PYROTECHNIE, COTON -POUDRE
Feux d'artifice. — Origine. — Feux de Bengale. — Fusées fixes. — Fusées volantes. — Chandelles romaines. — Pétards. — Serpenteaux. — Marrons. — Pots à feu. — Artichauts.— Pièces fixes. ~ Mosaïques. — Perfectionnements de M. Ruggieri. — Lames à feu. — Bouquet*». — Le coton-poudre. — Découvertes par braconnot en 1832. — Recherches de M. Pclouze. — Schœnhein. Application du coton-poudre aux armes de guerre. — Essais récents de* M. Lenck. — Études comparatives par MM. Pelouze et Maurey. — Lecollndion. — Utilisation en photographie et en chirurgie.
Eu Franco, aujourd'hui, un feu d'artifice est devenu le tableau final consacré de toute solennité nationale, et c'est un des spectacles les plus goûtés du peuple. Un jour de fétc, on voit dès le crépuscule la foule empressée se diriger vers la * place où vont s'accomplir les merveilles de la pyrotechnie. On attend des heures entières, on fixe des regards avides sur les échafaudages prêts à s'illuminer. La première fusée est applaudie, acclamée. Des châteaux magiques, des fontaines jaillissantes, des moulins aux ailes de feu, se succèdent en quelques minutes aux yeux des spectateurs ravis.
L'imagination des curieux s'efforce souvent de pénétrer derrière le décor. Quel est le secret de ce magnifique soleil? quelle source fournit une lumière éclatante à ces superbes étoiles dont il ne reste qu'une baguette sans prix? comment obtient-on ces feux de Bengale dont la lueur imite si bien les incendies au théâtre?
On prétend que dès les temps les plus anciens, les Chinois connaissaient parfaitement les feux d'artifice. Ils fabriquaient de la poudre, et comme cette poudre imparfaite fusait plutôt qu'elle ne détonait, il est assez admissible qu'ils eurent l'idée d'appliquer les jets étincelants produits par cette combustion lente à des effets décoratifs.
On a aussi constaté, dans l'Inde orientale, l'emploi de mélanges combustibles fournissant des flammes colorées, et dont la recette se serait transmise par tradition depuis plusieurs siècles.
Les feux d'artifice ne parurent eu Europe qu'après que l'usage de la poudre à canon s' y fut propagé, et les Italiens furent les premiers à pratiquer cet art nouveau dans lequel l'imagination n'est pas sans avoir sa part. Des chroniques rappoitent qu'en 1450 un certain Bartolommeo Capolini fut appelé à Florence par Cosme de Médicis, à l'occasion d'une fête donnée par ce prince, et qu'il représenta 5 l'aide de ses procédés plusieurs scènes de l'œuvre de Dante.
Au dix-septième et au dix-huitième siècle, l'art pyrotechnique fit quelques progrès ; mais au dix-neuvième, les travaux de MM. Ruggieri père et fils l'ont amené au plus haut degré de perfection. Aussi les feux d'artifice, tels que nous les connaissons aujourd'hui, peuvent-ils être regardés eomme des produits d'un art tout moderne.
Trois matières principales entrent dans la composition des feux d'artifice, et ces trois matières sont précisément les éléments constitutifs de la poudre : le salpêtre, le soufre et le charbon. La poudre à tirer elle-même y est fréquemment employée, soit en grains, soit à l'état de pulvérin. On y ajoute diverses autres substances destinées à colorer la flamme ou à augmenter son éclat; ce sont surtout des métaux : le fer, l'acier, le zinc, le cuivre, l'antimoine; puis le camphre, les résines, la poudre de lvcopode, le noir de fumée, le mica, les sels tic strontiane et de baryte, etc.
FEUX ri'ARTIFICR.
On obtient à l'aide de ces mélanges les etïets les pins variés.
Ainsi le fer réduit en limaille produit des étincelles rouges ou blanches. L'acier donne des étincelles très-brillantes, à cause du charbon qu'il contient ; le zinc donne une coloration vert bleuâtre; le cuivre colore la flamme en un vert plus clair. Tout le monde peut constater la belle flamme blanche du camphre, qui prend feu au simple contact d'une al lumette.
C'est avec le mica jaune, contenu en grande quantité dans la poudre, que les papetiers appellent vulgairement or de chat, qu'on obtient les pluies d'or. La poudre de lycopode fournit des feux roses, l'ambre jaune des feux de sa couleur. Le noir de fumée est employé pour les flammes rouges, enfin les sels de slrontiane donnent une coloration également rouge et les sels de baryte une coloration verte 1 .
La charpente d'un feu d'artifice est établie solidement sur un emplacement aussi vaste et aussi éloigné des habitations que possible; un treillage bas, pour ne point gêner la vue, ou une simple démarcation en cordes doit séparer les spectateurs du lieu de manœuvre. Enfin des pompes sont tenues à proximité, en cas d'incendie.
Telles sont, en quelques mots, les dispositions générales adoptées pour les grands feux d'artifice publics.
Lorsqu'on se propose de tirer des pièces d'agrément, on doit le faire en plein air, dans un jardin ou tout autre, endroi suffisamment isolé : c'est une mesure commandée par lat prudence et par l'autorité, qui ne manquerait pas d'infliger une amende aux délinquants. 11 faut aussi se tenir à distance des fusées, soleils, etc., car il peut arriver que ces pièces partent horizontalement et occasionnent ainsi des accidents très-graves.
i On peut le constater on enflammant de l'alcool auquel on a miMé une petite quantité «le ce* sels.
Dans les décorations pyrotechniques, un des effets les plus féeriques est celui que produisent les feux de Bengale. Placés au milieu des arbres, ils donnent au feuillage un aspect vaporeux et le colorent en même temps de vives nuances qu'on peut varier à volonté au moyen de substances différentes.
La composition des feux de Bengale blancs est : 7 parties de salpêtre, 2 de soufre et 1 d'antimoine ou de chlorure d'antimoine ; ou bien encore celle-ci - ; 4 parties de salpêtre, 4 de soufre, 2 de pulvérin et i d'antimoine.
Pour en faire soi-même la préparation, on tamise grossièrement le mélange, et on le dépose dans des vases de terre ; puis, après avoir recouvert la surface de poudre trèsfine, on dispose par-dessus quelques mèches prêtes à enflammer.
Veut-on un feu rouge, on l'obtiendra en mélangeant 6 parties de soufre avec une partie de noir de fumée, 2 d'anlimoine, 6 de chlorate de potasse et 20 d'azotate de strontiane. Pour les feux jaunes, on emploie 6 parties de soufre, 20 d'azotate de soude, 2 d'antimoine et \ de noir de fumée.
Pour les feux bleus, on peut prendre 6 parties de soufre, 8 de chlorate de potasse, 4 d'antimoine et 5 de cendre bleue anglaise.
50 parties de soufre, 6 de chlorate de potasse, 190 d'azotate de potasse, 4 d'antimoine et autant de noir de fumée fournissent de beaux reflets verts.
Au théâtre, on emploie depuis quelques années des mélanges dus à M. Mayer, et qui ont pour base le chlorure de potassium. La flamme de ces feux est d'une vivacité extraordinaire.
Pour produire un feu rouge clair, on prend des quantités égales des deux compositions suivantes : 4 parties de chlorure de potassium, 1 de soufre, 3 de salpêtre et 1 de soufre.
En ajoutant à la première composition 4 parties de soufre