela paraît certain, les Grecs contemporains de Priam n'ont pu travailler le marbre, c'est une raison de plus pour nous de croire qu'alors ils ne possédaient point encore d'instruments de fer; car cela doit tenir en bonne partie au peu de dureté
( 178 ) des métaux qui étaient en œuvre chez eu\ à cette époque. Pour ce qui est des travaux de sculpture ou de ciselure sur For, l'argent, letain et même le cuivre, ce quon a pu lire au bas des pages iSq et 162, autorise à croire quen supposant que leurs artisans n'aient pu employer que ce que nous appelons le cuivre noir, ou une matière à peu près semblable, pour la confection des outils indispensables à ce genre de travail, il n'est pas impossible qu'ils aient pu donner à cette matière une consistance et une dureté telles qu'on ait pu en tirer parti à défaut du fer. Les fabricants grecs, à mou avis, ont pu d'autant mieux employer quelques morceaux de choix d'airain noir pour la confection des outils destinés au travail du cuivre, que, connaissant la calamine, ils pouvaient , ainsi que nos praticiens le font en employant le zinc, rendre ce métal beaucoup moins rebelle aux instruments qu'il ne l'est dans son état naturel, et surtout quand il est entièrement pur. Les épithètes qu'Homère joint le plus ordinairement au mot chalkos, donnent à penser que de son temps on faisait un grand usage du cuivre jaune, et nous avons vu que M. d'Arcel considère letat de décomposition des divers objets trouvés dans le tombeau d'Achille, comme une preuve que ces objets n'étaient pas de bronze ; l'imperfection des outils dont on a pu se servir à cette époque écarte également l'idée qu'ils aient pu être de cuivre pur. Tout porte donc à croire que, s'ils n'ont point été coulés , mais bien ciselés, la matière qui les composait constituait cette espèce d'alliage que nos praticiens appellent laiton, matière sur laquelle , ainsi que je viens de le dire , une certaine espèce d'airain convenablement préparé a pu avoir une action très-sensible.
Ohsers^ations adressées par V auteur des Décous^ertes dans la Troade a MM. les membres de l'Académie des Inscriptions et Belles -Lettres, touchant des erreurs trhs-gras^es qui se perpétuent dans les traductions d Homère.
Messieurs ,
Après avoir fait remarquer, dans lun de mes premiers discours^ qu'un certain nombre de nos érudits confondent dans une même acception les mots airain et bronze, et que, dans son état actuel, la définition que donne le dictionnaire de l'Académie, pour le premier mot, contribue à accréditer l'opinion que l'un et l'autre sont synonymes (i), j'ai exprimé
(i) On trouve dans ce dictionnaire, au mot Bronze: «alliage de cuivre, d*ëtain et de zinc. » Or, on peut voir, par ce que j'ai rapporté du premier mémoire de Mongez, pag. 118-120 de mes Réponses, que toutes les analyses qui ont été faites par plusieurs de nos chimistes, pour reconnaître la nature du bronze antique , ont prouvé que c'était un alliage de cmtfre et iiétainy et qu'il n'y entre point de zinc. On me fera, peut-être, l'observation que certains de nos fondeurs modernes en emploient , et cela peut être; mais c'est probablement par fraude, attendu que cette dernière matière est beaucoup moins coûteuse que l'étain. Il importerait donc de s'assurer si le zinc, en procurant une facilité égale pour le coulage, ne tend point à détruire en bonne partie un autre effet très-important que les fondeurs de l'antiquité se sont proposé, celui de préserver la matière du vert-de-gris, cet oxyde, dit Mongez, si dangereux pour les hommes et les animaux, j'ajouterai, et si fâcheux pour la matière même, dont il procure assez souvent la destruction.
( i8o ) le vœu qu'on pût s'entendre pour assigner à chacun d eux la signification qui peut à bon droit lui appartenir. 11 me paraît qu il serait encore plus important que les hellénistes s'accordassent une bonne fois sur la signification respective que les mots grecs chalkos et sidèros ont pu avoir à l'époque homérique; car je considère la confusion qui a régné jusqu'à ce jour, particulièrement dans les traductions de l'Iliade et de l'Odyssée, comme la véritable cause du singulier anachronisme que l'on peut voir depuis la renaissance des arts dans celles des œuvres de nos peintres qui ont pour objet des faits tirés de ces immortels poëmes. Ce sont très-certainement les traductions vicieuses qui ont été faites de certains termes employés par le prince des poètes, qui ont occasionné Terreur de nos artistes ; erreur tellement enracinée maintenant, qu'il ne faudrait peut-être pas moins que le concours de votre Académie et de celle des Beaux-Arts, appuyé des exemples que pourront donner quelques-uns de nos meilleurs littérateurs et de nos plus illustres peintres, pour la détruire complètement.
Eh! comment ne se maintiendrait-elle pas cette erreur, quand les traductions nouvelles des écrits du divin poète qui se multiplient, on peut dire sous vos yeux, tendent à la perpétuer.^ Permettez- moi, Messieurs, de justifier à l'instant même ce que j'avance, par des faits bien évidents. Je les prendrai dans la dernière des traductions de l'Iliade qui ont été admises dans votre bibliothèque, celle de Dugas-Montbel, qui est considérée, m'a-t-on dit, comme l'une des meilleures que nous possédions.
Dans ce livre, non-seulement le mot/er est employé très-
( i8' ) fréquemment comme équivalent de glaive, d'épée, de dards, de traits et de pointes, mais bien plus, les mots chalkos et sidèros, dont l'un, le premier, au temps d'Homère, il y a de bien fortes raisons de le croire, ne pouvait exprimer que de Vairairiy et l'autre, comme on le pense généralement, peut signifier du fer ^ ces deux mots sont aussi très-souvent confondus dans une même acception : j'entends par là que l'un et l'autre mot grec sont traduits presque indistinctement par le même mot français, celui de/er. Cela n'arrive pas seulement une ou deux fois, et comme on pourrait dire par mégarde; le mot chalkos, qui revient si fréquemment dans l'Iliade quand il est question de combats, est traduit à peu près autant de fois parafer que par airain (i). Il résulte de ces traductions vicieuses que, dans une même phrase, un même objet se trouve être à la fois d'airain et de fer; ainsi on lit dans la traduction (jue j'ai sous les yeux (a) : « Hector, armé d'un glaive énorme , frappe la lance d'Ajax à l'endroit
où le fer {^) est attaché au bois, et la coupe entièrement
loin du guerrier, la pointe d'airain^ ^h}!-^ X"^**^^' ^ retenti en tombant sur la terre (4). »
(i) Si l'on fait abstraction des cas où il s'agit d'armes défensives, telles que des casques, des boucliers, des cuirasses, etc., on peut dire qu'il est traduit aussi fréquemment pskv/er que par airain.
(a) Celle de la collection des auteurs grecs , publiée par Firmin Didot frères, avec le texte en regard, édition de i8a8 et i83o, chant XVI, tome II, pag. 3^5.
(3) C'est le mot «^xi^Tiç qui est traduit ainsi.
(4) Il eût fallu probablement, pour rendre tout à la fois la pensée et
éviter les répétitions, dire : « à l'endroit où la pointe est attachée
au bois. . . . Loin du guerrier, ï airain a retenti en tombant sur la terre. «
Plus loin, dans ce même chant, page 4^5, Enée lance à Mérion un javelot d'airain, J<{pu xoO^xeov (notre helléniste a cette fois bien justement traduit d'airain). Mérion a évité le coup par un mouvement de son corps. Le javelot s'étant enfoncé très-profondément dans la terre, Énée, tout glorieux, dit à son ennemi : « Mérion, quoique tu sois un danseur habile, ce fer t'eût pour jamais arrêté, si j'avais pu t atteindre. »
La même inconséquence se retrouve dans le XX® chant. On lit dans le texte, p. i68, vers 256-258, les mots suivants que ce même Énée adresse à Achille au moment de le combattre :
« ÀXxYÎç ^' OU \f ii^ltddv^ â7roTp£i|;etç [AeaaâTa llpiv fd^k^tSù [Aa^^aaaOai èvavTiov. ÀXV aye , 6àffaoY reuff<{(Ae6* oX^vf^tov j^aXxTfpeatv eyj^eividiv. »
Dans sa traduction, Dugas-Montbel fait répondre par Enée à Achille : « Va, par tes paroles tu ne me feras point « perdre ma vaillance avant que je t'aie combattu en face « avec ce^fer; mais approche, et déchirons-nous l'un l'autre « de nos lances d'airain. »
Par compensation, on voit, dans cette œuvre de Dugas- Montbel , le mot sideros traduit plusieurs fois par airain, tel dans les trois passages suivants : dans ce même chant XX% p. 1 77, le traducteur nous a fait entendre Hector parlant aux Troyens et leur disant : « Oui, je marcherai contre lui «(Achille), son bras fût-il semblable à la flamme, et sa force a à V airain étincelant. )> Il y a dans le texte : aîd(«>vi <ri^Y)p(o.
Au chant XXIV^ p.373,Hécube, voulant détourner Priam d'aller réclamer auprès d'Achille le corps d'Hector, dit à son
( i83 ) époux: «Quoi! tu veux aller seul jusqu'aux vaisseaux clés Grecs affronter les regards de cet homme qui t'a ravi tant de fils et de si vaillants! Ah! sans doute tu portes un cœur d'airain !y> On lit dans le grec, p. 872, vers aoô : «i&Tfpnov vu TOI ^irop. Dans ce même chant, vers 621, on retrouve la même expression dans la bouche d'Achille, qui l'adresse également à Priam , et elle est traduite absolument de la même manière : « Ah! sans doute tu portes un cœur d'airain. »
On ne peut se le dissimuler, Messieurs, c'est le vice de ces expressions dont les traductions anciennes n'offrent pas moins d'exemples, et contre lesquelles, autant que je le puis savoir, aucune voix sortie du sein de votre Académie ne s'est élevée, c'est, dis- je, le vice de ces expressions qui se représentent si souvent, qui a entretenu jusqu'à ce jour dans l'opinion de nos artistes cette erreur qu'ils contribuent à maintenir dans l'esprit des gens du monde, à savoir : que le fer était généralement employé, dès Tâge héroïque, tout au moins pour la confection des armes offensives, tandis qu'au contraire, il résulte de la lecture attentive que l'on peut faire dans le grec • de tous les passages de Tlliade où les mots ckalkos et sidèros sont employés, pour ne parler que de ce livre, que, à Tépoque où son divin auteur le composa, aucune espèce . d'armes qffensi\^es et défensives, à la seule exception de quelques flècheset d'une masse d'armes, n'était confectionnée avec cette matière, non plus qu'avec V acier.
Pour justifier ce que j'avance ici, je pars d'un point. Je dis : Si ce que nous appelons y^r était déjà en usage parmi les Grecs à l'époque homérique, il n'y a point à douter iju'il n'ait été exprimé par le mot sidèros qn on trouve quelquefois dans Homère : or, notre poète n'emploie ce mot sidèros que
bien rarement à 1 égard des armes : les seules de cette matière qui soient citées dans l'Iliade, et ce sont des armes offensives, sont, comme je viens d'en faire l'observation, des flèches et une massue. En fait de flèches , je n'ai trouvé, en compulsant avec attention les vingt-quatre chants de ce poëme, quun seul passage oii il en soit cité de ce métal , savoir, dans le chant IV®, vers laS. Pour ce qui est des masses d'armes ou massues, je n'ai également vue mentionnée, comme étant de sidèros, que celle d'Aréithoiis. Il est dit bien positivement, chant VIP, vers i4i*i44) qwe cette massue était de sidèros (aiÂy)peiT)); mais, chose bien remarquable, ces deux espèces d'armes n'étaient point fabriquées en sidèros à lexclusion du chalkos, car dans le chant XIIP, vers 662, on voit Paris lancer une flèche d'airain (xaXxi(pe' ôkttov) qui va frapper Euchénor au-dessous de Toreille, et dans le chant XV^ vers 465, on trouve cette expression ^flAxoPapioç qui, dans cette occasion , doit signifier aussi Jlèche ou trait d'airain , les mots p^oç et iV<rTO{ devant être sous^entendus.
Relativement aux masses d'armes ou massues, celles dont on faisait usage dans les combats sur mer et qui avaient jusqu'à vingt-rdeux coudées de longueur, devaient être de bois; leur extrémité seule était revêtue de métal, et ce métal était de l'airain. On peut voir pour cela les vers SSS-Sgo du chant XV*. Dans ce même chant, vers 675-678, il est aussi fait mention de massues de cette espèce que Dugas-Montbel nous dit être garnies de pointes de fer; mais je crois que c*est par erreur; car, s'il y a dans le texte xo^>Y)Tàv pXtîTpaict, qui peut signifier garni de che\filles, rien du reste, selon ce qu'il me semble, n'indique qu'elles soient de fer. La massue d'Aréithoiis form« donc exception; aussi, faut- il l'observer.
Homère la cite comme un présent fait à ce guerrier par le dieu Mars. On pourrait, peut-être, également placer, parmi les exceptions, la flèche dont il est question au vers w3 du chant IV*, car cette flèche de sidèros, qui n'avait point encore servi, est dans la main de Pandarus, chef des guerriers qui habitaient la riche Zélée au pied du mont Ida. Homère nous dit , chant II*, vers 827, que cet archer célèbre reçut un arc en présent d'Apollon : <k nàv^apoç , co mI t((Çov ÀitoXIkuv «'jtoç iiiùM.>ê. * On peut croire que cet arc lui avait été donné avec les flèches, car Apollon nous est représenté comme se servant habituellement de cette arme. Il est souvent question dans riliade des flèches d'Apollon et de son arc d'argent.
A en juger toujours par des citations prises dans l'Iliade , la matière nommée sidèros était employée particulièrement pour des instruments et ustensiles, mais point généralement, puisqu'on voit mentionnée, dans le vers 64o du chant XP, une râpe qui était d'airain. Il paratt de plus que les longs couteaux que les guerriers grecs de ce temps portaient at-^ tachés près de leur épée, étaient aussi faits d'airain, car celui dont il est question dans le chant IIÎ* et dont se sert Agamemnon pour égorger les agneaux qu'il offre en sacrifice à Jupiter, est de chalkos. Cela résulte du rapprochement que l'on peut faire dans ce III* chant, des vers 271 et 272 avec le vers 292. Voici les deux premiers :
Àrpei^Tiç ^è 6pu(Tcra(i.evoç j^eipeaai (jLaj^aipav, '0 oi itàp Çif eoç (i.^Y^ xouXeov oîàv acdpTo ,
DugàS'^Montbel les a traduits ainsi : (c Atride tire son coutelas (i) suspendu toujours auprès du long fourreau de son
(i) Je pense qu'il eût mieux valu dire couteauy comme je yiens de ie
glaive. » H, xal ii^o crTO|i.a^ouç âpvôv Tà(i.6 Yf{kii x^^^^i M^^ forme le vers 293, peut être rendu par ces mots : « Il égorge les agueaux avec Fairain cruel. » Il est évident qu'ici x^^^ s applique à (iocxaipav du vers 271 .
L'emploi le plus important du sidèros en ce genre était pour des haches, comme on peut le voir d'abord par cette comparaison que l'on trouve au chant IV*, vers 485 : « Tel est un
peuplier coupé par le fer brillant (aiOcovi <ri^>fp<^) d'un ouvrier
habile... d; ensuite par le vers 3o du chant XXIIP : a noXWi [1.6V ^oeç âpyoi ôp^x^eov cc(jL<pl f5\H^i^- » Dugas-Moutbcl l'a traduit ainsi : « De nombreux taureaux égorgés tombent sous le fer en mugissant. » Il ny a point à douter que le mot sidèros ne figure dans l'occasion présente comme équivalent de hache; car le poëte a pris le soin, dans les vers 620 et suivants du chant XVIP, de nous apprendre comment, de son temps, on abattait les bœufs ou les taureaux : « Ainsi, dit-il, lorsqu'un homme dans la force de l'âge, armé d'une hache (irJXexuv), frappe entre les deux cornes un bœuf rustique, ce bœuf bondit et tombe. » Enfin, les vingt haches qui , lors des funérailles de Patrocle, furent données en prix, dix à deux tranchants à Mérion et dix simples à Teucer, étaient aussi de sidèros; mais il faut toujours y faire attention, même pour ces instruments , le sidèros n'était point employé en ce temps à l'exclusion du chalkos; il y a même lieu de croire que c'est
faire ; {i-^^/aipa signifie aussi bien Tun que lautre. Un exemple tout semblable se trouve dans le chant XIX, pour les vers aSa et 253, rapprochés du vers ^66. C'est aussi Agamemnon qui fait un sacrifice ; mais cette fois la victime est un sanglier. Le couteau dont il se sert est également X airain y car on retrouve encore dans le texte cette même expression vY)Xéi xotXxS), que nous venons de voir dans le dernier vers que je viens de citer.
( i87) ce dernier métal qui était le plu^ généralement employé pour ces objets; je fonde cette opinion sur les trois passages suivants :
Dans le chant P% pages aoet ai de la traduction de Dugas- Montbel, on lit ces paroles que, dans- sa colère, Achille adresse à Agamemnon : « Je jure par ce sceptre qui désormais ne reverdira plus, depuis que, séparé du tronc, U airain, yaXxoç (i) , l'a dépouillé de ses feuilles. ^ Dans le chant XIJP, p. 23i , alinéa i i-i3, il est dit : a Imbrius tombe comme un jeune frêne qui est abattu par V airain^ » Dans ce passage c'est encore le mot x^^^ qui est employé. Enfin, les haches dont les guerriers d*Achille se servent pour abattre le bois qui dut consumer le corps de Patrocle, étaient aussi d airain, quoi qu en dise Dugas^Montbel qui les fait d'acier étince^ tant. On peut s'en assurer en lisant les vers 1 14-^118 du chant XXIIP-
Il est très^présumable , quoique le poëte ne s'explique pas là-dessus , qae les enclumes et les marteaux étaient aussi de sidèros. Un objet cité comme étant de cette matière me fournit une raison de plus de croire que si c'était du fer, ce métal était encore fort peu commun au temps d'Homère; car c'est un essieu, et cet essieu est celui du char de Junon sur lequel la déesse monte en compagnie de Minerve, lorsque l'une et l'autre vont secourir les Grecs , fort maltraités en ce moment par les Troyens. L'essieu du char de Diomède, de ce char qui, cependant, à en juger par la description qu'Homère en fait, devait être le plus riche de ceux que l'on
(i) Dugas-Montbel et Bitaubé ont employé ici fort inconveiiableineTit le mot fer.
( i88 ) remarquait dans rarmée grecque, cet essieu, dis*-je, était simplement en bois de hêtre, ç>fyivoç aÇwv (voyez dans le chant V«, vers 728; et même chant, vers 838).
J'arrive maintenant à une autre observation d'un très-grand intérêt, que me fonrnit encore la description des jeux célébrés à l'occasion de ces mêmes funérailles de Patrocle, car, en rapprochant ce passage de celui de Pline que j'ai cité à la page 179 de la P* partie de mon livre, il prouve qu'en effet, comme la très-judicieusement avancé l'écrivain latin, \ejer fut primitivement employé pour l'agriculture : c'est certaineiiient dans Homère et dans le passage suivant que le célèbre naturaliste a puisé la remarque que je rappelle en ce moment. On va voir, par ce passage, que, dans l'âge héroïque, ce devait être encore plus particulièrement aux besoins de Vagriculture que le sidèros était consacré.
Après avoir fait apporter au milieu de ses compagnons, un bloc de sidèros, ou , comme le dit M"** Dacier, une prodigieuse boule de fer rude et grossière (1), qu'Achille tenait d'Eétion et dont ce roi avait l'habitude de se servir dans ses exercices , le fils de Pelée leur dit : <c Approchez , ô guerriers
(i) Dugas-Montbel dit: « Un bloc de fer y masse telle qu*elle sortit de la fournaise, » Ces deux versions me paraissent également appuyer la conjecture que j*al émise, que le sidèros pouvait bien n'être autre chose que cette espèce de cuivre que Ton connaît encore chez nous dans le commerce sous le nom de cuivre noir, et Topinion de M. d'Aroet, qui veut que le sidèros ne soit pas dit fer proprement dit, mais bien de la fonte de fer. La nature de ces deux matières, que ce soit lune ou l'autre qui aurait été connue sous le nom de sidèros y expliquerait d'une manière également satisfaisante pourquoi on n'employait ce sidèros que pour des objets courts ou épais, servant à frapper, à percer ou à fendre, et non point pour des armes et instruments coupants ou taillants.
( «89) « qui voulez tenter la fortune de ce combat; celui qui sera <c maître de ce bloc, lors même qu'il posséderait une vaste a étendue de champs fertiles, aura duferdi son usage durant « cinq années; pendant tout ce temps, ni le laboureur, ni le « berger n'en manqueront , et ils ne seront pas obligés d aller a à la ville prochaine; ce bloc leur en fournira abondamment. » Dacier, chant XXIIP, tom. III, pag. 349-
Si on voit par un assez bon nombre des traits que je viens de rapporter, que l'airain était employé concurremment avec le fer, et même plus généralement que ce dernier pour les pointes de flèches, les massues et les haches, le mot chalkos qui lui est affecté dans la langue grecque, je ne saurais assez le répéter, est, lui, bien exclusivement- employé par le poëte, non-seulement pour toutes les armes défensives, telles que les casques, cuirasses et boucliers qui étaient de métal, mais même pour toutes les autres armes offensives, comme les épées, les lances, piques et javelots; et il est fort rare que, dans le texte, quelques-uns des mots qui représentent ces noms et qui y reviennent si souvent, ne soient accompagnés de celui chalkos ou de l'un de ses dérivés. Il n'y a donc aucunement sujet de douter que tous ces objets, à cette époque, ne fussent d'airain (i). C'est donc bien à tort que la
(i) J'ai toujours eu pour principe que, dans quelque cause que ce soit qu'on ait à soutenir, il faut bien se garder de taire les difficultés que l'on rencontre. Je ne cacherai donc point, qu'ayant eu la constance de parcourir les vingt-quatre chants des traductions de l'Iliade faites par Madame Dacier, Bitaubé et Dugas-Montbel, en les comparant chacune avec le texte , j'ai trouvé enfin deux passages de ce poème où le mot sidèros existe bien réellement et paraît employé comme équivalent des mots armes et armures. Ces passages se trouvent dans les chaiits XYII et XVIII.
( «90 ) prefique totalité des peintres qui, depuis la ranaissaivce des arts, ont eu à traiter des sujets appartenant à Tâge héro'^ue^
Dans le chMiC XVII, pag. 36, vers 4^4 *^^ 4^^j on peut lire ces mots :
ot3yipeto< ô* ôpuiJAY^
^cÉ^xcov oOpav&v Txe 6i' alO^poç àrpuY^xoio ;
ei dans le chant XYIII, pag. 66^ y ers 34, ceux-ci : Ae(oie Y^p (^^ Xatpibv àicorpLi^^eie aiS^po). ^
Monthel a traduit comme il suit lun et lautre : i"* « Le bruit des annes s*élève à travers la plaine des airs , et frappe Tairain de la voûte cëleste ; >* 2® « Il (Antiloque) craignait que ce guerrier (Achille) ne déchirât sa gorge avec le fer, »
On ne manquera pas de me dire que ces deux passages dcmnent à penser que le^i^r pouvait âtre alors d'un usage aussi général que \ airain; mais, pour ce qui est de moi, toute la conclusion que je tire de ces exemples , c*est qu'ils en offrent deux de plus des altérations que le poème a dû subir dans un temps ou dans un autre. Ces altérations , du reste , sont très-faciles à concevoir; on pourrait même être surpris qu'il n*en existât pas de plus graves, quand on peut savoir comment les écrits dont nous nous occupons sont parvenus jusqu'à nous. Quoi qu'il en soit, pour peu qu'on y réfléchisse , il est impossible de ne pas admettre que le poème n*ait été altéré dans les deux cas dont il s'agit, ou qu'il est mal interprété, car l'emploi du mot sidèros, dans ces deux cas, est en opposition formelle avec toutes les autres parties du texte. Il n'est aucun de mes lecteurs qui, y apportant l'attention que jy ai mise, ne puisse reconnaître qtre, dans tous les autres cas si nombreux qui se présentent dans la lecture de riliade, aux seules exceptions que j*ai fidèlement citées, non-seulement c'est le mot ckalkos qui est constamment employé pour déterminer le métal dont étaient formées toutes les armes offensives et défensives de cette époque , mais que c e$t aussi constamment ce mot chalkos qui se présente comme équivalent de glaive, d'épée, dépiques, lances, javelots, etc., etc. On retrouve presque à chaque pas, et souvent jusqu'à trois fois dans une même page, quand le poète décrit des combats, des expressions équivalentes à oeHes«-ci : frappé par l'airain, tombé sous l'airain, percé par
ont représenté les héros grecs de ce temps couverts et corn* battant avec des armes defer{\\ Mais je l'ai dit, vous me
lairaiii; Fairain cruel, lairain indompté, Tairain impitoyable, Tairain in- Hexible, rainrin tranchant, Fairain aigu, Tairarn meurtrier, l'airain homi«oide. Comment donc croire après cela qu'Homère ait jamais pu dire que, dans un combat quelconqoe de ses héros, .le hnUtdufer se soit élevé dans les airs, ju4C|ue sous l'airain de la voûte céleste? Non, il y a ici incontestablement fausse interprétation, altération ou interpolation.
Pendant que je suis sur ce sujet, je crois devoir répondre à ceux de mes adversaires qui tenteraient de justifier, dans les traductions que je cite, l'emploi du vaoxfer comme équivalent de glaive, d'épée, etc., sur ce que cette licence est devenue chez nous d'un uss^ge général, depuis déjà bien des siècles. Je répondrai à cela , queiset usage n'a pu prendre naissance que depuis que le fer a été lui<-méme généralement employé pour la confection tout au. moins des armes offensives, mais qu'il n'en serait pas moins absurde de s y conformer quand on aura à traiter des faits appartenant à uu temps où, bientôt, l'on ne pourra plus douter que tous les objets dont il s'agit étaient S airain. Et quand Homère, qui ne connaissait pas l'emploi du fer pour de tels usages, et qui prend le soin de bien spécifier ce qui, de son temps, était d'or, d'argent, d'étain, d'airain ou de fer, cite des objets quelconques C0nime étant àl airain , puisque le but principal que doit se proposer un traducteur est de rendre particulièrement la pensée et l'intention de l'auteur original, le moins que les nôtres puissent Caire, c'est, il me semble, de s'exprimer conune notre poète Ta entendu. S'ils ont en vue d'éviter des répétitions trop fréquentes, ils peuvent , pour pe'u que le sens leur laisse la faculté de le faire , s'abstenir, en ce qui regarde notre sujet, de citer la matière dont l'arme est formée; mais s'ils jugent convenable de la spécifier, ils ne doivent pas nous induire en erreur en écrivant le nom d'un métal tout autre que cehii dont il est fait mention dans le texte qu'ils ont la prétention "de traduire aussi littéralement que possible.
(i) Je citerai un peu plus tard les noms de deux artistes qui ont traité des sujets de cette époque, conformément aux traditions de l'anliquité.
( '92 ) ]e pardonnerez, Messieurs, parce qu'il importait, comme vous Tallez voir, que j'en fisse la remarque: cette erreur leur vient des hellénistes. Il est évident que nos artistes, qui généralement ne possèdent pas le grec, ne peuvent connaître Homère que par les traductions : il n'est donc que trop naturel que , s'en rapportant à des écrits que recommande la haute réputation dont ont joui successivcDient les interprètes à qui ils sont dus, voyant dans ces écrits ce xnot/er reparaître si fréquemment, ils aient cru et persistent à croire que cette matière était, dès ce temps, généralement en usage. La source de cette erreur. Messieurs, la rend d'autant plus grave : c'est parce que j'en avais envisagé toute l'importance que, écoutant en cela plus mon zèle que mes moyens, voyant que le petit nombre d'écrits où les vérités que je proclame sont déjà articulées et démontrées en partie(i), restent ignorés des personnes à qui il importe le plus dé les connaître, je me suis proposé de distribuer gratuitement, s'il le faut, le livre qui contiendra tout ce qu'il m'aura été possible de recueillir de plus essentiel sur ce sujet. Mais, Messieurs, quand déjà je donnais suite à cette résolution, une considération puissante m'a porté soudainement à en suspendre les effets : j'ai été contraint de reconnaître que, au titre d'érudit, je ne jouis point d'assez d'autorité auprès des hommes à qui je m'adresse particulièrement, pour que, sur ma seule
(i) Les passages d*Hésiode, de Pausanias, de Pline et de Proclus, que j*ai cités aux pages 127, lap, i3o, i3a, et dans une note de la page i4i de mes Réponses , ainsi que le premier et le troisième Mémoire publiés par Mongez sur le bronze des anciens, dont j*ai donné des extraits aux pages 118, 119, lao, laS et i33 de mes Réponses.
invitation, ils se sentent disposés à prêter à mes observations l'attention qu'il est indispensable de leur accorder pour en tirer quelque avantage ; je suis donc bien loin de me flatter que ma voix suffise pour faire naître dans l'âme de nos artistes et de nos littérateurs les plus renommés le désir de concourir, par les exemples qu'ils voudraient bien donner, à la destruction de l'erreur dont il s'agit, erreur bien naturelle et fort excusable sans doute, mais qui n'en paraîtra pas moins un jour fort étrange, quand on se dira qu'elle existait encore au milieu de ce siècle. Ne convient-il donc pas, Messieurs, que vous vous employiez pour que l'on puisse du moins dire également que c'est dans ce siècle, et par suite des soins que vous aurez pris en cette occasion, fjue cette erreur aura été enfin généralement dissipée ?
Voici, Messieurs, ce que je me permets de vous proposer dans cette vue : ce serait d'abord de charger celui de vos hellénistes qui voudra bien prendre ce soin, de vérifier l'exactitude des faits que j'ai plus particulièrement exposés dans le présent écrit ; ensuite, pour le cas où vous jugeriez que le rapport qui pourra vous être fait à ce sujet, puisse, par sa publication dans les mémoires de votre Académie , produire un bien désirable, j'exprime le vœu que vous vouliez bien augmenter les chances de succès, en ordonnant un tirage à part de quelques feuilles de ce rapport, à l'effet de les faire tenir à l'Académie des beaux-arts, pour être distribuées entre les membres qui composent sa section de peinture.
Je ne sais si je m'abuse, Messieurs; mais il me semble que les législateurs qui ont constitué notre Institut, en décidant que toutes les Académies qui le composent seraient réimies
( ^94) en un seu] corps, ont agi de la sorte dans la pensée que, dans un tel état de choses, les membres de ces diverses Académies seraient plus à même de se communiquer les lomières qui peuvent respectivement leur être utiles. & telle fut en eflFet leur pensée, je crois y répondre convenablement par la proposition que je viens de vous soumettre. Du reste , sachant combien le temps de chacun de vous doit être ménagé, je me suis attaché, comme vous pourrez le voir par un coup d'œil jeté sur les pièces réunies dans le cahier ci-}oint , à rendre aussi simple que facile le travail du savant que vous voudriez bien prendre pour rapporteur; et, d'ailleurs, je vous prie de le remarquer, ce ne sont point des opinions que je soumets aujourd'hui à son jugement et au vôtre, ce sont des faits incontestables que j'expose : je demande seuléhient, dans l'intérêt des sciences qui ont rapport à votre Académie et à celle des beaux -arts, de donner crédit à mes paroles en constatant la réalité de ces faits qu'il sera si facile à vos hellénistes de vérifier.
Paris, 3 août 1841.
Signé, Mauduit.
La dernière pièce que je viens de transcrire fut déposée par moi-même le 4 août de Tan courant, avec le cahier dont il vient d'être fait mention, à la demeure de M. le baron de Walckenaer, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Ce cahier contenait trois articles :
Le premier ayant pour titre : Observations sommaires sur les traductions de l'Iliade de madame Dacier, de Bitaubé et d'Eugène Bareste ;
Le second : Note indicative et détaillée des passages de VlUade et de V Odyssée y oii les mots fer, acier, airain sont faussement employés dans les versions de Bitaubé et de Dugas^Montbel ;
Le troisième : Emploi du mot sidèros et de ses dérivés dans V Iliade et dans l'Odyssée.
Le second et le troisième article ayant été écrits dans la seule vue de faciliter le travail du savant qui aurait pu accepter les fonctions de rapporteur, si les usages de l'Académie lui avaient permis de m'en donner un, et pouvant, par leur étendue et leur nature, paraître trop fastidieux aux per-^^ sonnes qui n'ont point un intérêt personnel dans l'examen du fait important qu'il s'agit de vérifier, je me contenterai de donner ici le premier.
Obserifotions sommaires sur les traductions de VIliade de M'^ Dacier, de Bitaubé et d'Eugène Bareste.
Madame Dacier. — Ayant lu avec attention les huit premiers chants de l'Iliade par madame Dacier, en comparant ses expressions à celles du texte, il m'a paru que cet auteur emploie assez constamment le mot fer comme équivalent de glaive, d'épée, de lance, pique, dard et pointe; mais que, quand le mot chalkos se trouve joint dans le grec au nom de l'une de ces armes, cette dame se contente, la plupart du temps, de nommer l'arme, en s'abstenant d'y joindre le nom du métal dont elle est formée; mais si elle spécifie la nature du métal , alors, assez souvent aussi, et quoique dans le texte elle ait pu voir le mot chalkos y cependant elle en fait une arme defer^ ou d'a^iery et quelquefois même dJa-
( 196) cier tres-firiy en raison de Tépithète qui se trouve jointe au mot chalkos. Il est remarquable que, s'il s'agit d'armes défensives, telles que des casques, des cuirasses, des boucliers ou d'autres objets usuels auxquels le mot chalkos est joint, alors elle emploie assez volontiers le mot airain; je dis assez volontiers, parce qu'elle ne le fait pas constamment, même pour des objets que nous savons indubitablement être d'airain. Ainsi on peut voir dans la traduction qu'elle donne du vers 4^0 du chant I V«, où il est question du bruit que fait l'armure de Diomède lorsque ce guerrier formidable touche la terre après s'être élancé de son char, on peut voir, dis-je, que, dans cette circonstance, elle a encore traduit le mot chalkos par fer, au lieu d'airain qu'il fallait dire : « Le fer dont ce héros était couvert, est-il dit dans sa traduction, fit un bruit horrible. » Assurément, dans le cas présent, ce mot fer doit être considéré comme une version littérale qu'elle aurait prétendu faire, puisqu'il indique la nature du métal dont les armes qui couvraient le héros étaient formées.
BiTAUBÉ. — La traduction de cet helléniste m'a fourni très à peu près les mêmes observations. Le mol fer y est aussi généralement employé comme équivalent de glaive, d'épée, etc., souvent aussi comme caractérisant la nature du métal dont l'arme est formée , et cela, quoique dans le texte il y ait le mot chalkos. Fort souvent aussi ce traducteur évite de spécifier la nature du métal ; on voit qu'il a une répugnance des plus fortes à reconnaître que les armes offensives de ce temps aient pu être d'airain.
Eugène Bareste. — Au moment où je termine ces obser-
( 197 ) vatlonSy il n'a encore paru de ia traduction de M. Bareste, pour riliade , que les quatre premiers chants, et , pour l'Odyssée, que les six premiers. Autant que je puis en juger par ces premiers fragments, et relativement aux points dont je m'occupe, j'ai lien de croire que cette traduction sera plus conforme au texte que celles qui l'ont précédée; le mot chalkosy quand il est joint au nom d'une arme, y est bien traduit par airain et non point parler, comme l'ont fait trop souvent madame Dacier, Bitaubé et même Dugas- Montbel : toutefois, ce nouvel interprète d'Homère n'a encore pu se défendre du préjugé qui porte à croire que l'on peut employer le mot fer comme équivalent de glaive et d'épée ou de toute autre arme offensive. Ainsi, dans le chant P' de son Iliade, il a traduit très à peu près comme l'a fait Dugas-Montbel , les vers a33-a36; il dit, p. lo, 3* alinéa : « Je te jure sur ce sceptre qui désormais ne produira ni ce feuilles ni rameaux, qui ne reverdira plus, depuis que, sé- <i paré du tronc sur les montagnes, le/erW dépouillé de (c son écorce. »
Dans le chant IIP, pour traduction des vers 292-294, où il est question des agneaux immolés par le couteau d'airain (i) d'Agamemnon, on lit, p. 66, 1 1® alinéa : «Armé de <c son glaive impitoyable, il égorge les agneaux; puis il les « dépose palpitants sur la terre, privés du mouvement et de « la vie que \efer venait de leur arracher. »
A la page 69, 7* alinéa, les vers 36 1-363 de ce même chant III®, sont traduits ainsi qu'il suit : ce Atride tire alors son
(i) On peut voir, au bas de la page i85, ce que jai dit pour prouver que ce couteau était effectivement di airain.
( i9«) » épée ornée de clous d'argent, la lève et frappe le cimier « du casque de son adversaire; mais le fer s^ brise en trois ce ou quatre éclats, s'échappe de sa main et tombe à ses « pieds. »
J'ai remarqué en outre, dans le même chant, au 1 3® alinéa de la page 67, qu'il a traduit le -^a^M^H du vers 3i6 par de bronze^ probablement pour éviter la répétition de Tex pression d'airain qui , deux lignes plus bas, se trouve jointe au mot javelot. Il eût mieux valu, selon moi, dans cette occa* sion, conserver l'expression d'airain qui appartenait au mot cOiSque^ et s'abstenir de spécifier le métal du javelot; car, si le bronze n'est pas la matière qu'Homère a entendu désigner par le mot sidèros, nous avons de bien fortes raisons de douter qu'il ait été connu de son temps (1). J'aurais dit: <c Puis ils agitent les sorts dans un casque d'airain, afin de a savoir lequel des deux combattants lancerait le premier « son jai^eloL »
Relativement à sa traduction de l'Odyssée, j'ai pii faire les trois remarques suivantes :
Dans le chant I", au 7* alinéa de la page 9, on lit : « Ulysse a ne sera pas longtemps éloigné de sa chère patrie , fut-il a même retenu par des /ers. »
Dans le chant IIP, p. 56, alinéa j% il est dit : « On divise ce en petits morceaux les restes de la génisse, on les perce « avec des broches et on les fait rôtir en tenant dans les <c mains ces broches acérées. »
Enfin, dans la traduction du chant l\% au sS* alinéa de
(1) Voyez ce que j'ai dit sur ce sujet aux pages ii3, 116, 122 et 169 de cette seconde partie.
la page 70, ea mot acéré revient encore : « Ménélas
« suspend à ses épaules un glaive acéré. i>
Dans le premier cas, il ne peut être question que de chaînes ou de liens; car certainement le fer, à l'époque dont il s'agit , était encore trop peu commun pour être employé à retenir des captifs : si on se servait alors de chaînes, elles devaient être d'airain comme les armes et les armures. Par la même raison, dans le second et le troisième cas, cette expression acérée ne peut convenir non plus, puisque, suivant la détinition très-juste du dictionnaire de l'Académie, cette épithète li'est applicable qu'aux objets de fer que l'on rend tranchants et perçants /^ar le moyen de V acier.
Ces taches sont légères sans doute; mais elles sont réelles, et c'est par le désir que j'ai de concourir autant qu'il est en moi à en préserver de semblables la suite de cet important travail de M. Bareste, que je soumets ici ces observations, en engageant l'Académie à leur donner quelque valeur par son assentiment, si elles lui paraissent bien réellement fondées en raison.
Je n^ai pas poussé plus loin l'exposé de mes observations : on conçoit que, dans un écrit adressé à notre Institut, je n'avais à m'occuper que des traductions françaises ; mais la vérité est que les traductions étrangères , anglaises, allemandes et italiennes aussi bien que les latines^ offrent les mêmes fautes, résultat des mêmes erreurs.
Le 4 ^oût , dans la même matinée où je déposai chez le baron Walckenaer les diverses pièces que j'adressais à son Académie, j'écrivis à M. Bareste, de qui j'étais alors complètement inconnu, pour lui donner avis de la démarche que
( aoo )
je venais de faire, et lui offrir en même temps de lui communiquer les minutes de ces divers écrits, ayant lieu de présumer, lui disais-je, qu'à son titre de traducteur d'Homère, il y pourrait trouver quelque intérêt. M. Bareste s'est empressé de répondre à mon invitation ; et, peu de jours après la conférence que nous eûmes ensemble, il m'a fait tenir la note que je vais transcrire, et qui, en effet, se trouve maintenant insérée dans sa traduction du IX* chant de l'Odyssée.
Note de M. Bareste.
« Au moment où nous livrions ce neuvième livre à l'impression, nous avons reçu communication d'un savant et intéressant Mémoire manuscrit adressé à l'Académie, et ayant pour titre : Observations adressées par V auteur des Découvertes dans la Troade a MM. les membres de V Académie des inscriptions et belles-lettres, touchant des erreurs trèsgraves qui se perpétuent dans les traductions d'Homère. — L'auteur de ce Mémoire, M. Mauduit, correspondant de l'Institut, prouve, par des passages tirés' d'Hésiode, de Pausanias, de Pline, de Proclus, etc., etc. , et d'après les expériences faites sur les armes des anciens par les célèbres chimistes Mongez et d'Arcet, que, dans les temps homériques, les armes offensives et défensives (à l'exception de quelques flèches et de la massue d'Arithoiis) n'étaient ni enfer ni en acier^ mais bien en airain. Cette découverte est sans aucun doute de la plus haute importance, et nous avons tout lieu de croire que MM. les membres de l'Académie l'accueilleront comme elle doit l'être.
(( Dans ce Mémoire, M. Mauduit établit assez positivement
que, dans les poëmes d'Homère, le mot xcCkwa; signifie cuii^re ou airain, et que le motai^vipcK peut exprimer rftt/^r; ensuite il prouve que, dans Tàge héroïque, si on connaissait le minerai qui contient ce métal, on ne savait pas encore l'extraire convenablement ou en tirer parti, et que, nommément, alors, il ne servait point à la fabrication des armes.
<f Nous voudrions pouvoir citer ici les judicieuses réflexions de M. Mauduit, et les curieuses observations de MM. Mongez et d'Arcet à ce sujet ; mais , à notre grand regret, l'espace nous en empêche. Seulement, pour remercier M. Mauduit de ses découvertes, nous traduirons désormais XaXxoç par cuivre ou airain, et di^tipoç par yèr Nous désirons vivement que, dans l'intérêt de la science historique, les hellénistes français et étrangers suivent notre exemple. »
Je considère le parti pris si soudainement et si franchement par M. Bareste, et le vœu que je lui ai inspiré , comme l'un des plus grands succès auxquels il m'était raisonnablement permis de prétendre. J'y vois même une compensation bien suffisante des dédains dont mes premières dissertations ont été l'objet de la part d'un écrivain estimable à plus d'un titre, je me plais à le croire, et qui, je le pense aussi, regrette peut-être maintenant de m'avoir inconsidérément causé quelque déplaisir (i). Si je n'ai pu encore oublier entièrement ce qu'il y eut de trop peu flatteur dans le refus qu'il
(i) Ces mots étaient déjà imprimés quand j*ai pu apprendre un nouveau trait de M. R. Rochette que le lecteur va lui-même bientôt connaître, et qui, à mon grand regret, ne me permet plus de me faire aucune illusion sur sa personne.
( 2oa )
a fait de prêter quelque attention à certaines parties de mon premier travail, je me l'explique du moins, je crois, conformément à la vérité: il lui fut probablement impossible d'admettre qu'un homme, resté étranger pendant les trente plus belles années de sa vie aux études archéologiques, ait pu, déjà parvenu au déclin de ses jours, traiter des sujets de ce genre avec quelque justesse.
Quoi qu'il en soit, le point qui m'est si promptement accordé m'en fait espérer un second que j'ai aussi très-vivement désiré d'obtenir; c'est que l'un de nos peintres les plus susceptibles d'exercer une heureuse influence dans notre école , ne dédaigne pas plus que ne l'a fait M. Bareste d'entrer dans la voie nouvelle que je recommande à tous les bons esprits que l'on compte parmi ses confrères, mais que (la délicatesse veut que j'en fasse l'observation) je n'ai point été le premier à ouvrir, et dans laquelle personne, au moment où je parle, ne peut plus se flatter d'entrer le premier.
Oui, et dans ma manière de sentir, je le regarde comme un sujet de félicitation pour notre France, je puis déjà citer, dans les productions de nos artistes, un assez grand exemple de faits de l'âge héroïque traités, du moins en ce qui regarde la nature des armes offensives et défensives, comme le bon sens veut que désormais ils le soient tous. Cet exemple se trouve fort heureusement au palais du Louvre, dans la salle ronde qui forme un vestibule commun à la galerie d'Apollon et aux salles composant le musée de Charles X.
Des cinq principales peintures qui décorent la voûte de cette b^Ue salle, et qui sont dues, toutes les cinq, au talent de M. Auguste Coudère : lune, celle .qui occupe le centre de la voûte, représente la chute d'Icare; on n'y voit figurer aucune
(ao3)
arme et armure. Je n'ai pu distinguer dans celle qui s'abaisse sur la corniche, du côté des croisées, et qui a pour sujet les vents se précipitant hors de leur grotte au commandement d'Eole, si les chaînes que le dieu secoue avec violence sont représentées comme étant de fer y ou bien d'un airain dont rhumidité aurait altéré la couleur naturelle; mais, pour ce qui est des trois autres tableaux qui représentent , l'un , la lutte d'Anthée et d* Hercule ;\% second, Vulcain présentant a Thétis les nouvelles armes d'Achille; et le troisième, Achille lui-même implorant le secours de quelque dieu contre les fleuves Simoïs et Scamandre qui le poursuivent, dans ces trois sujets, toutes les armes et armures, casques, cuirasses, boucliers y épées et pointes de lances y tout est d'airain. li'au* teur, en faisant voir par le dessous le bouclier du vengeur de Patrocle, a évité très-adroitement la difficulté de représenter les sujets qui, au rapport d'Homère, formaient, du dessus de ce bouclier, une sorte de mosaïque ; car cette position ne permet de distinguer, des métaux qui composaient cette merveilleuse armure, que la seule bande qui en forme le pourtour; mais il a représenté cette bande en airain, comme tout le reste (i).
Il est fâcheux qu'après un si heureux exemple donné par un homme du mérite de M. Goudère, dès l'an 1819, ^^^^ ^"
(i) M. Coudère peut regretter que M. Bareste et moi nous n'ayons pas traité nos sujets un quart de siècle plus tôt ; cela lui eût évité de mettre des brodequins aux jambes de son héros : il pourra maintenant saToir que c'étaient des cnémides de métal qu il aurait dû peindre. S*il avait à faire de nouveau un sujet du même genre et de cette époque, les plâtres moulés sur les figures d'Égine, quant à la forme, lui en fourniraient le modèle.
( ao4 ) soyons restés là(i). Je pais peut-être expliquei un tel fait par ce peu de mots : c'est que positivement , depuis ce temps, les sujets grecs ont passé de mode. Peu s'en est fallu que moimême je n'aie été arrêté dans la composition de mon livre par une considération si puissante sur des esprits français. Mais je me suis dit que si , dans le cours d'un demi-siècle , j'ai vu le Louis XV et le Pompadour, que j*avais crus pour jamais bannis de nos palais et de nos hôtels, revenir en faveur, il y a bien lieu de penser que ceux de nos peintres qui ont maintenant 1 âge que j'avais lorsque les sujets grecs et romains régnaient presque exclusivement, on peut penser, dis-je, que ces artistes, pour peu qull leur soit doîjné d'accomplir le cours ordinaire de la vie humaine, pourront revoir ces mêmes sujets grecs et romains remis en possession, sinon des parois de nos boudoirs, du moins de quelques-unes des travées consacrées dans notre immense Musée à l'exposition des modèles que, dans les divers genres, la munificence de notre gouvernement se plaît à offrir comme objets d'études à nos élèves, et c'est pour ce temps que f ai écrit.
(i) La bonne yolonté ne manque pas à quelqoiefl-iins de nos artistes. J*ai remarqué, à la dernière exposition , un petit tableau esquisse, portant le n** i3, et qui représente le combat d'Hippolyte contre le monstre; sauf la pointe de lance ^ qu'il a peinte coiileur àe fer^ Tauteur de ce tableau, M. Bordier du-Bignon, a satisfait à la tradition homérique. Je puis être pour quelque chose dans la faute que je lui signale ; car, on a pu le voir dans les premières dissertations que j ai publiées sur ce sujet, et qui ont paru en janvier i84o, abusé moi-même par la traduction que j avais eue sous les yeux , j'ai cité les pointes de lances comme étant aussi faites de sidèros.
Issue de la démarche faite par Vauteur auprès de V Académie des inscriptions et belles-lettres.
Le 9 septembre de Id présente année, en réponse au dernier envoi que j'ai fait à l'Académie des inscriptions, j'ai reçu de M. le baron Walckenaer, son secrétaire perpétuel , une lettre dans laquelle, après s'être dit chargé de m'adresser les remercîments de cette Académie pour mon obligeante communication , il m'informe quelle est dans Uusage de ne porter de jugement que sur les ous^rages qui lui sont soumis pour concourir aux prix et aux médailles quelle décerne annuellement, et que, par conséquent y elle n a pas, ainsi que je l'ai demandé, à se prononcer sur ceux que je lui ai envoyés. »
M. le secrétaire perpétuel a dû omettre, dans son épître, de mentionner une circonstance qui n'est pas absolument indifférente : il m'a seulement fait comprendre que l'Académie n'a point demandé lecture de ces observations que j'avais cru de nature à exciter à un assez haut degré son intérêt. J'ai pu savoir, par d'autres, que l'Académie s'est abstenue en effet de demander cette lecture, mais qu'elle a agi ainsi, en raison d'une assertion assez singulière de M. Raoul-Rochette ^ à savoir, que le nouvel écrit adressé par moi à ses confrères, n'avait d'autre objet, sinon de prouver que, au temps d'Homère, le mot sidèros ne signifiait pas le fer, mais bien le cuivre
Ne pouvant aucunement douter que le parti pris par MM. les Académiciens ne soit un effet de l'erreur dans laquelle ils ont été mis touchant le sujet de mes remarques , dès que l'impression de ce qui précède fut terminée, j'ai fait porter quarante exemplaires de la présente brochure au
palais de Tlnstitut , en raccompagnant du peu de mots qui va suivre , et qui est adressé
A Monsieur le baron ff^alckenaer, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Paris le a3 septembre 1841.
Monsieur ,
J'ai reçu le 9 courant votre lettre datée du 5 de ce même mois. Je sais parfaitement à quoi me tenir sur son contenu, et j'y réponds en vous envoyant quarante exemplaires des dernières feuilles par lesquelles j'ai jugé convenable de terminer ce que j'eus à écrire dans l'intérêt des sciences dont s'occupe spécialement votre Académie, et dans celui des arts que je dois servir en ma qualité de correspondant.
Je réclame, Monsieur, un dernier acte de votre complaisance ; c'est de vouloir bien faire distribuer ces feuilles entre tous vos confrères sans exception. Ils pourront voir que s'il est des hommes qui ne se lassent point d'écarter les vérités qui les offusquent, il en est aussi, dirai-je, très- heureusement^ qui ne se lassent point de produire ces vérités quand ils ont la conviction qu'elles sont utiles : celui d'entre vous qui a pris la parole pour influencer l'Académie, ou son bureau, dans leur détermination, a cru apparemment remplir convenablement sa mission; j'ai, moi, la certitude d'avoir maintenant dignement accompli celle que je me suis donnée.
A di^ienne que pourra. •
J'ai l'honneur d'être, etc.
Signé y Mauduit.
( ao7 )
i5 octobre 1841.
J'en demande bien pardon à mes lecteurs , mais ma tâche n'est point complètement terminée, comme je l'avais cru en écrivant les derniers mots qu'ils auront pu lire à la page précédente. J'ai encore à réclamer, du sentiment de bienveillance que je crois leur avoir inspiré, quelques moments d'at* tention. Un fait que j'ai rapporté un peu plus haut, m'a valu une seconde lettre de M. le baron Walckenaër, et cette lettre contient un démenti qui, bien que n'étant point adressé à ma personne, me parait cependant exiger de ma part une réponse.
M. le secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions , écrivant, probablement à l'instigation de son confrère le secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux*arts, et prenant fait et cause pour celui-ci , après m'avoir accusé réception de la dernière brochure qui fut déposée par mes ordres, au secrétariat de l'Institut, pour être distribuée entre les membres de son Académie et de celle des beaux-arts, termine sa lettre ainsi qu'il suit :
« Dans cette brochure, un membre de cette Académie est <c nommément désigné comme s' étant opposé à la lecture de « vos observations manuscrites sur le même sujet. Ce mem- (c bre est le seul, au contraire^ qui ait demandé qu'elles soient « lues; mais le bureau de l'Académie, à qui appartient la « décision en pareille circonstance , a dû, par le motif exposé ce dans la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire, a s'opposer à ce que cette lecture eût lieu. Comme je suis
( ao8 )
«r persuadé, Monsieur, que votre intention est de ne rien <t as^ancer qui ne soit vrai ^ j'ai pensé qu'il était de mon « devoir de vous avertir que voîis avez été trompé par de <^ fausses informations, etc., etc. »
Voici ce que je crois pouvoir me permettre de répondre à M- ïe baron Walckenaër :
f^es informations que j'ai reçues ne peuvent être /«Mj^e^, et je n'ai rien avancé qui soit au delà de la vérité. Quand j'ai écrit le paragraphe qui m'a valu la dernière lettre de M. le baron, j'avais, comme je l'ai encore, la conviction que iM. Rochette s'est bien effectivement proposé d'empêcher la lecture de mon manuscrit, mais, on peut le voir en recourant à mes propres paroles, page 27, je n'ai point dit qu'il se soit opposé formellement à la lecture dont il s'agit, mais seulement que c'est en raison d'une assertion a^sez singulière de sa personne, que l'académie s'est abstenue de demander cette lecture. J'ai d'autant plus sujet de considérer comme exact, du moins le sens de l'allocution qui m'a été rapportée, comme ayant été adressée par cet académicien à ses confrères, que les termes de cette allocution ont une analogie parfaite avec ceux dont il a fait usage dans le compte qu'il leur a rendu de mon livre. Quiconque aura pris la peine de lire, dans la seconde j>artie de mon ouvrage, ce que j'ai cité textuellement de ses observations critiques , et les réponses que j'y ai faites, sera à même de reconnaître que la tactique constante de notre professeur est de prêter à ses adversaires des opinions auxquelles il donne une teinte d'absurdité et souvent même qui leur sont tout à fait étrangères; c'est par de tels moyens qu'il sVst attaché dans le compte susdit, comme il l'a fait dans sa récente improvisation , à persuader
que , hors ce qui regarde la partie positive dç mçs écrits , c'est-à-dire, ce qui a trait à ma découverte des murs de Troie, ainsi qu'aux sources et aux bassins du Scainandre,,à peu près tout ce que j'ai pu et ce que je pourrais encore écrire, n'est et ne peut être que des divagations qui ne méritent aucunement l'attention qu'on se sentirait disposé à leur accorder.
S'il pouvait exister quelques doutes relativement à la nature de l'acte de M. Rochette; je les lèverais par une observation très-simple : je demanderais pourquoi, quand il eut dit que mon manuscrit avait pour objet un tout autre sujet que celui sur lequel il m'a paru convenable d'attirer l'attention de MM. les Académiciens , aucun des membres du bureau qui étaient censés avoir pris connaissance de cet écrit, ne s'est trouvé en mesure de lui faire observer qu'il se trompait^ que ma thèse n'avait point pour objet la signification du mot Sidèros. N'est-il pas évident que M. Rochette y dans cette circonstance, a exercé deux actions dans un même but, l'une, primitivement, sur l'esprit des membres du bureau, et l'autre, plus tard, sur celui des Académiciens ? Il faut bien croire qu'il en fut ainsi, car on ne pourrait concevoir autrement le silence gardé par les premiers, touchant l'erreur étrange de M. Rochette, Je dis erreur, parce que je ne puis admettre que ce professeur, en s'exprimant comme îM'a fait,* ait connu réellement le sujet que j'ai traité. C'est bien assez que l'on soit en droit de lui reprocher d'avoir donné en cette occasion une nouvelle preuve de la légèreté qui, selon ce qu'on croit assez généralement , forme l'un des principaux traits de son caractère. Il me permettra du moins de dire, qu'il est fâcheux qu'un homme dont on peut citer un assez
( ^lo ;
grand nombre de traits, tout aussi inôonsidérés , ait positivement la manie de parler, sans mesure aucune, sur des choses sérieuses, que la plupart du temps il n'a pas pris la peine d'approfondir, et que souvent, comme dans la présente occasion, il ne connaît pas du tout.
On m'a dit, pour diminuer mes regrets^ qu'il n'a fait aucun tort réel ni à moi, ni à la chose, parce que, quand bien même l'Académie eût autorisé la lecture, il ne s'en serait pas suivi de rapport, attendu qu'il est vrai, comme M. le baron Walckenaër me Ta écrit, qu'il n'est pas dans l'usage de cette Académie d'en faire. Mais je réponds à cela, d'abord, qu'il ne s'agissait que de constater la réalité d'un fait positif, et ensuite, que l'Académie des inscriptions est du moins dans lusage d'entendre des lectures, quand il s'agit de questions qui entrent dans l'une de ses spécialités (i). Or, assurément, des questions qui intéressent les arts et la littérature, et dont là solution dépend de l'interprétation qu'il convient de donner à des passages grecs, sont bien de ce genre.
(i) L'Académie m'a fait à moi-même, le 4 mai i838, la faveur d'entendre la lecture de la relation de mes découvertes dans la Troade; et Tan dernier elle a consacré plus ou moins de temps, dans trois séances conséeu* tildes, à entendre celle de ce même compte que M. Rocbette a publié depuis, dans le journal des Savants, sur la totalité de mon premier travail.
(ail )
Dernières obsen^ations de Fauteur a F appui des opinions qu'il a soutenues dans ce li\^re.
Depuis que j'ai commencé à répandre cet ouvrage dans l'étranger, il m'a valu un bon nombre de lettres, la plupart très-flatteuses. Parmi ces lettres, il en est deux particulièrement, qui me viennent des académies de Munich et de Berlin , où leurs auteurs , avec une modération à laquelle j'ai été fort sensible, ont témoigné conserver des doutes plus ou moins forts touchant les opinions que je me suis attaché à remettre en valeur. Le vif désir que j'ai de faire partager les convictions dont je suis pénétré, à des hommes honorables, qui me paraissent ne pas demander mieux que de reconnaître la vérité si je la leur présente dégagée enfin de tout nuage^ m'a déterminé d'autant plus facilement à réunir en un faisceau, dans des réponses que je leur ai adressées à l'un et à l'autre, les principaux arguments que j'ai fait successivement valoir dans le cours de mes diverses dissertations, que, selon d'assez fortes apparences, je puis croire que plusieurs de ces arguments les plus concluants ont dû leur échapper.
N'ayant pas moins sujet d'admettre que parmi les érudits qui m'auront fait l'honneur de parcourir le présent livre, il s'en trouvera plus d'un qui seront dans le même cas que les estimables académiciens auxquels j'ai adressé ces réponses, je vais transcrire ici des extraits de ces mêmes
( «la )
réponses, dans lesquelles j'ai exposé consciencieusement les objections principales qui m'ont été soumises.
A Monsieur Schelling, président de V Académie des sciences
de Bavière.
Monsieur,
« J'ai reçu en son temps votre lettre contenant un extrait du rapport fait par M- Thiersch , sur la première partie de l'ouvrage que j'ai. écrit à propos de mes découvertes dans la Troade. Je n'ai été ni surpris, ni même affligé du peu de succès que mes dissertations ont obtenu jusqu'à ce jour auprès de vos doctes confrères; car je m'étais dit, dès le principe de mon travail, que les vérités que j'avais à cœur de faire prévaloir n'étaient point au. nombre de celles qui peuvent être reconnues tout d'un coup, mais bien, au contraire, de celles qui ne peuvent s'établir dans le jugement des hommes qu'à l'aide du temps et de la réflexion , et après que nous sommes parvenus à détruire une à une toutes les objections que de fausses notions , longtemps accréditées par des esprits considérés à juste titre comme supérieurs à bien d^autres , ont inspirées à nos adversaires.
«( Dans la lettre que vous m'avez &it l'honneur de m'écrire, je m'attacherai , Monsieur , particulièrement à un point : vous me dites que, a à en juger d'après le dessin que j'ai a donné sur la. planche IV de: mon livre, l'origine des mu- (c railles dont ce dessin représente:un arrachement, n'a pas c< paru devoir remonter au delà d'Alexandre le Macédonien.
<r Je me permettrai. Monsieur, de répondre à cela, que cette opinion est basée sur un système mis en avant par
( ai3 ) Petit*Radel ; système qiii a été adopté assez généraleHient , il est vrai , mais dont je crois avoir démontré la faiblesse , particulièrement dans deux notes qu'on peut lire aux pages 8 1 et 93 de la IP partie de mon ouvrage, et qui auront probablement échappé à l'attention de M. le secrétaire rapporteur. Ceux de vos académiciens qui prendront la peine de recourir à ces notes et de lire dans son entier celle de la page 8 1 , y pourront voir d'abord que les restes qui me paraissent, selon de bien grandes probabilités, devoir être ceuK de la célèbre Ilion, présentent deux modes d'appareils : celui dont la plan* chelV offre le dessin <jui a motivé la remarque de M. Thiersch, et celui que , selon moi, on nomme inconvenablement cych^ péen{i)Ah verront de plus , Monsieur, dans cette même note, que cette circonstance de deux modes d'appareils des pierres employées à la construction de Venceinte de la *ville de Lcjomédon, est conforme aux traditions de l'antiquité.
«Vous avez grandement raison, Monsieur, de dire que c'est sur les lieux que l'on peut juger saimement les choses ; mais permettez-moi de vous faire observer que c'est aussi sur les lieux que mon jugement s'est formé et après des examens bien scrupuleux et souvent renouvelés , tandis que la plupart de mes adversaires, au contraire, ont établi le leur sur des rapports d'auteurs qui ne connaissaient que bien imparfaitement les localités qu'ils ont décrites, et qui, souvent même> ont écrit sur de simples oui-dire. C'est ainsi qu'ont agi ceux d'entre eux qui s'appuient sur les paroles de Démétrius de Scepsis et de Strabon , sans faire attention
(i) On pourra voir à la page aai ceUe opinion fortifiée par des observations faites en Grèce par un savant géologue.
( ai4 )
que ce dernier avait pris les renseignements qu'il nous donne dans les écrits de son prédécesseur, que celui-ci n'avait vu la Troade que dans sa jeunesse, et que c'est en Egypte, après bien des années écoulées et sur des souvenirs bien confus, qu'il s'est avisé de parler de cette contrée.
« Mon grand- avantage, Monsieur, est donc d'avoir connu par moi-même les localités qui sont devenues l'objet de mes dissertations, et de les avoir bien vues ; ce qui m'a mis à même de distinguer le vrai dans les renseignements contradictoires qui nous sont fournis par les anciens et les modernes, et'de pouvoir ainsi choisir mes points d'appui en parfaite confiaissance de cause. Si , comme je m'en flatte encore, mes opinions relatives à la topographie de la plaine de Troie prévalent un jour, je devrai ce succès à Pline et à Hérodote ; au premier, parce que, de tous les écrivains de l'antiquité, c'est celui qui, en nous citant le vieux Scamandre (Palae-Sca mander) , qu'il distingue de celui qui , dès longtemps, avait usurpé son nom , parce que c'est lui, dis-je, qui nous a fait le mieux connaître le théâtre des combats décrits par Homère dans l'Iliade , et nous a comme désigné du doigt le point que dut occuper Ilion; au second, parce que, dans l'itinéraire qu'il nous a donné de la marche de Xercès dans la Troade, il a confirmé, par anticipation^ l'exactitude des notions que nous devions recevoir plus tard de l'écrivain latin. Il l'a fait en nous prouvant d'une manière que je crois incontestable, vu la ponctualité de cet itinéraire, que déjà de son temps on prenait le Simois pour le Scamandre {i). Or, Monsieur, je ne saurais
(i) Voyez, dans la l"* partie de mon livi'e, la pièœ intitulée : la Troade au temps de Pline , page 209, et dans la dissertation qui suit immédiatement, ce qui est relatif à la marche de Xercès dans cette contrée, page 2 1 5 et suivantes.
(ai5) assez le redire, cest la position de ces deux flemmes à t égard l'un, de l'autre, et celle des sources du Scamandre, qui déterminent celle de Troie {i)^ comme c'est, d'une part, le témoignage de l'antiquité qui nous apprend que Troie ne fut jamais rebâtie sur son ancien emplacement j et, de l'autre ,. la nature des constructions qu'on trouve sur le site de Bounar-Bachi^ et la circonstance de leur position sur des escarpements où il aurait été bien décile d'aller les enlever, qui donnent du moins les plus fortes raisons de croire que ces restes de construction ne peuvent être autres que ceux de la véritable Pergame de Priam.... etc» »
La seconde lettre à laquelle j'eus à répondre est trop flatteuse dans son ensemble, pour que je ne me donne pas la satisfaction de la transcrire ici intégralement.
Lettre adressée à V auteur par le docteur Schadow, directeur de l'Académie des beaux-arts de Berlin.
MONSIBDR .
<c L'Académie a fait examiner soigneusement l'ouvrage in- « téressant «Découvertes dans la Troade, » et «les Réponses ce aux observations du Journal des Savants »)i enrichies d'ad- « ditions manuscrites que vous avez eu la politesse de lui
(i) Ce peu de mots mérite la plus sérieuse attention; c^r, à tous les systèmes qui ont ^té opposés à Lechevalier, mon auteur, ces sources, dont la position, par rapport à la Tille, et les caractères si remarquables ont été si parfiaitement déterminés par' Homère , ces sources manquent : et pourtant, sans le voisinage de ces belles sources qui , sortant fumantes de leurs bassins; formaient de suite un fleuve , il ne peut y avoir de Troie.
( ûi6 )
R présenter avec une lettre obligeante dfa 3o avril. L'Aca- « demie , qui s'intéresse beaucoup aux recherches de cette <c terre que vous avez examinée , Monsieur, avec tant de « soins , vous est bien redevable d'une marque si insig^ne a d'attention et de bienveillance , et ne trouve rien à regretter, <K sinon que vous n'ayez pas publié vos diéeouvertes plus tôt. « Gomme il existe des restes incontestables de Tyrinthe, de c Mycènes et d'autres villes encore plus anciennes, il est sans c doute possible que la célèbre Ilion ait laissé des traces en* «core reconnaissables , dont la découverte, Monsieur, vous « ferait beaucoup d'honneur, quand même les restes troiwés « dans les tombeaux de cette terre classique appartiendraient « à des temps postérieurs. »
Réponse de l'auteur.
Monsieur ,
« La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser en accusé de réception de mon ouvrage sur la Troade et comme organe de l'Académie dont vous dirigez les travaux, m'a fait éprouver une très- vive satisfaction , et m'encourage à vous faire tenir, comme je le fais, quelques feuilles que j'ai encore écrites, depuis mon dernier envoi, pour faire suite à celles qui m'ont valu une marque aussi précieuse de l'estime de vos confrères.
« Stimulé par des expressions qui dénotent de leur part une disposition non douteuse à accueillir favorablement les vérités dont je parviendrais à leur démontrer l'évidence , prévoyant le cas où les dernières dissertations que j'ai pu-
( ai7 ) bliées ne suffiraient pas encore pour dissiper les doutes qui, selon ce quil me paraît, se sont maintenus jusqu'à ce mo* ment dans leurs esprits relativement aux tombeaux attribués aux héros d'Homère par les voyageurs du dernier siècle , et plus positivement par mon compatriote Lechevalier, je viens ici reproduire, je crois avec de nouvelles forces, un témoignage que j'ai déjà fait valoir, mais qui , perdu dans le grand nombre de mes précédents écrits y aura probablement passé inaperçu. Ce témoignage est celui de M. d'Arcet, l'académicien célèbre que j'ai cité, en dernier lieu, comme s'étant plu à m'aider dans quelques-unes de mes recherches. Ce chimiste , praticien si expert en ce qui concerne la composition des métaux et les divers effets dont ils sont suscep^ tihlesy a exprimé de nouveau, récemment, et d'une manière non équivoque , la persuasion où il est que les objets d'art recueillis dans le principal tumulus du cap Sigée devaient être réellement de cuivre, comme l'a avancé le médecin attaché à l'ambassade du comte de Choiseul-Gouffier, et il faut bien faire attention que cette opinion de M. d'Arcet est fondée sur l'état d'extrême décomposition dans lequel on a trouvé ces divers objets, comme celle du médecin le fut sur le résultat de la vérification qu'il a pris la peine de faire lui-même d'un morceau de V oxyde (i). Or, si on peut considérer comme prouvé que la matière composant ces objets n'était autre que celle que, proprement parlant, nous appelons cuivre; puisqu'il est maintenant constaté aussi que toutes les pièces du même genre, appartenant à une antiquité moyenne, et conservées dans tes principales col-
(x) Voyez dans mon livre, I*^ partie^ page 60, et aui?., la description faite par Jumelin des di:^ers <>biet^ trouvés daos Le monument.
(at8)
lections de TEurope, sont de bronze, la question, il me semble, est bien effectivement résolue.
m Le tumulus dont, seulement en ces derniers temps, on a contesté l'identité avec quelque apparence de raison, ce tumulus qui recelait, au point central et le plus profond de sa base(i), des objets d'art en cuivre, ne peut appartenir à l'époque de Caracalla, comme on l'a cru de nos jours, car il est maintenant bien constant qu'à cette époque , depuis déjà bien des siècles , on avait renoncé à l'emploi du cuivre pour la confection de semblables objets (2). Il ne peut donc appartenir qu'à des temps fort anciens. Mais alors il n'y a aucune raison valable dé' refuser de croire que sa confection remonte au temps d'Achille : bien au contraire , puisqu'il est également certain qu'on voyait un monument tout semblable au même lieu, à l'époque d'Alexandre le Grand , qui le visita et l'honora comme la tombe du vengeur de Patrocle , et que, toujours sur ce même point, où ce même Caracalla, à qui on ^ voulu attribuer l'érection de ce monument, en avait vu un auquel, pour imiter le monarque macédonien, il avait prodigué de semblables honneurs, toujours sur ce même point, dis-je, sur ce point si bien déterminé par Homère, nous-mêmes nous voyons encore un monument qui répond aussi parfaitement, par sa position, par sa forme et par sa nature, aux détails que le poëte s'est plu à nous donner concernant la tombe de son héros de prédilection.
(i) Cela est expliqué dans la lettre adressée par le docteur Jumelin à Lechevalier. Voy. Lecheyalier, Vopge de la Troade, t. II, p. 317.
(a) Voyez dans mon livre la pièce justi6catiye N^ VU, p. i65 de la I** partie, et, dans cette II* partie, les extraits du premier mémoire de Mongez sur le bronze des anciens , p. 1 18 et suiv.
( 3ii9 ) ce Tout ce que j'ai rapporté pour le soutien de mon opi-* nion, s'enchaîne le plus heureusement, il me semble, pour en faire reconnaître la justesse : ainsi les mêmes faits sur lesquels je l'établis prouvent la réalité de cet autre fait que que j'ai avancé comme le tenant de la bouche même de Fau^el{i), à savoir, que l'agencement bizarre du groupe dont il a pris un dessin pour son patron , M. de Choiseul , ainsi que le style donné aux draperies des figures qui font partie de cette composition, que cet agencement, ce style sont le produit des souvenirs incohérents de notre artiste , et non pas la représentation exacte des objets qui lui furent confiés. £n effet, il a été bien constaté par le docteur Jumelin, d'abord que tous ces objets avaient été trouvés disséminés dans un amas de cendre et de charbon , et ensuite, que leur surface avait été tellement décomposée par Voxjrde, qu'elle s'était presque entièrement détachée en écaille, au point qu'il a fallu un examen des plus attentifs pour en distinguer les principales formes (a). Ce n'était donc point, comme je l'ai dit , au style du dessin fait par Fauvel , dessin qui ne mérite aucune confiance , M. Raoul-Rochëtte en est convenu, qu'il fallait s'attacher pour savoir à quoi se tenir sur l'origine du monument, mais bien, comme je l'ai fait, à la nature de la matière dont les objets en question étaient composés : or, la nature de cette matière nous fait connaître qu'elle n'a pu être employée , pour un semblable usage , qu'à une époque oii le bronze n*était point encore connu, c'est-à-dire ,
(i) Voyez dans notre livre, 1** partie, p. 8a, et dans la II* partie, la note de la page 53.
(a) Voyez, pour tous ces détaib, la lettre du docteur Jumelin , page i6o, V* partie.
( aao )
à une époque des plus anciennes; car il y a bien lieu de croire que la composition à laquelle nous doiûiOns/ce nom de bronze a été employée elle-même dans des temps qui tiennent d'assez près à la haute antiquité (i). Les objets qui étaient composés de cette matière étaient doac eux-mêmes fort anciens ; on a donc toute raison de croire que le tumulùs qui recelait ces objets y et qui d'ailleurs est si en rapport , comme je l'ai fait voir, avec les paroles d'Homère, est bien effectivement le monument qu'il nous a désigné comme ayant dû être élevé sur les cendres de son héros.
« Tel est , Monsieur, ce que je puis dire , en définitive , pour démontrer combien est admissible l'opinion que j'ai conçue dès les premiers moments où j'ai vu ce tumulus. Il me semble que pour peu qu'on puisse peser avec quelque attention les considérations que je viens de réunir, il n'y a plus moyen de révoquer en doute l'identité de ce monument. Pour ce qui est de moi, du moins, qui ai si souvent envisagé ces considérations , je persiste plus que jamais à voir dans le tumulus dont il s'agit la tombe bien réelle d'Achille; mais je sens qu'il ne me sera plus possible de rien ajouter
(i) Nous savons par Pausanias que les premières grandes statues qui furent fondues d'un seul jet, en bronze ^ étaient des œuvres de Rhoecus et Théodore, lesquels florissaient plus de cinq siècles après la guerre de Troie ; mais il est fort présumable que cette matière fut employée beaucoup plus anciennement pour Les figurines, les statuettes et les statues composées de plusieurs pièces, ainsi que pour le$ armes et les armures et un assez bon nombre d'ustensiles ; car il est peu probable que dès les premiers temps de la découverte de cet alliage , on en ait fiiit Femploi pour la fonte des grands objets d'une seule pièce. Voyesi Pausanias, lîv. III, chap. XVII, ainsi que la note de la page 36 de cette II* partie de mon ouvrage.
( Ml )
aux traits que je viens de résumer : si donc, Monsieur, ils n'oBt. point assez de fcHPce pour &iire partager mes oon-" victions à des esprits tels que les vôtres, je n'ai plus rien à espérer que du TEMPS (i)-»
aS décembre 1841.
Opinion de l'auteur touchant les constructions dites cyclopéennes y Jbrtifiée par des obsers^ations faites en Grèce par un sas^ant géologue.
Les deux dernières pièces qui précèdent sortaient à peine de rimpression lorsque, parcourant les notes dont M. Letronne a accompagné son précieux travail sur la peinture murale (2), j y ai trouvé insérée, dans son entier, une lettre de M. Boblaye, qui fortifie à un assez haut degré l'opinion que j'ai émise touchant le genre de construction dit cyclopéen. La lettre dont il s'agit a pour objet d'expliquer pourquoi on trouve si rarement en Grèce des tombeaux creusés dans les rochers. Le savant correspondant de M. Letronne explique
(i) On peut lire, à la page 14S de cette II* partie, une proposition qui, si on y fait droit un jour, pourra mettre à même, il y a toute raison de Tespérer, de savoir à quoi se tenir sur 1 époque à laquelle ce monument appartient. J'invite les savants influents de tous les pays, et plus particulièrement ceux qui ne partagent pas ma conviction^ à exprimer des vœux sur ce sujet, de manière à décider l'un des gouvernements des États de l'Europe où les sciences et les arts sont le plus en honneur, à prendre rinitiative pour les nouvelles recherches que j'ai indiquées, et qu'un gouvernement peut seul effectuer avec des chances convenables de succès.
(a) Lettre d'un antiquaire à un artiste, note HA, page 4S9.
( aaa )
ce (ait par la constitution lithologique de cette contrée. Entre autres observationB qu'il soumet au célèbre académicien, il dit :
<c Le sol est formé presque partout d'un calcaire trèsce dur et surtout très - réfractaire h la taille. Sa dureté c est un peu plus grande même que celle du calcaire de ce Gliâteau-Landon, et tandis que l'un se divise a\^ec la plus (c grande facilité en blocs parallélipipèdes , l'autre éclate en « blocs polyédriques irréguliers : c'est là, je crois, la cause a première de l'architecture polygonale »
Telle est absolument la manière de Voir que j'ai exprimée dans les deux notes sur lesquelles j'ai rappelé l'attention des deux académiciens de Munich : c'est, je n'en doute point, à cette cause, si simple et toute naturelle, qu'il faut attribuer l'emploi que les Grecs, et les différents peuples qui se sont trouvés dans le même cas , ont fait assez souvent, pour cer^ taines constructions, du mode d'appareil que M, Thiersch et quelques autres érudits désignent encore maintenant par l'épithète çyclopéen, mais que M. Boblaye et moi nous croyons qualifier beaucoup plus convenablement par le mot polygonal.
JVoui^eaux témoignages d'Homère enjas^eur des principales propositions soutenues dans ce liseré.
Lettre adressée par Fauteur à Monsieur le colonel Bory de Saint- Vincent, membre de l'Académie des sciences de l'Institut royal de France.
Paris, le a5 juillet 184a.
Monsieur,
« Permettez-moi de vous remercier à mon tour du présent que vous m'avez fait si gracieusement de votre Essai zoologique sur le genre humain. Je l'ai lu avec un vif intérêt dans toutes ses parties ; mais , comme vous l'avez bien pensé, eu égard à mon propre travail, l'opinion que vous avez exprimée incidemment dans ce livre touchant l'antériorité de l'emploi de Tairain , m'importait plus essentiellement.
« Je regrette d'avoir négligé , quand mon manuscrit était encore chez l'imprimeur, de faire valoir à l'appui de la conjecture que j'ai émise au sujet du mot sidèros, un passage d'Homère , que j'ai pourtant cité , et dont les termes sont des plus coucluants en faveur de mon opinion. Il me parait, en effet, résulter bien évidemment des paroles du poêle, que la matière qu'il désigne le plus généralement par ce mot sidèros ne pouvait être du fer proprement dit, puisque, aux
observations que vous avez pu lire dans ma dernière brochure, on peut ajouter celle que, employés de préférence pour les instruments qui servaient à l'agriculture, les objets pour Fa confection desquels on en faisait usage , avaient besoin d'être renouvelés après une durée de cinq ans : ((Celui « d'entre vous qui sera maître de ce bloc, dit Achille dans le a chant XXIIP de Y Iliade, en s'adressant à ses compagnons, ce lors même qu'il posséderait une vaste étendue de champs f( fertiles, aura du sidèros à son usage durant cinq années; « pendant tout ce temps, ni le laboureur ni le berger n'en <c manqueront, et ils ne seront pas obligés d'aller à la ville
<c prochaine; ce bloc leur en fournira abondamment »
« Je demande quel est celui de nos laboureurs qui serait maintenant obligé de renouveler tous les cinq ans le métal dont sont armés ses instruments aratoires? Ces paroles d'Homère ne prouvent-elles pas que la matière qui était connue de son temps sous le nom de sidèros n'était pas du fer proprement dit ? ne justifient-elles point cette opinion que j'ai exprimée et sur laquelle mon adversaire s'est attaché à verser du ridicule ?. Est-il, en effet, absurde
d'admettre qu'une matière que l'on employait pour des pointes de flèches, lesquelles probablement étaient coniques (i),
(i) Il y a fort longtemps que cette idée m'est venue. Pour m*assurer jusqu'à quel point cette conjecture pouvait être fondée, j*allai faire une visite au Musée de la marine, où je me rappelais avoir vu des armes appartenant à des peuples qui, par leurs mœurs, tiennent encore d'assex près à la haute antiquité. Je trouvai, en effet, dans la salle où les regards sont plus particulièrement attirés par le faisceau que composent les débris du naufrage de Lapèrouse^ une armoire où sont renfermés des carquois et des fièches qui doivent provenir des Chinois. Les pointes de ces flèches.
( aa5 )
pour des haches, pour des masses et massues, pour des socs de charrue, enfin, uniquement pour des instruments courts et épais, en raison de leurs dimensions , et qui ne pouvaient servir qu'à percer, à fendre ou à frapper, mais non point à tailler et à couper, puisque Homère ne la cite jamais quand il s*agit d'épées, de couteaux ou de coutelas, et même de pointes de lances; est-il, dis-je, si déraisonnable d'avancer qu'une matière, caractérisée de la sorte, ne pouvait être du fer proprement dit, mais bien plutôt une matière dont on a pu se servir alors, yjxwte de mieux, et qui, alliée naturellement avec lejer, a pu contribuer à la découverte de celui-ci,
quoiqu'elles soient de bon acier, sont coniques y comme j'avais pensé que devaient être les flèches de sidèros. Je dis les flèches de sideros, parce que c'est la nature de cette matière qui, dans le principe, dut déterminer à adopter, pour ces flèches, la forme conique. Il est remarquable qu'au temps d'Homère, à en juger toujours par ses expressions, et principalement par les épithètes dont, fort heureusement pour nous, il est très-prodigue, on devait connaître deux formes bien distinctes pour la pointe de cette espèce d'armes ; car si notre poète , en parlant de la flèche que Pandarus va décocher sur Ménélas,se contente de dire qu^-elle n^ avait point encore serui^ et qu'elle était de sideros , assez souvent , en parlant d'autres flèches que s'apprêtent à lancer d'autres guerriers, grecs ou plirygiens, il se sert d'une épithète que ses interprètes traduisent ainsi : à trois pointes. Or, cette expression, à trois pointes ^ indépendamment qu'elle porte à croire qu'il existait dans ce temps plusieurs espèces de flèches, me paraît indiquer que la pointe de celles-ci était d'une forme très à peu près semblable à celles dont les archers modernes de notre pays faisaient usage, et l'on conçoit que de telles flèches pouvaient être à! airain y comme Homère prend le soin de nous le dire la plupart du temps, tandis que celles qui étaient de sidèros, métal imparfait et cassant, mais plus dur que le cuivre pur, devaient être, comme je le présume, de formes coniques et courtes ^ formes qui les rendaient moins susceptibles de se rompre.
et lui céder son nom, quand on fut parvenu à le dégager de toutes les parties qui le rendaient impropre aux usages les plus essentiels auxquels il est affecté de nos jours ?
a Je vous laisse à vous, Monsieur, qui appartenez à FAcademie des sciences, à peser la valeur de ces observations, et à voir s'il ne vous conviendrait pas d'appeler sur elles Fattention de vos doctes confrères. Pour ce qui est de moi, plus je les envisage , plus elles me paraissent mériter qu'on s en occupe ; et tout ce que l'analyse que j'ai pris la peine de Taire des diverses significations des épithètes jointes par le poëte à ce mot sidèros, et quelques autres considérations, me permettent d'admettre, c'est que, de son temps, ainsi que j'en ai fait la remarque dans mon livre à la page i5a de la IP partie, on a pu compter deux espèces de sidèros: l'une qui constituait un métal assez grossier, mais cependant peu commun , qui servait plus particulièrement aux besoins de l'agriculture et qui devait avoir beaucoup de rapport avec cette matière que l'on connaît chez nous sous le nom deciûçre fwir(i)y et l'autre, qui pouvait être bien réellement du fer.
(i) J*en suis revenu à penser que le mot sidèros, dans les temps héroïques, devait exprimer généralement du cuwre noir^ peut-être, comme je Tai dit, un peu plus chargé de fer que ne Tétait celui qui me fut livré pour la fabrication de la hachette dont il a été question aux pages 169 et suivantes de ma 11^ partie. Le passage d*Homère que je viens de faire valoir contre l'idée que ce fût du fer y parce qu'il prouve que le sidèros n'était pas susceptible d*une aussi longue durée que ne Test ce métal, me paraît écarter également la conjecture de M. d'Arcet. On a pu voir, aux pages 147 et i48 de cette même partie, que le célèbre chimiste a. adopté mon opinion en ceci^ qu il croit avec moi que la matière qu'Homère a entendu exprimer par ce mot, ne pouvait être du fer proprement
mais qui , beaucoup plus rare encore que ne Tétait l'alliage naturel que je viens de désigner, était réservée pour la confection d'outils et d'instruments servant à des usages fort restreints- C'est de cette matière qu étaient faites certaines des pièces qui composaient ce qu'on appelait le jeu d'Ulysse, et je persiste à croire que les outils et instruments pour lesquels on en faisait usage , devaient être employés plus particulièrement par les artistes et artisans de cette époque , pour la ciselure des métaux, et, sans doute, aussi pour la taille des pierres.
ft J'ai l'honneur, etc.
dit; mais il substitue au cuivre noir la fonte de fer. Or, je ne crois pas que les laboureurs contemporains de Priam eussent pu être dans l'obligation de renouveler les socs de leurs charrues tous les cinq ans, s*ils eussent été de fonte; mais ce que je connais de la nature du cuivre noiriae fait concevoir parfaitement que, si les instruments aratoires de ce temps étaient faits de cette matière^ ou éuient simplement armés de cette matière, comme je le penae, ils ne pouvaient être dun,p}qs long usage.
Je ùu^i encpre reniarquer^, pendant que jy^uis, que les expressions du poète, propres, comme elles le sont^ à nous faire admettre quon pouvait prendre assez facilement plus ou moins de parties de cette masse de sidèros, selon les besoins que Ton pouvait en avoir dans ce cours de cinq années, ne disposent point à croire que ce pût être du fer. Il est^ au contraire, fort admissible que ce pAt être une espèce quelconque de cuivre; car si, en effet, cette masse était de cuivref, il suffisait de la faire fondre lorsqu'on voulait en distraire une partie plus ou mpina considérable ; or cette opération , pour ce qui est du cuivre, n'offre aucune grande difficulté.
Explication relative a des citations faites par M. le marquis de Fortia d'Urban. Conjectures touchant les causes qui ont retardé si longtemps l'emploi du fer. Idées de V auteur relatives aux pretnières habitations des hommes.
Le marquis de Fortia d'Urban, à la page 76 du précieux ouvrage qu'il a publié sous ce titre, Homère et ses écrits, s'exprime en ces termes :
(c Hérodote raconte que , pendant qu'Homère se reposait sous un pin, dans l'île de Ghio , le fruit de cet arbre tomba sur lui. Homère, ajoute-t-il, fit les vers suivants sur cet événement :
a Sur les sommets de l'Ida ^ toujours agité par les vents, a est une espèce de pins, différente des tiens et dont les fruits « sont plus agréables. Du sein de cette montagne sortira le (^fer consacré au dieu de la guerre, lorsqu'elle sera occupée a par les Cébréniens. »
« L'historien d'Homère (Hérodote) observe qu'alors des Guméens se disposaient à bâtir Cébrénies, au pied du mont Ida , à lendroit d'oii l'on tire le fer.
« Si donc on n'a commencé à exploiter les mines de fer
du mont Ida qu'après la fondation de Cébrénies, que devient la tradition qui attribue cette exploitation aux Dactiles Idéens? »