partie de son pourtour par les eaux de la Vistule, I
de la Mottlau, de la Radaune et des inondations i
pratiquées pour sa défense, ne présentait, dans son ]
immense étendue, qu'une vaste plaine déglace très J
épaisse, capable de supporter la plus grosse artil- I
lerie et qui offrait de tous côtés un facile accès aux j
attaques de l'enn < ïmi. \
Tout le développement de cette partie des fortifi- '
cations avait été toujours négligé, comme sufflsam- ;
ment défendu par les eaux, et les ouvrages, presque ;
tous informes ou dégradés, y présentaient à peine :
les moyens de résistance d'un faible camp retrau- :
ché. Les autres portions du pourtour de Dantzig, ■■
qui n'étaient pas protégées par les eaux, n'offraient ]
pas plus de sûreté. Les neiges glacées encombraient
de tous côtés les chemins couverts, de telle sorte ;
qu'on pouvait y pénétrer partout avec la plus grande j
facilité et que cet ensemble de forteresses offrait à i
l'ennemi un développement de 4 à 5 lieues, qu'il J
pouvait aborder aisément sur tous les points et qui»^
aurait exigé , pour être bien défendu , six foiSj
AVANT LE BLOCUS o9
plus de troupes qu'il n'y en avait dans la place.
Ce qui mettait le comble aux inquiétudes des défenseurs de Dantzig, c'était le mauvais état des approvisionnemens. La place, il est vrai, était suffisamment pourvue de grains et de munitions de guerre, mais plusieurs objets essentiels manquaient totalement; il n'y avait ni fourrages, ni bestiaux, presque point de riz, de légumes secs, de viande salée, ni d'eau-de-vie : tout cela avait été enlevé pour l'usage de l'armée et abandonné en grande partie dans les magasins qui tombèrent au pouvoir de l'ennemi.
Telle était la situation de la place de Dantzig lorsqu'elle fut investie au milieu de janvier; sa faiblesse réelle et celle de sa garnison, abimée par les maladies, étaient portées au point que si les alliés avaient pu réunir, pendant la durée des gelées, un corps de troupes considérable , ils auraient été à même de tenter une attaque de vive force avec beaucoup d'espoir de succès, et cette attaque n'offrait point de grandes difficultés dans les premiers momens lorsque les assiégés n'avaient pu venir à bout de rompre la glace.
Par bonheur, le commandement était entre les mains d'un homme à la hauteur de ces circonstances critiques, et que les désastres de la retraite n'avaient en rien démoralisé. Rapp venait de recevoir, à la Mojaïsk, sa vingtdeuxième blessure, il avait encore été précipité à bas de son cheval en couvrant l'Empereur dans les derniers jours de la retraite ; il arrivait de Smorgoni, le nez et deux doigts
gelés, affaibli par les fatigues de cette campagne néfaste ; i mais il n'avait rien perdu de son indomptable énergie. i
Pour prendre la direction des travaux de défense, on lui | avait adjoint le commandant en chef du génie du 10« corps, | le général de division de Campredon, qui avait, en 1806, | dirigé devant Gaëte le premier grand siège régulier de ] l'Empire. 11 était activement secondé par le directeur des •} fortifications de Dantzig, chargé d'exécuter le plan de la ) commission, le colonel de Richemont. ■
Les troupes étaient commandées : la 1' division, par le ^ général Grandjean, déjà vieux divisionnaire, qui venait de > soutenir la retraite depuis la Dwina jusqu'à la Vistule; la I 30" division, par le général Heudelet, le soldat de Hohen- ,| linden, d'Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau, qui arrivait d'Espagne; ' la 33^ division italienne, par le général Detrès qui était venu ■ de Naples à la tête des H 000 hommes de troupes amenés, I en 1812, par le roi Joachim Murât; enfin la 34® division, '} que l'on était en train de former, par le général de brigade | Franceschi.
Le général Lepin, commandant l'artillerie; Cavaignac» commandant la cavalerie; le contre-amiral Dumanoir; les généraux de brigade d'Héricourt, chef d'état-major général, et de Bazancourt, commandant supérieur de la place,; formaient, avec les généraux de brigade Bachelu , prince Radziwill, Breissan, Husson, Gault, Pepe, Devilliers, ua! état-major tel que jamais garnison assiégée n'avait certainement vu le pareil.
Les cadres étaient, de plus, excellents ; on devait, avec du temps, aguerrir ce que l'on avait de troupes jeunes ou démoralisées, mais le danger était imminent; d'un instant; à l'autre, l'ennemi pouvait tenter l'assaut.
45 janvier i8l3. — Les Cosaques se répandent autour de la place et en complètent l'investissement. Ils ne paraissent soutenus que par fort peu d'infanterie, jusque vers la fin du mois.
M. le Gouverneur général donne l'ordre aux divisions qui tenaient encore la campagne à plusieurs lieues de distance, de rentrer dans la place, et il établit le service de l'intérieur sur le pied du blocus. Quoique les Cosaques se soient déjà montrés sur tous les points autour de la place , on parvient encore à faire partir deux colonnes, l'une le 17 et l'autre le 18.
Nos troupes prennent les positions suivantes autour de la place. Les villages d'Ohra, de Stolzenberg, de Schidlitz, de Langfuhr et de Stries sont occupés en entier et les vedettes poussées à quelques centaines de toises en avant. Les maisons qui bordent le fossé sont également occupées. Sur la droite de la Vistule , nos avant-postes s'avancent jusqu'à Bohnsack et, dans l'Inondation, nous sommes maîtres des premières maisons en avant du fort de Lacoste, de Burgerwald et de toutes les autres maisons intermédiaires. Nos troupes font journelle-
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ment des fourrages dans le Werder et dans les j villages en avant de nos avant-postes, tels que: Pitzkendorf, Schônfeld.
Pendant ce tems, le Génie s'occupe de casser les; glaces des fossés de la place et de la Vistule. Ce travail, extrêmement pénible, fatigue beaucoup la garnison ; mais on vient à bout, à force de constance, d'entretenir dans les fossés une cunette de trente pieds de largeur. On relève les glaces de cette cunette du côté de la place, et on en forme un obstacle au moins aussi difficile à franchir qu'ua'j rang de palissades. |
Le dégagement des glaces de la Vistule ne réussit 1 pas aussi bien, et elle reprend plusieurs fois malgré les soins que l'on met à l'entretenir libre. On s'occupe en même tems de fermer la trouée en aval de la Mottlau par un bastingage placé sur le pont i du bateau et formant courtine. Et on a soin d'en-j tretenir en avant un large fossé, derrière lequel i sont deux rangs de chevaux de frise. |
Le pont de l'écluse d'amont est également cou-1 ronné par un bastingage, et l'entrée de laRadaune fermée par des chevaux de frise et défendue par| un bastingage en arrière. ]
NOTE ^ i
Les difficultés n'étaient pas moindres pour les tra*'
1. Nous donnons, sous le titre de note, des appréciation.'! sur les événements du siège, écrites, en 1814, par le général de' Ganiprcdon.
vaux des fortifications, qu'il fallait entreprendre presque sur tous les points, d'après l'état d'imperfection où se trouvaient les ouvrages. La terre était gelée à une assez grande profondeur et l'on ne pouvait l'ouvrir avec les plus forts instrumens, qu'après l'avoir amollie par de grands feux. Ces travaux furent suivis sans interruption jour et nuit malgré un froid de plus de 20°. L'armement de la place en artillerie exigea aussi de grands travaux *, de même que l'extension des hôpitaux, des magasins à poudre et des établissemens militaires de toute espèce, tels que les moulins à moudre les grains; car tous ces objets avaient été entièrement négligés dans un tems où l'on ne songeait qu'à l'offensive et où l'on n'imaginait pas que, de très longtems, Dantzig pût être exposé à soutenir un siège.
Mais tous ces soins n'auraient servi à rien, si l'on n'avait pris des mesures vigoureuses, afin de pourvoir au défaut d'approvisionnemens en vivres et fourrages; et sans le succès de ces mesures, la place devait tomber très promptement. Il était donc de nécessité absolue de tenir les dehors à une grande distance, afin de conserver les ressources précieuses que fournissaient les faubourgs ainsi que plusieurs villages, dont quelques-uns s'étendaient jusqu'à plus d'une lieue de Dantzig. C'était sans doute une entreprise hardie de chercher à se
l.En février, on comptait 500 pièces en batterie. Relation d« la défense de Dantzig en 1813, par P.-H. d'Artois, Paris, 1820.
maintenir dans un si grand espace avec une garnison très affaiblie et accablée de service.
L'ennemi, qui sentait l'importance d'ôter ces ressources à la garnison, renouvela plusieurs fois ses attaques pour parvenir à la resserrer plus étroitement. Ce fut l'objet de plusieurs combats à la suite desquels les assiégés conservèrent toutes leurs positions.
'i^'^ février. — L'ennemi commence à montrer des masses d'infanterie et à inquiéter nos fourrages. — Reconnaissances le 2 et le 3 février. — Il attaque, le 4 février, le village de Langfuhr et s'en empare. On envoie le lendemain les Napolitains commandés par le général Detrès ^ pour le reprendre; mais leur attaque n'ayant pas réussi, on la renouvelle le jour suivant avec des Polonais et on chasse complètement les Russes non seulement de Langfuhr, mais même de Stries. Quelques jours après, un chef de bataillon de la Lippe 2, s'étant avancé imprudemment et sans ordre en avant du Zigankenberg, avec trois cents hommes environ, fut blessé et enlevé avec toute sa troupe. Seul, le major de Horadam parvient à rentrer dans la place.
Dès que nous eûmes repris Langfuhr, on crénela les deux maisons de ce village les plus rapprochées de la place afin de donner à la réserve, placée à
1. Detrès ou d'Estrées, venu de Naplos à la tôte des 11.000 hommes de troupes qu'avait amenés Murât. — Le coloiu'l Dcgennero et le colonel Farine prirent part à cette affaire. Rapport.