POUR SES ETRENNES
Je méprise, vrai ! ces vers-ci Mais j'aime le sujet d'iceux, Les vers sont-ils tendres ou pisseux ?
Mais le sujet est réussi.
Mais j'idolâtre, au fond, ces vers — Parce qu'ils figurent mon âme Pisseuse ou tendre — à telle dame Sur un fond candide ou pervers.
Et ces vers pervers ou candides Seront le témoignage, au fond, De choix qui viennent et qui vont
Et finissent d'après d'avides,
D'avidement cruels désirs
Et tout ! par cire moins perfides,
l" janvier 1894,
Mauvaise, criarde, et ça vaut mieux Qu'en somme bavarde et muette.
Or tel est le vœu de ce poète, De ce poète criard, bavard et vieux.
Ce poète, bavard et curieux, Amoureux avant tout de sa tète Et de ses émotions d'esthète.
Se creuse sa tête d'envieux,
D'envieux plutôt d'être tranquille Comme un naufragé nageant vers l'ile Où se sécher des flots furieux...
Et comme il se cramponne, le poète,
Avec son bagage lâché d'esthète
A cette mauvaise criarde, et ça vaut mieux !