F. PONSARD
La « petite femme » dont parle le poète, était Mademoiselle Marie Dormoy, qui le soigna avec tant de sollicitude, tant de dévouement, et le suivit de si près dans la tombe. Ponsard, quelque temps avant son mariage (18 juillet 1863), lui avait adressé ces vers, dont Toriginal est sous mes yeux :
— D'où viens-tu, fleur de l'oranger ?
— D'un jardin que le Rhône touche ; Des flots le murmure léger M'endormait dans ma verte couche.
Pour Tabeille qui picorait
Ma coupe de miel était pleine ;
La jeune vierge s'enivrait
Des doux parfums de mon haleine,
£t sentait, en me contemplant.
Battre son cœur dans son corsage ; Elle rêvait au bouquet blanc Qui met la rougeur au visage.
Pour moi chaxitait le rossignol Et pour moi scintillait l'étoile ; Le zéphyr arrêtant son vol, Froissait la feuille qui me voile.
Mystère plus suave encor !
Sous les caresses de son aile Déjà se formait un fruit d'or Dans ma corolle maternelle.
— Pourquoi donc fuir ce ciel heureux Où tant de fêtes t'ont bercée ?
— Un pauvre chanteur amoureux Me cueillit pour sa fiancée.
Je n'aurais pas fui mon jardin Pour le corsage des princesses, Et je n'aurais eu que dédain Pour l'union de deux richesses ;
Mais l'union des cceurs me plaît ; Je tiendrai lieu des perles rares.
Des bijoux que le bon Dieu fait Les arbres ne sont pas avares.
Je renonce à mes longs espoirs ; J'aime mieux mon court esclavage, Et mourir dans ses cheveux noirs Que de vivre sur un rivage.
Après avoir écrit la Jeunesse de Louis XI, jouée enl859, M. Jules Lacroix en prit un exemplaire superbement relié, et Toffrit « à la compagne aimable et vaillante qu'il a rencontrée attentive à ses batailles poétiques, » avec ce quatrain :
Ce drame est bien à toi, ce drame que rêvait Le poète, perdu dans ses pensers funèbres.
Triste, épargnant mes yeux déjà pleins de ténèbres, Quand je dictais ces vers, ta main les écrivait.
On sait qu'avant son mariage,. Madame de Balzac, sœur de M"^® J. Lacroix, donnait d'excellents conseils à celui qui devait plus tard être son mari. Elle collabora surtout très activement au roman de Modeste Mignouy publié dans l'origine au Journal des Débats. Aussi Balzac le lui dédia-t-il par ce poétique amphigouri :