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KULMI-COTON. 57
Les feux d'artifice ne se tirent pas toujours sur terre. Quelquefois les aéronautes font partir des fusées et des pétards sous leur ballon. Mais on obtient su itou t des effets remarquables en établissant des pièces flottantes qui se reflètent dans l'eau. On construit, par exemple, un soleil en fixant plusieurs fusées autour d'une jatte. La combustion de la poudre suffit alors pour imprimer un mouvement rapide de rotation à tout ce système.
H nous reste, pour compléter ce qui toucbe aux compositions explosives, à parler du coton-poudre.
Ce fut un entbousiasmc général, lorsque les premiers échantillons de h poudre-coton se répandirent dans le public. Chacun voulait posséder chez lui, essayer de sa propre main cette substance curieuse, ce coton qui, sans changer d'apparence, présentait toutes les propriétés de la poudre à canon. Kt en effet, quoi de plus étonnant, quoi de plus piquant pour un chasseur que de charger son fusil avec une boulette de coton? On en avait presque fait un jouet, et les enfants poussaient des cris d'admiration en voyant la matière s'enflammer rapidement sur la main, sans-y produire aucune brûlure.
Mais d'où venait la poudre-coton et qui l'avait inventée?
En 1832, Braconnot, de Nancy, ayant soumis l'amidon à l'action de l'acide nitrique concentré, cette substance fut dissoute, et en ajouant de l'eau à la dissolution, le chimiste obtint un précipité blanc : c'était la xyloïdine, dont l'une des propriétés est d'être très-combustible.
Six ans plus tard, M. Pclouze analysa ce produit et conclut de ses recherches que le papier et les tissus de lin ou de coton, la cellulose enfin devaient donner des résultats analogues. L'expérience confirma ses prévisions, et la découverte de Braconnot se trouva ainsi généralisée.
M. Pelouze donna à M. Haquienun échantillon de la nouvelle substance pour étudier ses propriétés explosives. Mais M. Ha-
quien mourut et M. Pelouze ne pensa plus à ces expériences.
Le 5 octobre 1848, M. Schœnbein, chimiste de Baie, annonça à l'Académie qu'il venait d'obtenir avec du coton une substance jouissant de toutes les propriétés de la poudre à tirer, et les possédant même à un plus haut degré. Mais M. Schœnbein prétendait garder le secret de sa préparation.
Alors on se souvint de la xyloïdine et des expériences de M. Pelouze, et, comme d'après M. Schœnbein, le coton préparé par lui ne perdait rien de sou aspect naturel, on traita par l'acide nitrique concentré du coton non cardé. On obtint les résultats indiqués par le chimiste de Bàle, et dès ce moment la préparation de la poudre-colon ne fut plus un mystère.
Des essais lurent pratiqués de toutes parts : on crut que l'application de cette curieuse découverte allait ouvrir une ère nouvelle à l'artillerie. On verra jusqu'à quel point ces espérances étaient fondées.
La poudre-coton ou pyroxyle n'est autre chose que du colon modifié par l'acide nitrique, auquel on ajoute généralement de l'acide sulfurique pour le déshydrater. L'aspect physique de la matière première n'est nullement changé par la présence des acides, et les nouvelles propriétés qu'il acquiert sont analogues à celles de la poudre à tirer.
Dès 1847, M. Pelouze avait établi une formule d'après laquelle il regardait la poudre-coton comme composée de 24 équivalents de carbone, 5 équivalents d'acide azotique et 17 équivalents d'eau 1 ; des recherches toutes récentes ont fait admettre un équivalent d'eau de plus dans la formule, et les proportions en poids des corps composants peuvent être rc* présentées par les nombres suivants :
Carbone . 2!i parties*
Hydrogène 3,13 —
Oxvgène ÏKi.74 -
Azote 12,15 -*
1 C'Ml'H)", SAzO*.
* MM. Pelouze et Mauivv. — Mémoire ù l'Académie des vieilles sur le pvroxile (1803'.
FULJMI-COTON. 50
La préparation de la poudre-coton était d'une grande simplicité. Pour celte raison et d'autres encore, on la croyait appelée à remplacer l'antique poudre des Chinois et des Arabes : aussi passa-t-elle bientôt des laboratoires dans l'industrie.
La poudrerie royale du Bouchet en fabriqua sur une assez grande échelle.
Le mélange qu'on y employait se composait de 2 parties d'acide sulfurique à 66° 1 et de 1 partie d'acide azotique.
Les liquides étaient contenus dans des vases d'une capacité de deux litres, et dans chacun d'eux on laissait séjourner pendant une heure 2 hectogrammes de coton. Au . sortir des vases, le coton était fortement pressé alin d'abandonner en partie l'excès d'acides; lavé une heure environ dans l'eau froide, puis pressé de nouveau et lessivé pendant vingt-quatre heures. On le passait encore à l'eau froide et à la presse, et enfin on le faisait essorer sur une toile traversée par un courant d'air à une basse température.
Sur 100 de coton ordinaire, on obtenait 165,55 de colonpoudre.
Des accidents survenus par suite de la décomposition spontanée du pyroxyle, et les inconvénients qui le rendaient impropre à l'artillerie, décidèrent l'État à abandonner sa fabrication eu France.
Récemment, en Autriche, le général Lenk, ayant repris i'étude de la poudre-coton, ne désespéra pas d'arriver à de meilleurs résultats et se livra à de laborieuses recherches. Il établit à Hirtenbcrg une fabrique de pyroxyle, par des procédés de son invention, qui sont encore mis en pratique aujourd'hui et dont voici une courte description.
Les trois matières premières employées sont les mêmes :
• En 1849, M. Pelouzc regardait comme le meilleur un mélange de o volume» U aride nitrique et 7 volume* d'acide bulfurique.
60 DÉCOUVEKTES ET INVENTIONS.
le colon, l'acide nitrique et l'acide sulfuriquc; mais les proportions sont différentes : le général Lenk compose son mélange de 1 volume d'açide nitrique et de 3 volumes d'acide sulfurique à 60°.
50 kilogrammes de ce mélange reçoivent 100 grammes de coton, qu'on ne laisse s'imbiber que quelques instauts. A mesure qu'on retire du coton, on ajoute la quantité de mélange nécessaire pour maintenir le liquide au même niveau et ainsi de suite, d'une manière continue.
Le coton est ensuite abandonné à lui-même pendant quarante-huit heures, au bout desquelles il est porté dans une essoreuse mécanique. Cette essoreuse se compose d'un cylindre métallique à jour tournant rapidement autour d'un axe vertical. Grâce à cette disposition, la force centrifuge projette au loin presque tout le liquide contenu dans le coton humide. Les opérations se succèdent ensuite dans Tordre suivant : lavage dans un courant d'eau et immersion de six semaines; deuxième essorage, lessivage dans une dissolution de carbonate de potasse marquant 2 degrés à l'aréomètre de Baumé; troisième essorage et enfin séchage à l'air libre ou dans une étuve maintenue à moins de 20° centigrades.
Pour fermer les fibres du colon et retarder le développement des gaz, M. Lenk a imaginé de tremper la poudre-coton dans une dissolution de verre Au contact de l'air,- il se forme, d'après l'inventeur du procédé, un carbonate de soude, et le silicate insoluble en précipitant forme un enduit résistant.
Le rendement de la fabrique de Hirtenberg est de 155 pour 100, et par conséquent inférieur à celui qu'on obtenait en France à la poudrerie du Bouchet.
Nous savons comment on obtient la poudre-coton. Maintenant la question importante est celle-ci : La poudre-coton peut-elle être employée avantageusement dans les armes à feu?
On ne saurait mieux répondre qu'en faisant connaître les qualités et les défauts de cette substance.
FULMI-COTON. tfl
Nous avons vu que la poudre à tirer ordinaire est d'une fabrication dangereuse, elle se détériore par le transport et l'humidité, elle attaque et salit les armes; elle dégage une odeur et une fumée incommodes.
La poudre-coton s'obtient par des procédés à la fois plus simples et moins périlleux ; elle supporte plus facilement le transport, et, comme elle ne se montre sensible à l'action de l'humidité qu'au bout d'un temps assez long, on peut la noyer, à la seule condition de la faire sécher pour s'en servir ensuite. Laissant très-peu de résidu, elle n'encrasse pas les armes et n'y dépose pas d'ailleurs de corps capables de se combiner au métal et d'en diminuer ainsi la ténacité. Enfin sa combustion s'accomplit sans odeur gênante, et sans cette fumée épaisse qui nuit à la sûreté du tir. Ajoutons qu'un litre de pyroxyle dégage 8,000 litres de gaz environ, en développant une force de projection triple de celle de la poudre à tirer, et qu'elle pèse à peu près trois fois moins que cette dernière.
Ces qualités, très-appréciables sans doute, frappèrent tout d'abord les esprits à l'apparition de la poudre-coton ; mais le temps et l'expérience devaient singulièrement refroidir ce premier engouement.
On a constaté, et les essais les plus récents le conlirment, que la poudre-coton est , d'une conservation extrêmement difficile, et que, si elle ne se décompose pas rapidement sous l'action de l'humidité, eu revanche la plus faible élévation de température lui fait subir d'importantes modifications.
MM. Pelouze et Maurey ont fait récemment à ce sujet une série d'expériences d'après lesquelles il résulte qu'à 90 et 80 degrés le pxroxyle se décompose au bout de plusieurs heures, en donnant un résidu noir charbonneux, qui dégage de l'ammoniaque en présence de la potasse. 11 y a encore décomposition à 60° et à 55°, sans flamme, mais avec dégagement de vapeurs nitreuses. Ces chimistes ont même constaté une détonation de poudre-coton dans un bain d'huile chaulïé à 17°.
Or des températures presque égales à celles que nous venons de citer se produisent assez fréquemment sous la seule action du soleil. D'après les observations nouvelles de M. le général Morin, l'air ambiant n'étant qu'à 24° centigrades , des couvertures de
Fig. 51. — El'lcl île vingt-cinq charges de poudre loton; palissade avant la décharge.
verre peuvent s eebaufler jusqu'à 40 et 50°. Ce savant a aussi constaté, au mois d'août 1864, que la voûte de la Madeleine possédait une -température de 38 à 48°.
Qu'on juge donc de la facilité avec laquelle s'échaufferaient les magasins et les caissons d'artillerie, surtout eu Algérie et dans nos autres colonies!
C'est à ces élévations de tempé-
Fig. 31 - Effet de vingt-cinq ^^.^udre- raturequesont dues coton; palissade après la décharge (expérience faite a •
Newscastie). lcsexplosions signa-
lées depuis 1846, et l'extrême combustibilité du pyroxyle est