‹ DédicacesChapitre 26 sur 69 · LE PINSON D'E · texte numérisé non relu

LE PINSON D'E

C'est très miraculeux : ce pinson si joli

Qui sautillait d'un air attentif et poli

Tout au bout des barreaux, prêtant sa tête fine

A ma bouche lui sifflant l'air de la Cz-arine,

Il n'est plus ! Le voici sans souffle désormais.

Il avait bien souffert, autant que tu l'aimais !

Maussade, hélas ! et symptôme bien pire encore,

Immobile et muet dans la cage sonore

Du pépiement des autres « hôtes de nos bois »

Et vibrante Dieu sait comme de leurs émois,

De leurs ébats plus fous que les jeux de la houle.

Il s'était accroupi, se contournant en boule,

La tête sous son aile, ayant l'air de dormir.

Et tu gardais l'espoir, cessant de trop gémir.

De le croire en effet endormi... La nuit sombre

Vint, qui nous consola quelque peu. Mais quand l'ombre

Se dissipa, cédant, Soleil, à ton effort,

La vérité nous apparut : il était mort !

Tu reculas d'horreur malgré tout ton courage

Ordinaire, et n'osais le sortir de la cage.

J'accomplis en ton lieu ce douloureux devoir.

Et toi, dépliant en silence un vieux « Chat noir »,

Le replias sur le petit cadavre avec des larmes.

Linceul approprié, symbole non sans charmes !

Nous débattîmes un long temps l'heure et le lieu

Où rendre les derniers honneurs au petit dieu.

Tout à coup tu pris ton panier déjà célèbre

Et partis sans me prévenir du lieu funèbre

Destiné dans ton cœur à l'enterrement dû.

Emportant en ce « char » l'oiseau, bien entendu.

Quand tu revins, t'avais l'air fier et plein de grâce

De quelqu'un ayant fait, sans bruit et sans grimace,

Ce qu'on peut appeler une grande action :

« Je l'ai jeté dans les caveaux du Panthéon ! »

T'écrias-tii, — puis, caria femme est toujours femme, Et tes yeux éteignant soudain leur sombre flamme, Tu repris, et cela me parut aussi beau : « Il aurait peut-être mieux fait sur mon chapeau 1 »

20 février 1893.

0 toi, chaude comme l'enfer, 0 toi, froide comme l'hiver, Douce et dure, on dirait du fer Et de la mousse,

Dure et douce comme la mousse Et le fer, si dure et si douce, Va ! sois toi-même ! Un vent te pousse. Vent de printemps

. BfBUOTHECA

Et vent d'automne, et tant d'aïUans Et de zéphyrs sont palpitants, Dans tes grands yeux mahométans De catholique

Que j'en reste mélancolique

Et joyeux, et sans plus d'oblique

Madrigal, je t'aime !

0 réplique, Diable angélique.

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