CHANSON POUR L
« Enfin, après deux ans, je te revois » — et t'aime
Pour de bon cette fois, A cause de ton corps d'abord, et surtout même,
En raison de ta voix
Si bonne et si calmante et qui dicte des choses
Paisibles à mon cœur Un peu cruel mais doux au fond, telles aux roses
Les épines et, sœur
Presque aimée à cause de ta gente sagesse A travers tant et tant
De gaîté polissonne, et de cette largesse D'un cœur pourtant prudent,
Que ton cœur et mon cœur régnent donc sans conteste
Sur notre vie à tous Les deux — et dès ce soir (ô jour, je te déteste !)
Soyons-nous bons et doux !
Ton cœur est plus grand que le mien Mais le mien peut-être est plus tendre Qui ne sait que ne pas attendre, Tant il serait jaloux du tien,
Si je n'étais sûr de la loi Qu'il faut, chère, que (je te prête), pauvre, Et que riche, je donne en tout aloi Bon et meilleur ou pire, en vrai poète.
Mon cœur est moins grand que le tien Mais le tien peut-être est moins vaste Qui n'aime guère que le faste D'être aimé du mien, et fait bien.