ARRÊTE
Art. 1". — Tout habitant qui n'est pas compris ïur un rôle des contributions de la ville, ceux qui n'ont pas été taxés à l'emprunt forcé quitteront la place dans les vingt-quatre heures.
Art. 2. — Une commission sera nommée pour juger les droits de ceux qui prétendraient rester en ville, et où chacun de ceux qui ne sont pas compris dans l'exception précitée devront se présenter sur-lechamp.
Art. 3. — Cette commission sera présidée par le général, chef d'état-major général du corps d'armée et composée de quatre officiers d'état-major, du directeur et de l'inspecteur des douanes impériales et de deux membres de la commission de logement.
Elle siégera dans une des maisons voisines de la porte Petershagen.
Art. 4. — Monsieur le général comiLandant supérieur de la place et le commandant de la gendarmerie feront faire chacun (^e leur côté les recherches nécessaires pour atteindre ceux qui ne doivent pas rester en ville et afin de les en faire sortir dans le délai prescrit.
Les dispositions seront faites aussi pour que ceux qui en seront sortis ne puissent pas y rentrer.
Dantzig, le 19 août 1813.
S-jné : Comte Rapp.
Pour copie conforme :
Le général de brigade chef de l'état-major général du 10'"- corps d'armée.
24 août. — Lors de la cessation des hostilités, la garnison était dans l'état le plus florissant. Elle avait considérablement diminué en nombre par les maladies terribles qui l'avaient désolée depuis son entrée à Dantzig jusqu'à la fin d'avril, mais ce qui restait se trouvait composé d'hommes aguerris et acclimatés et elle pouvait mettre environ 12 ou 15 mille baïonnettes en ligne.
Deux mois auparavant , on pouvait à peine réunir 7 à 8 mille combattans. Le repos que lui donna l'armistice mit fin à toutes les maladies et donna le tems de faire une ample récolte de fourrages sur la grande étendue de terrain dont on avait conservé la possession depuis le commencement du blocus*. Les fortifications étaient dans l'état le plus respectable 2, Ces avantages compensèrent fortement la consommation que nous fûmes obligés de faire de nos provisions, les Russes ne fournissant pas toutes les rations dont ils étaient convenus.
Les Russes profitèrent du tems qui devait s'écouler entre la reprise des hostilités et cette première dénonciation de l'armistice, pour établir une chaîne de redoutes ou d'épaulemens allant depuis
1. Lamajeure partie des vivres fut emmagasinée dans les vastes entrepôts de sept à huit étages de Speichcr-Insel, organisés en un commandement spécial.
2. Le génie avait su utiliser les énormes quantités de bois renfermées dans la place, en revêtements, palissades sur deux ou trois rangs, blockhaus ; confirmant une fois de plus, avec bonheur, l'opinion si souvent émise par Napoléon qu'avec de la terre et du bois on peut cr ^er de toutes pièces des fortilications en état de résister à un siège régulier.
L'ARMISTFCK 121
la tète d'Ohra jusqu'en avant de Pitzkendorf.
De notre côté, on complétait tous les travaux de la place. On perfectionna les ouvrages du Zigankenberg, la batterie à gauche de l'allée, et l'ouvrage de Kabrun; enfin on commença deux batteries à gauche du Bischofsberg, qui prenaient d'excellentes vues sur les crêtes qui couronnent le village de Schottland et d'Ohra.
La garnison de Dantzig tenait alors la position suivante :
La division du général Heudelet occupait Ohra, Schottenhauser, Stolzenberg et Schidlitz en entier et poussait ses vedettes à 200 toises en avant de ces villages,
La division du général Grandjean occupait le village de Zigankenberg, le plateau en avant et le contrefort qui forme la vallée de Kônigstahl, les villages de Langfuhr, de Stries et de Neu-Schottland, avec une chaîne de postes allant jusqu'à la Vistule.
Les avant-postes de la garnison de Fahrwasser étalent bien liés avec ceux de Neu-Schottland, en sorte que la communication avec Weichselmûnde par la rive gauche de la Vistule était parfaitement libre.
Sur la droite de la Vistule, nous occupions Heubude, et au côté de l'Inondation, nos avant-postes ^'avançaient jusqu'à Burgerwald, sur la digue de la Mottlau.
Le corps de blocus occupait de son côté la position suivante : la redoute la plus à gauche de la ligne était placée sur une hauteur, près la route
122 DÉFENSK DE DANTZIG
d'Ohra à Saint-A.lbrecht, à toises environ de la
tête d'Ohra et se trouvait disposée de manière à enfiler la rue de ce village.
Une seconde redoute se trouvait à gauche de celleci, dans une position qui avait un grand ascendant sur le plateau en avant du petit bois d'Ohra. Une troisième redoute se trouvait placée sur le penchant d'un mamelon bien prononcé et étendait son influence sur le plateau dont nous avons parlé précédemment, et sur la tête du village de Schottenhauser.
Plus à gauche, en avant de Schônfeld, se trouvaient deux redoutes éloignées à peu près de
toises de la tète du Stolzenberg.
Enfin, de l'autre côté de la vallée de Schidlitz, était une première redoute qui enfilait la grande rue de ce village et une seconde en avant du Zigankenberg. Les autres travaux de l'ennemi consistaient en quelques épaulemeus qui s'avançaient jusqu'à Diwelkau.
Tous ces ouvrages avaient très peu de consistance et se trouvaient environ à 1.200 toises de la place.
Tout faisait supposer au 24 août, jour de la reprise des hostilités, que les attaques régulières allaient commencer. L'assiégeant, désormais en force, allait sans doute chercher à resserrer l'assiégé dans la place, à ouvrir la première parallèle le plus près possible du front d'attaque, à cheminer en zigzag pour tracer la seconde, puis, au pied môme des glacis, la troisième ; ce sont là les préliminaires obligés de l'assaut d'une place forte réguliôrcment défendue. Celle-
L'AKMISTICE 123
ci doit fatalement succomber un jour ou l'autre, si elle n'est pas secourue. L'assiégé met sa gloire à retarder, jusqu'aux dernières limites du possible, la reddition.
Il ne pouvait plus être longtemps question pour la garnison de Dantzig de tenir au loin la campagne ; la nécessité lo conserver les récoltes ne l'exigeait du reste plus et le terme éloigné, fixé par l'Empereur à la délivrance promise, commandait au gouverneur de ménager ses forces. 11 eût tté peu sage de les hasarder contre des lignes aujourd'hui lortifîées, munies de canons de gros calibre et défendues par une armée qui devait compter jusqu'à cinquante et soixante mille combattants. Mais, s'il renonçait à aller frapper l'ennemi dans son camp, Rapp ne pouvait que difficilement se résoudre à se renfermer, suivant la règle commune, d'ores et déjà derrière ses murailles, à abandonner, sans en tirer parti, ce que, durant huit mois, il avait occupé en maître ! L'officier général du génie, chargé de diriger la défense régulière, lui donna le moyen d'uti" liser.au plus grand avantage de la résistance, la vaste zone que la bravoure de la garnison nous avait jusque-là conservée.
Le général de Campredon, avant d'être plus connu comme savant ingénieur, dont les ouvrages couvrent encore la Lombardie et le royaume de Naples, s'était fait un nom à l'armée d'Italie par son habileté à mettre l'art de fortifier au service désarmées en campagne ^. Les travaux exécutés daas les circonstances les plus critiques, durant la longue défense des Apennins, de 1799 à 1800, et la célèbre défense du' Var, l'avaient, jeune général, signalé aux yeux de Bonaparte. Il allait à Dantzig, aux côtés de Rapp, employer avec bonheur les mômes moyens qui lui avaient une première fois réussi avec Suchet.
Par quelques ouvrages habilement ménagés, faits rapi-
1. Mathieu Dumas. Précis des événements militaires, campagne de 1800, I, 205.
dément au fur et à mesure des besoins, utiles à la défense» mais sans utilité pour l'attaque, si les Russes venaient à les occuper, il chercha à éloigner de la place le point de départ des coups de l'assiégeant. Il retardait ainsi le bombardement que l'on pouvait redouter, il forçait l'ennemi h un développement considérable de tranchée, ralentissait ses approches, le frappait jusque derrière ses abris sans exposer la garnison en rase campagne- La lutte allait s'engager à coups de pioche autant qu'à coups de fusil, rappelant par ses singularités, la marche d'une vaste partie d'échecs.
Le corps du génie devait désormais travailler sans cesse sous le feu, avec cette bravoure froide, plus admirable peut-être que le courage du soldat surexcité par la lutte. Il allait, en première ligne, construire, réparer, défendre ses ouvrages, guider nos entreprises contre ceux de l'ennemi, déployer les qualités qui lui avaient valu, devant ces mêmes murailles, le fameux ordre du jour de 1807 terminé par ces mots : « les sapeurs se sont couverts de gloire ! »
La facilité des transports par mer avait donné le moyen à l'ennemi de réunir aisément une immense artillerie.
Une nombreuse flottille, soutenue par une escadre légère, bloqua de bonne heure le port de Weichselmùnde et dirigea par intervalles un feu très violent contre la forteresse qui le défend; deux cents chaloupes canonnières ou bombardes portaient des pièces de 24, do 26, et de gros mortiers, toute cette artillerie était parfaitement servie, tant par terre que par mer.
Les assiégés, jugeant par ces grands préparatifs
et par la force de l'armée ennemie que les attaques ne tarderaient pas à être poussées avec beaucoup de vigueur, avaient pris des mesures très actives, afin de tâcher d'en ralentir la marche, et voici le plan qui fut adopté pour cela. Pouvant présumer avec beaucoup de certitude quelle serait la partie de la place sur laquelle l'ennemi dirigerait ses approches, les assiégés se hâtèrent d'occuper, par de nouveaux ouvrages, des positions très avancées avantageusement situées pour obliger l'ennemi à commencer ses opérations de fort loin, et d'où l'on pouvait battre de flanc les cheminemens qu'il aurait à faire pour arriver jusqu'à la place. La difficulté était de construire et d'armer assez rapidement ces nouveaux ouvrages, faits sous le feu de l'ennemi, et qui exigeaient un immense travail pour qu'ils pussent remplir leur objet; c'était une grande entreprise, mais elle fut exécutée avec beaucoup de bonheur, grâce à l'activité et au courage des troupes K
i. Ajoutons: à l'habileté et à l'énergie des officiers. Ces notes, faisant partie d'une notice écrite par le général de Campredon f;ous les auspices du Gouverneur et destinée à être présentée au Roi en 1814 par Rapp lui-môme, parlent rarement de ce qui revient au Gouverneur et à ces officiers dans la glorieuse résistance de Dantzig. C'est pure modestie , et l'on peut affirmer, sans faire tort aux troupes, que c'est au général Rapp, et en second lieu à son état-major, qu'est en majeure partie dû le résultat obtenu.
Journée du 2â août. — L'armistice est rompu le 24 août à midi.
L'euiiemi conserve les positions indiquées à l'article précédent et couvre toute sa ligne d'un grand nombre de vedettes.
Nos troupes conservent les positions indiquées dans l'article précédent; seulement on rapproche nos vedettes de nos avant-postes.
On entreprend trois nouveaux ouvrages intermédiaires entre ceux du plateau du Zigankenberg et la batterie déjà commencée sur un mamelon très élevé à gauche de l'allée de Langfuhr. On commence également à travailler à la coupure dans le village d'Ohra qui doit faire système avec la maison crénelée et palissadée dans le mois de mars.
Non content, en effet, d'organiser la défense de la place même et d'avoir mis dans un état respectable ses fortifications, le génie, apportant aux opérations régulières l'esprit d'audace qui avait présidé à celles du blocus, portait à l'extérieur ses travaux. Au lieu de faire reculer la garnison derrière ses murailles, il utilisait, au grand avantage de la résistance, la vaste zone que nous avions, durant huit mois, occupée en maîtres. Avec des ouvrages de campagne habilement ménagés, faits en peu de temps, sous le feu de l'ennemi et au fur et à mesure des besoins, il organisait
un système de défense lointaine qui allait faire de cette phase du siège un exemple sans précédent.
Les attaques régulières ne pouvaient être dirigées contre Dantzig que de l'ouest, les autres fronts étant couverts par l'Inondation et par l'île du Holm. L'ennemi, en partant de Langfuhr, dans la plaine qui sépare les hauteurs de la mer, devait aborder le front d'Oliva; ou, partant du Zigankenberg, cheminer sur les hauteurs, comme nous l'avions jadis fait nous-mêmes, contre le Hagelsberg; ou encore, diriger ses coups contre le Bischofsberg en ouvrant la tranchée sur le Stolzenberg. Ses premiers mouvements devaient bientôt révéler ses intentions et nos ingénieurs se préparaient à régler sur eux leurs travaux.
En avant de l'Hagelsberg, sur la place même qu'avaient sillonnée nos tranchées de 1807, le génie traça un vaste camp retranché, formé d'une série de lunettes ayant vue sur les plateaux et sur la plaine. Trois redans, établis en juin pour soutenir nos avant-postes du Zigankenberg, furent utilisés.
A leur droite, en se rapprochant de la place, on construisit sur des hauteurs escarpées trois lunettes qui se liaient à une batterie établie pendantleblocus au-dessus des allées d'Oliva 1. En travers même de cette allée, on fut amené plus tard, après l'évacuation du poste trop avancé deKabrun, à établir une coupure solidement armée, flanquée bientôt à droite par la batterie Gudin ou de la Briqueterie et, plus à droiteencore, parles batteriesLiédotetdu Moulin, dans l'île du Holm, au bord même du fleuve, inexpugnables derrière cet abri. L'ensemble jetait à l'ouest de Dantzig, en avant du Hagelsberg, un saillant énorme soutenu par un camp de baraques, plaçait la porte d'Oliva, déjà prise en écharpe par les ouvrages du Holm, comme au fond d'un entonnoir, et la couvrait d'un premier rang d'obstacles difficiles à franchir.
4. Ces batteries portaient les noms do Kirgener, Istrie, Caulaincourt, Deroy, Grabo\vski,Montbrun, Aller- Engel, Gudin.
LE SIEGE i»
Mais le camp retranché avait, de plus, l'avantage de commander à sa gauche le vallon de Schidlitz et d'étendre, au delà, son influence sur le plateau du Stolzenberg. Il allait obliger l'assaillant, qui aurait voulu de ce côté ouvrir la tranchée, à rejeter ses travaux vers les hauteurs voisines d'Ohra que nous occupions et qu'il lui fallait enlever. C'était, avant d'aborder le fort du Bischofsberg, deux sièges à faire *. Car le triple faubourg d'Ohra, formant une ligne continue de maisons prises entre l'Inondation et les hauteurs, pouvait être sérieusement défendu, bien qu'il n'eût pas été jusque-là fortifié.
Campredon y avait fait entreprendre, en travers de la route de Dirschau, la coupure dont il est question à la date du 2i août, s'appuyant, à gauche, à l'Inondation, à droite, à des maisons crénelées et à des palissades établies lors du blocus. Elle barrait la route, soit à une attaque par la tête d'Ohra, soit à une attaque venant de la droite par le vallon de Schonfeld. Eu avant, une longue ligne de maisons était organisée pour la résistance. A gauche, dans l'Inondation, des batteries flottantes devaient prendre l'ennemi en écharpe ; tandis qu'à droite, un peu en arrière, sur la hauteur du Jésuitenberg, on avait tracé deux ouvrages de campagne, se flanquant l'un l'autre, réunis par une levée de terre, de manière à former comme un ouvrage à cornes, dont l'influence s'étendait tant sur Ohra que sur le Stolzenberg. « Ils appuyaient le flanc du village, empê-
1. Le seul exposé des travaux faits à l'ouest et au sud de Dantzig répond sufDsamment au reproche, qui a été formulé contre les défenseurs de la place, de n'avoir su prévoir que l'attaque contre le front d'Oliva. Ils avaient prévu et l'éventualité d'une attaque contre le Hagelsberg, puisqu'ils s'étaient arrangés pour la rendre à peu près impossible, et l'éventualité d'une attaque contre le Bischofsberg, que les ouvrages du camp retranché et les redoutes (le Frioul devaient empêcher d'aboutir tant qu'ils resteraient debout, comme l'événement le prouva. Au début, il est vrai, les lîfforts du génie se portèrent surtout vers le front d'Oliva; mais l)arce qu'à ce même moment l'ennemi dirigeait ses attaques Goutre ce point.
chaient qu'il ne fût tourné, éloignaient l'ennemi, le dépassaient et l'empêchaient de prendre des prolongemens tant qu'il ne serait pas parvenu aie lui enlever.» (Voir Rapport du G^' de Campredon.) Un chemin spécial, constamment défilé des feux de l'ennemi, les mettait en communication avec la place. « Toutes ces redoutes devaient 'être palissadées à la gorge et dans les fossés ; on devait y faire des corps de garde, magasins à poudre, y mettre de l'artillerie.»
De plus, en avant d'Ohra et du Jésuitenberg, nos avantpostes, qui s'étaient d'abord couverts contre les attaques des Cosaques par un simple fossé, avaient petit à petit établi de véritables retranchements sans tracé régulier. Ils formaient, avec quelques maisons crénelées, sous les noms de postes de l'Étoile, du Lieutenant, du Capitaine, du Sergent, etc., une première ligne qui résista, par la suite, aux attaques répétées de l'ennemi.
Depuis l'Inondation jusqu'à la Vistule, sur tout le front d'attaque, dès le 14 août, le génie remuait la terre; mais c'était dans la direction de Langfuhr que se portait avant tout son activité.
Nuit du 2à au 25 et journée du 25. — Rien de nouveau sur la ligne.
On continue les travaux entrepris.
Nuit du 25 au 26 et journée du 26. — Vennemi j lance de ses avant-postes quelques fusées incen- \ diaires. Il en tombe dans le quartier de Neugarten î et dans Langfuhr, sans qu'il en résulte aucun 1 accident. Le but de l'ennemi était de profiter d'un | vent très violent, mais il lui fut plus funeste qu'à i nous ; six de ses canonnières allèrent à la côte. |
On continue les travaux entrepris et on termine ^ l'armement des batteries du Zigankenborg, de la i
grande batterie à gauche de l'ailée, de l'ouvrage de Kabrun, et des deux batteries élevées à gauche du Bischofsberg sur le mamelon du Jésuitenberg.
Nuit du 26 au 27 et journée du 57. — L'ennemi arme la batterie qui domine la tète d'Ohra.
11 inquiète assez vivement tous nos postes avancés, mais sans résultat.
On continue les travaux entrepris ainsi que larmement des batteries.
Nuit du 27 au 28 et journée du 28. — Nos avantpostes. d'Ohra ayant, dès le matin, escarmouche avec l'ennemi, dans l'intention de lui faire quelques prisonniers pour en tirer des renseignemens, l'ennemi, après avoir réuni ses forces, nous enlève la tête du village et le petit bois qui est à droite. Notre réserve, protégée par l'artillerie des deux batteries en arrière, attaque et reprend ces postes vers 11 heures du matin ^
L'ennemi a pénétré jusqu'à la grande église. L'affaire a duré cinq ou six heures et a été terminée avant midi.
On continue les travaux entrepris et on s'occupe particulièrement des logemens à établir dans les ouvrages avancés.
L'attaque de l'ennemi faisant juger impossible d'occuper la tête du village d'Ohra, on se détermine à l'évacuer en cas d'attaque sérieuse et à se
1. Major Legros, capitaine Capgran, Sabatier, Joly de la Tour. (Rapport.)
retirer derrière la coupure à laquelle on travaille i
avec une nouvelle activité. ]
Nuit du 28 au 29 et journée du 29. — L'ennemi l
attaque de très grand matin Langfuhr et Ohra. ■•
Il pénètre trois fois dans le premier village et trois '
fois il en est repoussé en éprouvant des pertes con- j
sidérables ; il reste maitre du grand et du petit Bel- ■
véder. ]
Monsieur le Gouverneur Général, pour le forcer :
à abandonner cette position, se détermine à un j
mouvement hardi sur Pitzkendorf où les Russes :
forment leurs rassemblomens ; ce mouvement j
réussit très bien, 34 pièces canonnent bientôt les J
retranchemens ennemis, le général de brigade \
Lepin dirige en personne son artillerie. Nos l
troupes se jettent, avec une grande impétuosité, sur .
les lignes ennemies, enlevant plusieurs redoutes ^ ^
faisant environ 150 prisonniers et obligeantl'ennemi \
à évacuer le bois qui couronne la crête qui longe j
le village de Langfuhr. Nous n'étions plus séparés j
du camp de Pitzkendorf que par un ravin, mais ]
la journée était trop avancée pour pousser plus {
loin et les troupes étaient harassées. Mais lors- |
qu'elles se retirèrent vers le soir, ne pouvant tenir ^
dans une position aussi avancée, l'ennemi se pré- j
senta de nouveauen force, et s'établit définitivement >
1. La cavalerie tourna les redoutes et y entra à cheval. Le sous-lieutenant Genturionne, âgé de 18 ans, fut tué en pénétrant le premier dans l'une d'elles. Il sortait des pages do l'Empereur. Le lieuteuaut Besançon fut aussi tué. (Rapport.)
LE SIÈGE i33
aa grand et au petit Belvéder. L'attaque sur Ohra fut arrêtée vers trois ou quatre heures de l'après. midi. Le tems était affreux ce jour-là, c'est le seul dimanche jusqu'à cette époque, où il n'y ait pas eu de parade. L'affaire commençait au moment où l'on allait rendre visite au Gouverneur.
On continue les grands travaux.
Nuit du 29 au 30 et journée du 30. — Rien de nouveau sur la ligne. L'ennemi continue d'inquiéter nos avant-postes.
On continue les travaux entrepris.
Nuit du 30 au 31 et journée du 31. — L'ennemi, établi au poste du petit Belvéder et à la maison Hoffmann, inquiète la communication avec Langfuhr.
L'artillerie fait travailler pendant la nuit à des épaulemens sur le contrefort qui borde la vallée de Kônigstahl en face du grand et du petit Belvéder. Le génie pratique des rampes en arrière dans le courant de la journée. Ce travail fut légèrement inquiété dans la soirée , mais personne ne fut blessé.
Pendant le mois d'août on a fait sortir beaucoup d'habitans qui n'avaient pas de quoi se nour rir, le nombre s'en est élevé à plusieurs milliers. Vne grande quantité avait déjà émigré depuis le commencement du blocus. On estime que 3 à 4 mille avaient péri de la maladie épidémique qui a régné jusqu'à la fin d'avril, en sorte que la populationde Dautzig, qu'on évaluait à environ trente mille
âmes (y compris les faubourgs), au commencement de 1813, se trouvait probablement réduite à environ j vingt mille, à la fin d'août. !
Nuit du 31 août au i" septembre et journée du l^\ — L'ennemi se fortifie au grand et au petit Balvéderau moj-en d'une levée déterre suivant les contours du terrain, et continue à tirer sur tout ce qui se présente au débouché de Langfuhr.
L'ennemi canonne Fahrwasser depuis 10 heures du matin jusqu'à 2 heures. Il avait environ 60 bâtimens en ligne.
Le village de Langfuhr étant absolument entouré par la position de l'ennemi, et la communication devenant de plus en plus difficile, on présuma bien qu'il serait attaqué incessamment, et on s'occupa dans la journée à reconnaître une position en arrière qui permît de tenir la ligne de Kabrun-Schellmuhle etdela2™'' Legau,afin de conserver toujours la communication avec Weichselmùnde, par la rive gauche de Vistule.
Nuit du ^" au 2 et journée du 2. — On faisait les dispositions nécessaires pour occuper cette nouvelle ligne par deux ouvrages placés entre Kabrun et la Vistule lorsque l'ennemi attaqua.
La flottille se déploya devant Schellmûhle, au nombre de plus de 80 bâtimens, la plus grande partie de canonnières; elle tire 4 à 5 heures et ne nous fait «fu'un dommage peu considérable, un petit magasin à poudre a sauté et l'explosion a tué deux hommes et blessé quelques autres. Le soir le bom-
bardement recommence, l'ennemi a tirés SOOcoups, nous 500. Un canonnier ayant eu son schako emporté par un boulet, tandis qu'il pointait une pièce, ue s'est pas dérangé et a ajusté son coup dans une chaloupe.
J'étais à diner chez le Gouverneur quand le chef de bataillon Szenbeck vint annoncer la nouvelle qu? l'ennemi faisait un houra considérable de cavalerie vers Aller-Engel sur les allées d'Oliva.
Vers 5 heures du soir, l'ennemi se porte par un mouvement très rapide à l'entrée deLangfuhr, à la gorge de l'ouvrage de KabrunetàSchellmlihle.Une nombreuse.cavalerie couvre la plaine et couronne les hauteurs en avant du camp retranché du Zigankenberg et s'avance jusqu'au pied de notre batterie à gauche de l'allée. Bientôt, l'attaque devient générale et on fait un feu très vif sur toute la ligne depuis Schellmùhle jusqu'à Ohra. L'artillerie, placée dans l'ouvrage de Kabrun, l'empêcha d'être pris.
L'ennemi, après avoir attaqué on vain les maisons crénelées deLangfuhr, mit le feu aux maisons les plus voisines, espérant qu'il se communiquerait à ces dernières, mais ces braves troupes qui y étaient renfermées tinrent ferme quoique la chaleur y fût excessive et que le feu eût déjà pris à la toiture- Quelques instans après, le feu se manifesta également à Schellmùhle, au Zigankecberg et à la tête du village d'Ohra.
Dès que nos troupes furent réunies, on forma deux colonnes, dont l'une se porta sur Schellmïihle et
l'autre sur Laugfulir.La première reprit Schellmûlile, éteignit l'incendie et fit main basse sur 400 incendiaires. La seconde, dirigée sur Langfuhr, ne put commencer son mouvement que lorsque le jour était sur son déclin, et trouva des forces si considérables tant dans la vallée de Kônigstahl qu'à la tête de Neu-Schottland, qu'elle ne put s'avancer jusqu'aux maisons crénelées pour dégager les troupes qui y étaient renfermées. Dans cette attaque, un détachement de Napolitains, qui était parvenu jusqu'aux portes des maisons crénelées, fut coupé par une charge de cavalerie, de la colonne dont il faisait partie, et n'eut d'autres moyens pour se sauver que de s'enfermer avec les troupes qu'il venait délivrer.
Nuit du 2 au 3 et journée du 3. — Plusieurs rapports assurant que les maisons crénelées ne tiraient plus et que la garnison en avait été massacrée, on ne fit pas de nouvelles tentatives et les troupes se tinrent tonte la nuit sous les armes en avant de l'Aller-Engel, afin d'être à portée de secourir l'ouvrage de Kabrun, en cas d'une nouvelle attaque.
On reprit le village de Zigankenberg et une partie fut sauvée des flammes.
Le lendemain vers 8 heures du matin, on fut très étonné de voir revenir les Bavarois, les Westphaliens et les Napolitains renfermés dans les maisons crénelées.
Ces braves avaient défendu leurs postes tant qu'ils avaient eu des munitions et étaient parvenus à faire
LE SiftGE 137
leur retraite en se faisantjouràla baïonnette, après avoir perda le tiers de leur monde •.
1. Attaque dex maisons crénelées de Langfuhr, ou blockhaus. Affaire du 2 septembre 1813.
Depuis l'affaire du 29, le général en chef avait senti la nécessité de resserrer sa ligne de défense et de tenir dans les villages de Langfuhr et Neu-Schottland des postes seulement.
Deux maisons situées à l'entrée de Langfuhr (au bout de la grande allée) avaient été crénelées et palissadées de manière à pouvoir résister à un coup de main ; elles furent occupées, celle de gauche, par 60 hommes bavarois commandés par un capitaine et deux officiers, celle de droite, par 20 hommes et un officier. Ces deux postes se trouvaient vis-à-vis l'un de l'autre et n'étaient -séparés que par 40 ou 50 toises. Ils étaient forcés d'exercer une grande surveillance, l'ennemi entourant presque le village. Un cordon de sentinelles régnait autour de Langfuhr, et liait ce poste avec celui de Neu-Schottland. Des patrouilles continuelles parcouraient la ligne.
Le 2 septembre, vers 4 h. 1|2 du soir, environ 1500 hommes d'infanterie et un nombre considérable de Cosaques se jetèrent impétueusement sur Langfuhr. Neu-Schottland et Schellmiihle. Les petits postes de Langfuhr n'eurent que le tems de se retirer dans leurs maisons crénelées et ils se disposèrent à en défendre vaillamment les approches. Le poste de Neu-Schottland put se retirer sur Schellmiihle ; mais, accablé par le nombre, il fut contraint de se jeter dans la redoute de Kabrun.
Le général en chef, instruit de ce mouvement inopiné, se porta aussitôt en avant de la redoute Kabrun qu'il fit renforcer de quelques Bavarois ; il dirigea sur Schellmhûle un bataillon napolitain ; ceux des ennemis qui avaient été envoyés sur ce point étaient tous munis de brandons combustibles, et en un moment, la maison, les moulins et tout le hameau devinrent la proie des flammes. Le bataillon napolitain arrivant par le grand chemin (bordé de larges fossés) s'avança au pas de charge vers Schellmiihle. L'ennemi qui s'y trouvait en force en disputait l'entrée, mais la compagnie de voltigeurs polonais du bataillon du comte Schenbeck, conduite par M. Marnier. aide de camp du général en chef, tourna au même moment Schellmûhle, et arriva assez à tems pour jeter la confusion parmi cette troupe d incendiaires, qui se sauva dans le plus grand désordre. Plusieurs se réfugièrent dans une énorme grange déjà atteinte par les flammes; ils y trouvèrent la mort au milieu de l'incendie
Les pertes de l'ennemi furent très considérables, un grand nombre de morts couvrait le terrain environnant, les maisons crénelées et la batterie
D'autres crurent se soustraire à nos soldats en se mettant dans les moulins, dans l'eau jusqu'au col ; mais tout ce qui s'était caché pour échapper à la vigilance des voltigeurs polonais, fut enseveli sous les ruines enflammées des bâtimens auxquels ils avaient mis le feu. L'ennemi perdit sur ce point plus de 300 hommes.
Le reste du bataillon Schenbeck avait rejoint les Napolitains et l'ennemi fut culbuté et rejeté bien au delà de Neu-Schottland.
Les principales forces dont le général russe avait disposé pour cette attaque avaient été dirigées sur Langfuhr. Son but était de s'emparer de vive force des deux maisons crénelées ; aussi fit-il tousses efforts pour y parvenir.
L'ennemi attaqua à plusieurs reprises et avec beaucoup de vigueur ces deux points ; mais les Bavarois se défendirent vaillamment et soutinrent glorieusement les dilTérens assauts de plusieurs bataillons de grenadiers russes ; ces deux maisons, vers le soir, se trouvaient entourées de cadavres ennemis ; plusieurs furent tués en dedans des palissades qu'ils avaient déjà escaladées.
Est-il possible do peindre la situation affreuse dans laquelle se trouvèrent ces braves soldats livrés à eux-mêmes et accablés par un ennemi acharné ! Le feu prit à trois reprises dans la maison de gauche par l'effet des obus que l'ennemi y lançait dans l'intervalle des assauts. Une partie des assiégés continuait la fusillade, tandis que l'autre était occupée à éteindre l'incendie. Plusieurs boulets firent des ravages d'autant plus pénibles parmi cette poignée de braves, qu'ils étaient privés de tout secours. Les blessés, étouffés par la fumée et dévorés par la soif, attendirent, avec un courage et une résignation sans exemple, le résultat de cette affreuse journée.
Cette défense est héroïque et on regrette de no pouvoir transmettre à la postérité les noms des 100 braves qui se sont immortalisés dans cette occasion.
L'ennemi, qui avait disposé d'environ 12 000 hommes sur Langfuhr, avait en même tems couronné d'artillerie les hauteurs qui commandent ce village et dominent l'extrémité do l'ailée. Dés que les maisons crénelées furent cernées, il porta en avant dans l'allée, et sous la protection de son artillerie, quelques masses d'infanterie et un grand nombre de Cosaques, ce qui rendit
Kabnm qui fit un feu très vif et d'un très grand effet.
On travaille pendant la nuit à faire une coupure
toute communication impraticable ; pour la rétablir, il eût fallu engager une affaire générale et pendant la nuit.
Plusieurs offlciers furent envoyés pour reconnaître les maisons crénelées ; quelques-uns traversèrent la ligne ennemie et parvinrent à une très petite distance de ces deux postes. Les voyant joncbés de cadavres vêtus de capotes blanches (telles qu'en portaient les Bavarois,) et le plus grand calme régnant sur ce point, ils furent persuadés que l'ennemi avait égorgé cette faible garnison et tous le dirent au général en chef.
Ces rapports coïncidans étaient d'autant plus probables que le commandant bavarois avait fait cesser la fusillade à l'entrée de la nuit, pour se ménager des munitions en cas de nouveaux assauts, ce qui fit croire aux officiers envoyés que les maisons étaient abandonnées. D'un autre côté, ces mêmes maisons furent aperçues en feu en diverses reprises.
Tout espoir de revoir ces braves étant détruit par tous ces rapports, il ne resta plus au général en chef et à toute la garnison qu'à déplorer cette perte douloureuse.
Penda)it la nuit, l'ennemi régularisa ses mouvemens; on se borna de part et d'autre à s'observer et à se retrancher. Il avait retiré son infanterie de la plaine qui sépare Langfuhr de la redoute de Kabrun, un cordon de Cosaques seulement y était ea observation.
Au point du jour, l'aide de camp Marnier.'chargé par le général en chef de faire une reconnaissance sur ce point, partit de la redoute de Kabrun, suivi de 8 grenadiers : il s'avança avec précaution vers la maison de droite ; arrivé à portée de pistolet, la barrière s'ouvre aussitôt, et à son grand étonnement, la faible garnison qu'elle contenait sort et vient le rejoindi-e. Ce petit peloton, augmenté des 8 grenadiers qui l'avaient suivi, opéra sa retraite au milieu des Cosaques qui accoururent en foule pour les arrêter, mais ils gagnèrent la redoute Kabrun. L'officier qui les commandait, ainsi que 5 hommes, furent ou blessés ou pris dans ce trajet difllcile.
Le général Rapp, instruit aussitôt de cet événementinattendu, fit marcher vers le blockhaus de gauche un bataillon bavarois, précédé par une avant-garde commandée par le brave adjudant major Seifforlitz. A peine cette avant-garde fut-elle aperjuc du détachement qui s'y trouvait enfermé, qu'il fit une sortie
140 DÊFRNSE DR DANTZIG
dans l'allée de Laugl'uhr, à hauteur de l'AUer-Engel. Le commandant Carré fut attaqué dans le même tems à Heûbude, mais il fit sa retraite avec tant d'adresse que les deux colonnes qui devaient le prendre l'une en tête et l'autre en queue ne le rencontrèrent pas et que même elles tirèrent pendant quelque tems l'une sur l'autre, tandis qu'il était avec ses troupes à peu de distance de ce point, tranquille spectateur du combat. La position, s'il n'avait pas pris d'aussi justes mesures, était d'autant plus embarrassante que la Vistule ayant éprouvé une crue considérable, le passage en était extrêmement difficile par le bac en face de Gaus-krug.
audacieuse et, emportant ses blessés, il rejoignit le bataillon bavarois qui volait à leur secours. Les efforts de l'ennemi pour empocher cette jonction furent vains ; encore une demi-heure et tous allaient être ensevelis sous les ruines de ces deux maisons. L'ennemi se disposait à faire jouer une batterie de 6 pièces, qu'il avait établie pendant la nuit à demi-portée de canon.
Les officiers qui commandaient ces blockhaus furent signalés à l'ordre de l'armée et le général en chef les combla d'éloges.
Le chef de bataillon wurtembergeois, Bauer, qui se trouvait en tournée dans Langfuhr, fut forcé de se retirer dans la maison de gauche et il prit une grande part à cette glorieuse défense.
Le général en chef, dont la sollicitude paternelle n'avait point de bornes, lit transporter chez lui les soldats bavarois blessés dans ces deux postes, les fit établir dans une portion de son hôtel où ils reçurent les plus grands soins. Ils restèrent jusqu'à parfaite guérison ; chaque jour, il les visitait plusieurs fois. Cette nouvelle marque d'attention, jointe à toutes celles qu'il donnait journellement aux soldats delà garnison, augmenta encore l'attachement et le dévoùment des braves qu'il commandait. (Note du capitaine Marnier jointe au rapport du général Rapp.)
Cités le chef de bataillon Bauer, capitaine Fahrbeck, capitaine Oslrowski, lieutenant Dahvick, lieutenant Muck.
Cette attaque engagea à commencer une lunette pour couvrir la sortie du bac et servir de retraite à notre poste, mais la crue des eaux nous obligea d'abandonner ce travail deux jours après.
Lo feu de la batterie Montbrun, déjà armée, fit taire celui de 4 pièces qui tiraient sur Kabrun.
Dans la soirée du 3 les vaisseaux et les canonnières russes et anglais s'approchèrent de nouveau de Weichselmûnde, y lancèrent des bombes. Elles étaient à plusieurs trous et destinées à incendier. On en a ramassé qui étaient encore pleines d'une composition de la nature de notre roche à feu.
L'ennemi commence à se fortifier à Langfuhr et à Schottland.
Nuit du 3 au 4 et journée du 4. — Vers 11 heures il renouvelle un feu très vif sur Fahrwasser et Weichselmûnde, en formant un demi-cercle autour de tous les ouvrages, le long de la côte.
On estime à 6 000 le nombre de projectiles lancés, tant bombes que boulets, dans l'espace de 4 heures*; nous, 1717. Deux chaloupes ont sauté, neuf sont hors de combat, deux frégates ont reçu des obus.
La Yistule continue à se gonfler, et ses eaux, se déversant dans l'Inondation par une coupure faite à la hauteur de Neufehr, la font monter dans la journée à 3 pieds 7 pouces.
Dans la soirée, on brûle le reste des maisons du Zigankenberg afin de démasquer l'artillerie des batteries en arrière.
i . Suivant rrantres 8 oOO,
142 DÉFENSE DE DANTZJG
Nuit du 4 au 5 et journée du 5. — L'ennemi continue à se fortifier à la tète de Neu-Schottland et de Langfuhr et rase jusqu'au premier étage les maisons crénelées de Langfuhr ; il couvre de terre les murs du rez-de-cliaussée et y pratique des embrasures.
Les eaux s'élèvent tellement dans l'Inondation qu'à 7 heures elles étaient déjà à 5 pieds 4 pouces ; bientôt elles surmontent le batardeau provisoire à la sortie de la Mottlau ainsi que celui de la Roswick et finissent par les emporter en grande partie. L'ancien batardeau éprouve lui-même de grandes dégradations, et ce n'est qu'à force de soins et d'activité qu'on parvient à arrêter les filtrations. Les portes de l'écluse de Kneiphoff sont emportées, et la digue qui conduit au fort Lacoste est fortement menacée.
Nuit du 5 au 6 et journée du 6. — L'ennemi continue à fortifier Neu-Schottland et Langfuhr, et on commence à distinguer des batteries à la tète de chacun de ces villages.
L'Inondation continue à s'élever et à commettre de très grands dégâts; dans la journée, les eaux s'élèvent jusqu'à 6 pieds 11 pouces; il s'établit un courant très violent dans les fossés ; la fausse braie du bastion Brauen-Ross est emportée vis-à-vis le saillant et ce bastion commence à souffrir. Le pont de Lang-garten, sans cesse ébranlé par les bateaux et les pièces de bois lancés par le courant, est menacé d'être enlevé d'un moment à l'autre. On est
obligé de le charger de grosses pièces de bois pour l'empêcher d'être soulevé par les eaux.
On commence dans la journée l'ouvrage à droite du Bischofsberg qui doit prendre des revers sur la porte Neugarten .
Nuit du 6 au 7 et journée du 7. — L'ennemi continue ses travaux de Schottland et de Langfuhr, et joint ces deux villages entre eux par une tranchée qu'il prolonge, à sa gauche, jusqu'à la maison Yorwerck et à sa droite jusqu'au contrefort qui forme la vallée de Kônigstahl et où nous avions préparé des emplacemens pour deux batteries volantes. Il lance, vers 7 heures du soir, quelques obus de la tête de Schottland sur la maison Kabrun. Par une faute insigne du commandant de ce poste*, l'ouvrage est abandonné sans avoir été attaqué, après avoir mis le feu aux matières combustibles qui y avaient été amassées afin de l'incendier en cas que l'on fût obligé de l'abandonner.
Les eaux continuent à s'élever et atteignent dans la journée la hauteur de 7 pieds 8 pouces. Les dégradations augmentent d'instans en instans; l'état de la digue qui conduit au fort Lacoste et du batardeau de gauche devient de plus en plus alarmant. On porte tous ses efforts sur ces deux points et on parvient aies préserver de nouveaux accidens en revêtant la digue de planches, pour rompre l'effort des vagues, et en jetant une grande quantité de terre en avant du batardeau afin de boucher tous les trous
1. Cet officier, désespéré, se brûla la cervelle. (Rapports.)
14i DEFENSE DE DAN rZlG
par lesquels l'eau commençait à se faire passage. Nuit du 7 au 8 et journée du 8. — L'ennemi commence deux batteries de trois pièces, en arrière de la portion de sa tranchée allant de Scliottland à la maison Vorwerck. Il perfectionne celles de la tête de deux villages, en établit une nouvelle sur le penchant de la hauteur, qui appuie la droite de sa tranchée et qui parait destinée à flanquer sa ligne.
Les eaux demeurent toujours à la même hauteur; • mais le vent étant tombé, on espère sauver la digue du fort Lacoste.
Nous nous établissons de nouveau au poste de Kabrun, qui avait été évacué au moment de l'incendie de la maison crénelée; mais la proximité des travaux de l'ennemi donne peu d'espérance d'y tenir longtems, en sorte qu'on reconnaît une position en arrière pour y établir un ouvrage qui empêche de tourner la droite du camp retranché de Zigankenberg.
Niiil du 8 au 9 et journée du 9. — L'ennemi prolonge sa tranchée à une vingtaine de toises à gauche de la ferme Vorwerck et palissade ses batteries.
On continue à prévenir et à réparei- les dégâts causés par l'Inondation.
Nuit du 9 au iO et journée du 10. — L'ennemi continue ses travaux en avant de Schottland et Langfuhr, qui complètent sa ligne de circonvallation exécutée pendant l'armistice depuis Ohra jusqu'à Diwelkau.
L'Inondation reste toujours au même niveau. On
LE SIEGE 14j
continue les travaux entrepris et on commence uu ouvrage à la Briqueterie, pour appuyer la droite du camp retranché conjointement avec la batterie de l'Allée à laquelle on donne plus de consistance.
On s'occupe également de la construction d'une batterie dans l'isle du Holm, à l'emplacement d'une ancienne redoute en face du camp de Schellmùhle,et prenant d'excellens revers sur la ligne de la plaine.
Nuit du iO au U et journée du il. — L'ennemi continue ses travaux formant contrevallation.
Les eaux commencent à baisser; il s'établit un courant très rapide dans les fossés, qui donne de nouvelles craintes pour l'ancien batardeau. On parvient cependant à le conserver à force de soins. On commence à fermer, au moyen d'épis noyés, la brèche qui s'était formée à la contrescarpe de la face droite du bastion Mottlau.
Nuit du il au 42el journée du 42.— Rien ûenouYeau. sur la ligne ennemie. Ses travaux en avant de Schottland et de Langfuhr paraissent terminés ; ils consistent en septbatterJes,chacunedetroispièces, excepté celle qui enfile l'allée de Langfuhr qui est de quatre.
Le courant dans les fossés devient de plus en plus rapide, et plusieurs palées sont déjà fortement ébranlées par les affouillemeus.
Les avant-postes de Fahrwasser ayant fait le rapport que l'ennemi travaillait à Brôsen , on fit une reconnaissance sur ce point dans l'intention de déti'uire ses travaux; mais on ne découvrit aucune trace d'ouvrages commencés.
Pendant que la garnison usait ses forces à ces luttes répétées contre les éléments , les Russes établissaient à Langfuhr batterie sur batterie.
Nos ingénieurs surveillaient avec attention leurs travaux, cherchant à se rendre compte de leurs projets. Ils ne pouvaient croire que l'assiégeant pût songer à tracer sa première parallèle à 1.200 toises du front d'Oliva, en arrière des redoutes précédemment construites. On ne croyait pas qu'il pût se décider à « entreprendre des cheminemens dans un terrain bas et marécageux, où il aurait à essuyer les feux multiples d'ouvrages qui le plongeaient, le débordaient même et le prenaient à dos. Il ne pouvait espérer tenir sous un déluge de boulets ^ ». Tout au plus, sans doute, songeait-il à défendre sa ligne de circonvallation! Tous les jours, cependant, ce que l'on voyait semblait indiquer davantage l'intention de commencer là de véritables travaux d'approche et, tous les jours, les assiégés appréciaient plus vivement les avantages du camp retranché , qui repoussait au loin ce qui pouvait être le point de départ d'une attaque régulière.
Nos ouvrages se perfectionnaient sans cesse, leur feu rendait les Russes fort circonspects : La redoute Kabrun était plus près de leurs positions que des nôtres ; depuis 15 jours qu'ils étaient à Langfuhr, ils n'avaient pas osé l'enlever, bien que nous l'eussions un moment évacuée par suite d'un malentendu.
Nuit du 12 au d3 et journée du 13. —L'ennemi commence à tirer de ses batteries de Neu-Scliottland sur les travailleurs de la Briqueterie.
On s'aperçoit qu'une des palées du pont de Langgarten est entièrement emportée.
Nuit du 13 au 14 et journée du 14. — L'ennemi