‹ Découvertes et inventions modernesChapitre 7 sur 16 · INV. I · texte numérisé non relu

INV. I

de guerre. Quelquefois, au lieu de triturer dans des mortiers les trois matières, salpêtre, soufre et eharbou, ou les mélange préalablement dans des tonneaux par l'axe desquels passe un arbre liorizontal auquel un mécanisme communique un mouvement circulaire.

Dans d'autres pays, ou substitue aux pilous des meules de pierre ou de fonte qui pèsent jusqu'à 5,000 kilog. Un arbre vertical porte une paire de ces meules, dont la tranebe roule dans Une auge de même matière, avec une vitesse de 0 U U7.

En deux ou trois beures le mélange intime de 20 kilog. de substances est opéré. Dans certaines manufactures, la composition, au sortir des tonnes, est soumise à l'action d'une presse hydraulique, après l'addition d'un litre d'eau par 10 litres de poudre.

Pendant la Révolution, on employait un mode de fabrieation'expéditif. Les trois matières étaient "pulvérisées séparément sous des meules. Des tonneaux recevaient 75 kilog. de mélange avec 90 kilog. de balles pour la trituration. Au bout de neuf beures on réduisait en galettes* entre des plateaux de bois revêtus de toiles buniectécs, et l'on soumettait au grenage.

La fabrication de la poudre de mine ne diffère essentiellement de celle des autres poudres que par le dosage des éléments. On emploie de préférence le charbon de bois blanc, (pie l'ou trituie en même temps que le soufre. Le mélange, mis dans des tonnes avec des gobilles de cuivre, est agité pendant cinq heures. En augmentant la proportion de soufre, on obtient une poudre moins forte et qui brûle moins vite, de sorte que l'explosion n'outre-passe pas par sa violence le résultat désiré. 11 pourrait aussi se faire, si la combustion était trop rapide, qu'on n'obtint aucun effet; car il faut que la force ait le temps de se transmettre dans toute la masse du mobile.

FAlilUGATION DE LA POUDRE.

On a quelquefois fabriqué une pondre blanche pour laquelle on donne les deux recettes suivantes :

l>OUDl;L ULANCtlE OMMKAinE :

Salpêtre 10 partit*.

Soulre i —

Sciure de sureau 2 —

l'OLIHU: BUNCIIK FtXMI.NA.ME :

Salpêtre. , 3 parties.

Soufre i —

Crème de tartre 2 —

La poudre blanche est moins forte que la poudre grise.

Les Anglais opèrent toujours la carbonisation en vase clos, et triturent généralement le mélange sous des meules. Dans leurs manufactures, la granulation s'effectue à l'aide de disques de bois, sur des cribles adaptés au nombre de trente à un même châssis mû mécaniquement. Pour lisser la poudre, on l'introduit dans des cylindres de canevas animés d'un mouvement de rotation. Enfin on a adopté des sécheries à vapeur ainsi disposées :

Des tablettes en bois superposées reçoivent un certain nombre de plateaux de cuivre sur lesquels la poudre est étendue. Des tubes régnent à chaque étage et contournent les plateaux; on y fait passer un courant de vapeur et l'on a soin de maintenir la température au-dessous de 50° centig.

A Berne, voici le procédé qu'on emploie : 6 ou 7 kilog. de mélange seulement sont introduits dans des mortiers de bois plus petits que ceux de nos manufactures françaises, et là les matières sont battues par des martinets ou gros marteaux. On obtient ainsi des morceaux de 2 ou 3 centimètres cubes.

Pour lesgrener, on les soumet pendant une heure et demie à Utv mouvement de rotation daus des sacs ou cylindres en grosse toile.

En Belgique, à la poudrerie de Welteren, on opère la carbonisation du bois au moyen de la vapeur d'eau surchauffée.

40 DÉCOUVERTES ET ISVESTKttS.

Les avantages et les inconvénients de la poudre à tirer fournissent matière ù de longues discussions.

Une grande combustibilité à une température relativement peu élevée, et une inflammation faci'e, la propriété de dégager un volume de gaz beaucoup plus considérable que le sien propre, enfin un mode de préparation qui ne nécessite qu'uu mécanisme assez simple : tels sont les avantages de la poudre préparée d'après les procédés modernes.

Employée dans les armes à feu, elle brûle couebe par couche avec une régularité suffisante pour la sûreté du tir.

Destinée à faire sauter les mines, elle accomplit un travail dont aucune machine connue n'est capable, ou qu'elle n'accomplirait qu'en un temps fort long. Avec le concours de l'électricité, elle peut agir sous l'eau, à condition d'être garantie de l'humidité par une enveloppe imperméable.

Mais malheureusement ces avantages, que tout le monde est à même de constater, sont balancés par des inconvénients si nombreux, qu'il est bon de les classer pour s'en faire une juste idée.

Lorsque le mélange des trois éléments a été introduit dans les mortiers pour être soumis à l'action des pilons, il peut arriver de deux choses l'une : ou qu'il soit resté dans les matières des grains de sable et des petites pierres qui dégagent des étincelles par la percussion, ou que le charbon mouillé et nouvellement préparé prenne feu spontanément. Les meules et les presses nolfrent pas moins de danger que les pilons : des accidents malheureusement trop nombreux sont fêt pour le prouver. •

Il faut donc veiller à ce que le salpêtre, le soufre et le charbon soient aussi purs que possible.

Un choc, la marche avec des chaussures garnies de clous ou qui ont entraîné des graviers, peuvent aussi enflammer les poussiers répandus sur le sol de la poudrerie et logés dans les interstices des planches et des cloisons.

FARMCAT10X DE l\ POIÎDP.E. 41

Le grenage, le lissage, le séchage artificiel, amènent parfois des explosions. Dans les deux premières opérations, la formation des poussiers accompagnée d'un frottement continu en est la cause. Le séchage artificiel, dont nous avons déjà donné une niée expose facilement à une surchauffe dangereuse les plateaux sur lesquels la poudre a été étendue.

Une fois fabriquée, la poudre est sujette à l'inconvénient de se détériorer par suite de ses propriétés hydroscopiques très^prononcées ; c'est dire que l'humidité lui enlève tonte efficacité.

L'emmagasinage, qui suit la fabrication, n'est pas sans offrir des difficultés sérieuses.

Qu'on établisse au milieu des villes des magasins renfermant des centaines de kilogrammes d'une substance inflammable et si destructrice, on exposera la vie de toute une population : la première mesure à prendre est donc de tenir les poudrières à une distance aussi grande que possible des habitations. Le meilleur argument en faveur de cette mesure de sûreté se trouve dans la statistique des sinistres arrivés chaque année- Sans vouloir remonter plus haut dans le passé, citons seulement deux accidents survenus en 18(V4 presque en même temps.

Le mardi o octobre, les journaux nous apprenaient l'explosion d'une poudrière à Saint-Pétersbourg. Trente bâtiments furent mis en pièces ou incendiés, et les secousses en ébranlèrent un grand nombre. Six ouvriers furent tués et près de cinquante horriblement blessés.

Le lendemain, des nouvelles d'Angleterre annonçaient que les moulins à poudre de Love Wood venaient de sauter.

Le samedi matin, à sept heures, une explosion épouvantable se lit entendre et l'ébranlement fut tel, qu'on crut d'abord à un tremblement de terre. Tout fut bouleversé à sept milles à la ronde et dix-neuf personnes furent tuées ou blessées. La fabrique renfermait, dit-on, 50,000 barils de poudre qui, en

sautant, n'ont pascausé pour moins dY2Q0 0001. st. de dégâts.

Des précautions de toute nature sont prises pour prévenir l'inflammation des poussiers qui pourraient voler partout en raison de leur légèreté. Les gonds des portes et des fenêtres sont généralement en cuivre, parce que ce métal ne dégage pas d'étincelles par le frottement; on ne pénètre dans les bâtiments qu'avec des chaussures de feutre, après avoir abandonné tout ce qui pourrait mettre le feu, et les magasins sont de préférence construits en bois pour diminuer les ravages causés par une explosion.

Un chimiste anglais, M. Gale, vient de trouver un moyen très-simple, affirme-t-ou, de rendre à volonté la poudre explosive ou inexplosible. Des expériences ont été faites avec succès devant le duc de Cambridge. L'auteur mélange i partie de poudre avec 4 parties de verre pulvérisé extrêmement fin. On peut mettre le feu au mélange résultant sans qu'il se produise aucune explosion. Pour rendre à la poudre ses propriétés premières, il suffit de passer la matière au crible. La poussière de verre très-ténue passe à travers le tamis et la poudre reste au-dessus. Ce procédé pourra assurément rendre des services.

Une matière destinée à subir de longs transports devrait être douée d'une consistance suffisante : il n'en est pas ainsi de la poudre. Le ballottement des cuissons en réduit une partie en poussière, et, d'un autre côté, comme en campagne il n'est pas toujours possible d'employer les précautions nécessaires, l'humidité pénètre souvent à travers les enveloppes.

Une poudre est excellente au sortir de la fabrique, et, au moment d'en faire usage, ses qualités peuvent être notablement affaiblies 1 .

En admettant qu'on observai strictement toutes les précau-

* Cependant ur.o poudre bien fabriquée ppulrse conserver très-longtemps. On en a des échantillons qui datent de Louis XIV.

tions nécessaires pour ne point mettre le feu à la poudre, ou ne serait pas encore assuré contre tout danger : plusieurs etlels mécaniques sont susceptibles de déterminer son inflammation. Entre autres accidents, lorsqu'un canon vient de se décharger, un certain volume des gaz produits par l'explosion de la poudre y séjourne , surtout si la mulière se trouve bouchée, et la compression produite en introduisant une nouvelle charge peut déterminer immédiatement la combustion du mélange gazeux.

MM. Rùtsky.et Grahl affirment, entre autres exemples, que ce phénomène se produisit en 1862 dans un exercice à Vienne.

Par rapport aux armes, la poudre présente deux grands inconvénients : 1° se laissant modifier par les moindres circonstances, elle ne donne pas toujours les mêmes résultats, bien qu'on en emploie la même quantité ; 2° elle produit sur les armes des effets destructeurs très-marqués.

Le degré de pureté des éléments, le moindre changement apporté dans la fabrication, la forme des grains, la température de l'air, etc., influent d une mauière sensible sur le travail mécanique de la poudre.

Mais malheureusement ce travail mécanique ne s'exerce pas seulement sur le projectile, il s'exerce aussi sur les parois de l'arme, qui ne résistent pas toujours à la force développée.

Les poudres les plus brisantes sont celles qui ont été fabriquées avec du charbon roux et qui possèdent une faible densité.

Le soufre a, nous l'avons dit, une grande affinité pour les métaux : aussi arrive-t-il fréquemment qu'il se forme des sulfures au détriment des canons. D'autre part, les résidus rouillent la pièce, et, si elle est rayée, font disparaître au bon 1 d'un certain temps toute trace de rayures.

La poudre doit encore ses propriétés destructives aux résidus solides et liquides qu'elle laisse, après la combustion, dans les armes à feu.

La proportion de ces résidus est d'environ 68,6 pour 100,

DECOUYEttTES ET INVENTIONS.

do matières inutiles et même nuisibles. Cependant elles ne restent pas en totalité dans l'àme des pièces : une partie s'échappe en vapeur et en fumée, l'autre se dépose sous l'apparence d'une masse grise. A l'air la substance prend bientôt une couleur verte et dégage l'odeur de l'hydrogène sulfuré. On lui donne communément le nom de crasse.

En résumé, les résidus forment sur les parois des canons une croûte qu'il faut nettoyer souvent pour leur rendre leur calibre primitif, et, en absorbant une partie de la force de projection, ils diminuent la portée des armes.

Terminons cette énumération rapide des inconvénients de la poudre à tirer en signalant l'incommodité et même les dangers des gaz délétères et de la fumée, produits inévitables de la combustion. La respiration des hommes en est gênée, et lorsqu'une batterie a fonctionné quelque temps, le pointage devient d'une difficulté extrême au milieu d'un épais nuage de fumée.

On le voit, la poudre à tirer que nous fabriquons maintenant est loin de fournir le dernier mot du problème.

C'est ici le lieu de mentionner simplement, jusqu'à plus ample informé, la poudre brune du capitaine prussien Schultze, qui se fabriquerait sans danger d'explosion, produirait très-peu d'encrassement, peu de fumée et coûterait moins cher que la poudre ordinaire. M. Schultze, au lieu de mélanger ensemble du salpêtre, du soufre et du charbon, supprime le soufre qui présente les inconvénients que l'on sait, et le remplace par du bois en poudre que l'on joint au salpêtre quand on veut se servir de la substance explosive. Le bois a été traité préalablement de façon à perdre son hydrogène.

Le canon du fusil devient aussi un petit laboratoire où le bois se carbonise ; il se forme de l'acide carbonique à une très haute température qui atteint une puissance balistique considérable. Cette poudre commence à se répandre en Prusse. Elle est à l'essai en France. Nous ne sommes pas encore en mesure d'apprécier sa véritable valeur.

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